FR EN ES PT
Naviguer dans les forums 
Trackers Ankama

Wakfu : le passé d' Evangelyne

Par 11 Avril 2011 - 18:41:49
Réactions 393
Score : 2097

Lily, on t'aime ;_;

-LMS- 

0 0
Score : 179

Well well well…

La vache, je ne m’étais même pas rendue compte que je n’avais pas commenté l’avant-dernier chapitre ! Shame on me
Mais je vais me rattraper, tiens !

Bref, un petit chapitre de transition plutôt sympa, qui ne fait pas particulièrement avancer l’histoire, mais qui permet de pousser plus avant la psychologie des personnages, notamment de Raven & Tristepin. Bon, ce n’est pas celui que j’ai préféré, mais je suppose que c’était nécessaire ^^

Mais j’avoue aussi être un peu déçue. Avec le départ de Goultard & Cie pour les temples et Weldor qui dégage, la Confrérie se retrouve livrée à elle-même et un peu bloquée. Parce qu’à part des discussions interminables pour essayer de raisonner Amalia (pauvre petiote, quand même ^^) et des batailles de boules de neige avec Mini-Lily (référence ?), le champ d’action est limité. Alors certes, on pourra suivre les autres dans leur quête respective, mais en fin de compte ce n’est pas ce que je préfère (je commence à faire une overdose de Weldor, même s’il reste cool x)). Je m’attendais à ce que tout bouge précipitamment, hop, tous direction le temple Crâ, on refout Eva à la taille normal et on défonce l’Homme en Noir.

Non pas que le fait que tu prennes ton temps me dérange, hein, et j’adore attendre tes chapitres, mais pour ma part je commence à ronger mon frein. La confrontation tant attendue entre Eva & Man in Black sera-t-elle retardée indéfiniment ? Mon cœur ne tiendra pas, je te préviens xD

Bien sûr, tu peux encore nous c**iller comme tu sais si bien le faire en envoyant les hommes de l’Homme en Noir (rah la répétition trop moche…) attaquer la maison de Ruel, ou faire mourir Weldor, ou un des membres de la Confrérie, ou un des demi-dieux… Ou encore faire autre chose que je n’arrive pas à prévoir et qui nous laissera tous sur le cul…

Bref : la suite ? biggrin 

0 0
Score : 7

J'ai juste un mot a dire: Magnifique!Tu ne sais pas combien je suis contente!!!
C'est un super chapitre est bien sûre j'attend la suite avec grande impatience,et bonne chance pour la suite!laugh

0 0
Score : 797

C'est divin ! 20/20 ! Perfect ! Tu me mets du baume au coeur lorsque je le lis malgré qu'il y ait la rentrée.

La suite

0 0
Score : 883

Magnifique!! Splendide!!

J'ai mis une journée entière plongée dans cette histoire et je n'ai pas pu relever le nez de l'ordi!!!
Tellement bien écrit!! faisons abstraction de toutes fautes de frappe/temps/orthographe et j'en passe!!!

J'aime beaucoup lire mais très peu d'écriture me font frissonner autant!! J'ai beaucoup pleurer en lisant certains passage, j'ai rit, j'étais exaspérer ... je vivais avec l'Histoire!!

J'attend la suite avec une impatience très difficile a contenir...

Tinellana, Bontarienne de naissance

0 0
Score : 537

Je refait monter le sujet (faudrait surtout pas qu'une fic comme celle ci soit oublier...)
En espérant te voir poster la suite smile 

0 0
Score : 46

J'adore ta fiction, elle est facile à lire, et on l'accroche dès le premier chapitre ! smile

C'est vrai qu'il y a 2-3 fautes de temps en temps mais ce n'est qu'un détail. Tu écrit d'une façon qui nous fais remplir d'émotion et j'adore ça ! Moi en tout cas, ta fiction je ne l'oublierai pas ! Continue comme ça et j'èspère pouvoir lire un jour un autre de tes magnifiques récits ! biggrin 

0 0
Score : 136

Excellente fic, en espérant que tu puisses la continuer très bientôt wink 

0 0
Score : 7

bonjour j'espère que tu as le temps de te pencher sur ta fic,sache que je viens le plus souvent possible pour ne pas manquer le prochain chapitre et je pense que je ne suis pas la seule à le faire. Sur ce: vivement la suite!

0 0
Score : 306

Coucou tout le monde laugh

Encore désolée de ne pas avoir poster plus tôt ! J'ai eu un peu de mal à reprendre l'histoire après avoir dû arrêter pour mes études.:wacko: Je vais essayer de me dépêcher pour la suite mais je ne veux pas bâcler la fin non plus alors je vous demande d'être encore un peu patient avec moi smile J'espère que je n'ai pas découragé tous mes lecteurs.

Merci pour vos messages

Bonne lecture !

Partie10 : Retour au source

Chapitre 50

Seul, debout devant la grande baie vitrée du salon où il avait fait resurgir tant de souvenirs, Weldor observa, avec un léger sourire sur les lèvres, sa petite protégée attraper la main du Iop et l’entraîner dans le jeu en cours. Rapidement, la partie de trappe-trappe qui avait été engagé se transforma en une véritable course poursuite et des rires résonnèrent jusqu'à lui.

« -Je ne l'avais pas vu aussi joyeuse depuis des années, admit soudain le Crâ. »

Derrière lui, la silhouette fine de Léyène se découpait dans l'embrasure de la porte. Comme il lui tournait le dos, il n'avait aucun moyen de savoir qu'elle était là mais elle ne fut pas surprise qu'il l'ait deviner. Weldor avait toujours été quelqu'un de très instinctif et quand quelqu'un l'observait, il le ressentait d'une manière ou d'une autre. Sa déclaration apprit aussi à la demi-déesse qu'il savait que c'était elle et nul autre qui l'observait : il n'aurait jamais dit cela aux trois autres alors qu'il venait tout juste de les rencontrer.

La jeune femme s'avança à sa hauteur et s’arrêta un instant pour contempler la petite Evangelyne avant de finalement se tourner vers le guerrier. Weldor semblait soucieux.

« -Penses tu qu'elle reconnaisse en Tristepin son ami ? Demanda le Crâ au bout d'un instant sans quitter du regard l'enfant. »

Le Crâ avait remarqué que la petite Evangelyne avait accepté très facilement le nouveau venu alors qu'elle avait semblé plus réservé quand il l'avait présenté à Yugo et Adamaï. La sacrieur comprit ce que l'archer se demandait : sa mémoire revenait-elle ou était-elle plus liée à Tristepin qu'aux jumeaux ?

« -Non, souffla t-elle après s'être à nouveau tourné vers l'enfant. Mérion est persuadé que c'est impossible. Je pense qu'elle sait juste qu'elle peut se fier au gens que lui présente son frère et son mentor. Aussi longtemps que vous êtes près d'elle, elle aura confiance en ceux qu'elle a oublié. »

Léyène se tourna vers le guerrier.

« -Elle a vraiment une confiance aveugle en toi, affirma la Sacrieur, sur un ton admiratif. »

La jeune femme vit les lèvres de Weldor s'incurver dans un demi sourire mais son air soucieux ne le quitta pas et elle vit quelque chose dans son regard qu'elle ne sut pas déterminer. Sachant que la question qu'il lui avait posé n'était pas son principal sujet d’inquiétude, Léyène attendit qu'il se décide à se confier. Aucun d'eux ne parla pendant un moment mais finalement, le Crâ rompit le silence.

« -Je me demande si c'est une bonne chose... »

Ne comprenant pas de quoi il parlait, Léyène se retourna vers lui, les sourcils froncés.

« -Evangelyne aurait eu une vie moins risquée si je ne l'avais pas pris sous mon aile, soupira Weldor. Elle aurait grandi comme une enfant normal dans une famille d'adoption avec son frère et sa sœur au lieu de devenir une guerrière et une élue pourchassée et blessée. Elle aurait été heureuse... »

La demi-déesse comprit que voir ainsi rire de façon insouciante sa petite protégée avait fait surgir des remords chez l'archer. Il se sentait coupable !

« -Je ne mérites pas sa confiance, déclara le Crâ. »

Une main se posa alors sur son épaule et Léyène l'obligea à relever la tête pour croiser son regard.

« -Ne penses jamais ça, Weldor ! Gronda la demi-déesse. Sans toi, Evangelyne ne se serait sans doute jamais remis du meurtre de sa mère. C'est grâce à toi, à l'amour que toi et tes amis leur avaient donné, que ces enfants ont réussi à s'en sortir ! Une famille normal n'aurait jamais pu les comprendre et les aider ! »

Comme le Crâ ne semblait pas convaincu, Léyène posa ses deux mains sur ses joues pour le forcer à écouter et poursuivit.

« -Evangelyne est une élue ! Rappela la jeune femme. On ne devient pas une élue par choix mais parce qu'on y est destiné ! D'une façon ou d'une autre, elle serait rentrée en possession de l'objet sacré de Crâ parce que c'était son destin de le porter ! Mais jamais elle ne serait parvenue jusque là sans ton aide, soutint Léyène sur un ton plus doux. Sans toi, elle n'aurait peut être jamais eu la force de supporter toutes les épreuves qu'elle a subit.

-Sans moi, Léyène, elle aurait toujours une sœur pour veiller sur elle, contra l'archer.

-Vraiment ? Mais si tu ne les avais pas emmené au temple Crâ, Emmanyelle aurait elle eu la formation requise pour veiller sur ses cadets ? Demanda la demi-déesse sarcastiquement avant de lever les mains au ciel. Avec des si, Weldor, on peut refaire le monde ! Le passé est le passé. Le destin d'Evangelyne était de devenir une élue et toi, tu as été là pour la guider jusqu'au bout alors que nous, les demi-dieux, ignorions même jusqu'à son existence. »

Léyène hésita un instant avant de pousser un soupir.

« -Aussi horrible que ça puisse paraître, souffla t-elle. Je crois que Emmanyelle devait mourir pour obliger Evangelyne à se servir de l'Arc de Crâ. Tu n'es pour rien dans la perte de sa sœur, Weldor. En revanche, tu y es pour beaucoup dans ce qu'elle est devenue : une guerrière forte et accomplie !

-Qui est obligée de mentir à tous ses proches parce que je veux préserver sa sécurité, ajouta le Crâ. Sa situation avec Amalia est entièrement ma faute.

-La princesse finira par comprendre, affirma la Sacrieur. Tu as bien fait de l'amener parmi les Sadida, Evangelyne avait besoin d'une amie comme Amalia qui à la fois savait tout ce qui était important et ignorait ce qu'elle avait besoin d'oublier.

-Je suis toujours convaincu que je ne suis pas une bonne chose pour Evangelyne, avoua Weldor. Je pourrais la laisser vivre en paix maintenant qu'elle a récupérer l'innocence d'un enfant mais là encore je vais tout faire pour qu'elle redevienne qui elle était en sachant pourtant ce qui l'attend.

-On a pas d'autre choix, Weldor, soutint la demi-déesse. Mais tu ne dois jamais douter de l'effet bénéfique que tu as sur Evangelyne...

-Qu'est ce que tu en sais ? Grogna l'archer.

-Je le sais parce que je te connais, murmura la jeune femme en posant une main délicatement sur la joue du guerrier. Quand nous nous sommes rencontrés, tu étais encore torturé par les événements qui avaient provoqué la mort d' Evangelyne et de Cehléf. Pourtant, malgré la peine et la souffrance qui pesaient sur toi, tu a réussi à tenir et te battre pour continuer et aider tes autres amis qui souffraient aussi. Et c'est ce tempérament combatif et altruiste qui, je suis sûre, à aider Evangelyne et son frère à se relever et se battre pour vivre. »

Léyène lui donna un faible sourire et pencha légèrement la tête sur le coté.

« -C'est cette force qui m'a toujours fait penser que tu serais amené à faire de grande chose, admit la Sacrieur. Je n'ai pas été surprise quand tu as reçu ta flèche d'Or, ni quand tu es devenu l'un des représentants du temple Crâ, alors que tu étais encore si jeune. »

Weldor haussa un sourcil.

« -Tu m'observais ? S'étonna le Crâ qui avait compris qu'elle ne tenait pas ces informations de ce qu'il avait pu raconter quelques temps avant mais qu'elle le savait depuis longtemps.

-Disons que je gardais un œil sur tes progrès, avoua la demi-déesse. »

Elle enleva cependant sa main de la joue du Crâ en se sentant d'un coup devenir beaucoup moins confiante face au regard scrutateur de l'archer. Si elle n'était pas aussi maîtresse d'elle même, elle était persuadée qu'elle se serait mise à rougir. Chose qu'elle trouvait complètement ridicule de la part de la fille d'une déesse ! Mais elle avait toujours réagit de façon étrange à proximité de Weldor.

« -De loin, précisa t-elle reculant d'un pas. »

Weldor alla dire quelque chose quand Goultard entra dans la pièce.

Le moment d'intimité et de confidence était fini.

« -Léyène, on va pas tarder à partir, l'informa le Iop. Mérion pense que ce serait bien de prendre le temps de dire un mot à Evangelyne et de parler de quelques trucs avec ses gardiens.

-Ok, accepta la Sacrieur. Je te suis. »

Le demi-dieu fit demi-tour et Léyène lui emboîta le pas. Elle était sur le point de passer la porte quand Weldor l'appela. Quand elle se retourna, elle remarqua que la culpabilité qui avait marqué le visage du Crâ quelques instants plus tôt, avait, si ce n'est pas disparue, nettement diminuée.

« -Merci, souffla Weldor avec un sourire. »

La fille de Sacrieur hocha doucement la tête puis partit, sachant très bien que maintenant qu'il avait mis de coté ses doutes, l'archer allait pouvoir avancer.

________________________________________________________________________________

Léyène se dirigea d'un pas décidé vers le groupe de jeunes, ne laissant rien paraître de sa confusion intérieure. Ses retrouvailles imprévues avec Weldor la touchaient plus qu'elle ne voulait bien se l'avouer. Ajouté à cela les petits sourires et les regards de Goultard depuis que celui-ci avait compris que la Sacrieur et le Crâ se connaissaient, et elle ne savait plus quoi penser !

La fille de la Déesse Sacrieur était quasiment aussi âgée que Goultard. Comme lui, elle avait eu le temps de vivre de nombreuses aventures, romantique aussi bien que chevaleresque. Le fait qu'elle vieillissait moins vite qu'un humain normal aidant beaucoup aux deux. Mais, contrairement au demi-dieu Iop, elle ne s'était jamais attachée à quelqu'un au point d'avoir une vie presque normale. Du moins jusqu'à ce qu'elle rencontre Weldor. Par amour pour ce jeune archer, elle avait presque rompu sa propre décision de rester une louve solitaire. Sans attache. Sans faiblesse. Presque !

Mais la fille de Sacrieur était trop rationnelle pour oublier qu'elle était quasi-immortelle...alors que lui ne l'était pas. Au fil de temps, Weldor aurait compris qui elle était en ne la voyant pas vieillir et elle avait eu peur qu'il ne la rejette pour ça. Mais par dessus tout, elle avait eu peur de le perdre alors qu'elle continuerait à vivre pendant certainement de très longues années.

Prendre la décision de rester loin avait paru plus simple, plus rassurant. Mais pas moins douloureux. La distance aidant, elle avait pourtant fini par se persuader que c'était mieux ainsi et que si elle le revoyait, son cœur resterait sagement dans sa poitrine. Mais cela ne s'était pas passé ainsi. Un simple regard et son cœur s'était remi à battre plus fort que jamais, la perdant dans le tourbillon d'émotions que subissait généralement les mortels et la faisant ainsi douter de sa décision de rester loin du Crâ. L'amour. Et elle qui croyait en être à l'abri !

Elle n'était pas sans émotion, loin de là. Chaque amant avait été important mais ils n'avaient été que ça. Des amants. Pour Weldor, les choses étaient différentes. Elle s'était attachée et avait créé inconsciemment et contre sa volonté, une dépendance.

Goultard avait vu cela, malgré le fait qu'elle cachait bien ses émotions. Il avait vu sa surprise en retrouvant Weldor, ses doutes et sa gêne quand elle avait su que le Crâ avait compris qui elle était, sa familiarité quand elle avait combattu aux cotés de l'archer, son attachement quand elle avait regardé le mentor retrouver l'enfant qui avait été sa protégée et enfin son amour pour Weldor quand elle l'observait en pensant que personne ne la voyait. Et comme tout Iop qui se respecte, il souriait bêtement à l'idée que son amie, la guerrière Sacrieur indépendante et solitaire, soit prise au piège de la toile complexe que forme l'Amour.

Léyène savait que Goultard n'avait pas été témoin de leur conversation. Si cela avait été le cas, il ne les aurait pas interrompu, attendant plutôt de voir où le sujet les menaient. Dire qu'elle avait avoué avoir suivi le parcours du Crâ! En fait, si ce n'est pour le sourire taquin de je-sais-très-bien-ce-qui-se-passe-dans-ta-tête-et-je-ne-te-laisserai-pas-en-entendre-la-fin que le Iop lui avait donné alors qu'ils quittaient la pièce, Léyène aurait été reconnaissante de son interruption. Heureusement, elle avait prévu de voyager avec Mérion tandis que Goultard allait avec Cébane. Au moins, elle n'aurait pas à faire disparaître ce sourire niais à coup d'épée ! Quoique l'idée était tentante...

Un léger sourire sur les lèvres à la pensée, Léyène mit de coté ses réflexions sur le Crâ alors qu'elle et Goultard atteignaient le groupe d'amis. Le jeu semblait s'êtrecalmé. Les participants, un peu essoufflés, étaient assis par terre et discutés. Jamais très loin de son frère, la petite Evangelyne se tenait en tailleur, une boule de poil, que la guerrière reconnue comme étant le chien de Ruel, sur ses genoux, une autre dans le creux de ses bras, au pelage il s'agissait de Kamasutar junior, et enfin, une boule de plume blanche et bleue perchée sur son épaule. Yugo et Tristepin étaient assis en face des deux Crâ et, même si elle ne le voyait pas, la demi-déesse devinait la présence de Raven non loin du petit groupe. Humains et Animaux semblaient prendre conscience de l'importance de veiller sur la sécurité de l'enfant. Cela rassura Léyène.

Malgré le fait qu'elle ne la connaissait que depuis peu et qu'elle n'avait passé que quelques instants avec elle, Léyène s'était attachée à Evangelyne. La jeune femme comme l'enfant. Elle avait eu l'impression d'être liée à elle. Pas parce que c'était une élue, mais parce que la jeune Crâ et elle semblait avoir beaucoup en commun. L'histoire que Weldor avait raconté confirmée sa première impression, bien que son passé soit moins dramatique que celui de Eva. Elles avaient une personnalité assez proche. De fait, avant même de savoir qu'elle était une élue, elle avait ressenti le besoin de protéger la jeune archère. Sans doutes un tour des dieux. Mais qu'importe, elle voulait protéger cette enfant ! Et devoir la laisser maintenant l'inquiétait...énormément.

C'était une sensation étrange pour la demi-déesse, de s'en faire autant pour ce petit être alors qu'elle n'avait jamais eu une once d'instinct maternelle. Ce n'est pas qu'elle n'aimait pas les enfants mais c'était une guerrière, elle n'était pas particulièrement du genre tendre et câline ! Pourtant quand elle croisait les grands yeux verts de la petite Evangelyne, Léyène sentait son cœur fondre.

« -Vous venez faire une course poursuite avec nous ? Railla Raphaël qui savait très bien qu'inviter un demi-dieu serait perdre. »

Léyène laissa échapper un petit rire avant de voir le sourire plein d'espoir de la fillette.

« -Malheureusement, non, s'excusa la Sacrieur en s'adressant principalement à Lily. Nous devons partir.

-Où ? Interrogea la petite Crâ en fronçant les sourcils.

-Vers nos temples afin de récupérer des objets importants, admit la Sacrieur. »

Lily laissa échapper un petit cri avant de bondir sur ses pieds faisant dégringoler le chiot de ses jambes. Déséquilibré, Az s'envola un instant avant de revenir se poser sur son épaule.

« -On peut venir avec vous ? Demanda l'enfant en sautillant presque sur ses pieds. »

Léyène n'eut pas de mal à deviner qui était le 'on'. Dans la tête de la petite fille, où elle allait, son frère venait. Mais la Sacrieur eut l'impression qu'elle pensait aussi à ses nouveaux amis.

Un petit rire derrière elle fit se retourner la guerrière qui vit alors Goultard les rejoindre en observant la fillette. Le Iop tourna la tête vers elle avec un sourire narquois et lui murmura un 'bonne chance avec ça' auquel la Sacrieur répondit avec un regard noir. Elle maîtrisait des combattants entraînés et dangereux sans le moindre problème, elle pouvait gérer une enfant. Du moins c'est ce qu'elle pensait jusqu'à ce qu'elle se tourne à nouveau vers les yeux implorants de la petite Evangelyne. Sentant sa résolution s’effriter face à ce regard, Léyène avala la boule qui se formait dans sa gorge avant de s'agenouiller devant la petite fille.

« -Lily, commença la Sacrieur en évitant le plus possible ses yeux verts pleins d'espoir, j'aurais vraiment aimé... et peut être une autre fois, s'empressa t-elle d'ajouter face à la décomposition du visage de l'enfant. Mais pour le moment, il y a trop de danger, alors tu vas rester avec ton frère et tes amis qui te protégeront et nous reviendrons vite.

-Mais si c'est dangereux, pourquoi vous y aller ? Questionna Lily avec l'innocence d'un enfant et Léyène se rendit compte que la petite s'inquiétait pour eux malgré le fait qu'elle ne les connaissait à peine.

-Parce que l'on doit le faire, répondit simplement la jeune femme. Mais ne t’inquiètes pas, on sait se défendre.

-Et on ne part pas longtemps, ajouta Mérion en les rejoignant, accompagné de Cébane. On se retrouvera tous au temple Crâ. »

Un grand sourire apparu sur le visage de la petite fille.

« -Cool ! Je vous ferais visiter ! Se désigna Evangelyne, oubliant que le temple n'était plus chez elle depuis plusieurs années.

-On y compte bien, sourit Léyène. Mais en attendant, tu dois rester avec ton frère. Ici !

-Interdiction de quitter la demeure Stroud sans l'un d'entre eux, prévint Cébane qui avait compris, d'après l'histoire de Weldor, quel type d'enfant Lily pouvait être.

-Promis ? Exigea la Sacrieur. »

L'enfant fit la moue à l'idée de voir sa liberté restreinte. Mais la demeure de Ruel était grande et elle savait quand il était important d'obéir aux ordres.

« -Promis ! Déclara Evangelyne avant de nouer ses petits bras autour du cou de la Sacrieur. »

Surprise, la guerrière accepta l'étreinte sous le regard amusé des trois autres demi-dieux.

________________________________________________________________________________

L'homme en noir bouillonnait de rage et de haine.

Son plan lui avait pris énormément de temps. Des années s'étaient écoulées depuis le moment où il avait commencé à le mettre en place. Des années qu'il avait passé dans l'ombre à manipuler et comploter. Il avait rassemblé sous ses ordres un réseau plus important que ce que le conseil pouvait soupçonner. Des hommes et des femmes, au quatre coin du monde des Douze, qu'il avait soumis par la force et qu'il contrôlait par la peur. Pourtant, malgré tous ses contacts, il ne pouvait mettre la main sur la demeure des Stroud !

Les Enutrofs étaient réputés pour dissimuler et cacher leurs trésors. L'emplacement de leurs demeures était généralement inconnu. Et cela était d'autant plus vrai lorsqu'il s'agissait de la famille Stroud, connue pour être extrêmement avare et particulièrement paranoïaque quand il s'agissait de protéger son trésor. L'homme en noir le savait très bien. Mais sa patience était à bout ! Après tout ce temps, toutes ces années planifiées méticuleusement, son plan aurait dû être achevé ! Mais au lieu de ça, il avait été interrompu par une bande de soi-disant héros et était désormais freiné par le secret d'un Enutrof !

Ayant réussi à pénétrer les défenses duTemple du Dieu Radin, l'homme en noir considérait que la localisation d'une simple demeure ne devrait pas être si difficile et les échecs répétaient de ses hommes de mains atténués grandement sa patience et exacerbés sa colère. À voir la peur qui émanait du Crâ devant lui, cela devait se sentir.

La terreur qui se lisait sur le visage pâle de l'archer aurait, en d'autres circonstances, satisfait l'homme en noir. Mais ce n'était pas le cas. Il aurait pu aisément se défouler sur l'albinos mais il avait déjà perdu beaucoup d'hommes en se laissant emporté au château de Nosirp. Et enfoncer une épée dans le ventre du Crâ n'apaiserait en rien sa rage.

« -Envoyez des hommes aux temples Iop, Sacrieur, Eniripsa et Féca, déclara finalement l'Ombre sans cacher la colère et la menace dans sa voix. Les demi-dieux y seront. Ne les capturez pas. Faites les suivre. »

Il n'expliqua pas ses ordres et le Crâ n'attendit pas qu'il le fasse. L'archer partit sans demander son reste, persuadé que s'attarder signifiait risquer sa vie. Et il n'avait pas tort...

L'homme en noir se retourna et se posta à nouveau devant la fenêtre, son esprit occupé à remettre son plan sur les rails. Il savait que les demi-dieux retourneraient aux temples pour récupérer les objets sacrés de leurs parents respectifs afin qu'il ne puisse pas mettre la main dessus. Il savait aussi que chercher à les capturer ne fonctionnerait pas une seconde fois. Ils s'y attendraient, ils seraient prêts. Mais il savait aussi qu'ils ne resteraient pas longtemps loin de la petite Crâ. Désormais, ils devaient savoir qu' Evangelyne était l'élue. Instinctivement, les quatre enfants des dieux restant feront tout pour la protéger et donc ils retourneront auprès d'elle le plus vite possible... Et lui sera là pour voir où ils vont !

________________________________________________________________________________

Le guerrier sauta d'une branche à une autre avec plus d'agilité que la plus part des gens, excepté les Sadidas,mais avec moins de grâce et d'élégance que sa propre protégée. Evangelyne avait beau ne pas être un membre du peuple de la forêt, elle avait toujours eu une certaine attirance pour cet univers et son peuple, et elle s'était très vite habituée à leur façon de vivre en harmonie avec la nature, gagnant rapidement une dextérité et une agilité digne d'une disciple Sadida. Weldor, lui, avait plus été contraint de s'y faire et il ressentait la différence dans chacun de ses gestes alors qu'il naviguait à travers les branches pour atteindre celle où se trouvait Amalia.

Par expérience, il savait qu'il valait mieux laisser la princesse réfléchir dans son coin avant d'intervenir. Il avait donc attendu un moment, durant lequel ses propres doutes l'avaient submergé, mais après sa discussion avec Léyène, il avait su qu'il était temps pour lui de confronter la jeune fille à ses sentiments.

Le départ des demi-dieux, puis le sien, impliquait que la confrérie veille sur Evangelyne avec Raphaël et Raven, et Weldor ne voulait pas leur confier sa protégée si des doutes persistaient chez l'un d'entre eux. Il avait vu Raven parler à Tristepin, il ne restait donc plus que Amalia. Évidemment, la princesse, même en colère contre sa garde du corps, ne la mettrait pas volontairement en danger. Mais en prenant ses distances, la sadidette risquait d'être moins efficace si un combat se profilait. Et Weldor savait, que même si elle ne se rappelait plus de la jeune Sadida, sa protégée serait heureuse d'avoir une amie à ses cotés.

Quand l'archer atteignit enfin le perchoir de la jeune fille, elle ne le regarda même pas et ignora sa présence. Nullement surpris, Weldor pris tranquillement le temps de s'installer sur la branche. Les jambes se balançant dans le vide, il observa la cour en dessous d'eux où se trouvaient les autres et fit comme si il était seul dans l'arbre.

Amalia commença d'abord par ignorer sa présence. Quand elle l'avait senti grimper l'arbre où elle s'était réfugiée, elle avait pensé quitter son abri mais elle savait que le Crâ la suivrait où qu'elle aille. Quand il le voulait, Weldor était aussi têtue qu' Evangelyne... ou qu'elle même. Alors elle était restée et avait décidé de l'ignorer, feignant de ne pas l'avoir remarqué. Mais rapidement, le mutisme de l'archer gagna sur sa volonté et son énervement, et même si elle savait que c'était son but, elle ne put empêcher de briser le silence.

« -Je n'ai pas envie de vous écouter la justifier, Weldor ! Marmonna la princesse sans prendre la peine de le regarder.

-Je ne suis pas là pour ça, répondit simplement le Crâ. »

Surprise, Amalia se tourna vers le Crâ qui indiqua la cour de la tête.

« -Je suis juste venue voir la vue, déclara le guerrier en haussant les épaules. »

N'en croyant pas un mot, Amalia fronça les sourcils et le guerrier lui fit alors un sourire innocent tellement peu convaincant qu'elle ne put s’empêcher de lever les yeux au ciel et elle sentit alors ses lèvres s'étirer dans un faible sourire. Weldor avait l'habitude quand elle était petite de l'imiter. Et une des imitations favorites de l'archer était celle qu'elle faisait quand elle feignait l'innocence face à son père.

Son sourire retomba cependant bien vite quand elle quitta du regard le Crâ et que ses yeux se posèrent à nouveau sur la petite Evangelyne qui jouait en contre bas. Le besoin se fit alors trop grand et sans y penser, les mots sortirent de sa bouche.

« -Je n’avais jamais compris la raison de son silence, avoua Amalia dans un souffle, parlant plus pour elle que pour le Crâ. Son passé était une énigme…même pour moi. J’avais fini par croire qu’elle avait eu une enfance banale, une famille simple. Peut être une multitude de frères et sœurs chamailleurs qui auraient forgé son caractère impassible et parfait pour sa mission : ma protection. Il faut dire que je n’ai pas été facile avec elle… mais malgré ça, nous avons toujours été proches, enfin… je le croyais... »

Weldor posa une main sur l'épaule de la Sadidette qui tourna son regard vers lui.

« -Tu es une des personnes les plus proches d'Evangelyne, Amalia, affirma le Crâ. Ne doutes jamais de ça.

-Apparemment pas assez pour qu’elle me parle de son histoire, contra la Sadida.

-Son histoire, comme tu as pu l'entendre, est difficile et douloureuse à partager. Tu ne peux pas lui en vouloir de ne pas en parler, fit remarquer Weldor, qui souffrait lui même en pensant à ce passé.

-Non, je comprends cela. Je...Elle m'avait dit qu'elle était orpheline et je n'ai jamais voulu poser de questions sur le sujet. Elle semblait trop en souffrir, se rappela Amalia. Mais elle aurait pu me parler de son frère et elle ne l'a pas fait !

-Parce qu'ils ne peuvent pas se voir souvent et Evangelyne en souffrait aussi. Te parler de son frère, impliquait te parler de la raison pour laquelle elle ne pouvait pas le voir autant qu'elle le voulait et donc te parler du fait qu'elle était une élue, expliqua l'archer.

-Elle aurait pu me dire qu'elle était une élue, fit remarquer la princesse froidement.

-Sauf que je le lui avais interdit, avoua le guerrier. Le moins de monde était au courant, le moins elle était en danger. Amalia, tu dois comprendre. J'ai juré de la protéger et je suis près à tout pour ça. J'ai caché la vérité à tes parents de sorte que Evangelyne est la vie la plus normal possible.Si cela s'était su, Evangelyne aurait été placée sous protection et vous ne vous seriez jamais connues. Quant à te le dire à toi, comment penses tu que tu aurais réagi en apprenant qui elle était vraiment ? Serais tu devenue amie avec elle ? »

Amalia s’apprêta à affirmer que oui, elle serait quand même devenue son amie mais le regard perçant du Crâ sur elle l’arrêta et elle réfléchit à la question. Un élu était quelqu'un qui avait généralement une vie dangereuse et compliquée avec beaucoup d'ennemi voulant le tuer pour contrecarrer les plans des dieux. Ça elle le savait depuis longtemps. Enfant, elle admirait les légendes sur les élus mais elle aurait sans doute craint de se retrouver dans la vie de l'un d'eux.

« -Peut être pas, admit elle en baissant la tête. Mais pourquoi ne pas me dire pour son frère ?Questionna t-elle encore après un moment de silence. En quoi cela impliquait de parler du fait qu'elle était une élue ? »

Weldor hésita un instant avant de décider qu'il n'y avait de toute façon plus rien à cacher.

« -Raphaël et Evangelyne ne peuvent pas passer trop de temps ensemble, cela leur est interdit.

-Par qui ? Interrogea Amalia sans comprendre qui pouvait les en empêcher.

-Pas par qui mais par quoi, déclara le Crâ. Evangelyne fait l'objet d'une prophétie qui les tient à distance. Te parler de son frère, impliquait te parler de cette prophétie et donc de qui elle était... »

Les rues étaient noirs de monde. Pire encore que Bonta un jour de marché, la petite ville de Phopré était inondée de gens venus d'un peu partout assister à la si populaire fête de l’équinoxe d'automne. Un brouhaha constant de discussion, de musique et de rire flottait sur la ville. Des forains, des marchands, des visiteurs déguisés ou non...une foule importante arpentait des rues bordaient de grandes maisons joliment décorées pour cette occasion.

Parmi tout ce monde, Evangelyne se sentait toute petite. Malgré ses huit ans, elle avait déjà assisté à beaucoup d’événements mais elle ne pouvait s’empêcher de s’émerveiller face à cette foule joyeuse et délirante.

« -Eva ? »

La petite Crâ avait ralenti pour observer un groupe d'acrobate qui commençait à faire une pyramide humaine sous les yeux écarquillés de la foule qui se regroupait autour d'eux.

« -Eva ? »

Une main se posa sur son épaule et la fillette détacha son regard du jongleur qui se tenait au sommet de la pyramide pour se retrouver face à son frère. Son mentor et Vénor les attendaient un peu plus loin. Evangelyne comprit vite qu'ils l'avaient appelé plusieurs fois sans réponse. Elle n'était pas encore trop habituée à se faire appeler Eva et encore moins par son frère et leurs mentors ! Quand ils étaient que tous les quatre, soit la majeure partie du temps puisqu'ils voyageaient beaucoup, ils l'appelaient Lily.

« -Désolée, murmura t-elle quand elle et son frère rejoignirent les deux archers.

-Et si vous restiez ici voir les jeux et autres pendant qu'on s'occupe des trucs barbants, proposa Vénor. »

Les deux petits Crâ s'exclamèrent aussitôt de joie. Les deux guerriers avaient été sollicités par leur ancien maître Alzénar pour aller récupérer un manuscrit auprès d'un vieux Crâ qui vivait à Phopré. C'était pas une mission importante mais ils étaient à proximité et devaient retrouver Alzénar à Bonta peu de temps après alors c'était une bonne occasion. Évidemment, ils avaient atteint la cité juste pendant la périoded es fêtes et les deux enfants avaient la tête ailleurs.

« -Restez ensemble et n'allez pas très loin, prévint Weldor en jetant un regard un peu inquiet à sa protégée.

-Allez maman poule, se moqua son aîné, ça ira. »

Après avoir choisi un lieu où se rejoindre environ une heure plus tard, les deux frères partirent laissant les deux enfants profiter de la fête pendant un moment. Raphaël et Evangelyne continuèrent d'abord à regarder les acrobates avant de se diriger vers des cracheurs de feu puis des musiciens et des danseurs...Quand enfin, l'heure du rendez-vous approcha, ils se dirigèrent vers la place où les deux Crâ devaient les rejoindre, tout en profitant des festivités.

Evangelyne suivait son frère tout en observant les vitrines décorées des diverses boutiques qui encadraient la rue, quand soudain elle heurta quelqu'un.

« -Pardon, je suis désolée, s'excusa t-elle tandis que l'homme se retourner pour lui faire face. »

C'était un Ecaflip. Un grand sourire sur son visage, il balaya de la main son excuse.

« -Ce n'est rien, petite Crâ, c'est moi j'aurais du regarder où j'allais. »

L'homme expliqua qu'il marchait à reculons pour parler à ses amis, avant de la percuter. Evangelyne remarqua alors que effectivement, un groupe de Féca et d'Ecaflip de différents âges l'accompagnait. Ils avaient tous des costumes un peu étrange, un air taquin, et d'étranges instruments.

« -On va faire des spectacles de magie, expliqua l'Ecaflip face à l'air perplexe et curieux de la fillette. Pour m'excuser, veux tu que je te lisse ton avenir dans les cartes ? »

Avec un grand sourire, il sortit un paquet de carte de nulle part et joua avec, les faisant apparaître et disparaître, attirant l'attention de plusieurs passants.

« -Euh non, merci c'est gentil mais je ne préfère pas, refusa poliment la petite Crâ, qui n'aimait pas du tout l'idée d'avoir un avenir tout tracé.

-Oh tu es sûre ? Demanda l'Ecaflip un peu déçu.

-Ah Pete, laisses la demoiselle, tu vois bien que tes prédictions n’intéressent personnes, intervint un Féca avant de se tourner vers Eva. Tout le monde préfère mes tours, est ce que tu veux que...

-Désolée, le coupa Evangelyne mais je dois vraiment rejoindre mon frère. »

Elle indiqua Raphaël qui l'attendait à quelques pas et le dénommé Pete se moqua alors de son ami. Profitant que les deux hommes se chamaillaient pour savoir lequel de leur tour était le meilleur, la Crâ se faufila à travers leur groupe de magicien pour rejoindre son frère quand soudain quelqu'un attrapa son bras. Surprise, elle se retourna et se retrouva face à une vieille Féca aux cheveux bleus pâles et aux yeux d'un blanc vitreux étrange qui lui donnèrent l'impression d'être analysée jusqu'au fond de son âme. Un peu apeurée par le regard de cette femme, Evangelyne essaya de se défaire de la prise qu'elle avait sur son poignet mais la vieille dame ne lâcha pas.

« -Lâchez moi, s'il vous plaît, demanda la fillette.

-Tu es l'élue ! Marmonna la femme. »

Evangelyne se figea. Affolée que cette femme sache cela, elle essaya de se libérer mais la prise de la vieille Féca se resserra. Raphaël remarqua que quelque chose n'allait pas et accourut aussitôt vers sa sœur.

« -Lâchez là, grogna t-il en attrapant le bras de la femme. »

Mais au lieu d'obéir, la vieille dame poussa le garçon au sol de son bras libre avant de tirer la petite Crâ à elle et lui souffler à l'oreille :

« -Tant que l'élue ne s'acceptera pas comme telle, la proximité de ceux de son sang sera fatale à ce qu'elle est ! »

Pétrifiée, Evangelyne ne put que regarder les yeux translucides de la vieille Féca quand soudain quelqu'un attrapa la femme et l'éloigna brusquement d'elle. En une fraction de seconde, Eva se retrouva à l'abri derrière Weldor et Raphaël tandis que Vénor tenait la Féca à distance. Les deux guerriers Crâ avaient aperçu de loin l'interaction alors qu'ils venaient juste de rejoindre le point de rendez-vous.

Des gens dans la foule s’arrêtèrent pour regarder mais personne ne semblait avoir remarqué ce qu'il s'était passé. Pete et ses amis vinrent aussitôt auprès de la Féca dont les yeux virèrent soudainement aux bleus foncés. La femme sembla alors un peu désorientée et un des Féca du groupe l'aida à tenir debout.

« -Je peux savoir ce qu'il se passe ? Grogna Weldor mécontent.

-Euh Désolé, ça lui arrive de temps en temps, expliqua Pete. Elle est comme possédée et prédit des choses.

-Des choses ? Répéta Vénor, suspicieux. Quel genre de chose ?

-Je ne sais pas trop, ça dépend des personnes. Elle ne s'en rappelle pas généralement. Mais votre petite pourra mieux vous dire, fit remarquer l'Ecaflip s'approchant d' Eva, toujours choquée. »

Weldor s'interposa et lui lança un regard menaçant. Pete sembla comprendre et leva les mains en l'air en signe de soumission avant de s'éloigner avec le reste de son groupe. Weldor attendit qu'ils soient partis avant d'attraper Evangelyne dans ses bras et, suivit de son frère et de Raphaël, ils quittèrent la ville.

Ce n'est qu'une fois à l’extérieure de la cité qu'ils demandèrent à Evangelyne de leur dire mot pour mot la prophétie de l'étrange femme. D'abord sceptiques, aucuns d'eux ne crut à cette étrange tirade. Mais quand environ deux semaines après la petite Crâ attrapa un maladie rare et ne se mit à aller mieux que quand Vénor et Raphaël partirent chercher une plante pour l'Eniripsa, les deux archers se demandèrent si la prophétie n'était pas si juste que ça.

« -Vous voulez dire que si Eva reste avec son frère, elle va mourir ? Demanda Amalia surprise.

-Apparemment, souffla Weldor. On a jamais pris le risque d'aller jusque là mais à chaque fois qu'ils sont ensemble, passé deux à trois semaines, quelque chose se passe. Une fois, Eva est tombée malade, une autre fois, elle a failli recevoir une flèche, encore une autre fois, elle a failli se noyer. Etc...Toujours des accidents mais toujours potentiellement mortel,comme une menace. C'est la raison pour laquelle elle ne te parlait pas de son frère. »

Amalia comprenait mieux et, d'une certaine manière, accepta cette explication. Mais elle n'avait pas encore pardonné à Eva.

« -Excepté sa famille, qui est un sujet sensible, poursuivit Weldor qui savait que la Sadidette se posait encore des questions qu'en à son amitié pour Evangelyne. Elle te parlait de tout. Tu sais beaucoup de choses sur elle.

-Mais pas le plus important, marmonna la princesse.

-C'était le passé, Amalia. Avec toi, Evangelyne vivait dans le présent, fit remarquer le Crâ.

-Mais tout cela n'était qu'un mensonge Weldor ! S'exclama la Sadida, avant de pointer du doigts la petite Crâ en contre bas. Cette enfant n'a rien en commun avec la Eva que je croyais connaître !

-En effet, elle est plus joyeuse et insouciante que l'amie que tu as eu mais...

-Je ne parle pas de ce qu'elle a traversé, coupa Amalia. Oui, son passé l'a marqué et je le comprends. Mais enfin regardez là, Weldor ! Elle est physiquement tout ce que Eva disait ne pas aimer ! Elle...elle porte une robe ! »

En d'autre circonstance, le Crâ aurait sûrement ri en voyant le visage si incrédule de la princesse qui donnait l'impression de venir de dire le plus gros blasphème possible.

« -Bon sang, Weldor, on devait manigancer et batailler pendant des heures pour lui faire enfiler quelque chose d'un tant soit peu féminin ! Et là, j'apprends qu'enfant, elle était plus coquette que moi à son âge ! Et je ne parle même pas de ses cheveux ! Rajouta la Sadida en levant les yeux au ciel. J'ai mi des années à la convaincre de se les laisser pousser alors qu'en fait elle adore les avoir long !

-Ce n'est pas ce que tu crois, Amalia. Evangelyne ne t'a jamais menti, dit calmement l'archer.

-Vraiment ? Se moqua la princesse. Parce que tout va dans ce sens pourtant. »

Weldor poussa un soupir.

« -Tu as raison, admit le Crâ. La petite Evangelyne que tu vois là, est tout ce qu'il y a de plus banale pour une fillette de son âge. Elle aime les robes, les bijoux, les fleurs et elle ADORE avoir les cheveux longs ! Ajouta-il de façon exagéré. »

Un léger sourire se dessina sur ses lèvres tandis que son regard contemplait des choses que seul lui pouvait voir.

« -Emmanyelle cultivait cela chez elle. »

Amalia resta silencieuse au nom de la sœur d'Eva et attendit sagement qu'il poursuive.

« -Cevelyne était une guerrière mais elle avait toujours gardé un coté féminin très prononcé malgré le fait qu'elle ait été entourée d'hommes. Je suis sûre que c'est quelque chose qu'elle a développé chez ses filles, partagea le Crâ. Quand on les a ramené, Emma, en tant qu’aîné, a pris soin de Raphaël et Lily. On était là pour prendre soin d'eux mais elle était là pour continuer à faire vivre le souvenir de leur mère. Elle le faisait par de petits gestes simples mais familiers et quotidiens. Comme coiffer les cheveux d'Evangelyne... »

Amalia savait pourquoi Weldor avait pris cet exemple. Tout de suite après avoir rencontré Eva, la princesse avait voulu coiffer la jeune Crâ et malgré de nombreuses protestations, la blondinette avait fini par accepter.

« -Ses cheveux, sa coquetterie... c'était des choses que Evangelyne partageait avec sa mère et sa sœur. Alors quand Emma a été tuée, elle a enterré tout cela avec elles. Littéralement, précisa le guerrier. Lors de l'enterrement de sa sœur, Elle a attrapé un couteau et avant que l'un de nous n'ait le temps de réagir, elle s'est coupée les cheveux et les a posé sur la tombe d'Emma. Un geste mal compris par la plus part des personnes présentes mais pour nous, c'était une promesse. La promesse de ne plus être cette petite fille fragile qui n'avait rien pu faire ! À ce moment là, elle est devenue la Eva que tu as connu. »

Weldor jeta un regard à la Sadida.

« -Mais tu dois comprendre, Amalia, continua l'archer. Evangelyne avait vraiment changé. Quand tu l'as connu, elle n'avait ni porté de robe, ni laissé ses cheveux pousser depuis des années. Elle en détestait la simple idée. Elle ne voulait même pas en entendre parler. Même son frère ne pouvait la faire changer d'avis... mais toi, tu as réussi. »

Amalia regarda le Crâ sans comprendre.

« -Je ne vois pas en quoi, dit la princesse. Eva était totalement contre l'idée de porter une robe.

-Certes, elle n'aime pas trop parce que c'est devenue une guerrière, mais elle le fait de temps en temps et tu es la seule à réussir à la convaincre de cela, fit remarquer Weldor.Comme tu es la seule à avoir réussi à la faire accepter de se laisser repousser les cheveux. Même si elle les accroche, c'est un grand pas pour elle.

-Pourquoi moi ? Demanda Amalia sans comprendre. Pourquoi avoir accepté mes caprices si elle n'écoutait même pas son frère. »

Weldor se pencha alors vers la princesse et lui murlura comme si c'était une confidence :

« -Parce que tu es celle qu'elle considère comme sa sœur. »

Amalia sentit alors toute la déception qu'elle avait eu vis à vis d'Evangelyne fondre comme neige au soleil alors qu'elle comprenait enfin. Elle se souvenait de la petite Crâ qui lui coiffait les cheveux le soir, l'aider à choisir des robes et à s'habiller, et passer du temps à contempler les fleurs du jardin royal avec elle. Evangelyne avait enterré ce coté de sa personnalité avec sa mère et sa sœur mais elle avait finalement trouvé en la petite Sadida, une sœur avec qui reproduire ce schéma. Et pour la première fois, Amalia ne douta pas que c'était comme telle que Evangelyne l'a considéré. Comme une sœur !

Weldor sourit en voyant la compréhension et l'acceptation sur le visage de la princesse. Certes, Evangelyne n'avait jamais vraiment renoué avec ce coté féminin qu'elle avait en elle, mais pour Amalia, elle avait fait un effort. Et c'était ces petits gestes qu'elle avait eu, et qui maintenant prenaient sens pour la Sadida, qui montraient l'affection qu'elle avait vraiment pour la princesse.

Le sourire aux lèvres, Weldor se leva et laissa la princesse. Il avait fait son travail. C'était maintenant à Amalia de découvrir auprès de la petite Evangelyne, que leur lien existait toujours.

0 0
Score : 883

Décidément tu écrit trop bien !!

On attend la suite avec impatience !!

Tinellana, Bontarienne de naissance 

0 0
Score : 2

c'est trop excellent biggrin 

0 0
Score : 159

Enfin la suite !!! happy
c'est trop bien j'adore vraiment ta fic espérant qu on n'aura la suite bientôt biggrin 

0 0
Score : 797

Rien à dire . C'est parfait ! On comprend de mieux en mieux Eva et son passé. Une question ?

Ankam t'as contacté pour que tu écrives une histoire pur eux ?

Parce que tu es l'une des pilliers de la section fanfictions avec Floflora et Tati-mimi en ayant ton propre style. C'est juste ce qu'il faut c'est très bien condensé, les personnages sont très bien decrits, l'ambience, tout. Tu es une des perles de ce forum. Une fautes ou deux mais faut bien lire pour s'en rendre compte. C'est l'une des meilleurs fanfictions de wakfu ou alternatives.

Et la suite attendu avec impatience!

0 0
Score : 126

Quand je lis ta fanfic j'ai envie de te dire tout simplement merci. Tu prends ton temps mais le résultat est soigné alors je pense que ça vaut le coup d'attendre. Continues!

0 0
Score : 536

Salut ! Je suis nouvelle sur ce forum et j’ai lu avec attention cette fan fiction !

Je dois dire que tout ce suspens, le mystère et l’action… c’est trop… Je ne peux pas dire à quel point j’adore !!! biggrin

Les caractères des personnages sont extrêmement bien reproduits, et le passé d’Evangélyne est juste troop bien imaginé !!!!

Lily t’écrit trop bien ! Tu es sure d’être une humaine ?

Mais je me pose encore 2 questions : pourquoi Evangélyne ne se souvient pas du rêve pendant le rituel de reconnaissance ?

Et surtout : QUI est l’homme en noir (je ne pense pas que ce soit eytan)ph34r

J’attends la suite avec impatience !

0 0
Score : 17

salut, j'ai enfin pu poste mon premier message sur cette fic et elle est trop bien biggrin dommage qu'il n'y a toujours pas la suite sad
j’attends, et j'attendrais le temps qu'il faudra pour la suite de ta super-fiction, mais surtout ne l'abandonne pas !!! même si la saison 2 est déjà sorti et qu'elle contredit... un peu... ta fic... mais moi sa ne me gaine pas tant que tu l'as fini.

0 0
Score : 536

Déjà 2 mois et 4 jours... Ca n'a jamais été aussi long sad ! Mais on attendra le temps qu'il faut !
Poste nous vite la suiiite !!!
--- Nim ---

0 0
Score : 306

Coucou tout le monde,

Ouah ! Merci tout lemonde pour vos commentaires, ça fait vraiment plaisir ! laugh Je suiscontente de voir que mon dernier chapitre vous ait plu. Je n'étaispas très sur de moi sur certains points. Et je suis vraiment touchéede voir que ça vous plaît autant ! Surtout Ioslesombrean etLunedeminuit, vos messages m'ont beaucoup fait rire. C'est vraimentgentil mais oui je suis humaine tongue et non Ankama ne m'a pas contacté.Je ne pensais pas que ma façon d'écrire plairait autant !

Pour répondre auxquestions :

Lunedeminuit, Evangelynene se souvient pas de ce qu'il se passe durant le rituel parcequ'elle fait une sorte de blocage dû à ce qu'elle a vécu dans sonpassé. Mais dans le chapitre 32, quand Evangelyne parle avec sonfrère, elle lui avoue s'être souvenue de ce qu'elle avait vu durantle rituel : elle a vu ses amis mourir. Sa plus grande peur estde perdre ceux qu'elle aime et c'est ce que le rituel lui a faitvivre ! Mais je reviendrais sur ce qu'elle a vu peut être unpeu plus en détail dans les chapitres suivants.

Quand à savoir qui est l'Homme ennoir...ahahaha secret, secret ! ph34r Mais ce nouveau chapitre traiteun peu de ce mystère alors vous allez voir.

Jesuis navrée de pas avoir postée plus tôt sad mais j'avais beaucoup dechoses de prévues et très peu de temps de libre pour écrire lasuite. :wacko: Dans tout les cas, j'ai recommencé un rythme d'écriture quidevrait me permettre de poster la suite plus rapidement puisqu'elleest déjà en cours. Les chapitres suivant seront peut être un peuplus courts mais cela me permettra de poster plus souvent ! Eton s'approche de la fin, je dirais un peu moins d'une dizaine dechapitre ! biggrin

Dansce nouveau chapitre, on suit un peu tous les personnages mais jepense que vous serez heureux d'apprendre que la confrérie revient audevant de la scène !

Merci encore àtous pour vos commentaires. Je suis contente de voir que je n'ai pasperdu mes lecteurs malgré le temps qui passe.

Bonne lecture

Chapitre 51

Les épées fendirent l'air ets'entrechoquèrent avec violence, avant de se séparer à nouveau.Avec force, Léyène parât avec son épée l'assaut suivant de sonadversaire qui se tenait sur sa gauche tout en tranchant avec sadague la poitrine du second sur sa droite. Elle envoya un violentcoup de pied dans le ventre du premier qui tomba en arrière puistourna sur elle même en tranchant l'air de sa lame qui décapita lesecond. Avant que le survivant n'est le temps de l'attaquer ànouveau, elle lui asséna un coup de pommeau dans la figure et luienfonça sa dague dans le cœur. Elle ne prit pas le temps de voir lecorps s’effondrer sur le sol lorsqu'elle dégagea sa lame de sesentrailles. Elle se retourna et envoya avec force sa dague quitraversa les quelques mètres qui la séparait de Mérion et vints'enfoncer dans le crâne de l'homme qui tentait de prendrel'Eniripsa à revers.

La Sacrieur n'eut pas le temps de le rejoindrepour l'aider, que le guérisseur avait déjà vaincu ses deuxadversaires restants. Il avait beau ne pas aimer ça, Mérion étaitun combattant d'exception.

« -Quel gâchis ! Souffla le vieilhomme en regardant les corps sans vie des quinze hommes de mains quel'Homme en noir avait envoyé à leur poursuite.

-En effet, admit la guerrière en récupérantses armes et en les rangeant. Malheureusement, ils ne nous ont paslaissé le choix. »

Ce n'était pas dans la nature des demi-dieuxde tuer, du moins pas sans raison. Et dans ce cas, ils n'avaient pasle choix. Chaque homme aux services de leur ennemi étaient un dangerpotentiel pour l'élue . Le risque était trop important. Alors,quand Mérion et Léyène avaient remarqué qu'ils étaient suivis,peu de temps après avoir quitté le temple Sacrieur, ils avaientdécidé de surprendre leurs poursuivants.

« -Allons-y ! Souffla finalementl'Eniripsa, en mettant de coté ce carnage engendré par l'homme ennoir. Maintenant que nous avons récupéré les objets sacrés de nosparents, il est temps pour nous de rejoindre Weldor et les autres.

-Oui, accepta la Sacrieur avant d'ajouter :Mais nous devrions faire quelques détours, au cas ou. »

Se fiant aux instincts de combattante de sapartenaire, le guérisseur donna son accord d'un simple hochement detête et ils se mirent en route. Après tout, ils avaient encore dutemps. Un peu plus de deux jours s'étaient écoulés depuis leurdépart et ils n'avaient rendez-vous qu'à partir du quatrième jourau temple Crâ. De là, il ferait venir Evangelyne et les autres.

Mérion espérait qu'il parviendrait àdébloquer la mémoire de l'enfant pour la faire redevenir qui elleest réellement.

Sans cela, l'avenir était incertain...

________________________________________________________________________________

Des petits êtres entièrement noirs avec degrands bras tendus vers le haut s'approchèrent d'elle rapidement etl'encerclèrent, la menaçant de leurs griffes...

Dans un tourbillon de longues plumes noirs,la créature au bec de métal s'élança vers elle...

Il aurait pu passer pour un homme mais sapeau blanche et ses cornes noirs étaient trop étranges. Quand àson regard, il semblait normal jusqu'à ce qu'il devienne entièrementblanc et la pétrifie sur place, lui volant jusqu'à son âme...

L'énorme créature grise sauta brutalementà coté d'elle, faisant trembler le sol sous son poids. Ilressemblait à un ogre avec une immense crinière rousse et deuxgrands crocs qui dépassaient d'un bouche pleines de dentsaiguisées...

« -NOOON !! »

La petite Evangelyne se réveilla en hurlant.Elle se redressa brusquement dans son lit, le corps couvert de sueur,tremblante de peur.

« -Lily ? »

La fillette sursauta. Perdue dans les vestigesde son rêve, elle avait oublié la présence d'Amalia à cotéd'elle. Elle la vit sans vraiment la voir et resta figée dans sonlit, les yeux perdu dans le vague.

N'obtenant aucune réponse de la petite Crâ,la princesse repoussa les draps et quitta la chaleur de son lit.Lorsqu'elle fût suffisamment proche, Amalia remarqua le regard perdurempli de peur d'Evangelyne. Voir autant de crainte dans les grandsyeux verts de son amie lui fendit le cœur. Elle s'empressa deprendre la petite fille sur ses genoux et la serra dans ses bras. Evase recroquevilla contre elle et enfouie son visage dans les cheveuxverts de la Sadida. L'odeur de bois, d'herbe et de feuille tendre quiémanait de la princesse avait l'étrange don de l'apaiser sansqu'elle n'en comprenne vraiment la raison.

Amalia s’apprêta à lui parler quand unfaible coup fut frapper à la porte. Caressant doucement les cheveuxde la petite Crâ, la Sadidette leva les yeux pour voir la tête deRaphaël apparaître dans l'embrasure de la porte.

Les deux filles dormaient dans la même chambred'ami de la grande demeure. Raphaël et Raven étaient dans unechambre adjacente tandis que Tristepin, Yugo et Adamaï se trouvaientdans l'autre. Ruel, quand à lui, était soupçonné par ses amis dedormir directement dans la salle du trésor...

« -Est ce qu'elle va bien ?S’inquiéta le Crâ qui avait sans aucun doute entendu sa sœurcrier.

-Ça va aller, le rassura Amalia. Je m'enoccupe. »

Raphaël sembla hésiter un instant. Mais laprincesse semblait sur d'elle alors il lui fit confiance. Après undernier regard pour la fillette, il repartit se coucher, persuadéque sa sœur était entre de bonnes mains. Amalia attendit qu'il soitparti, continuant à caresser doucement les longs cheveux blonds dela petite fille, puis elle se mit à fredonner une mélodie que samère avait l'habitude de lui chanter quand elle dormait mal. Pourelle, Evangelyne avait utilisé cette mélodie après la mort de laReine des Sadidas. C'était maintenant à son tour de l'apaiser aveccet air.

C'était l'une des seules solutions pour lacalmer...

Lors de la première nuit qu'ils avaient passéchez Ruel, juste après le départ de Weldor et des demi-dieux,Evangelyne avait hurlé dans son sommeil. Raphaël avait bien sûraussitôt accouru, croyant qu'elles étaient en danger, et avaitrapidement compris la situation. Après avoir dorloté la petitefille en chantonnant et avoir réussi à la rendormir, il avaitexpliqué à Amalia que, enfant, Evangelyne avait eu pendant trèslongtemps des cauchemar terribles. À n'en pas douter un effetsecondaire d'avoir vu sa mère, puis plus tard, sa sœur, se faireassassiner sous ses yeux. Mais il n'avait jamais vraiment su lecontenu de ses mauvais rêves. Evangelyne refusait systématiquementd'en parler. Essayer de la forcer à parler après l'un de sescauchemars étaient une très mauvais idée. Alors Emmanyelle et luiavaient pris l'habitude de la tenir contre eux, en lui murmurant desparoles rassurantes ou en sifflotant des airs calmes.

La seconde nuit, quand Raphaël avait débarquédans la chambre après avoir entendu sa sœur crier, il avait eu lasurprise de trouver la petite Crâ enfouie dans les bras de laSadidette qui, suivant son conseille, chantonnait doucement dans lecreux de l'oreille de l'enfant.

« -Tu te sens mieux maintenant ?Demanda gentiment Amalia après avoir fini la douce mélodie. »

Émergeant du cocon de protection et detendresse que la Sadidette avait créé pour elle, Evangelyne relevases grands yeux verts vers la princesse et hocha doucement la tête.Mais dans son regard, la Sadida sembla voir une pointe de crainte.Ses soupçons furent confirmés quand elle essaya de rallongerl'enfant et que celle-ci resserra ses petits bras autour de son cou.Amalia n'hésita pas. Elle décala un peu la petite fille ets'allongea à coté d'elle. Evangelyne vint aussitôt se coller àelle. La princesse la serra alors dans ses bras et continua àcaresser doucement ses cheveux pour la bercer.

« -Ne t'inquiètes pas, je suis là. Jete promets, je reste près de toi, souffla Amalia. Ce ne sont que descauchemars... »

Des cauchemars.

La petite Evangelyne ne répondit pas. Elle secontenta de puiser du réconfort dans la présence de son amie. Maisles images étranges qui défilaient dans son esprit depuis plusieursnuits n'avaient rien à voir avec ses cauchemars habituelles. Ellesétaient souvent trop rapide pour qu'elle s'en souvienne vraiment.Mais la fillette savait que ce n'était pas normal. Elle se demandasi c'était les rêves que le grande Evangelyne avait l'habitude defaire. Si c'était ce dont elle avait peur maintenant qu'elle étaitdevenue grande...

Mais toutes ses images n'avaient rien de réelet parfois même n'avait rien d'effrayant. Après tout, les géniesen chocolat et les monstres composés de croissants et de briochesn'existaient pas ! Tout comme les flaqueux ne pouvaient pasattaquer des Taures !

Ce n'était que des cauchemars...

Oui, après tout, pensa la petite Evangelyne ens'endormant. Voler sur le dos d'un immense dragon noir, ça ne peutpas être vrai...

________________________________________________________________________________

« -Une enfant, tu dis ? »

Weldor hocha la tête en réponse à laquestion de son maître. Alzénar semblait avoir du mal à assimilerla situation.

Les deux hommes marchaient côte à côte dansles longues coursives qui entouraient le patio du temple Crâ. Weldoravait rallié le sanctuaire des archers depuis seulement quelquesheures après avoir passé les deux jours d'avant à informer leconseil des Douze des intentions de l'Homme en noir. À l'aide d'uneflèche de rappel, il était parvenu en un clin d’œil auprès deson ancien mentor qui veillait désormais sur le temple de leurdéesse. À l'abri des oreilles indiscrètes, il lui avait résuméles derniers événements, cette fois en n'omettant pas la situationd'Evangelyne.

« -Et Léyène et les autres demi-dieuxn'ont aucune idée de la raison pour laquelle Il a utilisé cettemachine sur elle ? Questionna le vieux Crâ.

Alzénar avait déjà rencontré la majeurpartie des demi-dieux au cours de sa longue vie de guerrier. Il avaitconfiance en eux et en leurs connaissances. Savoir que même lesenfants des dieux ignoraient les véritables intentions de leurennemi l’inquiétait.

Weldor hocha négativement la tête.

« -La tuer ne nécessitait pas autant decomplications. Il avait sans doute un autre but. Mais à part larajeunir, Mérion n'a pas su dire ce que cette machine aurait pufaire d'autre, admit le plus jeune des Crâ.

-Mmh, grommela Alzénar songeur. Maintenant aumoins, nous savons pourquoi Evangelyne s'est vu confier l'arc de Crâ.Malheureusement, on peut aussi être sûr que l'Homme en noir est aucourant et qu'il la recherche. Quelque soit ses plans, Il fera toutpour la retrouver afin d'être sûr qu'elle ne puisse pas lecontrecarrer. »

Le vieux guerrier s'arrêta et posa une mainsur l'épaule de son ancien élève.

« -J'ai confiance en ta décision de lalaisser auprès de cette confrérie du Tofu. Cependant, je seraisquand même plus rassuré quand Evangelyne sera ici avec lesdemi-dieux et les membres du temple pour la protéger, admit Alzénar.

-Cela sera bientôt le cas. Léyène et lesautres devraient arrivés demain. Quand ils seront là, j'enverraiune flèche à Raphaël et ils nous rejoindront tous ensemble,expliqua Weldor.

-Bien, murmura l'aîné en reprenant la marche.Bien. »

Ils restèrent un moment silencieux, chacunperdu dans ses propres pensées et interrogations.

« -J'espère vraiment que Mérion a vujuste et que Evangelyne pourra redevenir elle-même. Sinon qui saitce que l'Homme en noir fera sans personne pour l’arrêter, soufflal'ancien maître mais Weldor ne répondit pas. Oh je sais que tun'aimes pas l'idée de la voir combattre contre cette homme.Malheureusement, elle n'a pas le choix. Il faut l'arrêter, avantqu'il ne tue encore plus de monde... »

Alzénar avait murmuré sa dernière phrase,comme si elle n'était pas vraiment destinée à être entendu.Weldor savait très bien pourquoi. La mort récente de son frèreVénor les avaient tout les deux énormément affecté. Le vieilguerrier Crâ ne s'était jamais vraiment remis de la perte de ceuxqu'ils considéraient comme ses enfants. Comme pour les deux plusjeunes des frères Zorène, l'absence de Cehléf, Cevelyne,Evangelyne, et Eytan, puis plus tard celle Aïden, Camélien etUlnor, le faisait énormément souffrir. Depuis l'attaque sur letemple Crâ, Vénor, Alzénar et Weldor étaient devenus encore plusproches et ne tenaient que par le lien qui les unissaient et pour lebonheur des deux petits Crâ qui leur rappelaient tant leurs amis.

Alzénar poussa un soupir et mit de coté sessombres pensées pour se pencher sur d'autres problèmes.

« -Je repense à ce que tu m'as dit toutà l'heure. L'enfant, Yugo, n'a peut être pas tort. Son idée commequoi l'Homme en noir serait derrière l'attaque du temple il y aquatorze ans n'est pas mauvaise. Je me suis moi-même posé laquestion depuis peu, avoua Alzénar. Même si on ne sait paspourquoi, cette attaque ressemble beaucoup à celle qu'Il a mit enplace contre les autres temples.

-Certes, mais pourquoi attendre tant de temps ?J'avais aussi fait le rapprochement mais ce n'est pas logique, fitremarquer Weldor.

-Malheureusement, la logique est souventdifficile à trouver dans l'esprit d'une personne démente.

-Que savez vous que j'ignore et qui vous pousseà croire qu'Il est derrière tous ça ? Demanda le jeune Crâqui connaissait bien son mentor.

-J'ai fais quelques recherches pour le Conseildepuis que l'Homme en noir est apparu, l'informa le vieil guerrierqui était très estimé par les membres du conseil et qui avaittoujours su enquêter dans des situations étranges. J'ai découvertplusieurs traces, dans différentes régions et à différentesépoques, d'activités illicites, ainsi que de meurtres semblables àceux de l'Homme en noir. Rien ne prouve que c'est bien lui mais sic'est le cas et bien que je ne sois pas remonté quatorze ans enarrière, cela prouve que Ses actions sont bien plus vieilles que ceque l'on pense.

-Vos recherches vous ont telles donné unindice sur son identité ? Demanda Weldor après avoir pris letemps d’assimiler ces nouvelles informations.

-Mmh, ce ne sont que des suppositions, prévintle vieil Crâ. Mais plusieurs éléments me laissent penser que,contrairement à la croyance populaire, l'Homme en noir ne serait pasun Sram.

-Il en a pourtant toutes les capacités et esttoujours apparu sous cette forme, rappela l'ancien élève.

-En effet, mais il n'est apparu pour la toutepremière fois qu'après la disparition du demi-dieu Sram, fitremarquer Alzénar. Je suppose qu'il a été sa première victime etqu'il utilise ses pouvoirs grâce à la machine dont tu m'as parlé.Avant il devait cacher son identité autrement.

-Possible, accepta Weldor. Mais si ce n'est pasun Sram, que pensez vous qu'il puisse être ?

-Étant donné les récentes découvertes et ceque tu m'as appris, ...

Alzénar s'arrêta. Il sembla un peu hésiteravant de finalement se tourner vers son ancien apprenti.

« -Je dirais qu'il s'agit d'un Crâ ! »

Surpris, Weldor secoua la tête.

« -C'est impossible voyons. Nous avonsinterrogé ensemble tous les Crâ susceptibles d'avoir pu révélerl'existence des passages sous le temple, rappela le jeune archer.Aucun d'eux n'a...

-Pas tous, l'interrompit Alzénar et Weldorcomprit alors ce que son ancien mentor voulait dire.

-Vous ne pouvez pas réellement penser qu'ilpuisse être responsable de cela ? Demanda t-il choqué.

-Il fut un temps ou non, cela ne me serait mêmepas venu à l'esprit. Mais l'Eytan que nous avons connu a disparu ily a des années et aucun de nous ne sait ce qu'il est devenu.

-Mais...commença Weldor avant d'être coupépar son mentor.

-J'espère de tout mon cœur que j'ai tort,avoua Alzénar sincèrement. Mais je n'ai jamais réussi, malgrétoutes mes recherches, à mettre la main sur lui. Et la seulepersonne dont j'ai autant de mal à retrouver la trace, c'est...

-L'Homme en noir, compléta le plus jeune desguerriers. »

Alzénar hocha la tête en laissant s'échapperun lourd soupir.

« -Nous ne pouvons nous permettre deprendre le risque de le croire innocent sans preuve qu'il l'est belet bien, Weldor, déclara le vieux guerrier même si cela lui pesait.C'est pourquoi je voudrais vérifier quelques détails de sécuritéavec toi avant l'arrivée d'Evangelyne. »

Bien qu'il n'aimait pas l'idée que l'un desses anciens compagnons d'armes puisse être responsable, Weldoraccepta. Après tout, rien ne comptait plus à ses yeux que lasécurité de sa protégée.

________________________________________________________________________________

La petite Crâ regarda le ciel avecémerveillement. Elle tendit les mains en l'air et attendit. De sesgrands yeux verts, elle suivit la lente descente des pappus depissenlit qui, après avoir tournoyé dans les airs, vinrentfinalement se poser sur le bout de ses petits doigts. Un immensesourire fendit le visage de l'enfant.

« -Encore, réclama Evangelyne, sa voixpleine d’excitation, avant d'ajouter plus poliment.S'il-te-plaît ? »

Amalia rigola avant de poser à nouveau la mainsur le sol. En une fraction de seconde, une lueur verte apparu soussa main et des pissenlits se mirent à pousser entre ses doigts.Quand elle fut satisfaite de leur taille, la princesse se pencha etsouffla sur l'un d'eux. Les pappus de la plante se détachèrent etse mirent encore une fois à voler devant la fillette.

Evangelyne les regarda s’élever dans lesairs avant de retomber doucement sur l'étrange chien de Ruel qui semit alors à remuer la truffe, renifler avant de finalement éternueren se transformant pendant l'espace d'une seconde en un énormecolosse. Absolument pas surprise, l'enfant rigola face à l'airétonné du petit chien. Elle l'avait déjà vu se transformer aprèsque Tristepin l'ait un peu trop embêté. L'énorme créature qu'ilétait devenu aurait dû lui faire peur mais l'animal, malgré sacolère contre le Iop, semblait l'avoir reconnu elle. Après avoircoursé le guerrier roux, il s'était contenté de venir s'asseoirsagement à ses pieds avant de redevenir un chiot, comme si elleétait son propriétaire. Ruel avait été surpris.

La petite Crâ se retourna vers la Sadidettequi s’apprêter à souffler de nouveau sur l'une des pousses. Maisavant qu'Amalia n'est le temps de faire quoique ce soit, une énormebourrasque de vent souffla derrière elle et tout les pissenlits semirent à voler en suivant la petite tornade.

« -Qu... ? S'étonna Amalia avantd'entendre glousser derrière elle. »

La princesse fit volte face et vit alors Ruelqui faisait tournoyer sa pelle créant ainsi ce vent étrange. LaSadida s’apprêtât à grogner contre le vieil Enutrof mais le rirede la petite Crâ la coupa. Evangelyne sautillait au cœur de latornade en tentant de rattraper les morceaux de la plante. Sescheveux virevoltaient dans le vent et un immense sourire brillait surses lèvres. Comment se mettre en colère dans un moment pareil ?

Soudain une lueur bleu apparut et d'un seulcoup, le vent et les pissenlits disparurent. Surprise, Evangelynes’arrêtât et regarda le ciel perplexe avant de tourner la têtedans tous les sens à la recherche de Yugo. Elle n'eut pas le tempsde l'apercevoir qu'un portail s'ouvrit à coté d'elle et que le ventet les pissenlits se mirent à virevolter autour d'elle, glissant surson cou et son visage, la faisant glousser de joie. Quand le ventfinit par diminuer, un gerbille blanc et bleu sauta sur la filletteet la renversa doucement au sol où Evangelyne s'étala en rigolantpendant que Adamaï la chatouillait sans merci.

« -Ah arrêtes Ad, s'il te plaît !Supplia Eva. »

Apparemment satisfait, le dragon reprit sonapparence normal avant de s'étaler au sol à coté d'elle. De sapetite main, l'enfant attrapa sa patte griffue. Allongée sur le dos,les yeux rivés sur le ciel, la petite Crâ reprit sa respirationtout en pensant à ses nouveaux amis.

Amalia, Adamaï, Ruel, Tristepin et Yugo...

La confrérie du Tofu...

C'était un groupe assez étrange au premierabord : une Sadida, un Iop, un Enutrof, un garçon et son jumeaudragon. Mais aussi bizarre que cette association pouvait être,Evangelyne s'y était vite habituée.

Son frère lui avait dit qu'elle était lesixième membre.

Elle n'en avait aucun souvenir !

Rien. Aucune impression, aucun sentiment. Uneardoise vierge. Elle avait du réapprendre à les connaître et, enun peu plus de trois jours, elle s'était rapidement attaché à euxet comprenait pourquoi la grande Evangelyne était devenu leur amie.Chacun, à leurs manières, avait quelques choses de spécial. Maisils étaient tous d'une grande gentillesse.

Ruel était, pour ses yeux d'enfant, un vieilhomme un peu paresseux, parfois grognon et extrêmement avare.L'Enutrof n'avait pas hésité à lui interdire certaine salle de sonimmense demeure sous prétexte que les enfants étaient tous deschamailleurs et qu'elle risquait de détruire quelque chose deprécieux à ses yeux. La fillette avait aussi rapidement appris quele réveiller signifier prendre le risque de se faire menacer par unepelle. Quand à son or, la petite Crâ ne préférait même pasrepenser à la scène sinistre que le vieil radin lui avait décritepour lui faire comprendre qu'elle ne devait surtout pas toucher àses kamas !

Mais sous ses airs râleurs, Evangelyne voyaiten lui un homme drôle et passionné. Malgré ses menaces, le vieilhomme lui avait fait visiter l'ensemble de sa demeure, excepté lasalle du trésor, mais venant d'un Enutrof, rien de surprenant. Ilavait répondu patiemment à toutes ses questions, malgré lacuriosité parfois excessive d'un enfant de quatre ans, et lui avaitraconté un nombre incalculable d'histoire plus extravagante les unesque les autres sur ses ancêtres dans le seul but de la faire rire.Il s'était bien sûr perdu dans des discours enflammés sur leboufbowl quand il avait découvert qu'elle ne connaissait pas cesport et avait décidé de lui apprendre les bases...c'était sanscompter sur l'intervention de Tristepin et de Yugo qui se rappelaienttrès bien de leurs états après leur entraînement acharné avecRuel ! L'Enutrof s'était contenté de dire que plus onapprenait jeune mieux c'était, mais il avait finalement abdiqué augrand soulagement des deux garçons et sous le regard perplexe deEvangelyne.

Le plus marquant cependant était la loyautéde Ruel vis-à-vis de ses amis. L'Enutrof avait beau râler, l'enfantvoyait bien à quel point il tenait aux autres membres de laconfrérie. Même à elle. Il était toujours près à les aider quece soit pour des petites choses comme quand il l'avait soulevé pourqu'elle puisse mieux viser lorsqu'elle jouait aux fléchettes contreTristepin, ou des moments plus importants tel que la fois où ilavait couru à travers toute sa demeure pour ramener une montagne deproduits de soin alors qu'elle s'était juste écorchée le genoux.Dans tous les cas, il était là pour eux. Et principalement pourYugo.

L'Eliatrope lui avait raconté toute sonhistoire : sa longue quête pour retrouver sa famille, et lerôle que chacun avait joué pour lui venir en aide, sesretrouvailles avec son jumeau Adamaï, la découverte de leur peupleet bien sûr l'existence de l’œuf de Grougaloragan. S'il lui avaitdécrit l’énorme dragon noir qu'était Grougal avant de redevenirun œuf, peut être Evangelyne aurait-elle fait le lien avec sesrêves mais il n'y pensa pas et elle ne fit pas le rapprochement,trop fasciné par le reste de l'histoire...

Elle aimait écouter Yugo raconter sesaventures. Assise en tailleur face à lui, Az dans les bras, elle senourrissait de ses paroles. Il était très expressif, ses sentimentsse reflétant sur son visage comme un livre ouvert, et en l'écoutant,elle avait presque l'impression de vivre ses histoires. Elle étaittriste quand il parlait du vieillissement de son père et de ladisparition de Grougal. Excitée quand il décrivait le match deBoufbowl ou l'arrivée sur l'île d'Oma. Inquiète quand ilexpliquait le danger qui menaçait les Sadida et ses amis. Etheureuse quand il raconta sa rencontre avec Adamaï et sesretrouvailles avec ses amis.

Yugo était le plus jeune de la bande maissemblait extrêmement malin et généreux, toujours près à aiderles autres. Ayant été le plus petit jusqu'à son brutalrajeunissement, l'Eliatrope avait décidé de prendre Evangelyne sousson aile. Il veillait toujours sur elle. Il inventait des jeux pourlui faire passer le temps. Il l'aidait à attraper ce qu'elle nepouvait pas atteindre en la portant sur ses épaules. Il était soncomplice quand ils décidaient de se faufiler dans la cuisine pourvoler ce que les autres faisaient à manger. Il utilisait souvent sespouvoirs et, avec l'aide de son jumeau, faisait le pitre pour lafaire rire. Il lui racontait parfois comment elle était en tantqu'adulte et dans ses moments là, elle voyait de l'admiration dansson regard. C'était étrange parce que, pour elle, c'était lui quiétait admirable. Après tout, il était fort pour un garçon de sonâge.

Par certains cotés, il lui rappelait sonfrère.

Adamaï pensait la même chose. Un jour alorsque Yugo la tenait dans ses bras, il avait rigolé en disant quephysiquement le jeune Eliatrope ressemblait plus à la petite Crâqu'à son propre jumeau. Evangelyne avait eu peur que le dragonnetsoit vexé de les voir si proche mais Adamaï semblait plus en rirequ'autre chose.

La petite Crâ trouvait le dragon fascinant. Etil semblait en être fier ! Adamaï ne perdait pas une secondepour se transformer en toute sorte de bestiole sous ses yeux. Elleavait rapidement découvert qu'il pouvait voler et, pour son plusgrand plaisir, le dragonnet avait accepté de la faire monter sur sondos à plusieurs reprises. Raphaël ne voulant pas qu'ils s'éloignenttrop pour ne pas être découvert par leur ennemi, ils s'étaientcontentés de voler dans le patio de la demeure Stroud mais celan'avait pas empêché le dragon de faire quelques acrobatiesaériennes. Malgré son jeune âge, Evangelyne avait l'estomac bienaccroché et, à la surprise de Yugo, Tristepin, Ruel et Amalia, elleavait demandé à Adamaï de recommencer. Elle n'avait pas non plusexprimé la moindre crainte quand le dragonnet s'était mi à cracherdu feu lors d'un jeu avec son frère Eliatrope. Elle avait confianceen lui. Lors de leur rencontre, l'enthousiasme et la douceur dont ledragon avait fait preuve avec elle l'avait totalement apaisé etmalgré la puissance qui sommeillait en lui, elle avait su qu'ellepouvait lui faire confiance.

Curieuse de nature mais plutôt réservée avecles gens qu'elle ne connaissait pas trop, Evangelyne avait cependantd'abord hésité à lui poser des questions. Mais Adamaï avait vitecompris et lui avait raconté ce que Grougaloragan lui avait apprissur l'existence des dragons. Le jumeau de Yugo était un puits desavoir et aimait découvrir le monde encore nouveau qui l'entourait.Du coup, il passait pas mal de temps à feuilleter des bouquins quise trouvait chez Ruel. Aux yeux de la petite Crâ, il était un peucomme Camélien. Alors, naturellement, elle le rejoignit dans seslectures et Amalia la retrouva une fois endormie en boule contre ledragonnet alors que celui-ci lui racontait une histoire.

Cependant, malgré son lien avec les jumeaux,Amalia était celle dont Evangelyne était devenue le plus proche.Après sa discussion avec Weldor, la princesse avait pris son rôled'amie très à cœur et s'était occupée de Evangelyne. L'enfantn'avait pas posé de question sur le changement de comportement de laSadidette vis-à-vis d'elle et elle n'avait pas paru surprised'apprendre par son frère qu'Amalia était une amie de longue dateet qu'elles étaient très proches. Elle s'était contentéed'accueillir sa nouvelle camarade de jeu à bras ouvert, heureused'avoir une présence féminine à ses cotés mais aussi extrêmementintriguée par la Sadida.

Sans vraiment savoir pourquoi, Evangelyne étaittrès à l'aise en présence de la princesse. Cela pouvait venir dufait qu'elles étaient les deux seules filles mais le comportementd'Amalia en était certainement plus la cause. La Sadidettes'occupait de l'enfant comme la Crâ s'était occupée d'elle quandelle était une petite fille et inconsciemment, elle répétait desgestes que Emmanyelle avait maintes fois fait en s'occupant de sajeune sœur. Pour Evangelyne, les gestes familiers étaient synonymesde proximité et elle ne doutait pas un seul instant que la Sadidaétait belle et bien son amie. Amalia avait été très touchéequand la petite Crâ lui avait avoué cela, confirmant inconsciemmentles dires de Weldor comme quoi pour Evangelyne les actes avaient plusd'importance que les paroles.

Pour la petite Crâ, la Sadidette étaitdevenue une sorte de modèle. Amalia représentait ce que Evangelyneavait rêvé d'être avant la mort de sa mère. Excepté qu'elleétait Sadida et non Crâ. La princesse était une aventurièrerespectée par ses compagnons, malgré quelques boutades de la partde Ruel. Elle avait du caractère et ne se laissait pas faire maispour autant elle avait du cœur et elle était généreuse. Elleétait aussi féminine et douce malgré quelques réactions parfoispas très digne d'une princesse comme lui avait fait remarquer levieil Enutrof alors qu'elle jurait contre lui devant les yeux surpriset rieur de la petite Crâ. Au delà de son caractère, la filletteadmirait aussi beaucoup ses capacités. Les pouvoirs des Sadidasétaient en soi quelques choses d’impressionnant pour la Crâ quin'avait que rarement eu l'occasion de les voir en action, mais ce quiplaisait le plus à Evangelyne était la déférence avec laquelleAmalia utilisait ses aptitudes et s'adressait à son dieu.

À une époque, elle se voyait devenir comme çaplus tard...peut être juste un peu moins autoritaire et boudeuse etun peu plus patiente...

De son coté, Amalia était tout aussiintriguée par la version enfant de son garde du corps. Elledécouvrait pour la première fois un pan de la personnalitéd'Evangelyne que cette dernière avait entériné bien des annéesavant leur rencontre. L'innocence, la timidité et la curiositéenfantines de la petite Crâ étaient quelque chose de tout nouveaupour elle. Pourtant, elle reconnaissait bien son amie à traverscette petite fille. Chaque geste, chaque regard, chaque parole de lafillette laissaient percevoir la réflexion, l'intelligence et lasensibilité dont la grande Evangelyne faisait preuve.

Même le béguin de la guerrière aguerrie pourle chevalier roux se retrouvait dans l'affection de la petite fillepour le Iop.

Evangelyne était désormais trop jeune pouréprouver des sentiments amoureux vis-à-vis de quelqu'un. Maismalgré tout, une complicité particulière s'était installée entreelle et Tristepin. Ruel s'amusait volontiers à dire que cela venaitdu fait qu'il avait dorénavant le même âge mental. Mais s'il étaitvrai que le Iop semblait, même aux yeux de l'enfant, un peu bébête,Raphaël pensait que leur lien venait plus de qui ils étaient aufond d'eux : des protecteurs et des combattants ! Malgrésa décision de ne plus jamais toucher une arme, la petite filleétait une guerrière dans l'âme et elle admirait ce coté combatifdu rouquin. Et l'un comme l'autre, le Iop et la Crâ étaient près àtout pour protéger ceux qu'ils aimaient. C'était cela qui, d'aprèsl'archer, attirait Evangelyne vers Tristepin. C'était cela quifaisait voir à la jeune Crâ, comme à l'enfant, la vrai valeur duIop malgré toutes ses pitreries. Cela, plus le fait qu'il était sonparfait opposé pour le reste ! Là où la jeune femme étaitréfléchie, posée et réservée, le guerrier roux était impulsif,téméraire et exubérant. En bref, en tant que jeunes adultes, ilsse complétaient. Dans un rapport enfant-adulte, les choses étaientdifférentes mais leur lien existait toujours. La petite Evangelyneadmirait Tristepin pour qui il était et parce qu'il faisait deschoses qu'elle n'oserait jamais faire.

Durant les trois jours où elle l'avait côtoyé,le Iop avait sorti un nombre de bêtises incalculables et s'étaitretrouvé dans des situations loufoques quasiment autant de fois. Quece soit avec le chien de Ruel ou en se retrouvant coincé dans l'undes nombreux pièges de la demeure Stroud. Pour autant, cela nel’empêchait jamais de recommencer ce qui faisait beaucoup rire lapetite Crâ. Elle ne comprenait pas toujours le sens des joutesverbales entre le gardien et son shushu qui semblait beaucoup rire deleur situation mais l'expression 'cervelle de Iop' n'avait pasattendu longtemps pour passer les lèvres de la petite Crâ ce quiavait fait beaucoup rire le reste de la bande.

La confrérie du Tofu...

Un groupe assez étrange au premier abord. Maiselle ne les changerait pour rien au monde...

________________________________________________________________________________

L'albinos recroquevilla sa tête dans sesépaules près à subir la rage de son maître. Mais le coup qu'ilpensait recevoir ne vint pas. Surpris, il osa jeter un œil àl'ombre qui se tenait devant lui.

L'Homme en noir était clairement mécontentpar la nouvelle que l'archer venait de lui apporter. Sa silhouettesemblait plus sombre qu'à l'accoutumé et le Crâ savait ce que celasignifiait. Pour autant, Il ne bougea pas d'un pouce.

« -Envoyez un éclaireur au temple Crâ,ordonna l'Ombre d'une voix sinistre qui contenait à peine la colèrede son propriétaire. Qu'il guette l'arrivée des demi-dieux. »

L'albinos ne demanda pas à son maître commentil savait que les quatre évadés se rendraient là-bas. Il hochasimplement la tête et quitta le plus vite possible la pièce,heureux de ne pas avoir subit les foudres de cet homme pour leserreurs d'autres personnes. Après tout ce n'était pas sa faute sices imbéciles s'étaient fait repérés par les demi-dieux. Maisl'Ombre n'en avait que faire de savoir qui était responsable.

Pour l'Homme en noir, ce nouvel échec mettaitsa patience à rude épreuve et, tandis qu'il voyait l'albinos seprécipitait vers la sortie, il se débattait contre son envie defaire à nouveau couler un bain de sang. Le faire serait si facile.Mais il avait besoin du Crâ. Les Crâ n'étaient pas des êtresfaciles à corrompre. Ce n'était pas comme les Roublard qu'ilsuffisait de payer un bon prix. De toutes les classes, les Crâétaient ceux qu'Il avait eu le plus de mal à faire venir dans sesrangs. Il faut dire qu'il avait moins cherché à s'associer à euxqu'aux autres. Mais cela venait aussi du fait que, depuis que letemple avait été attaqué, les Crâ étaient bien plus méfiantsque les autres.

Il avait eu de la chance de tomber sur lesvulgaires triplets albinos qui se considéraient comme de grandsbrigands à Bragmar. Il n'avait eu aucun mal à les soumettre à savolonté. Les trois frères avaient d'abord cru que l'Homme en noirles prenaient pour des sortes de partenaires, des bras droits. Quandils avaient compris qu'ils n'étaient rien d'autres pour lui que despantins entre ses mains, il était trop tard. Et désormais même lamort de l'un d'eux à Noisirp, n'était pas suffisante pour fairefuir les deux autres. Ils avaient trop peur ! Tellement peurqu'ils n'avaient même pas conscience de l'importance des Crâ dansle plan de l'Homme en noir. Sans les archers, l'ombre aurait eu plusde mal à être présent partout et à tout savoir. Oh cela n'auraitpas empêché son plan de fonctionner mais si Il venait à tuerl'albinos à ses cotés, l'Homme en noir savait qu'il mettrait enpéril son identité !

Alors Il rongea son frein et ravala sa soif desang. Il aurait tout le plaisir d’anéantir ce qu'il restait de seshommes de main le moment venu. Quand son plan serait achevé !

L'Homme en noir frémit d'impatience à cequ'il savait venir.

Il ne lui avait pas fallu longtemps pourdeviner où pouvez aller les quatre enfants des dieux. Il avaitd'abord cru qu'ils retourneraient chez l'Enutrof mais Il savait quele but des Demi-dieux étaient de récupérer l'élue. L'adulte. Pasl'enfant. Hors Il savait que désormais, le seul espoir qu'Evangelyneredevienne elle même, reposait dans l'objet sacré qui se trouvaiten elle. Et le seul endroit où la Crâ avait jamais réussi àutiliser cet objet, c'était au temple le soir où Il l'avait faitattaqué !

C'était donc là que les demi-dieuxallaient...

C'était donc là qu'il retrouveraitEvangelyne...

C'était donc là où tous prendrait fin...

Là où tout avait commencé !

note : euh je suis désolée mais il y a un probléme et quand je publie les mots se collent parfois les uns aux autres. ça mets déjà arrivé et habituellement je modifie le poste mais là je n'y arrive pas. Désolée

0 0
Score : 536

Yo, preums pour commenter ce délicieux chapitre ! biggrin
C'était un chapitre sans trop d'action, n'empêche qu'il était super ! On voit le point de vue de la petite Evangélyne qui est très bien décrit ! Et alors... L'attaque du temple crâ était bien un coup de man in black... Erf O_o
Prend ton temps pour la suite, on attendra le temps qu'il faudra ! smile
--- Nim ---
P.S : moi aussi ça m'arrive pour les mots collés, mais t'inquiète pas pour ça !

0 0
Réagir à ce sujet