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Les brumes du temps.

Par Quifiry 02 Juillet 2010 - 16:54:00
Je suis de retour, après quelques semaines d'absence, qui m'ont parues longues. Après la Dernière Prophétie, voici Les brumes du Temps. D'aucuns trouveront que je ne rompt pas assez avec mon style habituel. D'autres, non.
Quoiqu'il en soit, je vous souhaite de profiter de cette fan-fic, d'éprouver autant de plaisir à la lire que moi à l'écrire. Et je vous l'assure, il est immense. Arpentons ensemble les chemins tortueux de l'imagination, tremblons, rions, courons ensemble. Et mourrons. Si tel est notre destin.


L'air sombre semblait flotter telle une chape de plomb dans l'atmosphère raréfiée. Les murs de pierre noire semblaient se pencher, ombres menaçantes, sur l'unique rai de lumière qui filtrait d'une minuscule ouverture, taillée dans le grès. Les pierres, jointes à la perfection, emboîtées savamment les unes dans les autres, ne laissaient paraître aucune porte, aucun ventail.
Un rai électrique fulgura soudain dans la cellule obscure. Une sphère de pouvoir pur se matérialisa, parcourue de tentacules irisés. Une intense lueur bleue se répandit dans la pièce, avant d'enfler en un bref flash lumineux. Une ombre grise, dégageant une aura de pouvoir extrême, apparut. Flottant à dix centimètres du sol, son armure grise parcourue de minuscules éclairs électriques, le Dieu Xelor inspecta la pièce. Une lueur de satisfaction passa derrière les fentes de son masque. Il leva la main et se volatilisa. Le prisonnier était toujours là, endormi comme depuis des années déjà. Tout allait bien.

Au sommet d'une montagne enneigée, des nuages noirs de pluie se rassemblant en un écran menaçant autour des sommets, une ombre menaçante, monstrueuse, apparut. Ses traits flous, précédée par une onde de puissance brûlante, elle s'assit, songeuse, dans la neige. Ses mains serrèrent convulsivement sa taille, vérifiant avec anxiété que son trésor était toujours là. Ses doigts épais rencontrèrent une gaine d'ivoire. Il soupira. Son bien lui appartenait toujours. Ses yeux immenses se tournèrent vers l'horizon, porteurs d'une tristesse et d'une nostalgie presque palpables. Soudain, comme en réponse en un lointain appel, ils se durcirent. Presque convulsivement, le géant fouilla des yeux les brumes menaçantes qui l'entouraient. Pris d'une excitation extrême, ses doigts tremblant sous l'effet de l'émotion, il ouvrit sa besace. Six œufs, multicolores, leur surface parcourue de petits frémissements, apparurent. Le monstre les recouvrit de ses mains immenses et ferma les yeux. Un vent brusque se leva sur le sommet, faisant voltiger la poudreuse, découvrant les arêtes aigües des rochers tranchants. Après un bref moment d'intense concentration, le géant rouvrit les yeux. Dans ses pupilles verticales, une joie intense dansait. Un grognement de satisfaction sortit de ses lèvres épaisses.
« Enfin. Je t'ai enfin retrouvé, Vhanaros. ».
Une vague d'énergie palpita autour de lui, s'étendit en cercles concentriques, avant de se rejoindre et de former une immense pointe d'énergie crépitante. Le géant relâcha sa concentration, et elle partit en flèche vers l'immensité du ciel, crevant les cieux et les nuages, invisible de tous.

Dans l'obscurité totale d'une cellule, un homme à la barbe blanche et aux muscles noueux leva brusquement la tête. Ses yeux d'un bleu presque irréel fouillèrent la pièce, vifs et précis, perçant les ténèbres comme si elles n'avaient jamais existé. Le vieil homme se leva, dans un seul mouvement souple, tout en puissance retenue. Ses cheveux décolorés flottèrent un instant sur ses épaules, avant de retomber avec grâce. L'homme, vêtu d'étranges vêtements verts bleutés, semblait onduler sous la lumière, de telle sorte que l'œil était incapable de le regarder fixement. Il émit un petit grognement de satisfaction, sa voix grave roulant telle le tonnerre sur la pierre noire du cachot. Le vieil homme voulut faire un pas en avant, mais un cliquettement sonore se fit entendre. Il baissa ses yeux aux étranges lueurs mouvantes vers ses bras. De lourdes chaînes d'acier enserraient ses avants-bras puissants, tout comme elles comprimaient les muscles noueux de ses mollets. Une vague de fureur sembla enfler, se répercuter dans les yeux aquatiques de l'inconnu. Il se souvenait à présent. Il souvenait de pourquoi il était là. Il se souvenait de comment il y était arrivé, quel sort inhumain il avait subi. Sa poitrine se souleva puissamment, porteuse d'une certitude nouvelle. Il savait qui l'avait sorti des ténèbres infernales dans lesquelles sa défaite l'avait plongé. Il savait qui avait réussi à faire émerger de nouveau son esprit des cavernes sombres et inexplorées de sa conscience millénaire. Il savait à qui il devait de nouveau sa liberté. Ses yeux se posèrent de nouveau sur la fonte qui le rivait à la pierre noire. Un sourire menaçant étira ses lèvres. Avaient-ils vraiment pensé que de simple chaînes suffiraient à l'empêcher de s'évader ? Ridicule. Une vague de pouvoir monta en lui, se concentra dans ses mains. Il enroula ses doigts autour des maillons d'acier. Un craquement sonore se fit entendre, suivi immédiatement du bruit du métal qui tinte contre la pierre. L'homme aux cheveux blancs contempla sa main droite, libre de toutes entraves. Il se concentra, et trois rayons bleutés jaillirent de sa paume, brisant les épais chaînons comme des fétus. Un rire énorme roula dans sa gorge, se répercuta dans sa cellule, roula encore et encore dans l'air confiné de sa geôle. Lui, Vhanaros, était de retour. Une lueur d'énergie sauvage scintilla dans ses yeux. Il étendit brusquement les bras autour de lui. Une vague d'énergie jaillit en cercle autour de lui. La pierre explosa, ébranlant les cieux tout entiers, pendant que le vieil homme disparaissait en un aveuglant éclair bleuté.

Plus haut encore dans l'immensité de la voûte céleste, au sein d'un palais somptueux, fait de branches noueuses d'oliviers entrelacées autour d'un sol de dalles grises, une bruissement terrible se fit entendre. L'un après l'autre, des éclairs jaillirent dans la salle, zébrant l'air tandis que les trônes d'or, alignés un par un le long des murs végétaux, frémissaient sous l'intensité des décharges électriques. Leurs yeux brillant d'une lueur sauvage, douze hommes et femmes se matérialisèrent dans la salle des trônes. Le silence retomba sur les feuilles émeraude qui continuèrent de bouger paresseusement dans l'atmosphère chaude du soir. Un des hommes, assis, raide et droit, sur son siège d'or fin, se leva. Ses yeux ovales se fermèrent quelques secondes, en une déflagration étoilée, il se transforma en une jeune femme, aux traits altiers et autoritaires, tenant entre ses mains deux boucliers crépitant dans l'air surchauffé du crépuscule. Il leva la main. L'atmosphère fut agitée d'un bruissement sec, et un plan en trois dimensions apparut, représentant nettement une geôle détruite, les murs couchés dans des positions disparates, comme abattus par une tornade. Se penchant par dessus leurs trônes, ses compagnons commencèrent à murmurer, inquiets. Un seul regard de la femme suffit à les faire taire. Un air sombre marquant sa figure, elle agita la main, et la représentation se dissolut dans l'air calme. Ses mots tombant de sa bouche comme autant de coups de poignard, elle parla, sa voix résonnant haut et fort dans l'immensité de la salle : « Ce que nous craignions est arrivé. Ogrest a réussi à réveiller le Seigneur des Eaux. Ensemble, ils vont de nouveau tenter de nous assaillir. J'imagine, mes amis, que vous n'avez pas oublié que notre avènement, à nous, les immortels, s'est fait au détriment des Maîtres des Éléments. Jadis, les hommes les honoraient, comme ils le font pour nous aujourd'hui. Nous leur avons ravi leur royaume, et certains ne nous ont pas encore pardonné. Mes amis, le sol vacille sous nos pieds. Vous vous souvenez sans doute parfaitement de notre affrontement. Nous, les dieux, nous nous étions ligués, ensemble, oubliant nos différences et nos désaccords, contre Ogrest et le Seigneur des Eaux. L'affrontement avait été terrible, le déluge avait failli rayer les hommes de la surface du monde. Nous avions gagné de justesse. Maintenant, le même schéma se reproduit. Les Dieux sont en danger. Nous devons réveiller les autres Seigneurs des Éléments, avant qu'il ne soit trop tard et qu'ils ne se rangent dans le camp de nos adversaires. Nous ne pouvons pas nous permettre de faire face aux Maîtres du Feu, de l'Eau, de l'Air et de la Terre simultanément, nous serions détruits en un instant. Notre royaume disparaîtrait. Non. Nous devons absolument nous en faire des alliés, dans la guerre terrible qui se prépare. ». Des étincelles jaillirent de l'épée enflammée que tenait un guerrier massif, aux pectoraux saillants. Le Dieu Iop, sa voix grave roulant sous les frondaisons, s'exclama :
« Et le Styr ? ».
Seul le silence lui répondit.

Loin, très loin de là, une main perça l'océan. Un vieil homme, ses cheveux blancs volant dans l'air marin, fendit la surface des eaux. Il poussa un grognement sourd, et leva la main. Un arc d'énergie scintilla de sa paume et frappa l'eau. Aussitôt, elle se souleva, se rigidifia. Des murs liquides s'élevèrent, des façades aqueuses se modelèrent. Bientôt, sur la surface marine scintillante, majestueux, un épais palais à colonnades dressait ses arêtes effilées vers le ciel. Le vieil homme abaissa le bras, et le somptueux bâtiment coula doucement. Presque immédiatement, l'eau frétilla, ondula. Soudain, elle se fendit, laissant apparaître un large tourbillon. Silencieusement, surgissant lentement des profondeurs marines et tourmentées, des armures incrustées de coquillages les revêtant, des guerriers écailleux apparurent, se regroupèrent servilement autour de leur maître. Le Seigneur des Eaux ouvrit alors la bouche, et un rire de joie, de satisfaction et de triomphe jaillit de sa gorge, se répercuta contre les nuages cotonneux, avant de filer vers le crépuscule naissant.
Sur leurs trônes, les dieux frissonnèrent. Le maître des Eaux venait de reprendre possession de son territoire. La Guerre serait terrible.

Dans les vapeurs floues du couchant, une silhouette sombre se matérialisa, prit peu à peu de la consistance. Deux yeux, minuscules tourbillons aériens, s'ouvrirent brusquement. Des cheveux transparents flottèrent un instant, filaments invisibles, sur la mince couche atmosphérique. L'être ainsi apparut leva une main immatérielle, et, vélin gris irréel à une telle altitude, un papier se matérialisa dans le crépuscule. Porté par une douce brise, il voltigea lentement, dansa avec les nuages, caressa les brises, avant de chuter gracieusement, se posant délicatement sur la surface de la mer, qui l'engloutit.
Dans les profondeurs de son palais sous-marin, Vhanaros sourit, un mince parchemin dans sa main droite. Ses yeux aqueux caressèrent les sombres rochers du fond des océans, porteurs d'une confiance totale. Le Seigneur de l'Air venait de lui faire allégeance. Tout se déroulait à merveille.
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Réactions 81
Score : 250

tu recomense en mode mythologie

le debut il est cool et la fin de mon post va se terminer de la même manierre que dans ton ancien sujet

la suite

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Score : 1029

En effet, j'ai changé un peu de "mode" comme tu le dis. Ma foi, faut tout concilier ^^.

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Score : 250

ta raison en plus moi j'aime la mythologie

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Score : 704

Je reconnais bien là ce style que j'aimais tant dans ta dernière fic ! Mystérieux et précis à la fois, intriguant, spécial ^^ on voit quand même une légère différence, qui indique que ce n'est plus la même histoire. Comme l'a dit yoeru, on rentre plus dans le style du mythe, d'ailleurs ton histoire ne va plus seulement concerner les hommes on dirait, un combat divin ? J'aime ! biggrin

Petite question, parce que ça m'énerve de pas savoir happy :
La Déesse qui prend la parole vers la fin, c'est qui ? biggrin

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Score : 489

Continue. Je peux rien dire de plus, je suis trop crevée.

CLM qui triture ses neurones pour les forcer à pondre quelque chose d'acceptable.

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Score : 199

Super! Très bien écris. Les descriptions sont bien faîte, le récit est prenant. J'attends impatiemment la suite.

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Score : 1029

Merci beaucoup pour vos com's .... Quand à la déesse, oh stupeurs ! J'ai oublié de mettre son nom ? Boâh, erreur stupide. C'est bien entendu la déesse féca ( boucliers d'énergie .... wink ).

Quant à la suite ... C'est ce qui coince, j'ai vraiment pas beaucoup de temps. On verra pour le milieu de la semaine prochaine, bien que ce délai soit assez ambitieux. Au pire, le wwek-end de la semaine prochaine ^^.

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Score : 489

Soit pas pressé pis ponds nous quelque chose de bien ! J,veux dire, c'est impossible de soutenir le rythme de parution que tu avais cet été pour ton autre fic. Soyons réaliste. Un post par semaine devrait suffire à me combler entièrement.

CLM qui a peut-être trouvé son idée

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Score : 704

C'est sur que là suivre le débit de cet été risque d'être légèrement compliqué, à moins que tu n'emporte ton ordi en cours pourquoi pas. tongue
Va à ton rythme, je sais moi-même qu'un épisode par semaine c'est déjà difficile à faire, alors prends ton temps du moment que c'est toujours aussi bien.
(*regard menaçant* Y a intérêt !)

Je compte sur toi ! biggrin

PS : Déesse Féca, mais bien sur ! Les boucliers ! biggrin

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Score : 1029

Bon, je sortirai le prochain épisode demain.
C'est en effet assez freestyle pour continuer les épisodes en même temps que les cours ( avais jamais fait l'expérience, c'est ... euh comment dire ? ... casse pieds ). Mais va y avoir les vacances je vais sans doute un peu accélérer le rythme ( ouf ! ).

Sinon, pour les déesses/dieux, j'ai décrété ( mes chevilles ? Très bien, merci ) qu'ils pouvaient changer de sexe à volonté. Moins de problèmes BG, et plus de liberté de création de pseudo-caractères.

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Score : 704

Bah une petite modification du BG ça fait pas de mal du moment que tu vas pas nous chercher un treizième dieu(/déesse) ou je ne sais quoi. tongue

Demain ? Tu fais exprès de le poster le même jour que moi ou simple coïncidence ? biggrin

Ah vivement les vacances pour que les écrivains acharnés comme nous puissent reprendre un rythme soutenable ! ^^

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Score : 1029

A propos du Bg, vous avez vu les news ? On a deux nouvelles classes, justement, qui débarqueront .... L'une c'est les Masques, l'autre je sais plus, mais elles auront des caractéristiques bien précises. Je crois que l'on voit un Masque dans l'épisode 24 ( source informelle tongue ).

Bref, sinon .... Euh ... Disons que j'avais terminé hier, mais j'attendais le week-end pour suivre la pseudo-tradition biggrin.

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Score : 250

les deux nouvelle classe c'est les roublard et les truc avec le masque que je sais plus comment il s'appelle

pour réster dans le sujet tu peut poster la suite stp

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Score : 1029
Bien entendu ... wink. Attention, ce passage est un peu technique, il pose des fondements complexes ...


Les nuages cotonneux flottaient doucement dans le vermeil du ciel. Une brise légère vint les caresser, les rabattant d'une caresse amicale vers un édifice imposant qui s'élançait harmonieusement dans le crépuscule. Les feuilles de lierre d'une transparence chlorophyllienne s'agitèrent sombrement, tandis qu'un grondement jaillissait des entrailles du palais. Un géant rouge et blanc arpentait d'un pas martial les fines dalles de marbre.
« Je ne vois pas pourquoi nous devrions faire appel à cette … cette créature ! Nous n'avons pas besoin de lui ! ».
Ses boucliers se déployant finement dans l'air nocturne, tel une immense chrysalide, la déesse féca le foudroya du regard : « Nous ne pouvons pas vaincre. L'un après l'autre, les Elémentaux se liguent contre nous ! J'imagine que toute idée de stratégie est absente de ton crâne : ne vois tu donc pas que les cieux s'assombrissent tandis que la mer se déchaîne ? Ne vois-tu pas le soleil qui se ternit, tandis que les fonds marins se crevassent ? Les Seigneurs de l'Air et de l'Eau se sont alliés. Vhannos et Argos préparent la guerre. Nous devons nous trouver des alliés. ».
Les yeux rouges du dieu Iop étincelèrent d'une lueur guerrière.
« Nous ne pouvons pas lui demander de nous rejoindre. Cette créature est trop puissante et belliqueuse. Non. Ne te souviens-tu pas de notre combat contre lui au temps du Déluge ? Sa puissance était énorme. Même moi, j'étais impuissant à l'abattre. Heureusement qu'il s'est brusquement désolidarisé de ses compagnons, sinon nous étions morts ! Non, ne le sortons pas de sa retraite … Le Feu est trop puissant pour être maîtrisé, il nous brûlera. ».
Un peu plus loin, dans l'obscurité, deux yeux verts étincelèrent. Une voix, calme, claqua dans l'air pur, vibrante de pouvoir.
« Non. ».
Un homme, altier, se leva. Un arc à la main, un cercle argenté lui ceignant le front, ses yeux paisibles se posèrent sur chacun des Dieux réunis.
« Nous n'avons de toute façon pas le choix. Le Seigneur de la Terre ne nous rejoindra pas. Il a toujours été neutre et pacifique. Toutefois, ce n'est pas le cas du Seigneur du Feu. Seul lui peut se ranger à nos côtés. Je me charge d'aller à sa rencontre. ».
Le silence retomba sur la salle. Une femme aux yeux de braise, son corps parcouru de tatouages sombres qui luisaient faiblement dans la lueur du couchant, se leva. Son regard, dans lequel dansaient des flammes orangées, se planta telle une lame aigüe dans celui, émeraude, du Dieu Crâ.
Son fouet claqua dans l'air, zébrant l'atmosphère de rayons de pouvoir pur.
« Je t'accompagne. ».

Le jour se leva sur une immense île, éclairée par les rayons agiles du levant.
Courant agilement, ses pieds fins dérapant sur le sol meuble, un jeune homme les joues gonflées à en éclater, sauta par dessus un tronc d'arbre. Ses crocs étincelants, ses yeux brillant d'une fureur bestiale, sa fourrure grisâtre ébouriffée, un mulou, effrayant de sauvagerie et d'agilité animale s'engouffra à sa suite entre les arbres centenaires. Le jeune homme jeta un coup d'œil terrifié derrière lui et poussa un bref cri d'effroi en voyant que le prédateur se rapprochait. Soudain il perçut du coin de l'œil un mouvement, un mouvement tellement rapide qu'il lui en parut flou. Une douleur incroyable explosa dans sa tempe, tandis qu'une patte griffue le projetait contre un arbre.
Sa poitrine se souleva avec violence, les yeux brouillés de larmes sous la puissance du choc, le jeune homme vit deux puissantes mâchoires s'approcher de ses vertèbres endolories. Il ferma les yeux. Encore quelques instants, et ce serait le grand repos. Rien de plus qu'un mauvais moment à passer. Une seconde s'écoula. Terriblement longue. Puis deux. Un rugissement titanesque retentit soudain à son oreille. Aveuglé par la terreur, le jeune homme se roula en boule, tremblant de tous ses membres, incapable de réfléchir, ni même de penser, revenant à ses instincts les plus primaires de proie fragile. Un choc violent ébranla le sol. Malgré lui, la pauvre victime ouvrit les yeux. Son cœur faillit défaillir. Au dessus de lui, se tenaient non pas une, mais deux gueules aux crocs étincelants. Les deux mulous se défièrent du regard, revendiquant tout deux leur proie. Immobile, les muscles tendus à craquer, le frêle jeune homme observait en silence le défi des deux titans. Soudain, ils se ruèrent l'un contre l'autre, ébranlant la forêt des chocs de leur lutte sauvage. Peinant à croire en sa bonne étoile, le jeune homme s'esquiva promptement, abasourdi d'être encore en vie.
Courant à toutes jambes, enjambant troncs d'arbres et taillis sans ralentir, l'adrénaline le poussant en avant, il déboucha sur une plage de sable blanc, plus mort que vif. Le pas hésitant, s'enfonçant lourdement dans le sable, il parvint tant bien que mal à un assemblage hétéroclite de tipis et de maisons en branchages. Il fut accueilli par des regards inquiets et réprobateurs. Dans quels ennuis le fils de la plus jeune femme du village était-il encore allé se fourrer ? Un cri de stupéfaction, de consternation et de soulagement mêlés retentit. Ses cheveux blonds – inhabituels chez le peuple des forêts et des rivages – flottant dans l'air, une femme, l'air folle d'inquiétude, courut vers lui. Sans se soucier des regards réprobateurs des villageois, elle le serra contre elle avec une telle force qu'il en eut le souffle coupé. Quand elle eut enfin terminé son embrassade, elle le relâcha, l'air accusateur :
« Mirdyon, ou étais-tu donc allé ? J'étais folle d'inquiétude ! ». Gêné, le dénommé Mirdyon leva un regard suppliant : « Désolé maman, je sais que tu m'as déjà dit plusieurs fois de ne pas m'éloigner du camp, mais j'ai désobéi. J'ai déjà été puni, est-ce que je peux aller me reposer, maintenant, s'il te plaît ? ». Sa mère ouvrit la bouche pour lancer une réprimande cinglante, mais elle se ravisa soudain. Son fils avait l'air choqué, mieux valait ne pas en rajouter. Elle suivit d'un regard critique sa progéniture s'engouffrer dans l'abri familial.
Les villageois haussèrent les épaules, désabusés. Déjà tout petit, Mirdyon avait eu la fâcheuse habitude de désobéir à toutes les règles. Ce n'était pas maintenant qu'il allait les surprendre …. Tous retournèrent à leur travail, reprisant les filets, ramassant du bois ou allant naviguer sur la mer exceptionnellement calme de la matinée. Dans l'obscurité du tipi familial, le jeune homme ferma les yeux et s'endormit immédiatement. Sa mère vint déposer un baiser sur son front lisse, admirant une fois de plus la formidable ressemblance du garçon avec son père, mystérieux inconnu disparu quelques années plus tôt. Le cuir de la porte se referma doucement sur la nuit artificielle et la respiration pénible du dormeur, tandis qu'à l'extérieur, l'air vibrait des ordres et des cris des travailleurs et des rares commerçants.

Loin de là, une femme frappa le sol de son pied. Bien que de taille moyenne, elle dégageait une formidable aura de puissance. Ses yeux sombres se promenèrent rapidement autour d'elle, révélant la prédatrice enfouie en elle. Son compagnon, son armure de cuir sombre se pliant souplement sur lui, se releva souplement. Ses yeux porteurs d'une sagesse millénaire se posèrent sur le sol dur.
« Allons-y ».
Un arc se matérialisa soudain entre ses mains. Presque dans le même mouvement, il décocha un trait enflammé devant lui. Aussitôt, un cercle de lumière se dessina sur le sol, avant de disparaître dans un flash lumineux. Des deux personnages, il ne restait que que leurs ombres, qui s'effacèrent au milieu des feuilles mortes.

Ils se matérialisèrent dans une grande alcôve au murs torsadés. Des ombres fantomatiques dansaient sur les parois torturées, éclairant de leurs volutes infinies le paysage alentour. Les Dieux, impassibles, posèrent leur regard calme sur la scène incroyable qui s'étendait autour d'eux. Le sol s'arrêtait à leurs pieds. Ils étaient au milieu d'un mince cercle de pierre, autour duquel, bouillante et déchaînée, la lave ondulait, se dressait en explosions brutales dans les airs avant de replonger au cœur de cet enfer liquide. Soudain, au milieu du lac de flammes, les yeux perçants du Dieu Crâ avisèrent un mince passage de pierre volcanique, jetée fragile au dessus du magma en fureur. Leurs pieds se posant avec légèreté sur la roche striée de traits orangés, comme inconscients des tourbillons enflammés en dessous d'eux, les deux émissaires traversèrent le pont, avant d'enfin déboucher sur une immense plateforme, ou dessus de laquelle la chaleur se faisait moins intense.
Un immense trône de pierre noire était dressé sur le plateau rocheux. Deux yeux brûlants, dans lesquels flambaient toute l'ardeur, la puissance et la vivacité des flammes, se braquèrent sur les arrivants. Son visage ancestral éclairé indirectement par le brasier, une armure de roche magmatique surchauffée ondulant sur son corps, le Seigneur du Feu ouvrit la bouche et parla, d'une voix rocailleuse qui roula contre les parois de pierre.
« Vous n'êtes pas les bienvenus ici ».
La Déesse Sacrieur resta debout, froide et distante. A ses côtés le Dieu Crâ posa un genou en terre, en signe de respect.
« Nous regrettons de te déranger, ô Puissant Arkhanos. Mais l'heure est grave. Nous avons besoin de ton aide. Tes frères se sont ligués contre nous, avec l'appui d'Ogrest et des six Dofus. ».
Les yeux du titan étincelèrent.
« Les Six Dofus … Les six œufs élémentaires … Objets extrêmement puissants, je vous l'accorde. Mais de vôtre côté, vous n'êtes pas sans atouts. Vous possédez le Thargion. ».
La Déesse Sacrieur sursauta, et son fouet cingla l'air. Le Dieu Crâ, d'un regard, lui intima l'ordre de se taire.
« Certes. Mais il serait très périlleux pour nous de l'utiliser. Il contient, vous n'êtes pas sans le savoir, les arts conjugués du Dieu Iop et de la Déesse Féca. Si il tombait en de mauvaises mains, nous serions perdus. ».
Le Seigneur du Feu se leva. Une épée étincelante se matérialisa entre ses mains.
« Je crains qu'il ne soit déjà trop tard. Nous autres, les Elémentaux, pouvons détecter des objets aussi puissants. Mes frères doivent déjà l'avoir entre leurs mains. Il était bien caché dans votre palais, n'est-ce pas ? ».
La Déesse Sacrieur releva fièrement la tête, le pouvoir semblant s'enrouler autour d'elle comme une écharpe de fumée.
« Cela ne vous concerne pas. ».
Le Seigneur du Feu sourit et agita la main.
« Je crains que si …. ».
Une image en trois dimensions, tracées à traits brûlants dans l'air surchauffé, apparut au milieu de la pièce. Malgré sa maîtrise d'elle-même, la Déesse Sacrieur laissa échapper un cri de stupéfaction. Le palais des Dieux, symbole de leur pouvoir, de leur domination sur l'univers, paraissait avoir été frappé par un cataclysme. Les colonnes s'étaient effondrées sur elles-mêmes, le toit était fendu, et le lierre pendait lamentablement. Le Seigneur du Feu fendit l'air de son épée et l'image se dissipa. Il sourit en voyant l'air abasourdi de ses interlocuteurs.
« Mes frères sont puissants, n'est-ce pas ? Je ne les ai jamais appréciés. Seule ma sœur, qui dirige la Terre nourricière, me plaisait. Je pense que je vais me joindre à vous. J'y ai mon intérêt, n'est-ce pas ? ». Son regard se posa sur le Dieu Crâ, qui hocha la tête en signe d'assentiment, quoique non dénué d'ironie : « Naturellement ».
La lave bouillonna sous la plateforme, tandis que la température montait de plusieurs degrés.
« Très bien. Nous pouvons encore tenter de récupérer le Thargion. Je propose que l'un d'entre vous vienne avec moi, nous ne serons pas trop de deux. ». La déesse Sacrieur et le Dieu Crâ se consultèrent du regard. Ce dernier haussa les épaules, l'air amusé, malgré la gravité de la situation :
« Je vois que tu en meurs d'envie. Allez, vas-y, déesse de la douleur. De toute façon, j'ai toujours préféré la stratégie au combat pur. ».
Le Seigneur du Feu sourit lui aussi.
« Dans ce cas, allons-y ».
Il fit tournoyer son épée dorée, et la caverne explosa dans une gerbe de magma, tandis que tous les trois se volatilisaient, l'un vers le ciel et le palais, les autres vers la mer. Dans l'espoir illusoire d'intercepter le Thargion, le précieux Thargion.

Celui qui faisait de son Porteur un être d'exception. Un être de légende, aux pouvoirs surhumains.

Dans l'obscurité de la nuit, le Dieu Crâ, filant à toute vitesse vers le ciel nocturne, sourit, se félicitant une fois de plus. Sa clairvoyance lui avait toujours permis un coup d'avance. Cette fois là, malgré le danger écrasant qui pesait sur les épaules des Dieux, elle ne lui faisait pas défaut. Il ferma les yeux.

Loin de là, très loin de là, un homme s'éveilla en sursaut. Il sauta hors de son lit, enfila d'un geste ses bottes, et sortit dans la nuit étoilée, une inquiétude sourde émanant de son être. Dans l'obscurité, son manteau claqua.

Un vieux manteau élimé, noir comme la voûte céleste.

Et voilà ... A bientôt pour la suite, j'attends vos commentaires évidemment wink.
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Score : 250

le manteau hein tu va le placer dans toute tes histoire !

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Score : 704

Ah bah on a pas attendu pour rien ! Toujours aussi bien ces descriptions, c'est fou ! tongue
Alors les p'tites remarques :
-Y a Sacrieur yes ! biggrin
-Kesako que le Thargion ? Suspens. happy
-Ah le fameux manteau ! Cette histoire serait donc une suite de ta Fic, ou du moins le même univers mais quelques générations plus tard ?

Eh bah que dire... avance bien ce week end ! biggrin Et courage les vacances approchent.

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Score : 1029

Désolé si mes réponses sont assez tardives ... wink.

Bon, alors, pour le sacrieur, je dois avouer que c'est hard à définir ( la philosophie sacrieur est assez, heu, paradoxale ) mais bon, on est lancé ....

Le Thargion, en effet, vous le découvrirez un peu plus tard tongue.

Quant au manteau, ma foi, en effet, ca se passe des générations plus tard que la Dernière Prophétie. Et d'ailleurs les choses ont beaucoup bougé ...

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Score : 762

Excellent début. Belles descriptions, très pointues et diverses sans pour autant être filandreuses. L'intrigue peut paraître légèrement pré-mâchée, le conflit des Dieux avec un ancien adversaire très puissant etc, mais n'en est pas moins originale happy

Tant que tes réponses demeurent aussi plaisantes à lire, il n'est pas nécessaire que tu accélères le rythme. Simplement : n'abandonne pas !

PC

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Score : 1901

Sauf que cra est une fille ^^" trés bon chapitre bonne description bien dévlopé etc... Chapeaux!Melon et bottes de cuir hem hem

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