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La cité des Iop

Par Gemlirs 20 Janvier 2009 - 12:28:51

Bon, je vais apporter ma pierre à l'édifice avec une petite saga RP, sous forme de courts sketchs organisés en chapitres. J'espère que cela vous plaira. Je m'inspire d'une histoire, en l'adaptant pour la rendre la plus crédible possible dans le monde des douze.

N'hésitez pas à poster vos critiques, ou à me motiver par des petits commentaires, mais évitez le flood et les questions du genre : "A quand le prochain chapitre ?", ça pollue le topic !!

Chapitre 1 :

Hotep, héraut de l’alliance des Sentinelles, traversa la cour de la citadelle changée en champ de bataille, escorté par deux solides gardien. Les iop taciturnes menèrent le scribe jusqu’au cadavre éventré d’un Trool énorme. Sur sa tête était juché Hadratus, occupé à taillader un morceau de chair du monstre avant de le porter à sa bouche d’un air curieux. Un juron écoeuré s’ensuivit ainsi qu’un large crachat de la viande immonde qui atterrit aux pieds du visiteur.

- Par les 12 dieux ! La bataille est achevée ?!
- Il semblerait, marmonna Hadratus en étouffant un bâillement.
- Seigneur, cela ne fait pas trois jours que je suis ici et voici une quatrième attaque de la part du peuple Scram !
- Cinquième, rectifia Hadratus. Mais nous en devons quatre au seigneur Aranes. Les Scram doivent être bien affamés cet hiver, à moins que ce soit notre si fameuse cuisine aux champignons qui les attire !

Les soldats iop évoluant au milieu des cadavres alentour ricanèrent grassement de la boutade de leur seigneur. Hotep était effaré du nombre visible de morts mais les iop semblaient aussi apathiques qu’à la fin de leurs interminables banquets.

- Je dois prévenir le clan, en informer Seigneur Enigma et…

Hadratus haussa un sourcil broussailleux et le bouscula d’un rude coup d’épaule. Un soldat en armes rutilantes venait faire son rapport.

- Combien ? demanda sobrement Hadratus en se grattant la barbe.
- Nous avons compté plus de 90 dépouilles d’ennemis, informa le guerrier. Près de 60 des nôtres sont tombés.

Il y eut un grand silence dans la vaste forteresse. Tous les combattants, les femmes et les enfants s’étaient rassemblés et s’observaient, le visage fermé. Puis Hadratus poussa un brusque cri de joie qui fit sursauter Hotep et que toute la cité reprit en cœur. Le scribe fut abasourdi de voir les soldats chanter, danser et s’esclaffer gaiement. Hadratus le prit dans ses bras et manqua lui rompre l’échine de sa puissante accolade.

- Vous fêtez vos…morts ?!
- Par la culotte de mes aieux, que oui ! Nos frères ont eu une mort honorable au combat, rien ne peut rendre un iop plus fier que cela ! De plus, ce Peuple Scram semble un adversaire acharné et empli de hargne. Il fera un bon ennemi !

Hotep, bouche bée, observa la scène de liesse autour de lui, aussi nauséeux que lorsqu’il se retrouvait devant son assiette de champignons bouillis à chaque repas.


- Nous allons organiser un grand banquet pour fêter l’événement, scribouillard. Je te laisserai consoler deux veuves de ton choix cette nuit et t’éclater la panse avec ma propre bière. Demain, nous partons à la chasse aux scram !

Hadratus partit d’un rire tonitruant et s’éloigna dans un pas de danse grotesque. Hotep songea à la semaine qui lui restait à passer chez ses alliés étranges, au goût assassin des bières du cru et aux femme grasses, velues, aux dents gâtées qui l’attendraient dans sa couche ce soir. La seconde suivante, il vomit sa soupe de champignons du petit déjeuner.

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Score : 75
Chapitre 2 : (et oui, 2 pour le prix d'un pour le lancement)

Vautré dans son trône de pierre, Hadratus regarda ses trois chefs de guerre s’avancer vers lui et le saluer respectueusement. Brandir, le maîtres d’armes, Hjotra le maître balistique et Svorn le haut prêtre runique féca étaient de retour de leur attaque contre Aranes, un des seigneurs Sram.

- Salutations, soldats ! Comment s’est déroulé…La vache ! Qu’est-ce que c’est que cette puanteur ?! C’est quoi qui renarde comme ça ?!
- Ni renard, ni vache, mais loup, seigneur, répondit Hjotra d’un air gêné. C’est l’ennemi qui nous a collé l'odeur de fauve de leurs loups domestiques, impossible de s’en défaire.

Hadratus grimaça et fit reculer ses soldats en se pinçant le nez.

- Ma parole, c’est infect. En plus de terres, ils manquent de sources les copains loups. Enfin, je vous écoute, mais prestement, parce que j’ai la gerbe de fin de banquet là.
- Nous revenons victorieux après une semaine d’absence et un rude combat, seigneur !
- Ah oui, j’ai appris ça. Dites-moi, trois jours pour traverser une seule plaine, vous avez visité durant le trajet ?
- On a perdu un peu de temps pour trouver notre route, admit Svorn en jouant avec son bâton de lanceur de runes.
- Je savais bien qu’il fallait prendre à droite au Roc de l'Enutrof borgne…marmonna Hjotra.
- Du coup, on a un peu tourné, ajouta Brandir. Mais nous avons découverts une série de grottes parfaitement pittoresques et remplies d’une nouvelle espèce de champignons bleus délicieux.

Hadratus fixa le chef de ses guerriers d’un air perplexe. Ce dernier jouait à entortiller ses doigts dans sa barbe et finit par y coincer son gantelet. Durant quelques instants et sous les yeux de tous, il tenta vainement de se libérer puis finit par retirer sa main, laissant le gant pendu à son menton, pris dans les poils.

- Bref ! lança Hadratus, dépité. Vous avez fait du tourisme, j’en suis ravi. Et sinon, l’assaut ?
- On a abattu deux hautes murailles ! annonça triomphalement Hjotra, responsable des armes de guerre.
- Répétez voir ? Je vous envois avec cinquante béliers raser une forteresse désertée par son armée et vous tombez deux murets ?!
- Ils étaient assez élevés, bredouilla Hjotra. Et puis on n’a pas utilisés tous les béliers, juste une dizaine.

Le coude de Hadratus glissa de son accoudoir sous la surprise.

- Deux corbeaux se sont accouplés sur la pointe d’un bélier la veille, expliqua le haut prêtre. Assurément, il s’agissait d’un présage des dieux. Le Ciel nous était défavorable. J’ai décidé de laisser les béliers derrière durant l’assaut pour ne pas les offusquer.
- Oui et moi je me suis trompé de bâtiment. On a détruit les cuisines…
- Et vous ?! s’écria Hadratus pour Brandir. Vos soldats ?!
- On n’a pas participé non plus. C’est les champignons bleus. Ils nous ont refilés la coulante.
- Il n’empêche qu’on a remporté la victoire ! Aucun valet de chambre présent n’a pu nous résister.

Hadratus passa la main sur son visage, un début de migraine naissant.


- Et les trois jours du retour ? osa-t-il à peine demander.
- On s’est trompés de chemin au croisement du lac des Trois Esprits.
- Les champignons, deux piafs qui copulent, une cuisine anéantie et cette odeur ! énonça Hadratus. Bah, le pire, c’est que je m’y attendais. Donc, Brandir, trois jours de cachots, Hjotra, trois jours d’exil et vous le prêtre, trois jours de corvée de latrines.
- Mais nous avons vaincus, messire ! protesta Brandir, le gant dans sa barbe rebondissant comme il s’agitait.
- Absolument. C’est pour cela que je vous ai préparé une récompense particulière. Vous allez obtenir un grade spécial tous les trois.

Le souverain se saisit de trois médailles identiques qu’il épingla sur les cottes de ses soldats. Les chefs de guerre semblaient ravis.

- Euh, seigneur, que signifient les initiales B.S. gravées en gros ?
- Votre nouveau grade : Boulets Suprêmes.
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Score : 75
Chapitre 3 :

Hadratus trottina à travers les couloirs de la forteresse, guidé par les échos des premiers combats à l’extérieur. Au détour d’un corridor, il manqua renverser Brandir le maître d’armes.


- L’ennemi nous assiège. Qu’est-ce que vous fichez là ? Et vous venez d’où ?
- Euh, des stocks de vivres…répondit le guerrier mal à l’aise. J’avais cru entendre un bruit et…euh…je m’assurais qu’il n’y avait aucun ennemi.
- Prenez-moi pour une buse ! fit Hadratus en lui tirant la barbe encore maculée de sauce aux champignons. A la filoche, cervelle de bouftou, au lieu de vous goinfrer comme si vous étiez enceinte !

Hadratus poussa son lieutenant à coup de pied dans le postérieur jusqu’à ce qu’ils pénètrent dans la cour. Les premiers assaillants s’engouffraient dans la cité. Brandir n’avait pas fait un pas qu’une flèche vint se ficher dans son épaule. Abasourdi, il fixa sa blessure, puis son seigneur, avant de devenir cramoisi, les yeux révulsés et la bave aux lèvres. Le guerrier fou de rage se jeta au combat en hurlant comme un forcené.


- Visez leur la tête au moins ! Visez la tête !!!!!

Hadratus le regarda charger tel un dément, bousculant ses propres soldats.


- Ah mais oui ! Mais écartez-vous aussi ! Vous voyez bien qu’il part pas à la cueillette !

Le seigneur laissa tomber et entreprit de rejoindre sa position aux créneaux pour superviser la défense. Au passage, il croisa Svorn, le haut prêtre fanatique qui jetait frénétiquement des runes destructrices sur les scram depuis les hauteurs.

- IMPIES ! BLASPHEMATEURS ! Oh, salutations, seigneur. Que votre journée soit bonne. HERETIQUES ! PAÏENS !

Le lanceur de runes était tellement excité qu’il commençait à lancer des simples cailloux dans sa démence, les confondant avec ses pierres frappées de runes. Hadratus soupira, s’éloigna du prêtre et rallia sa position d’observateur. Le combat faisait rage et il se brisa la voix à coordonner les mouvements de ses troupes qui ne comprenaient rien.


- C’est pas gagné, commenta Hjotra le chef des armes de guerre en mangeant tranquillement une pomme près de lui.
- Mais qu’est-ce que vous foutez là, vous ?! s’exclama Hadratus. Vous n’avez pas l’impression qu’on subit un nouvel assaut ? Regardez ! Ils ont déjà presque abattu la tour nord !
- Ah non, ça c’est moi, seigneur. Je visais des hallebardiers avec la catapulte, mais j’ai abandonné. Ils étaient trop rapides et je touchais que nos murs.

Hjotra afficha une moue contrariée avant de mordre à nouveau dans sa pomme. La seconde suivante, un magistral coup de pied d'Hadratus le faisait rejoindre la mêlée, dix mètres plus bas.


- Bon, j’écoute vos idées, dit-il à ses conseillers. Et je vous préviens, j’ai eu mon lot de vannes pour la journée.
- On sonne la retraite, proposa l’un. Ah, non, oubliez. C’est vrai qu’on est chez nous…
- On fout le feu, fit le second. On crame tout. Les loups ont peur du feu.
- On met les béliers en premières lignes, ajouta le troisième. Et on leur fout le feu.

Hadratus inspira à fond avant d’envoyer trois nouveaux iop suivre Hjotra dans la cour. Lorsqu’il eut regagné sa place, il s’aperçut que l’envahisseur se retirait par petites vagues.

- Bah quoi ? Ils s’en vont déjà ?!
- Seigneur, seigneur ! hurla un protecteur en grimpant l’escalier. Ils se retirent !
- Si tu as fait le voyage juste pour m’apprendre ça, je connais un moyen rapide de te payer le retour jusqu’en bas ! Pourquoi ils s’en vont ? On n’était même pas encore chauds.
- Quelqu’un avait oublié de refermer la porte des stocks et des réserves. Quand ils ont vu qu’on avait ni or, ni pierres précieuses, ni armes, mais que des champignons, ils ont fait demi-tour en râlant.
- QUOI ?! Mais où sont toutes nos richesses ?!
- Je les ai changé au marché contre de la nourriture, fit Brandir, couvert de blessures, en rejoignant son chef. C’était pour éviter de se faire piller. Vous avez vu ? Ca a marché ! Euh, c’est quoi cette fumée qui vous sort des narines, seigneur ? Seigneur ? Quoi ?! C’était pas une bonne idée ?
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Chapitre 4 :

Dans la salle du trône de la citadelle, l’heure était grave. Le seigneur Hadratus avait réuni ses plus fidèles conseillers et son état-major. Rassemblés autour d’une table, dans la pénombre de la salle glaciale, les bougies reflétaient l’éclat solennel et déterminé qui brillait sur le visage des vaillants Iop.


- Bien, voici donc les grandes lignes, fit Hadratus en achevant la lecture d’un large parchemin. J’écoute vos avis et vos suggestions.
- A propos de ? demanda Hjotra, le maître balistique.
- A propos des fluctuations des prix de la courge au marché ces derniers mois. A propos du traité de paix, bougre d’ahuri ! Deux jours qu’on bûche dessus non-stop, ça vous rappelle rien ?!
- Désolé, j’avais décroché.
- A part aux miches des radasses de la taverne, on se demande bien à quoi vous vous êtes jamais accroché…

Hadratus haussa les épaules et se tourna vers ses conseillers. Un détail attira son attention. Brandir, le maître d’armes de la cité, dormait sur son siège, la bouche grande ouverte, un filet de bave sur la barbe. Le presse-papier en pierre d’Hadratus l'atteignit en plein milieu du front, le réveillant en sursaut. Brandir bâilla et se redressa, luttant pour ne pas se rendormir.

- Je reprends pour ceux qui calculent rien à rien et pour ceux qui pionçaient, lança Hadratus avec un soupçon d’agacement dans la voix. Il s’agit là de la proposition de traité et des conditions d’une éventuelle alliance avec le Peuple des Scram.
- Et ça parle de quoi déjà ? demanda innocemment Hjotra.

Hadratus se leva d’un trait et alla ramasser son presse-papier bien lourd par terre avant de se rasseoir, une grosse veine à son front.


- Leurs troupes campent dans nos douves depuis une semaine et c’est marre. Ils veulent des terres je crois. On leur négocie un droit de passage sur nos falaises et nos crevasses battues par les vents en périphérie de nos terres si ça les chante, on s’en cogne. S’ils sont pas trop crades, on les laisse s’installer leurs cahutes, avec leurs tronches, ils feront fuir les bêtes et les brigands et nous on est peinards. Dans deux mois, on ajoute des accords commerciaux et on les plume.

Les généraux échangèrent le même ricanement niais à l’évocation de l’or.


- Les camps de romanos dans le jardin, c’est pas top prestige, remarqua Hjotra, mais tant que ce ne sont que des bon gars, je suis pas contre.
- Et les Scram, ça vous choque ?
- Les Scram, c’est lesquels déjà ?
- Vous m'étonnerai toujours... Je préfère ne pas m'attarder à tout vous expliquer, vous risqueriez un claquage. Sinon, pour les loup, on décide quoi ?
- Les loups ?! s’écria Brandir en se réveillant d’un bond. BASTOOOOOON !

Le maître d’armes s’empara de son épée et courut autour de la table en hurlant, complètement hystérique. Le presse-papier vola une seconde fois, plus violemment cette fois. Il y eut quelques secondes d’un lourd silence avant qu'Hadratus ne reprenne la parole, blasé.


- Bon ben relevez-le ! Il fout du sang partout sur mon tapis en laine !
- Baston…gémit Brandir, à moitié sonné.
- Est-ce que la venue d’étrangers non-Iop en trop grand nombre sur notre domaine offusquera les dieux ? interrogea Hadratus en se tournant vers Svorn, le mystique maitre des runes.
- Il faut une épreuve, répondit ce dernier avec un sourire sadique. Envoyons une fillette en bas âge entièrement vêtue de métal sur le sommet de la montagne une nuit d’orage. Si la foudre l’abat, les dieux n’accepteront pas ce projet. Auquel cas, il faudra naturellement sacrifier la famille, tous les proches et les amis de l’enfant, peut-être en les écartelant…Quoi, seigneur ? Pourquoi me fixez-vous ?
- Je me disais juste que vous êtes quand même sérieusement barré pour un sage. Bon, on oublie aussi l’avis des dieux, je connais leur opinion à mon sujet quand je vois autour de moi les bras cassés qu’ils m’ont expédiés. Les conseillers, un commentaire ?

Les trois conseillers, en retrait, se hâtèrent de dissimuler le menu du repas du soir qu’ils compulsaient et hochèrent négativement la tête. L’un d’eux acquiesça, mais se reprit fébrilement en voyant ses compères faire non. Hadratus regretta de ne pas avoir davantage de presse-papiers sous la main.

- Allez, rideau. Messires, merci de votre…participation. Cassez-vous maintenant ! Lorsque vous vous réveillerez demain, les Scram feront peut-être leurs paquetages pour nos montagnes et ce traité en fera des alliés.
- Des alliés ? fit Hjotra en se grattant le menton. Ah mais j’avais pas compris ça moi !
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Score : 119

Un conseil:change de couleur pour les dialogues ca ne donne aps envie de lire!(pas méchant) cool

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Score : 411

Mais quelle clique de parfaits empaffés ces iops ! Messire Gemlir, je dois t'avouer que tu m'as bien amusée avec ce récit ! Je ne trouve qu'un seul mot qui puisse convenir : fendar ! Je sais, c'est un étrange vocabulaire mais je te prie de m'excuser, je suis comme ça depuis ma naissance c'est pas ma faute ...

Bref ! Je trouve tes personnages franchement tordants et tout cela me donne bien envie de tenter l'adaptation en petites planches de BD, si tu me le permet évidemment et si je trouve la motivation ( ça c'est dur par contre __, )

Je te remercie pour la distraction que tu m'as apportée et je te salue bien bas, Messire Gemlir !

Signé : Dame Belette du Taillis des Sous-bois wink ( ou la Belette si tu préfère ! )

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Score : 75

/HRP
Pas de souci pour changer les couleurs des dialogues, c'était pour tester, mais ca ne me plait pas trop non plus. Et merci pour ta critique qui motive tellement à poursuivre belette ; surtout ne te gène pas à t'inspirer de ce que je fait et à le transposer en BD. Allez, un petit chapitre en prime, cette journée aura été faste (pas sur que je tienne longtemps ce rythme) !

PS : Je fais aussi parti des gens que l'utilisation de certains terme peu courant fait bien marrer, je t'excuse de ton "fendard"
/HRP

Chapitre 5 :


La porte de la salle du trône s’ouvrit à la volée, faisant sursauter Hadratus, penché sur un tas épais de cartes et de parchemins. Le haut prêtre de la cité, entra d’un pas emporté.

- J’exige…Euh, les dieux exigent un sacrifice ! gueula Svorn d’un ton courroucé.

Hadratus soupira longuement.


- Non, je vous en prie, entrez, vous me dérangez pas, je bullais…Qu’est-ce qui est arrivé à vos cheveux ?

Svorn passa la main sur son crane à moitié cramée d’un air peiné.


- Oh, c’est rien, marmonna-t-il, furieux. Un accident bête. Je testais une nouvelle rune et elle m’a explosé à la gueule. Mais qu’importe ! L’heure est grave, messire ! Un cueilleur m’a rapporté qu’il avait vu ce matin même un moskito effectuer trois tours au-dessus d’un poulet avant que celui-ci aille picorer devant une mule. L'insecte s’est ensuite posée sur la croupe d’un bouftou et celui-ci…oh, par mes aïeux, il a poussé un long bêlement !
- Je suis content de constater votre intérêt pour notre bétail mais qu’est-ce que vous voulez que ça me foute ?
- C’est un présage des dieux, malheureux ! Préparons une épreuve du Frère de l’ours ! Suspendu par les pieds au-dessus d’une cascade furieuse, l’élu devra lutter contre les ours pour pêcher à la main trois saumons. S’il échoue…ou survit, les dieux nous détruiront (/HRP à méditer... /HRP) !

Hadratus soupira de nouveau d’un air las.


- Qui voulez-vous buter …pour les dieux, cette fois ?
- Le péril est de taille ! gronda Svorn en tapant le sol de son bâton. Il faut quelqu'un de toute urgence !
- Bon, cassez-vous, je vais voir ce que je peux faire.

Hadratus ferma à clé en jurant dans sa barbe après Svorn. Il n’avait pas regagné son trône que la porte explosa bruyamment, défoncée à coups d'épée. Brandir enjamba les débris en grognant comme un dément. Hadratus ne connaissait que deux expressions au chef de ses guerriers : un ahurissement bêta ou une fureur démentielle. Celle qu’il arborait était nouvelle : c’était un mélange des deux.

- Non, mais vous êtes cintré, ma parole ! s’écria Hadratus.
- Baston ! rétorqua le maître d’armes. J’ai entendu à la taverne que si on peut vaincre le chef de la forteresse en duel, on devient seigneur à sa place. Je vais vous battre, monseigneur.
- Vous faîtes encore la tronche parce que je vous ai confisqué votre double des clés des cuisines, c’est ça ?

Brandir se mit en position de combat. Hadratus haussa les épaules et alla se placer devant lui. Brandir jeta son gantelet au sol pour signaler le début du duel. Hadratus lui donna un coup de pied dans le tibia et enchaîna avec une pique aux yeux. Il acheva ce combat ridicule en giflant Brandir avec son gant abandonné tandis que celui-ci se frottait la jambe en piaillant de douleur. Hadratus éjecta son maître d’armes dans le couloir et punaisa une menace de mort sur sa porte reconstruite pour le prochain qui oserait le déranger. Naturellement, et sans surprise, Hjotra, le chef ingénieur, rentra dans la salle du trône une minute plus tard.

- Non, mais c’est pas vrai ! s’exclama Hadratus en jetant ses plans en l’air. Vous allez me dire que vous n’avez pas vu l’avertissement à la porte ?!
- Ah, si, messire, mais je ne sais pas lire.

Hadratus songea un instant à mordre son lieutenant jusqu’au sang, mais préféra inspirer à fond avant la crise cardiaque.

- La patrouille est de retour, seigneur. Ils rapportent qu’un tas de bêtes rôdent à nos frontières.
- Des bêtes ? Quelles bêtes ? Les loups ?
- Non, répondit Hjotra dans un effort démesuré de réflexion. C’est plutôt comme des gros chiens dégueus en meute.
- Des loups !
- C’est pas des renards… C’est pas des chiens…
- Des loups !!!
- Ouais, c’est ça des loups ! fit l’ingénieur avec un large sourire.
- Laissez courir, c’est normal, on est en pourparlers, lâcha Hadratus, les doigts crispés sur ses accoudoirs. Ou plutôt non, allez les surveiller. Vous pouvez même les caresser. S’ils grognent et aboient, c’est bon signe. Mais allez-y seul et sans votre matos. Vous verrez ils sont très câlins.

Hjotra se fendit d’un nouveau sourire radieux et commença à expliquer qu’il adorait les bêtes. Hadratus parvint à le virer tandis qu’il racontait son premier amour pour une vache atteinte du typhus. Le seigneur du royaume ramassa alors ses parchemins éparpillés en se jurant de fendre le crâne du prochain à rentrer dans cette pièce, quand soudain :

- Grincheux, Simplet et le reste de la bande est parti, la voie est libre ?

Hadratus sursauta en voyant une silhouette s’extirper de derrière les rideaux. C’était un homme trapu au visage blême et au regard perçant emmitouflé dans une cape noire. Hadratus retint son coup en reconnaissant son espion officiel.

- Ah ben vous revoilà vous ! Deux mois que vous aviez disparu, j’ai failli envoyer votre pomme aux chasseurs de primes pour vous retrouver. Vous savez qu’on est en plein conflit ? Un espion, ç’aurait pu servir.
- Désolé, messire, Le chat de ma grand-mère avait fugué. Il est petit mais très sauvage !

Hadratus passa du rouge au violet et commença à mâchouiller sa barbe.

- J’espère pour vous que vous avez des renseignements dignes de ce nom ou je vous colle au trou avec un plat d’herbes pour chacha par jour à vous partager avec Brandir !
- Aucun risque, seigneur. Écoutez ça : en parlant de Brandir, il fait semblant d’être somnambule la nuit pour que les gardes lui ouvrent la porte des cuisines.
- M’en fous.
- Alors, votre épouse essaie de vous tromper depuis plusieurs semaines mais comme elle ressemble à rien, elle ne trouve aucun amant, pas même le vieux gâteux qui tient la taverne.
- Pourquoi vous n’iriez pas dire ça à quelqu’un que ça intéresse ?
- Euh…Votre cousin que vous aviez envoyé en exploration à la recherche de nouvelles ressources. Il est rentré depuis quinze jours, mais il campe dans la cave de la taverne à dilapider sa solde en bière avant que vous le foutiez au cachot. Il n’a rien découvert du tout et a perdu son groupe le lendemain du départ.
- Apprenez-moi quelque chose que j’ignore, marmonna Hadratus en perdant patience.
- Hjotra est persuadé qu’il mourra dévoré par des Chaffer, c’est pour ça qu’il a peur d’affronter les Vampires.
- Même les laquais sont au courant de ça…
- Je sais pourquoi le cours de la courge fluctue tant au marché.
- …
- Hum…Vous saviez que Brandir collectionnait les orteils des adversaires qu’il tue ?

L’espion se tut en voyant son seigneur saisir la garde de sa lame, salua bien bas pour signaler la fin de son rapport et attendre une nouvelle mission. Hadratus s’apprêtait à le frapper lorsqu’il eut soudain une idée.


- J'ai trouvé quelque chose qui devrait vous convenir. Allez voir le grand prêtre de ma part.
- Impossible. Il me jette des cailloux dès que j’approche du temple depuis que j’ai révélé à tout le monde qu’il avait perdu ses sourcils après une mauvaise manipulation de rune et qu’il se les dessinait maintenant.
- Dites-lui que c’est moi qui vous envoie. Il comprendra.
- En quoi consiste la mission ?
- Vous verrez, dit Hadratus en le raccompagnant. C’est à la fois très pittoresque et très atypique. Vous qui rêvez de rendre service à la communauté, vous allez apprécier…Dîtes-moi, vous aimez les ours et la pêche ?

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Score : 195

C'est tout bonnement génial !
J'ai lu tous les chapitres d'une seule traite, on dirait Kaamelot, mais avec des Iops encore plus empotés que les chevaliers de la table ronde. Désolé pour la pollution de topic, c'est juste pour donner quelques encouragements.
PS : J'aimerais juste voir un peu plus de Srams tongue, sont-ils aussi empotés que les Iops ?

Puissent les vents de l'infamie ne jamais soulever ton kilt,

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Score : 75

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Bon je m'attelle, au suivant, il paraîtra dans le courant de l'aprem. Et merci de vos retours !!
/HRP

Chapitre 6 : Le cadeau d’anniversaire


Hadratus s’enfonça dans la galerie silencieuse plongée dans les ténèbres en réajustant ses fourrures. A la lueur blafarde de sa lanterne, il aperçut une silhouette sur le côté. Avec surprise, il reconnut Hjotra, son ingénieur en chef, assis sur une pierre brisé, seul dans le noir. D’un air rêveur, le iop lançait machinalement des petits morceaux de chair non identifiée en direction de rats endormis plus loin, comme du pain aux oiseaux.
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- Qui va là ? demanda-t-il en clgnant des yeux face à la lumière.
- La reine des trools, répondit Hadratus en approchant.
- Sérieux ? Bah, mince alors !
- Mais non, c’est moi, tête de pioche ! Vous avez une raison particulière de traîner au fond des souterrains au beau milieu de la nuit, en robe de chambre et dans le noir ou vous avez finalement perdu l’esprit ?
- J’arrivais pas à dormir, messire, répondit Hjotra en tripotant son bonnet de nuit à pompons.
- Et les gardes vous ont laissé passer ?
- Ils roupillaient dans un coin quand je suis arrivé.
- Je demande, naïvement, moi aussi…
- Mais et vous, seigneur ? Vous ne dormez pas ?
- Si, mais euh…c’est mon épouse…Elle était d’humeur badine et ne dormait pas, elle. Remarque, j’aurais dû me douter quand elle a débarqué dans la piaule avec juste deux bouts de tissus sur la croupe. Je me suis barré avant qu’elle se décide à me sauter sur le poil.

Hadratus eut un frisson de dégoût qui lui parcourut tout le corps pendant que Hjotra le regardait d’un air compatissant. Le chef de guerre hésita un instant devant l’air encore plus absent que d’habitude de son lieutenant et alla s’asseoir à contrecœur près de lui.


- Je vous écoute. Qu’est-ce qui vous turlupine ?
- C’est à propos de ce qu’a dit Svorn aujourd’hui.
- Quoi ? Que vous étiez plus bigleux qu’abruti, et plus abruti que couard ?
- Non, ça c’est normal. En plus c’est pas tout à fait faux.
- Je ne vous le fais pas dire, murmura Hadratus.
- Il a dit que je n’étais responsable des armes de siège que par hasard.
- Ah, ça c’est faux, par contre ! Je vous ai moi-même choisi et désigné à ce poste. Enfin, bon…la vérité, c’est qu’à l’époque j’avais absolument besoin d’un chef balistique et comme j’étais en froid avec le clan d'Otomaï à cette époque, ils ont voulu me refiler que vous. C’était salaud, mais de bonne guerre…Vous êtes rassuré ?
- Pas vraiment. J’ai parfois l’infime impression de ne pas vous apporter satisfaction en tant que soldat. Regardez, à la dernière bataille, j’ai chargé mais j’ai pris la poignée de mon épée dans les noix. Bon, je l’avais mal passé à ma ceinture et avec l’élan…Résultat, j’ai rien vu des combats et je n’ai pu remarcher qu’une heure plus tard.
- Et reparler, deux heures après, acquiesça Hadratus. Je me souviens.
- Et la fois où j’ai confondu nos éclaireurs avec des Chaffers. C’était rageant en plus, c’était la première fois que j’en touchais autant à la catapulte !
- C’était quand Brandir vous a rasé le crâne et vous a fait la tronche un mois durant pour avoir buté ses soldats ? Ah ouais, c’était…pathétique. Bon, vous avez encore un peu de mal avec l’exercice de terrain, mais ça viendra !... Ou pas.
- Vous êtes gentils, seigneur.
- Ou terriblement sot, question de point de vue. Si vous voulez m’impressionner, il va aussi falloir vaincre votre peur des Chaffer. Je vous ai vu gueuler comme une pucelle quand on a lapidé ces squelettes sous la muraille !
- Je n’ai pas peur des Chaffer ! se défendit Hjotra, ses pompons dansant alors qu’il niait farouchement. C’est juste parce qu’ils ressemblent à des enfants.
- Des enfants ?! Les enfants vous collent les miquettes ?!
- Maaaaaais ! Ils sont tout petits et bizarres ! Quand ils bougent, on dirait Svorn lorsqu’il joue au ventriloque avec les cadavres des sacrifiés. Et leurs regards ! Et quand ils parlent, on comprend rien.
- Ca, c’est plutôt un concept qui vous est familier, pourtant.
- Que voulez vous dire, seigneur ?
- … Non, rien, soupira Hadratus. Bon, vous êtes une bille. Si encore vous étiez le seul ou que j’avais mieux sous la main, je vous foutrai au trou et tout serait réglé. Mais jusqu’à ce que ça arrive, on va devoir se supporter et prendre chacun sur soi. Vous percutez ?

Hjotra fixait son seigneur d’un air pensif, jusqu’à ce que Hadratus comprenne qu’il était captivé par le balancement de son pompon sous ses yeux. Ce dernier le lui arracha et après le lui avoir enfoncé dans sa bouche entrouverte, le pressa à le suivre.


- Vous savez pourquoi ces souterrains sont gardés, pauvre hère ? Parce qu’elles renferment le reliquaire où on conserve nos trésors.
- C’est là que vous alliez, messire ? fit Hjotra, son bonnet mâché à la main.
- Demain, c’est l’anniversaire de ma femme et il me faut un présent. Je vais lui refourguer une de nos babioles. L’an passé, j’avais oublié. Le matin, je me suis réveillé avec une fournée de serpents et de cafards dans le pieu. Croyez-moi, j’ai eu de meilleurs réveils agonisant dans la boue gelée d’un champ de bataille.
- Alors, Dame Elenwë pratique encore la magie ?
- Si ce vieux débris m’avait dit que la récompense de ma quête serait une sorcière sadida à prendre pour épouse au lieu d’un sac d’or, il servirait aujourd’hui encore de cible à vos balistes ! Maintenant je dois lui offrir absolument un cadeau.
- Argh, une sadida, éructa l’ingénieur avec le même frisson de dégoût que son chef. Mais pourquoi un présent ? Je croyais que vous pouviez pas la blairer ?
- Vous êtes lents….Quand elle me fait pousser une queue de porc sur le derche ou qu’elle me colle de la vermine au fond du plumard, je vous assure que la seule chose que j’ai envie de déposer sur ses joues délicates, c’est un bon gros taquet. Mais mis à part la peur, la révulsion et le mépris, on finit par s’attacher au bout de toutes ces années. Comme une vieille blessure de guerre horrible et handicapante. C’est laid, ça vous pourrit la vie, puis on s’habitue à la voir vous bouffer et on finit par l’exhiber pour déconner devant les copains.

Hadratus se retourna une fois arrivé devant une large porte.

- Allez, zou, fit-il avec un sourire contrit. Rentrez là-dedans et allez me chercher une broutille, un casque d’ornement, une massue hérissée de pointes, une tête de tofu empaillée, n’importe quoi, on s’en balance, l’autre cruche n’a aucun goût de toute façon. Vous vouliez une mission d’importance. Je vous confie celle-ci.

Hjotra n’eut pas l’air de tout comprendre, mais Hadratus le poussa à l’intérieur du reliquaire d’une bourrade.


- Ah ! Prenez ça, lui dit-il en lui fourrant sa bourse contenant les morceaux de chair à rats dans la main. Ça vous servira.
- A quoi, seigneur ?
- Un cerbère protège le reliquaire des voleurs. Vous lui donnerez vos saloperies, là. Ça lui servira d’apéritif…

Hjotra fronça les sourcils, mais Hadratus lui claqua la porte au nez avant qu’il n’ouvre la bouche.


- Et magnez-vous. Si je me réveille avec le moindre reptile dans les bras, je vous force à devenir l’amant de l’autre garce !

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Chapitre 7 : L'assaut

Plaqués contre à l'orée de la foret, l’escouade de guerriers tapis dans l’obscurité attendait en épiant le campement. Un cliquetis se fit entendre au loin, ainsi qu’un souffle rauque. Il y eut un bruit de chute, un juron, l’acier et le métal s’entrechoquant et l’écho de pas lourds qui s’approchaient. Un vieux iop borgne et essoufflé apparut devant ses congénères, massant sa jambe de bois en haletant comme une forge.


- Non, mais vraiment, ça rime à quoi ? ! pesta Hadratus en fixant l’éclaireur. Allons-y avec cornes et trompettes, niveau discrétion, ça ne pourra pas être pire !
- C’est notre meilleur chasseur, seigneur, répondit Hjotra d’un ton piteux. Il a des années d’expérience.
- Des siècles plutôt ! Il a vu grandir ma grand-mère ! Regardez le, il est à moitié moisi, il est aussi furtif qu’un troupeau de bouftou avec clochettes et en plus il pue l’urine à cent lieues ! On a du bol si les Sacrieurs ne nous tombent pas dessus dans la minute !
- L’alerte n’a…pas été…donné, parvint à articuler l’éclaireur essoufflé.
- Les sentinelles ne vous ont pas entendu avec tout ce bordel ?!
- Si, si…Elles m’ont chopé quand…je pissais sur leur palissades… D’ailleurs, c’est ça l’odeur… J’ai du mal à viser avec un seul œil…Ils voulaient me faire la peau…Je leur ai refilé le goret de Hjotra…Ils se sont mis à le torturer en ricanant et m’ont oublié.
- Choupy ! se lamenta Hjotra avec désespoir.
- Choupy, c’est le goret ? fit Hadratus, hébété. Je peux savoir ce que vous foutez en mission avec un porc et pourquoi l’éclaireur part en reconnaissance avec ?!
- Bah, on sait jamais, au cas où on vient à manquer de provisions…

Hadratus massa vigoureusement ses tempes douloureuses, sentant la migraine revenir. Hjotra pleurnichait à ses côtés et ne s’arrêta qu’au second coup de pied dans son postérieur. Le seigneur fit signe d’avancer et la troupe se mit en marche, aussi lente que bruyante. Un enfant les aurait vu venir, mais les sentinelles Sacrieurs étaient fascinées par la torture de Choupy et furent quasiment piétinés par les Iops qui s’engouffrèrent dans leur campement. D’autres gardes arrivèrent et la bataille débuta.

- Pour Ogrest ! psalmodia Svorn, hystérique. Sus aux gueux !
- C’est qui Ogrest ? demanda Brandir d’un ton innocent.

La troupe des guerriers pila d’un même réflexe et braqua ses regards pesants sur leur général.

- Je déconnais ! lança Brandir en ricanant. Vous me prenez pour un demeuré ?
- Vous ne tenez pas vraiment à entendre ma réponse, lui répondit poliment Hadratus avant de l’expédier en première ligne en lui bottant les fesses.

Les gardes jaillirent de tous côtés et les Iops se placèrent en formation. Hadratus dut promettre trois fois une double ration de champignons pour que ses soldats sortent de leur léthargie et boutent l’ennemi. L’escouade envahit le campement et pénétra dans la tente principale où les attendait leur cible, le maître des lieux. Muíredach était un prêtre du culte de Vhaeraun, mais surtout un sorcier menant de sombres recherches menaçant la cité de nos héros. Ces derniers ayant juré de le détruire, et accessoirement de piller ses richesses, se jetèrent sur lui.
Un géant leur barra la route et les repoussa les uns après les autres. Il était encore plus gros et hideux que ses congénères, sûrement victime des sorts de son maître. Hadratus regarda ses guerriers voler en tous sens à travers la pièce d’un air désolé. Il intercepta Brandir au retour de son cinquième vol plané. Le guerrier était en piteux état mais fulminait de ne pas encore avoir reçu le coup fatal qui lui apporterait une mort honorable au combat.


- Brandir, venez-là ! Mais arrêtez de mordre votre bouclier, vous savez combien ça coûte à fabriquer ?! Bon, je ne voulais pas vous le dire, mais…Ce géant, c’est lui qui a terminé le dernier tonneau de bière de Perce-Panse. Il tape aussi chaque nuit dans nos réserves de champignons. Et en plus il a dit tout à l’heure que vous aviez une sale gueule.
- Seigneur ! lança Hjotra, caché derrière une table renversée. Vous pensez vraiment que ça va marcher ? Brandir est niais mais…

Il n’avait pas fini sa phrase que Brandir décapitait le géant, pris d’une furie sanguinaire, et s’acharnait à lui faire sauter tous les orteils en gémissant de rage. Hadratus aurait presque été fier de lui s’il ne l’avait pas trouvé aussi affligeant. La victoire fut totale. Muíredach et ses fidèles furent chassés et le campement, ravagé. Les membres de l'expedition rassemblèrent leurs blessés et chantaient de joie quand Svorn leur annonçait la mort de l’un d’eux.


- Ah, les veinards, soupira Brandir d’un air envieux devant les corps de ses camarades morts.
- Votre tour viendra, le rassura Hadratus en l’observant jouer avec les orteils du géant.
- Seigneur ! l’appela Hjotra. L’éclaireur est en train de claquer.
- Encore une bonne nouvelle ! Enfin…Je veux dire, c’est bien, son âme va gagner un repos mérité auprès des dieux et…

Hadratus s’interrompit en réfléchissant.

- Attendez. Il nous a baladé deux jours dans ces fichus taillis. Quelqu’un connaît le chemin du retour à part l’éclaireur ?

Personne ne répondit et tous se regardèrent. La seconde suivante, une trentaine de Iops en furie se ruait sur l’éclaireur, presque cané sur le sol boueux.

- Faites-lui un garrot !
- C’est sa tête ça ?!
- Quelqu’un est-il sobre pour lui faire une transfusion ?
- Brandir, foutez la paix à ses orteils !
- Passez-moi un bandage au lieu de lui voler son futal !
- Mais comment il s’est demmerdé pour se pisser sur le casque ?!

Les guerriers s’activèrent fébrilement autour de leur ami, mais ce dernier était moribond. Hadratus chercha autour de lui et s’empara d’une dizaine de potions dans une tente intacte. Persuadé qu’il y avait forcément dans le tas un philtre de guérison, il vida les flacons un par un dans la bouche de son éclaireur. La dernière fut la bonne et le vieux éclopé rouvrit les yeux. L’assemblée poussa un soupir de soulagement.


- Gniiii ? articula-t-il. Qu’est-ce qui s’est passé ? Où est mon pantalon et pourquoi ma moustache est devenue verte ?
- Arrêtez de ricaner, bande de boulets ! gronda Hadratus. Le premier qui fait une remarque sur sa paire de cornes ou sa voix de fillette prépubère, je l’envois ouvrir la marche.
- On est sauvés ! s’exclama Brandir en montrant une potion qu’il venait de trouver. « Potion d’amnésie », avec un nom aussi dégueulasse, ça va sûrement le requinquer !

Il est dit dans les légendes que le hurlement collectif de la troupe lorsque le guerrier fit absorber le philtre à l’éclaireur fut tel que son écho résonna une semaine durant à travers les bois environnant, vingt lieues à la ronde.
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Chapitre 8 : Le rat et le corbeau

Hadratus pénétra dans la salle d’eau sans se donner la peine de frapper en brandissant devant lui un rat bien gras qu’il tenait par le bout de la queue. Il regretta aussitôt son intrusion lorsqu’il aperçut Elenwë sortant de son bain. La sadidette sculpturale aux formes généreuses passa nonchalamment la main dans sa longue chevelure brune en regardant son époux d’un air indifférent. Hadratus ne put s’empêcher de grimacer face à un physique si peu engageant à son goût en comparaison de celui de ses Iopettes de chambre.

- Vous avez une raison particulière de débarquer ici armé d’un immonde rat, mon tendre, ou vous ne vous souvenez plus de l’effet de mon sort de « Brûle-Fesses » ?
- Je peux savoir pourquoi je trouve un rat gros comme mon poing au milieu de mon auge dès le troisième petit déjeuner ? questionna le seigneur d’un ton impatient.
- Parce que les Iops mangent n’importe quoi ? avança t elle d’un ton ironique.
- Ah, ne vous fichez pas de moi ! Regardez-le ! Ce rat a une barbe ! Vous trouvez ça normal ?
- Presque aussi normal que le dédain que vous m’inspirez, mon amour.
- Je vous ai répété mille fois de ne pas changer mes soldats en animaux ! C’est déjà assez le foutoir en temps normal pour que vous y ajoutiez une ménagerie. Bon, c’est lequel celui-ci ?

Le rat remonta le long du bras de Hadratus et alla lui grignoter l’oreille. Le seigneur de guerre le détendit d’une pichenette dans la tête et le fourra sous son aisselle pour le calmer.


- Le gus en armure qui sent la bière et le ragoût de champignons, fit la Sadidette nue.
- Ouais, c’est ça, moquez-vous. Je ne sais pas ce qui me retient de vous coller Svorn aux miches avec un procès pour sorcellerie. Vous savez qu’il est pas jouasse sur le sujet, le copain ! Alors, c’est qui ?!
- Votre maître d’armes, répondit innocemment Elenwë en se rhabillant.
- Quoi ?! Brandir ?! Mais vous êtes barrée ?! Je fais comment pour défendre la cité avec mon meilleur guerrier changé en rongeur ?!
- Le meilleur ? J’imagine le niveau des autres…
- Bon, le moins mauvais de mes guerriers. Et il vous a fait quoi pour avoir droit à ce privilège ?
- Il m’a coupé la parole à table. Deux fois. Et quand je lui ai proposé de me faire le baise-main hier, il a vomi à mes pieds !
- Ouais, mais vous aussi ! Vous prenez tout au pied de la lettre. Brandir est un goinfre et la nourriture est sacrée pour lui. Il vous faisait peut-être une offrande de ce qui lui était le plus cher. Ah, ah ! Vous n’aviez pas pensé à ça !

Elenwë se redressa, le regard acéré, la magie crépitant entre ses doigts.

- Oulà, c’est bon ! On peut discuter, quoi ! Il était sûrement malade ou ivre. On s’en fout ! Rompez le charme, quoi.
- J’accepte si vous me donnez une descendance, répondit sa femme en faisant une moue coquine.
- Hein ? Quoi, maintenant ? Non, ça va pas être possible, je viens juste de manger. Vous ne voudriez pas que quelqu'un gerbe sur vos pieds ? Ce serait ballot.

Hadratus eut juste le temps de sortir de la pièce avant qu’une boule de feu n’explose dans son dos. Il s’éloigna en toute hâte, ignorant les jurons Sadida qui le poursuivaient. Brandir le rat avançait en titubant sur son épaule, encore sous le choc de l’inhalation des dessous de bras de son chef. Hadratus s’engageait dans un corridor lorsqu’une masse sombre lui tomba direct sur le nez. Un cadavre gluant de corbeau déplumé glissa par terre. Brandir se rua dessus pour s’y faire les dents.

- Mais, c’est dégueulasse ! rugit Hadratus, furieux. Mais pourquoi je prends un piaf crevé sur le coin de la pomme alors qu’on vit dans une citadelle fortifiée !?
- Gardez-le, seigneur ! s’écria Hjotra en passant devant en trombe. Il dira rien si c’est vous !

Comprenant que c’était l’ingénieur qui venait de lui jeter ça, Hadratus vit rouge et balança son arme sur le fuyard. Par chance pour ce dernier, il ne fut atteint que par la garde et s’écroula après avoir rebondi contre le mur. Hadratus lui sauta au cou pour l’étrangler.

- Arrêtez, messire ! gémit Hjotra. Il va me tuer !
- Impossible. Je vous aurai buté avant. On ne balance pas de cadavre d’oiseau crevé sur la tronche de son seigneur !!!
- Hérétique ! vociféra Svorn en apparaissant au détour du couloir, plus furieux encore qu'Hadratus.

Le haut prêtre repéra Hjotra au sol et lança une rune explosive avec colère. Il ne reconnut que trop tard le visage familier de son seigneur près de sa cible. Un éclair aveuglant traversa le couloir tandis que la magie foudroyait les deux guerrier. Une heure et quelques sorts de guérison après, Hadratus observait ses deux lieutenants, l’un au gibet et l’autre au pilori.


- Donnez-moi une raison de ne pas vous jeter aux chiens, les petits comiques…
- Il a noyé Foudre Divine ! pesta Svorn en essayant de passer sa jambe au travers des barreaux pour donner des coups de pieds à Hjotra.
- C’était un pari, c’était pas exprès ! Comment pouvais-je savoir que les corbeaux ne nagent pas ?!
- Seigneur, libérez-moi deux secondes que je l’étripe ! Foudre Divine était mon familier !
- Par les orteils d'Ogrest ! Vous voulez dire que j’ai bécoté un corbeau clamsé, que j’ai morflé une rune d’éclair dans le derche et ai perdu la moitié de mes poils intimes pour un pari ?!
- Vous savez pas où je peux trouver un bouc, seigneur ? demanda Hjotra. J’ai perdu, faut que j’honore mon pari…
- Il est taré, messire ! beugla Svorn en voyant Hadratus redevenir écarlate. Au bûcher ! Déjà ça fera du bien à tout le monde, ça fera un spectacle pour les gosses, c’est convivial, tout le monde le connaît. Et en plus, les dieux feront moins la gueule maintenant que j’ai plus de familier.
- Non, pas le feu. Vous avez vu le bonhomme ? Je vous raconte pas l’odeur sur les loques après. Dites…les dieux, ils sont pointilleux sur l’animal ? Parce que s’il vous faut une bestiole, ça tombe bien, j’ai justement un rat qui pionce dans ma poche.
- Faites voir ?...Avec un engin pareil, c’est un coup à choper une malédiction. Il est laid comme ma sœur….Et en plus, il sent fort le vomi. Oh, il a une barbe ! C’est pas banal, ça.
- Je peux voir ? s’exclama Hjotra tout excité. Je veux voir !
- Bon vous le gardez ou je vous le sers comme pitance ce soir ?
- Si ça peut vous débarrasser, seigneur. C’est d’accord. Il a un nom ? Foudre Divine II, ça va pas le faire avec un machin pareil. Aie ! En plus, il mord l’abruti !
- Bof, fit Hadratus en toussotant. Sais pas…Appelez-le Vomi.
- Trop fort ! cria Svorn, conquis, pendant qu’Hadratus s’éloignait discrètement.
- Je peux voir ? Dis, dis ? Je peux voir ? Hé, vous croyez qu’il sait nager ?
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chapitre 9 : L’arme fatale

Hadratus regagna son lit en baillant. Dans la pénombre, il se ruina le doigt de pied contre le coin du lit, glissa sur le tapis en peau d’ours et se ramassa sur le lit en gesticulant.


- Si vous tenez tant que ça à faire des acrobaties, on pourrait en faire à deux…marmonna Dame Elenwë depuis l’autre bout du lit. Vous étiez où ?
- Avec les gardes, fit le seigneur en massant son pied endolori. J’ai mis une plombe à convaincre ces lavettes qu’ils n’avaient rien à craindre du fantôme de la bibliothèque. Ces ânes avaient monté des béliers sur deux étages tellement ils avaient les miquettes !
- Le fantôme, c’est pas celui du vieux Thoric ?
- Ouais, ce boulet-là ! Il a passé les dix dernières années de sa vie à jouer à « je te tiens par la barbichette » avec son frère. Dix ans à se fixer en attendant que l’autre rigole. Et comme c’était pas des marrants l’un comme l’autre, y a jamais eu de perdant. Il est mort de faim et du coup, les dieux l’ont condamné à hanter la bibliothèque jusqu’à ce que quelqu’un le fasse ricaner. Allez faire comprendre ça à ces bourriques de gardes qui croient encore qu'Ogrest c’est le nom du familier de Svorn !

Hadratus s’enroula dans les couvertures en râlant et fit vite semblant de s’endormir avant que son épouse ne lui reparle d’acrobaties. Il y était presque arrivé quand un Iop vêtu de loques fit irruption dans la chambre.

- Gnéééé ?! Que, quoi ? Qu’est-ce que c’est ? Non, mais allez-y, rentrez !
- Vous dormiez, seigneur ? demanda le gueux en haillons.
- Non, je tricotais, ahuri ! Il veut quoi le mendiant ? Voler mes loques ?
- Ou votre savon, ajouta Elenwë en se bouchant le nez. Quel est le nom de votre sujet, mon bon, que je sache comment appeler mon prochain animal de compagnie ?
- J’en sais rien, mais à l’odeur, je dirais que c’est un paysan…ou un clodo.
- Seigneur, faut que vous vous leviez ! J’ai été victime d’un terrible larcin.
- Non, mais là, c’est pas vivable, mon brave. C’est une pièce close, ici. L’odeur va tous nous tuer si vous reculez pas. On vous a volé quoi ?
- Mes cochons ! Cinquante beaux porcs échangés ce matin au marché à un Enutrof contre à peine une centaine de pièce d'or et trois cents unités de charbon. Une affaire en or !
- De…combien ?! suffoqua Hadratus.
- Seigneur ! hurla Svorn en rentrant à son tour, fou furieux.

L’odeur du fermier arracha une grimace de dégoût au haut prêtre, mais elle ne valut pas celle qu’il eut en voyant Elenwë en robe de nuit. Ses hurlements attirèrent la garde et bientôt une foule de guerriers curieux se pressa autour du lit du couple seigneurial. Certains avaient même emmené une part de tourte et de la bière, pensant assister à un divertissement. Lorsque les premières boules de feu chassèrent la masse de visiteurs, Hadratus se retrouva enfermé dehors avec Svorn et le paysan, dépité.

- Jolie chemise de nuit, seigneur.
- Je vous la donne. Vous en aurez peut-être besoin une fois dans les oubliettes…
- C’est intolérable, seigneur ! vociféra Svorn en postillonnant. On m’a volé mon sac de runes !
- Et donc, ça urgeait à la minute ? Ça ne pouvait pas attendre demain ?
- Vous ne comprenez pas. Je mets deux nuits complètes d’incantations pour graver une seule de ces runes explosives. Il y en avait cinquante dans ma bourse !
- Cinquante porcs et cinquante runes explosives ? murmura Hadratus en réfléchissant. Qui aime les bêtes et la destruction ? Ça ne peut pas être Brandir, je l'ai envoyé en exil dans la montagne pour qu'il s'endurcisse...
- Ogrest, le familier de Svorn? proposa le paysan en se grattant l’entrejambe.
- Hjotra ! s’exclama Hadratus, horrifié, en écrasant la tête du maitre des runes contre le mur. Où est Hjotra ?

Le trio s’engagea dans les couloirs jusqu’à l’atelier de l’ingénieur. Svorn s’entraînait à donner des coups de bâton dans le vide en songeant au châtiment à venir. Le fermier trottinait en tenant son pantalon boueux pour ne pas le perdre à chaque pas et Hadratus lui jetait des cailloux pour le faire s’éloigner d’eux.
L’atelier de Hjotra empestait le porc et le brûlé. Les cochons se promenaient librement au milieu des balistes et des béliers de siège. L’ingénieur dut se réfugier au sommet d’un de ses engins pour ne pas être écharpé par Svorn et le paysan enragés.


- Simple curiosité, lui demanda Hadratus en lançant sur son ingénieur tous les outils qu’il trouvait. Vous aviez une raison de braquer tout ça ou c’est juste pour nous rendre dingues ?
- C’est ma nouvelle invention ! cria triomphalement Hjotra. Non, pas le maillet, aie ! C’est une machine de guerre formidable qui va nous assurer la victoire !
- Avec des porcs, donc ?
- Oui ! fit le Iop, surexcité. J’ai fait avaler une rune à chaque cochon. J’ai bidouillé une catapulte avec réservoir de porcs. Elle les balance un par un sur l’ennemi. Les cochons se mêlent aux troupes et là, boum ! Les runes explosent ! C’est pas génial ?!
- Il a donné mes runes à bouffer aux cochons ! Je vais me le faire !
- Une catapulte à porcs explosifs… fit Hadratus, hébété par tant de « génie ». Non, c’est n’importe quoi. J’achète pas, c’est débile.
- C’est débile ! répéta Svorn. Il faut un mot magique pour activer la magie des runes, pauvre nullos !
- Ah, bon ? s’étonna Hjotra en esquivant un tournevis acéré. Lequel ?

Svorn récita une incantation avec un accent horrible, entre le rot bien rauque et le raclement d’une hache sur de la pierre. Puis le maître des runes se figea, livide. Hadratus se tourna vers lui, la lèvre tremblante.

- Dites-moi que ce n’était pas ça, le mot pour activer les explosions.
- C’est pas grave ! répondit nerveusement Svorn. Ça risque rien tant qu’on ne touche pas les porcs.

Les quatre hommes se retournèrent et regardèrent l’atelier envahi de cochons errants, ainsi que la seule issue, cent mètres derrière eux.

- Alors ! s’exclama gaiement Hjotra. C’est pas une invention terrible ? Hé, dites ? Je peux descendre maintenant ?
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Chapitre 10 : Le retour du champion

Le bataillon se déplaça le long de la crête, dissimulés sous les fourrés. Hadratus avait promis au premier qui les faisait repérer par maladresse un nettoyage complet des douves à la petite cuillère. Le seigneur de la cité surveillait donc autant ses soldats que l’ennemi au bas des collines, son regard noir écrasant aussitôt celui qui avait le malheur de trébucher. Les troupes gagnèrent leurs positions respectives. Après plusieurs semaines de poursuites, ils avaient enfin mis la main sur la bande de pillards qui s’en prenaient à leurs caravanes.

- Ca va être leur fête aux loqueteux ! murmura Svorn en astiquant vivement son bâton.
- Quand je pense aux ronds qu’ils nous ont fait perdre, chuchota Hadratus. Vous avez intérêt à leur coller une peignée aux coupe-jarrets !
- Ils nous ont volé tant que ça ? interrogea le haut prêtre.
- Trois fois rien. Sauf ce que j’ai dû casquer dur pour obtenir des informations sur leur campement.
- Ah, c’est curieux ! Je croyais que c’était votre espion qui les avait délogé ?
- Alors lui, il a la palme ! gronda Hadratus. Il commence tellement à me plaire que je crois qu’il va dépasser Hjotra dans mon classement à boulets ! Deux jours pour lui expliquer la mission, trois pour le convaincre de chercher en dehors de la ville… et une heure pour qu’il se perde. Aux dernières nouvelles, il interrogeait les bergers de la vallée pour retrouver sa route !
- Formidable ! gloussa Svorn. Ca veut dire que j’ai perdu une place ! Oh ! Regardez ! Y a un Iop qui traverse le camp des voleurs ! Tiens, il est à moitié défroqué…

Hadratus et ses soldats se penchèrent pour observer la scène. Un étrange guerrier vêtu d’une fourrure ne couvrant que son torse marchait d’un pas tranquille au milieu des tentes des bandits. Son crâne était rasé, à l’exception d’une mèche hirsute et colorée d’un rouge vif dressée telle une corne. Il mangeait une poignée de baies et ne prêtait aucunement attention aux coupeurs de gorge qui l’entouraient. Certains l’insultèrent, d’autres le provoquèrent. Il fut menacé, bousculé et même frappé. Malgré cela, il avançait toujours paisiblement, parfaitement calme.


- Vous voyez ça, messire ?! interrogea Svorn, ébahi. C’est fou !
- Je suis bien d’accord. Un Iop des plus timbrés et qui n’appartient pas à mes troupes, c’est extraordinaire !

Le promeneur dut cependant s’arrêter quand un bandit immense lui barra la route. Le voleur prit alors l’une des baies et la mangea sous les yeux du guerrier rasé. La seconde suivante, ce dernier l’étalait d’un violent coup de boule et commençait un massacre, épée en main.


- Par la polio de Hjotra ! Il va se faire plier ! On y va !

Hadratus sonna la charge et une nuée de soldat se rua de tous bords depuis les hauteurs, hurlant et vociférant. Le camp fut pillé et mis à sac une fois les brigands décimés. Hadratus s’approcha de l’étranger pour le féliciter de sa bravoure lorsqu’il manqua défaillir en reconnaissant Brandir.


- Mais c’est vous ! s’exclama le seigneur, médusé. Mais vous n’étiez pas en retraite dans la montagne ?! Qu’est-ce vous foutez là à vous balader les miches à l’air ?
- Si, seigneur, car sans détour, je l’affirme sans peur, je suis de retour, répondit placidement le guerrier en enfournant les dernières baies.
- C’est quoi cette coupe de cheveux ? Vous vous prenez pour un tueur de géants ?
- Non, chef suspicieux, c’est à cause de Petit Vieux. Quand sa pipe, il fumait, gâteux, il devenait. Je ne pouvais lui mettre un pain, il était à moitié mort de faim. J’ai laissé faire. Ce n’était pas l’enfer.
- C’est qui Petit Vieux ? demanda Svorn en approchant. Qu’est-ce qu’il raconte ?
- Fhoric ! s’exclama Hadratus en comprenant. C’est le frère de Thoric, le fantôme de la bibliothèque. Après la perte de son frangin, il s’est retiré dans la montagne pour vivre en ermite. C’est un vieux maître d’armes. J’ai envoyé Brandir le trouver pour qu’il en fasse un guerrier…moins, enfin, moins « Brandir » quoi.
- Et…pourquoi il parle en rimes ? interrogea le prêtre en fixant d’un air curieux son camarade.
- Des dieux, cette malédiction, frappa le vieux et sa diction…
- Non, la ferme, ça devient lourd là, le coupa Hadratus. Les dieux l’ont puni pour l’avoir laissé mourir son frère aussi débilement. Depuis, il ne peut plus parler qu’en rimes. Il est parti s’enterrer dans la montagne avant que le haut conseil de la cité ne le fasse pendre. C’était aussi pénible que les blagues de Hjotra.
- N’empêche, j’ai bien progressé en poésie ! fit Brandir avec un sourire fier.
- Vous êtes né pour être bouffon, je vous le répète sans cesse. Sinon, cet entraînement ? Il vous a fait passer les épreuves sacrées des guerriers ? Le feu, la pierre, le vent et l’eau ?
- Oui, c’est ça, acquiesça le guerrier. J’ai tout foiré.
- Quoi ?!
- Déjà l’eau, je peux pas, c’est maladif. On a remplacé par de la bière, mais j’ai failli me noyer. Le vent, c’est allé très vite. Je suis tombé dans la première fosse, impossible de remonter.
- Oh, mais c’est pas vrai ! se lamenta Hadratus. Et le feu, je parie que c’est comme ça que vous avez perdu tous vos cheveux, n’est-ce pas ?
- Non, non, non ! se défendit Brandir. Pas les miens. Par contre, ceux de Petit Vieux…
- Finalement, vous êtes bon à rien, aussi futé qu’une quiche et destiné à rester un fardeau !
- C’est marrant, ricana Brandir. Petit Vieux a eu les mêmes mots. Mais en rimes, ça donnait un peu mieux. Tirez pas la tronche, seigneur. Je suis revenu parce qu’il a dit que vous alliez avoir besoin de moi dans les temps à venir. Il l’a lu en jetant les runes. Les dieux ont prévu que je vous sauve la vie bientôt !
- J’ai jeté des tas de runes pour vous, commenta Svorn. J’y ai jamais lu autre chose que le contenu de votre prochain repas ! Depuis quand les dieux accordent-ils un destin aux boulets à crêtes ?!
- Me sauver la vie alors que vous ne savez même pas lacer vos bottes… Je peux vous dire qu’il va les attendre ses prochaines rations, le vieux poète gâteux dans sa grotte ! Si c’est pour sortir des énormités pareilles ! Au fait, et l’épreuve de la pierre ? Ce n’était pas une énigme ?
- J’ai rien pigé. Je crois que ma réponse a offusqué l’esprit de la pierre, elle m’a pris mon âme. Dites, seigneur, c’est dur à récupérer une âme ?

Hadratus fixa son champion, le poing le démangeant fortement. Dans un soupir de consternation devenu habituel, il tourna les talons et s’éloigna en pestant. Le classement à boulets venait encore de changer.
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Chapitre 11 : Tel un héros

Hjotra tambourina à la porte comme un forcené. Hadratus ouvrit à la volée, le regard ombrageux s’enflammant à la vue de son ingénieur.

- Je vous fais la promesse solennelle que si vous me dérangez encore parce que votre rabot favori a disparu ou que votre cafard domestique s’est fait la malle, je vous mets en première ligne à la prochaine bataille avec une cible peinte sur le front.
- Le rabot était dans ma poche en fait, se justifia l'ingénieur. Non mais là, c’est urgent. C’est Svorn qui m’envoit vous chercher parce que…Tiens, vous preniez un bain ?

Le seigneur à moitié nu remonta son pantalon d’un air ennuyé.

- Pas exactement…Je…J’étais en entretien avec une suivante de ma femme…On parlait boulot. Sinon, vous disiez quoi à propos de Svorn ?

Hjotra jeta un œil dans la chambre et salua la suivante qui sortait du lit.


- C’est ma frangine, expliqua l’ingénieur avec un large sourire devant son chef devenu livide. Alors, elle fait bien son travail ? Papa et maman vont être fiers quand je leur raconterai ça !
- Donc Svorn, l’interrompit Hadratus en s’étouffant dans un toussotement.
- Les ouvriers sont tombés sur une horde de mulou affamés lors dune partie de chasse. L’aile ouest est envahie de ces créatures et la garde est surpassée.
- Quoi ? Mais depuis combien de temps ?!
- Quelques heures. Je voulais vous prévenir avant, mais je me suis perdu dans les étages. J’ai dû attendre une plombe avant qu’une bonniche ne passe pour m’indiquer le chemin. Vraiment ! Parfois j’ai honte que ma sœur fasse partie d’un personnel aussi nul.

Hadratus regarda d’un air incrédule son lieutenant se plaindre de ses subordonnés puis se hâta de rejoindre l’aile ouest. Sur place, les combats faisaient rage. Les soldats luttaient au corps à corps contre des nuées mulou gros comme des chevaux.

- Ah enfin ! pesta Svorn, couvert de plaies, en voyant venir son chef. Vous pionciez ou quoi ?!
- Il était en entretien, déclara Hjotra.
- Déjà, le chauve il me parle pas comme ça où je lui colle un bourre-pif, direct. Ensuite, on en est où ? Où sont les guerriers et les protecteurs ?
- Dans leurs quartiers. Ils roupillent ou jouent aux dés en se saoulant.

Hadratus saisit son prêtre par le collet et le tira violemment en avant pour lui faire esquiver un malheureux gardien passant en vol plané dans son dos. Ce dernier s’écrasa en rebondissant au sol, englué dans une immonde salive.

- Mais c’est le foutoir ici ! Ils ont une raison particulière de ne pas combattre ?!
- Ils sont peut-être en entretien, proposa innocemment Hjotra avant qu’un coup de pied magistral ne l’envoie remplacer le défenseur blessé.
- Brandir refuse de venir se battre ! grogna Svorn. Cet hérétique a chopé le melon depuis votre tentative d’assassinat. Il dit que les mulous ne sont pas dignes d’être les adversaires d’un héros qui a une destinée. Il a un sac plein d’autres âneries dans le genre. On dirait presque qu’il a répété toute la nuit.
- Mais c’est pas possible d’entendre ça ! s’écria Hadratus entre ricanement nerveux et colère noire. Je vais aller le chercher par la peau boutonneuse de ses fesses, ça ne va pas traîner !
- Il ne viendra pas, seigneur. En fait, il a les foix. J’ai mis une soirée à lui expliquer ce qu’était qu’une âme. Depuis qu’il a pigé le truc, il sait ce qu’il risque s’il claque au combat alors qu’il n’a pas récupéré la sienne.

Hadratus fit mine de se cogner la tête contre le mur et observa la débâcle de ses guerriers face à une marée de mulou. Seul au milieu de la mêlée, Hjotra s’amusait à en caresser un en riant comme un gosse, inconscient de ce qui se passait autour de lui.


- Il nous faut des renforts ! vociféra Svorn en tapant le sol de son bâton.
- On est au taquet là ! protesta Hadratus. Il nous faut une tactique plutôt. Une idée brillante. Une stratégie imparable. Un coup de génie. Un truc qui boise quoi.
- C’est-à-dire qu’au niveau génie, on est plutôt limité.
- Non, vraiment ? ironisa Hadratus en regardant Hjotra faire du cheval avec son adversaire.
- L’autre taré qui se prend pour le cavalier solitaire. Il n’aurait pas une arme de destruction capable de repousser ces maudites bestioles ?
- Vous voulez parler du marteau de guerre à ressort ou du catapulteur d’essaims de guêpes ? La dernière fois qu’il m’a fait une démonstration de ses trouvailles, il a réussi à foutre le feu aux écuries, à blesser quinze pécores et à faire attraper la vérole à mes conseillers.
- Il nous faut lutter avec bravoure contre ces monstres et user de notre dernier souffle pour maudire leur vilenie et la couardise de Brandir ! Allons mourir ensemble, seigneur !
- Partez devant, je vous rejoins…Si seulement cet animal de Hjotra n’avait pas l’esprit aussi tordu que la queue des gorets qu’il élève ! …Attendez ! Par les roubignolles d'Ogrest ! J’ai trouvé !

Hadratus se jeta dans la bataille, attrapa Hjotra par la ceinture et le traîna jusqu’à son atelier. Un petit moment après, il fit évacuer toute l’aile et lança son arme secrète dans les couloirs. Le troupeau de cochons de Hjotra qu’il enflammait à tour de rôle se précipita sur les mulou géants. Les flammes qui les dévoraient se propagèrent aux monstres et une heure plus tard, la masse de prédateur décimée avait fui dans les entrailles de la forêt.


- Une idée…singulière mais bigrement efficace, commenta Svorn en contemplant le carnage. Il faudra juste en trouver une autre pour tout nettoyer ensuite quand les soldats auront fini de gerber à cause de l’odeur de cramé et quand les cadavres calcinés se seront éteints.
- Vous savez ce qui est le pire ? questionna Hadratus d’un air las.
- Voir Hjotra s’agripper à votre jambe durant une heure pour vous empêcher de lâcher ses porcs ?
- Même pas, il m’avait déjà fait le coup quand j’avais confisqué son bilboquet. Le pire, c’est de savoir que c’est ce boulet qui nous a sauvé la mise.

Les deux Iops se tournèrent vers l’ingénieur félicité de toutes parts par guerriers qui n’étaient pas occupés à vomir.

- Merde, soupira Svorn. Un héros de plus…
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Chapitre 12 : Le volontaire

Svorn s’arrêta devant la porte flanquée de deux gardes et attendit en les fixant d’un air autoritaire. Ne voyant aucune réaction sur leurs visages, il frappa les tibias du plus proche. Ce dernier se hâta de lui ouvrir en boitillant et Svorn pénétra dans la salle du trône en ronchonnant. A sa grande surprise, il n’avait pas été le seul à être convoqué. Alignés les uns à côté des autres se tenaient Brandir, Hjotra, l’espion, et l’éclaireur borgne et gâteux. Les trois conseillers du seigneur Hadratus firent signe au haut prêtre de les rejoindre. Svorn se demanda vaguement si cette réunion avait un quelconque rapport avec leur débâcle de la semaine dernière contre des troupes de seigneurs Ecaflip où Hadratus avait manqué manger sa barbe de rage.


- Ah, la fine équipe au grand complet ! lança ce dernier en arrivant à son tour.

Le seigneur se hissa sur son trône et observa son état-major d’un air pensif. Un bruit de ferraille retentit dans le couloir proche. Un iop d’un roux vif fit son apparition, traînant derrière lui un énorme boulet.

- Voici Rugfid, tout fraîchement sorti des geôles, déclara Hadratus. Anciennement explorateur à mon service à la recherche de nouvelles richesses et ressources, accessoirement un fieffé débile qui a planté sa mission et se planquait à la taverne depuis un mois pensant que je l’y laisserais peinard.
- Je suis aussi son cousin, ajouta Rugfid en ricanant.
- Ça, c’est pas prouvé, l’interrompit Hadratus, visiblement honteux de ce détail. Rugfid, rongé de remords, n’a plus qu’un seul but dans la vie : redorer son blason.

Devant l’expression perplexe de ses lieutenants, Hadratus corrigea.


- Il veut racheter sa faute. Navré, j’oubliais à qui je m’adressais…Heureusement pour sa pomme, il connaît l’emplacement d’un bon filon non exploité et il saurait y retourner. Ce qui entre nous vaut mieux s’il ne veut pas nourrir les corbacs accroché par les narines à la potence. Il lui faut le même que lui en moins incapable pour l’escorter. Vous êtes là pour ça. Qu'Ogrest me pardonne, j’ai rien trouvé de mieux que…vous.

Hadratus eut un geste de la main dédaigneux pour désigner les cinq guerriers alignés dont Brandir qui était chaussé de deux bottes différentes et de l’espion qui piquait Hjotra sur sa gauche avec le bout de sa dague, celui-ci pouffant comme s’il s’agissait de chatouilles.


- Il me faut un volontaire ! ordonna Hadratus.

Cinq minutes passèrent dans un silence gêné. Personne ne bronchait. Svorn fixait le bout de ses chausses, Hjotra faisait semblant de s’être endormi debout et l’éclaireur comptait les poils qu’il avait dans la main. Hadratus ne disait mot, la veine enflant sur son front parlant pour lui. Las, il piocha dans sa bourse et jeta un minuscule gâteau aux pieds des cinq héros. La torture commune débuta. Brandir transpirait à grosses gouttes, Svorn était pris de convulsions et Hjotra se mordait le poing pour résister. L’incontournable gourmandise fut trop forte et tous les cinq craquèrent en même temps, se ruant sur la pâtisserie abandonnée en se livrant un farouche combat.


- Cousin, ils vont s’entretuer, souffla Rugfid, inquiet.
- Si seulement c’était vrai…

L’éclaireur borgne fut le premier vaincu, éjecté au loin par la masse furieuse. Hjotra usa de son rat domestique pour le terrasser, mais fut à son tour mis en fuite par Brandir qui imita une démarche de Chaffer pour l’effrayer. L’espion tenta d’égorger Svorn. Il ne parvint qu’à s’entailler l’oreille en laissant maladroitement échapper son couteau. Dame Elenwë, attirée par les pleurs et les cris, arriva pour assister à la fin de la mêlée.


- Que se passe-t-il ? Il n’arrivent pas à décider qui a la plus longue… épée bien sur ?
- Non, ils sont amoureux de vous et se battent en votre nom.
- Vraiment ?! s’exclama t elle, enchantée.

Hadratus échangea un regard désabusé avec son cousin tandis que la sorcière prenait de multiples poses gracieuses et glamours pour inspirer ses soupirants. Le duel n’aboutissant à rien, Hadratus y mit fin avant que Svorn ne dégaine ses runes explosives.

- Je double la mise, fit-il en lançant un autre gâteau. Celui qui parvient à faire un compliment sur la beauté de mon épouse remporte tout !

Brandir et Svorn, les cheveux en bataille et les yeux pochés, se regardèrent d’un air penaud et désespéré.

- Reconsidérez votre épreuve, seigneur, gémit Svorn. Un truc moins dur quoi.
- Là c’est carrément pas jouable, ajouta Brandir en fixant l'épouse Sadida de son maître avec un haut-le-cœur.

Les joues d’Elenwë s’empourprèrent et sous la colère, elle jeta son sortilège favori de métamorphose. Brandir le reçut de plein fouet et se changea en boufton tandis que la sorcière repartait, courroucée, en maudissant les Iops dans sa langue incompréhensible.

- Svorn, c’est donc vous qui vous y collez ! déclara Hadratus, satisfait.

Comprenant le piège, le prêtre pesta mais empocha vite les gâteaux gagnés. Hadratus congédia les autres qui partirent en claudiquant, sauf Hjotra qui chevauchait Brandir entre deux rires niais.

- Svorn, vous allez voir, ça va être fendard comme expédition ! lança gaiement Rugfid. On va voir plein de choses formidables en route : des rivières souterraines à traverser, une tribu de trool cannibales, des cavernes remplies de gaz mortels, plusieurs précipices sans fond…
- Seigneur, c’est injuste ! protesta le prêtre. Je vais me plaindre aux dieux !
- …des fourmis rouges géantes, un labyrinthe mortel, un ogre poseur d’énigmes…
- Arrêtez de râler tout le temps, on dirait moi, répondit Hadratus avec un large sourire. Ça vous fera une bonne expérience sur le terrain. En plus, mon cousin est un gars très bien quand il n’est pas ivre ou pris d’une crise de démence meurtrière durant son sommeil !
- …un minotot assez susceptible, des pièges magiques, un démon prisonnier des roches…
- Soyez maudit ! pleurnicha Svorn en quittant la pièce, Rugfid le tirant par le bras.
- Amusez-vous bien ! répondit Hadratus en saisissant son carnet à boulets. Bon alors, Svorn en expédition forcée, Brandir à la mine de charbon et Hjotra…Tiens, je vais le mettre à la garderie avec la marmaille. Il va adorer. Si avec ça, ils ne se bougent pas le fion pour remporter la prochaine bataille, je vais postuler comme sentinelle chez les Srams ! Vous en dîtes quoi ?

Hadratus se tourna vers ses conseillers. Les trois anciens dormaient, dans les bras les uns des autres. Hadratus massa sa veine gonflée. D’une main tremblante, il ajouta trois noms sur son carnet.
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Chapitre 13 : A l’assaut !

Hadratus parcourut rapidement la missive et la tendit à ses conseillers. Le parchemin passa de main en main, puis revient au seigneur appuyé sur son épée.

- Alors ? Vous en pensez quoi ?
- C’est un beau papier, à la fois souple et résistant, très qualitatif, déclara le premier.
- L’encre est parfumée à la mûre, poursuivit le second. Quant au cachet, c’est un griffon.
- Le style est concis mais précis, avec des termes élaborés mais la tournure n’a aucune lourdeur, conclut le troisième. L’écriture penchée en avant exprime un caractère fort.

Hadratus hocha lentement la tête d’un air désolé, roula le message en boule et l’envoya à tour de rôle dans la tête de chacun des conseillers.

- Vous vouliez peut-être un avis sur le fond ? Ah, ben, non, ils refusent de se rendre.
- Et je vous paye pour ça, marmonna le Iop. Allez faire préparer les troupes, on continue le siège. Et puisqu’ils nous prennent pour des rigolos, on se demande bien pourquoi d’ailleurs, ce soir, on les fume jusqu’à ce qu’ils supplient qu’on leur lâche la grappe.
- Serons-nous de taille, seigneur ?
- Ça n'est pas vraiment un problème de taille, en fait ça serait plutôt qu'on se bat comme des fiottes. Mais, j’ai un plan…

Le seigneur exposa son idée et donna ses consignes. Au crépuscule, il fit réunir Hjotra, Brandir et le vieil éclaireur.


- On va faire une fondue ? questionna Hjotra, pensant festoyer.
- C’est vous le fondu, pauvre cloche. Voilà le plan. Hjotra ! Hé, tsss, Hjotra ! Hjotra, par ici, bon dieu ! Regardez mes lèvres quand je vous parle au lieu de gober les mouches !
- Je ne peux pas, seigneur, je ne vois pas votre bouche derrière votre barbe. Aiieeeeeuuu !
- Donc, Hjotra, reprit Hadratus en reposant sa masse. Vous installez vos catapultes sur les collines là, là et là, tout autour de la citadelle ennemie. Le vieux naze, Brandir et moi, on va se glisser à la faveur de la nuit jusqu’aux murailles. A l’aide de cette mixture à base de champignons luminescents, on va badigeonner les tours adverses. C’est une poudre phosphorescente. Dans le noir, même l’autre borgne ne verrait que ça. Dès que vous voyez la marque, vous envoyez la caillasse. Les autres targettes ne pourront pas riposter et si on ne se rate pas trop, demain le château tombe !

Hadratus distribua les fioles préparées pour son groupe et les trois guerriers se glissèrent derrière les lignes ennemies, évitant les patrouilles grâce à la nuit. Ils étaient parvenus à la dernière pente lorsque la voix étouffée de Brandir retentit en tête.

- Quoi, oups ? murmura Hadratus, à la queue. Comment ça, oups ?

Le iop entendit un petit bruit monter vers lui et comprit en recevant en plein visage la fiole perdue de son champion. Le flacon explosa, déversant son contenu de poudre phosphorescente sur le seigneur hébété.

- C’est vrai que c’est drôlement lumineux, commenta l’éclaireur. On dirait un feu follet !
- Abrutis ! Vous voulez voir ma lune briller aussi ?! On ne voit plus que moi à cent lieues à la ronde. Espérons que Hjotra ne…

Il s’interrompit en entendant un sifflement aigu dans les airs. L’instant d’après, une pluie de rochers s’abattait autour d’eux, les mettant en fuite et les poursuivant jusqu’au campement qu’ils atteignirent vivants par miracle. C’est couvert de bandages qu'Hadratus dirigea une autre réunion le lendemain, un brin amer.


- Vos mouilles tous ou je vous envois rejoindre Brandir et Vieux Naze à l’infirmerie ! Pareil pour le prochain que j’entends m’appeler l’Etoile Filante ! Bon, j’ai un autre plan pour ce soir. L’espion a trouvé, on se demande comment, un ancien passage secret qui part de la salle d’armes à l’intérieur du château jusqu’au bois tout proche. Avec une équipe réduite et discrète, on le remonte à l’envers, on pénètre chez l’ennemi et on ouvre les portes de la forteresse de l’intérieur pour laisser entrer le gros des troupes. Hein ? Non, pas Brandir, idiot. Il comate le crâne à moitié fendu, laissez-le où il est. L’espion et Hjotra, en piste les artistes, on part dès que le soleil se couche !

Les trois iops découvrirent le vieux tunnel et s’y engagèrent, Hadratus insistant pour passer en tête cette fois-ci. Après avoir perdu deux fois Hjotra dans les souterrains et une fois l’espion, le trio finit par déboucher au niveau du château. Hadratus activa le mécanisme et se glissa dans la salle d’armes silencieuse. Il murmurait ses consignes quand la porte coulissante se ferma dans son dos.

- Seigneur ! appela l’espion. Ça ne s’ouvre plus !
- Soyez moins tarés que d’habitude ! C’est juste un levier à baisser.
- Vous voulez parler de celui qui m’est resté entre les mains ? Ah, zut ! C’est ballot !
- Mais faites quelque chose ! paniqua Hadratus. Poussez ou tirez ! Je vous raconte pas l’angoisse si les sentinelles me trouvent planqué tout seul entre deux armures !
- Rien à faire, seigneur ! lança l’espion. Bon, ben, bonne chance à vous !
- Débrouillez-vous pour ouvrir ce passage ou je vous donne à manger aux porcs de Hjotra !
- Hjotra dit qu’il a une idée. Il dit qu’il les a piqué à Svorn avant son départ. Oh, c’est quoi ? C’est ça des runes explosives ?

Hadratus n’eut que le temps de plonger derrière un pilier qu’une sourde déflagration retentit à travers le château. Le mur s’écroula dans un vacarme de tous les diables, laissant apparaître Hjotra et l’espion ensevelis sous des mètres de terre. Une minute plus tard, une trentaine de gardes débarquaient dans la salle. Fort heureusement, les soldats se montrèrent conciliants et parvinrent à un accord en négociant avec Dame Elenwë. Le siège fut levé, le conflit prit fin et Hadratus et ses deux soldats furent rendus vivants contre une rançon à faire pleurer les pierres, selon l’expression Enutrof. Ruiné, vaincu, blessé et humilié, Hadratus retrouva son épouse qui l’attendait a la cité.

- Rappelez-moi pourquoi vous avez déclenché les hostilités ? interrogea t elle en soutenant son mari jusqu’au lit.
- Ils nous ont fait payé cinq pour cent de plus sur la dernière commande de bois…Ça représentait presque vingt pièces d’or quand même.
- Oui, acquiesça la sorcière, compatissante. Ça valait drôlement le coup. Maintenant, on n’a plus un rond et vous me devez une faveur.
- M’en fiche ! râla Hadratus. Dès que je retrouve l’usage de tout le côté droit de mon corps, j’y retourne.
- Une dette d’honneur pratiquement, susurra Elenwë en fermant la porte à clé.
- Cette fois, pas de pitié, on rase tout ! J’ai un nouveau plan, ça va le faire ! Hé…pourquoi vous enlevez votre robe ? Hé !
- Moi aussi, j’ai un plan, mon petit barbu d’amour ! fit la Sadidette nue en sautant sur le lit. J’adore quand un plan se déroule sans accroc, pas vous ?

Hadratus ne répondit pas. Il s’était déjà assommé avec sa pantoufle.
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Score : 2197

C'est assez comique en effet ! J'adore ^^.

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Chapitre 14 : L’aspirant soupirant

Hadratus organisait l’entraînement quotidien de ses troupes lorsqu’un messager vint l’interrompre.


- Monseigneur, un Ecaflip désire audience.
- Sur la droite, Hjotra ! cria Hadratus. Non, votre autre droite, charlot !...Quoi ? Un Ecaflip ? Si c’est encore un berger qui vient gueuler parce que Brandir tape dans sa réserve de fromages la nuit, dites-lui de s’acheter de plus gros chiens de gardes.
- Non, messire, il semblerait que ce soit un chevalier. Les pécores du coin, on les aligne à la baliste comme vous l’aviez demandé.
- Un chevalier ? Avec de la chance, il vient peut-être chercher des noises ! Formidable !

Hadratus suivit son messager jusqu’à la salle du trône et y accueillit un jeune guerrier de forte carrure au port hautain et à l’armure scintillante.

- Du fer blanc, murmura Hadratus à ses conseillers. Donnez-moi une bonne masse et je le change en boîte à bijoux le chaton !
- Seigneur ! fit le chevalier en s’inclinant. Je me nomme Ségodin de Nominoé et c’est empreint d’humilité, mais encore d’audace, que je viens à vous vous présenter ma requête.
- Merde, c’est un noble ! chuchota Hadratus. Allez prévenir les gardes. Je leur ai dis de lui coller une trempe à la sortie histoire de se marrer, mais un sang noble, ça va pas le faire.
- J’ai rencontré l’amour, cher seigneur ! fit le chevalier d’un ton éloquent en regardant l’un des conseillers quitter la salle en trombe. Lors de la fête du printemps au village du Val, j’ai vu la plus merveilleuse créature et apprenant qu’elle vivait à votre cour, je m’empresse de venir vous demander sa main.
- Si le printemps vous travaille tant, vous savez qu’on a des tapineuses très correctes à la taverne pour quelques cuivres. En les décrassant un peu, elles sont tout à fait présentables.
- Il ne s’agit pas d’une iopette, mais d’une fée au charme sans pareil.
- Alors, désolé, on n’a pas ça en magasin. A part pour nous jeter des malédictions, les fées ne foutent jamais les ailes ici.
- L’amour a guidé mes pas ! enchaîna l’Ecaflip tout gai. Cette Sadidette a dérobé mon cœur !

Ségodin observa les iops de la pièce afficher la même grimace révulsée, des conseillers jusqu’aux gardes en faction. Hadratus leva les yeux au ciel.

- Ouais, d’accord, c’est bien ici. La description ne correspond pas du tout, mais des sadida, dans la cité, on n’en décore pas tous les couloirs.
- Puis-je m’entretenir avec elle ?! s’exclama le jeune homme plein d’espoir.
- En rêve, mon grand, ou en cauchemar comme moi. C’est mon épouse.

Ségodin vacilla dans un élan théâtral, aussi choqué que le jour où Brandir avait appris que les réserves de champignons étaient vides. Le noble parut troublé et désespéré, mais il releva la tête, le regard luisant de détermination. Avec une moue indignée, il jeta son gantelet aux pieds du trône de Hadratus.

- Z’avez perdu votre gant, commenta ce dernier en bâillant. Laissez pas traîner vos frusques, on n’est pas dans un bouge, mon vieux.
- Sur mon honneur, seigneur Hadratus, je vous défie ! Je ne puis renoncer à l’envol de mon cœur. Je repartirai d’ici avec ma bien-aimée ou mort en luttant pour vous l’enlever ! Pardonnez ma fougue, mais l’amour est trop puissant !
- Essayez la bière, c’est pas mal comme remède à ce genre de cochonnerie, répondit le seigneur avant de se pencher vers ses conseillers. Finalement, laissez tomber mon contrordre pour les gardes. Je crois que le bellâtre va y passer. Il commence à me courir sur le haricot.

Hadratus dégaina sa lame à double tranchant en s’avançant vers le chevalier qui sautillait dans tous les sens en brandissant son épée, puis il s’immobilisa.

- Non, pas de duel, décida t il. Déjà, ça va mettre du sang partout dans ma salle du trône et en plus j’ai une meilleure idée. Que diriez-vous, sire Sopalin, d’une série d’épreuves ?
- Euh, Ségodin, messire. Quels types d’épreuves ?


Le soir tombant, Hadratus rejoint son épouse dans la chambre, sifflotant d’un air guilleret. Elenwë leva un œil curieux de son grimoire « Mille et une métamorphoses animales » pour observer son mari.


- Suis-je prise d’hallucinations ou seriez-vous…heureux ? interrogea-t-elle.
- Rien d’exceptionnel, y a des jours où je ne vous trouve pas complètement invivable. Il peut donc y en avoir sans que je tire la tronche. Dites, ma mie, vous souvenez-vous d’un jeune Ecaflip à la fête du printemps ?
- Au Val ? Non, la foule nous évitait à cause de l’odeur de votre escorte…
- Les Iops ont un système pileux développé et suent beaucoup ! Bref, au bourg, vous avez tellement tapé dans l’œil d’un jeune bourge qu’il est venu demander votre main ce matin.
- Par la grâce des nymphes ! Ai-je une chance de le voir ou son cadavre nourrit-il déjà les corbeaux ?
- Vous me prenez pour un rustre ? Non, ne répondez pas. Je ne l’ai pas buté, je lui ai fait subir des épreuves. S’il en remportait une, je vous cédais à lui.
- Et ? le pressa Elenwë, toute fébrile.
- Et je l’ai roulé à la manière d'un vendeur Enutrof, le nigaud. J’ai commencé par lui faire affronter Hjotra aux échecs.
- Aux échecs ? Mais il ne sait même pas jouer aux dames.
- Je sais bien, ça fait trente ans qu’il essaye d’apprendre. Il n’a compris le rôle des couleurs que depuis l’an passé. Mais l’astuce était là. Vous avez déjà joué contre Hjotra ? C’est à devenir dingue. J’ai eu trois suicides de gardes cet hiver rien qu’à cause de ça. Au final, le sire Galopin, ou un nom du genre, a abandonné. Il était à deux doigts de se pendre.
- Vous devenez aussi tordu que vos sujets à force de côtoyer ces malades…
- Pour la seconde épreuve, je lui ai fait faire un concours de boustifaille contre Brandir. Il a perdu. J’avais jamais vu un soldat vomir autant de fois des champignons ! Brandir l’a achevé à la bière, mais l’autre en voulait encore. Faut croire qu’il ne vous a jamais vu au réveil…Bon sang, si Svorn avait été là, j’aurais organisé un concours d’insultes !
- Je présume que ce malheureux chevalier est reparti à quatre pattes, dépité.
- Non, je lui ai donné une dernière chance devant son désarroi. Je lui ai proposé de m’affronter comme il le voulait au début. Quand il a fini par se relever après un quart d’heure à lécher le sol, je n’ai eu qu’à le pousser pour gagner. Je lui ai laissé la vie sauve donc du coup, il s’est rangé à mon service avec une dette d’honneur. Officiellement, j’ai un nouveau lieutenant, sire…Saturnin, je crois, de Nominoé !
- Et vous n’avez pas peur qu’il finisse par me séduire maintenant qu’on va vivre sous le même toit ? demanda son épouse. Je peux en tomber amoureuse et m’enfuir avec lui !
- Vous croyez que c’est possible ?! s’exclama Hadratus , les yeux rêveurs. Non, vous me charriez ! Autant de chance d’un coup, ce serait inespéré !

Le seigneur se coucha avec un large sourire sous le regard enflammé de son épouse. Fulminante, Elenwë sauta directement jusqu’au chapitre sur les métamorphoses en insectes.
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Chapitre 15 : Un mousseux tribut

Assis dans un coin sur le chemin de ronde, Hadratus observait les allers et venues de ses sujets dans la cour, plus bas. L’air encore plus renfrogné que d’habitude, il fixait au loin Ségodin chanter une sérénade à Elenwë qui déployait visiblement de colossaux efforts pour conserver un sourire poli et ne pas s’endormir.

- Ça n’a pas l’air d’aller fort, fit Brandir en s’approchant. Vous voulez en parler peut-être ?
- A vous encore moins qu’à un autre, patate. C’est pas l’heure de votre entraînement aux armes ?
- J’y vais pas, j’ai des ampoules, répondit le guerrier en s’asseyant près de son chef blasé. C’est à cause de Ségodin qui convoite l’autre mangeuse de laitue que vous broyez du noir ?
- Pfff, qu’est-ce que j’en ai à carrer, mon vieux, si vous saviez ! Je ne peux plus la saquer, la sorcière zoophile !

Hadratus eut un grand geste emporté et se dirigea vers Hjotra qui testait sa dernière invention un peu plus loin. Le seigneur Iop lui arracha sa fronde géante, visa et tira vers le couple plus bas. Le projectile, un gros sac rebondi, explosa sur la tête de Ségodin, le recouvrant d’une bonne centaine de fourmis énormes qui se déversa sur le chevalier ébahi.

- Pas de bol, commenta Brandir en regardant l’Ecaflip commencer à se faire dévorer par les insectes furieux. Vous avez raté Dame Elenwë.
- Ouais, c’est ça, j’ai raté, murmura Hadratus en adressant un signe à son épouse furibonde. Hjotra, encore une invention délicieusement débile ! C’est digne de vous !
- Merci, seigneur, s’exclama fièrement l’ingénieur.

Hadratus s’éloigna en ronchonnant, Brandir sur ses talons. La distance étouffa l’écho des hurlements paniqués de Ségodin.

- Mon instinct me dit que vous tirez la tronche à cause de la dernière bataille, dit le guerrier.
- Si c’était votre même instinct que celui qui a fait tourner les talons sur le champ de bataille, vous ne l’évoqueriez pas devant moi ! râla Hadratus. Quelle valise ! Jamais vu une débâcle pareille. D’habitude, on est nuls, mais là, c’était grandiose ! Non seulement, on a du filer comme des Scram pour ne pas se faire complètement ravager, mais en plus, va falloir qu’on se coltine un tribut à verser à l’ennemi !
- Ah ? Mais alors c’est quoi qui vous tracasse ?

Hadratus envoya la porte de la salle du trône dans le nez de son champion sans répondre. Ce dernier se décida enfin à le lâcher, partant à moitié sonné. Le seigneur s’isola une nouvelle fois pour réfléchir à la situation financière catastrophique de sa cité lorsqu’un garde vint lui annoncer le retour de son cousin explorateur et de Svorn de leur expédition.

- Laissez-moi deviner ! lança Hadratus en voyant ses lieutenants arriver. Ça a été un fiasco total. Vous n’avez découvert aucun filon, votre escorte est paumée ou morte, mais vous vous êtes arrangés pour rester en vie pour me raconter tout ça. J’ai bon ?
- Quel accueil ! grogna Svorn d’un air boudeur. Nous aussi on est contents de vous revoir, monseigneur. Et même ravis d’avoir crapahuter tout ce temps au milieu de cent périls pour s’entendre dire ça !
- Pardon, se ravisa le Iop. Je suis un peu tendu pour changer. Ça s’est bien passé alors ?
- Ah non, répondit avec sincérité Rugfid. Un vrai désastre.
-... Je vous écoute, faîtes-moi rêver.
- C’est la foire aux monstres là-dessous. Ça grouille de bestioles, plus encore que la piaule de Hjotra. On n’a pas passé un jour sans avoir une arakne ou un clan de cannibales aux miches. Mais bon, on a quand même dégotté un filon d’or encore vierge.
- Sérieux ?! Baste ! Mais ça pourrait nous sortir de la purée ! On n’a plus un rond en poche !
- On était jouasses, nous aussi, mon cousin. En voyant ses veines grosses comme les hanches de Brandir, faciles à extraire, au beau milieu de la jungle aux monstres, on y a cru. Svorn voulait même lever une armée de mercenaires et marcher sur la cité pour vous…

Le haut prêtre fit taire son compagnon d’un coup de bâton entre les jambes.


- On est riches alors ?! s’écria Hadratus, comblé.
- Faut pas y compter, répondit Rugfid d’une voix soudain très aigüe. On a chargé les chariots trois fois d’affilée. Après plusieurs jours de voyage, une mousse dégueulasse est apparue à chaque fois dessus et a commencé à ronger l’or. Impossible de s’en défaire, même en nettoyant. Vous pensez bien qu’on ne serait pas revenus vêtus comme des clodos si le filon était exploitable !
- On ne serait même pas revenus tout court, marmonna Svorn.
- Quoi ?! Mais qu’est-ce que vous me chantez ?!
- Sais pas, fit l’explorateur en haussant les épaules. C’est une malédiction, sans doute. Dès qu’on bouge l’or, la mousse apparaît, se propage et dévore tout. Un peu comme Brandir durant les banquets.
- Du coup, vous revenez les mains vides ?
- Non, on a des chariots pleins de mousses crades et on a fait copain avec un trool borgne qui récite des énigmes. On l’a ramené car il était sympa. Il a bouffé toutes nos provisions et même nos chevaux, mais sinon c’est un bon gars. Et il connaît plein de blagues !
- Moi aussi, râla Hadratus. Vous connaissez celle des deux ahuris qui finissent au cachot ?

Ségodin fit irruption dans la salle, couvert de boursouflures et de morsures de fourmis. Il allait ouvrir la bouche quand il croisa le regard enragé de Svorn. Le prêtre lui sauta au cou et le roua de coups de bâton en hurlant à « l’invasion d’hérétiques ».

- Que pouvons-nous escompter comme récompense, cousin ? interrogea Rugfid.
- Une mission de confiance, répondit le seigneur en souriant doucement. Mais arrêtez ce bordel tous les deux, on s’entend plus être sournois ! Ou foutez-vous sur la gueule dehors ! Donc, je disais, cher cousin. Demain, vous escorterez le tribut du mois à nos ennemis. Avec en présent, une bonne dizaine de pelletés de cette fameuse mousse. Normalement, ils devraient nous haïr quand cette saloperie aura ruiné leur trésor, mais ils seront trop pauvres alors pour envoyer leurs troupes ici !
- Si vous le dîtes, déclara Rugfid qui n’avait rien compris.
- Oh, et votre trool barde, là. Vous le refilerez à ma tendre épouse. Je crois qu’elle aura besoin de distraction pour les jours à venir, le temps que son courtisan soit de nouveau en état de lui conter fleurette.

Les soldats se tournèrent vers Ségodin, mutilé et bastonné, qui gesticulait à terre tandis que Svorn sur son dos lui mordait férocement l’oreille.

- Dites, cousin, demanda Rugfid avec un sourire niais. Entre nous, on vous a manqué ?
- Grave, répondit le Iop en contemplant ses lieutenants se taper dessus, désabusé.
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Chapitre 16 : La revanche de l’assassin

Vorshek s’engouffra dans le passage entrouvert et glissa parmi les ombres jusqu’à un coin isolé. Le couloir était désert et silencieux. L’assassin épia un instant dans le silence glacé, mais au cœur de la nuit, la cité toute entière était plongée dans le sommeil. Le Sram réprima avec peine un rictus haineux en suivant la même route qu’il avait empruntée lors de sa première venue. Le souvenir du cuisant échec de sa tentative d’assassinat du seigneur Hadratus faisait aujourd’hui encore trembler de rage ses poings enserrant ses dagues. Il avait goûté à la défaite amère, au cuisant déshonneur et à l’humiliation douloureuse. Sa seconde mission laverait son honneur bafoué. Vorshek était bien décidé à se venger des Iops ou à ne pas revenir du tout auprès de son commanditaire.
L'assassin se figea dans la pénombre en entendant au loin un raclement étrange remontant à travers le corridor. S’approchant aux aguets, il aperçut un feca chauve vêtu comme un prêtre, occupé à s’affairer, agenouillé contre le mur. La mission de l’assassin ne consistait qu’à récupérer un trésor dérobé par les Iops sans laisser la moindre trace, mais sa haine viscérale le fit hésiter devant cette proie facile. Sa maitrise de la Danse des Ombres le rendait invisible et indétectable. Il ne risquait donc rien à briser l’échine d’un soldat stupidement isolé. Approchant près du prêtre, Vorshek avança ses mains sans un bruit.


- Je vous tiens cette fois-ci, espèce de petite frappe ! s’exclama soudain Hadratus dans son dos.

Svorn et Vorshek sursautèrent, apeurés. Hadratus saisit le lanceur de rune par l’oreille et le tira vers lui, passant à un cheveu du Sram invisible.

- Mais c’est vous, Svorn ?!
- Lâchez-moi, hérétique ! Oh, monseigneur ? Qu’est-ce que vous faites là ?
- Ben, et vous ?! Ça fait deux semaines que je me gèle la nuit à traquer les vandales qui s’amusent à graver sur les murs de ma cité ! Vous m’expliquez ce que vous foutiez là ?!
- Je refaisais mon lacet, assura le haut prêtre nerveusement.
- C’est quoi ça ? « Repentez-vous ou Ogrest vous châtiera ». Mais ça vous amuse de saloper mes murs pour graver ça ?! A votre âge ? Mais qu’est-ce qui ne tourne pas rond chez vous ?!
- Mais c’est vrai, seigneur ! Il faut insuffler la peur des dieux à nos guerrier ou ils sombreront dans le pêché et consumeront leurs âmes ! Ils se fichent de ma pomme quand je les sermonne alors j’essaie de leur coller les miquettes avec des messages.
- Vous êtes au courant que la moitié de mes sujets ne sait pas lire et que l’autre moitié ne sait même pas qui est Ogrest ? Allez, je vous raccompagne aux geôles…euh à votre chambre. On règlera ça demain !

Vorshek, le cœur battant, ne se permit de respirer que lorsque les deux hommes se furent éloignés dans un boucan de tous les diables, s’insultant à tour de rôle. L'assassin essuya son front et reprit sa route, un peu désorienté par cet absurde incident. Pour se motiver, il songea aux moqueries de ses congénères qui le surnommaient « le tueur aux tourtes ». D’un pas rageur, l’assassin continua.
Le sram croisa quelques gardes assoupis et plusieurs sentinelles ivres qui chantaient ou se battaient, mais grâce à son invisibilité, personne ne soupçonna jusqu’à sa présence. Il aboutit finalement aux cuisines où filtrait une faible lumière. Le tueur pénétra dans la salle puis se figea. Ses pieds étaient fermement collés au sol et il ne pouvait plus faire un pas. A quelques mètres, deux Iop apparemment aussi immobilisés que lui, s’envoyaient un jambon chacun leur tour pour passer le temps. Vorshek usa de toutes ses forces pour se dépêtrer, sans résultat. Une heure plus tard, Hadratus refit son apparition, manquant le bousculer en le dépassant.


- Brandir et Hjotra…soupira-t-il en réajustant son bonnet de nuit brodé du message « Sauvez un bouftou, mangez un mulou ». Pourquoi je ne suis pas étonné de vous trouvez là, rigolos plein de poils ?! J’ai payé bonbon ce parchemin de « Rive au sol », mais le piège a fonctionné. J’ai deux rats bien gras pris sur le fait. Vous allez encore me raconter que c’est un gang de Chaffer qui vient la nuit piller le garde-manger, espèce de parasites !?
- J’avais un creux, se justifia Brandir. Je n’ai repris que quatre fois du dessert au souper.
- Et moi, je cherchais mon raton laveur, déclara Hjotra. Il a foutu le camp quand j’ai voulu m’en servir d’ours en peluche pour dormir avec moi.

Vorshek frissonna en reconnaissant la voix du guerrier qui avait balayé toute sa résistance psychologique lors de l’interrogatoire. Machinalement, l'assassin se replia en position fœtale, en se balançant d’avant en arrière. Hadratus passa le quart d’heure suivant à décorer ses soldats immobiles de multiples morceaux de nourriture, enfonçant des saucisses dans leurs narines ou les badigeonnant de sauce aux airelles et de confiture de baies sous les bras et dans le pantalon. Quand il fut lassé, il déchira son parchemin et libéra ses captifs qu’il obligea à finir la nuit dans la même tenue.
Lorsqu’ils furent partis, Vorshek, libre à son tour, se hâta de quitter les lieux, passablement perturbé et bien moins sûr de lui qu’au début de sa mission. Il lui fallut une autre paire d’heures pour se repérer et trouver la route du reliquaire où étaient enfermés les trésors. En chemin, il croisa également un chevalier Ecaflip qui s’entraînait à faire sa déclaration d’amour enflammé à un stalagmite, un raton laveur tremblotant visiblement traumatisé et une sorcière sadida qui expliquait à un crapaud couvert de pustules qu’il méritait son sort pour n’avoir apporté que cinq au lieu de six serviettes pour son bain de minuit dans le lac souterrain. C’est convaincu d’être tombé dans le cercle des enfers réservés aux fous que le sram atteignit enfin la porte du reliquaire, gagné par une peur panique.


- Vous connaissez une blague ? demanda une voix d’outre-tombe tandis qu’il forçait la serrure.

Vorshek fit volte-face et réprima un cri d’effroi. Un spectre de Iop à la mine sévère le fixait, lévitant devant lui.

- Vous connaissez une blague marrante ? répéta Thoric, maussade. Oui, vous avec vos canifs. Je suis un fantôme, entre créatures invisibles, il faut s’entraider. Vous cherchez quelque chose ?
- Ah…je…non, enfin si…bredouilla l'assassin au bord de la crise de nerfs. La baguette de Selzix le fourbe.
- Allée de droite dans le reliquaire, troisième étagère contre le mur. Entre le globe des éléments et le crâne de la harpie. Ces ignares n’ont pas réussi à la faire fonctionner, ils s’en servent pour accrocher leurs clés. Vous ne connaissez pas une blague ? Une drôle, hein ?
- Euh…celle de l’Ecaflip, du trool et du bouftou sur un radeau ?
- Non, je la connais. Elle est nulle. Et en plus, j’ai rien compris.

Déçu, le fantôme de Thoric s’éloigna et disparut en traversant la paroi. Vorshek déglutit, presque aussi livide que le mort-vivant, ce qui donnait à son visage une couleur rosée étrangement ressemblante au maquillage exagéré de Elenwë, les soirs de banquet. Le sram se piqua la main de ses dagues pour se remettre de ses émotions et s’acharna sur la serrure, plus pressé que jamais de finir cette mission délirante avant de devenir aussi dingue que ses hôtes. Thoric reparut juste après qu’il eut refermé la porte du reliquaire derrière lui.

- J’oubliais, marmonna-t-il. Faites attention à Touffou là dedans ! Il est un peu taquin avec les étrangers.

Thoric comprit qu’il prévenait trop tard quand un hurlement de terreur résonna, bientôt couvert par les grognements rauques du cerbère chargé de la protection du reliquaire. Le fantôme haussa les épaules d’un air nonchalant et s’évapora en grattant son postérieur éthéré.
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