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Trackers Ankama

L'histoire d'une Arme.

Par Tenebru 01 Avril 2015 - 23:37:59
[Avant propos : J'avais commencé à écrire cette fanfiction il y a plus d'un an, mais faute de temps, je l'avais abandonnée trop rapidement. Aujourd'hui, je la reprends du début, et je la réécris pour la mener, cette fois, à son terme. J'ai une bonne partie des chapitres, mais c'est en vrac et il y a beaucoup de corrections à faire, alors ça risque de durer longtemps! En espérant que l'histoire vous plaise.]


Prologue.


Ils se tenaient, tous deux face à la mer. La falaise s’ouvrait devant eux, un large horizon bleu envahissant tout l’espace tel un géant indolent, impassible. L’azur, l’azur à perte de vue.

Il crispa sa main sur la sienne, et déglutis. En bas, contre les rochers dressés comme des dents vers le ciel, la houle s’écrasait en un grand nuage d’écume. Des dents avides prêtes à les broyer.

Il releva la tête, et fixa le profil de sa compagne. Son nez légèrement retroussé ne présentait aucun pli, son front caramel était parfaitement lisse et son regard embrassait l’horizon, plein de confiance alors que le bout de ses bottes frôlait le vide. Elle n'était que courage inébranlable, aussi droite et fière qu'une statue. Il serra à nouveaux les doigts fins de la jeune Iop, qui leva les yeux vers lui. Aucune crainte, aucun doute dans ses prunelles albâtre. D'eux deux, elle avait toujours été la plus courageuse.

Il tenta de réfréner un frisson d’angoisse. Dans quelques instants, dans quelques secondes, tout serait terminé. Peu importe l’issue de leur acte, elle serait malheureuse. Il leva sa main droite, entrelaçant ses doigts couverts de tatouages avec ceux, plus fins, de sa compagne. Il sourit pour se donner du courage, mais elle ne lui rendit pas. Inexpressive, froide comme la banquise glaciale de Sberg. Même ses cheveux avaient l’éclat aveuglant de la neige. Et pourtant, elle brûlait de cette volonté si forte qui lui conférait un courage qu'il ne s'était jamais connu.

C'était lui qui avait peur.

Au loin, on commença à entendre des cris. Il tourna le regard vers la plaine, au loin, le camp militaire en contrebas où l’on voyait de lointaines silhouettes courir de tentes en tentes. Un cor lança un long appel qui résonna longtemps. Un coup long, un coup bref, et un autre coup long.

La lettre D. Comme Déserteurs.

Pour la première fois, il sentit un bref tremblement secouer la main de sa compagne. Il crut avoir rêvé, un instant. Mais ç’avait été trop incroyable pour qu’il l’ait imaginé lui-même. Finalement, même elle, elle avait peur.

Il se sentit honteux, d’un coup. Il se reposait sur elle, sur sa force apparente. Toujours. Et il en oubliait qu’elle n’avait même pas vingt ans, qu’elle était sur le point d’abandonner toute sa vie pour lui, pour un homme mûr, un étranger à sa patrie. Il serra sa main, mais avec plus de douceur, de fermeté. Il serra sa main pour la rassurer. Il avait si peu à perdre, mais elle tournait le dos à toute une vie.

Un deuxième appel de cor résonna. Cette même lettre D qui ébranlait le campement. Lui, Klaus Toryen, Lieutenant Bontarien, le Brave, le Rempart que Sacrieur elle-même semblait porter, allait déserter pour une jeune étrangère.

Il se tourna brusquement et enlaça la jeune Iop, la serrant fort contre lui. Plongeant son visage dans sa chevelure pure comme la neige, il inspira profondément. Il percevait tout avec une telle intensité, le vent marin qui fouettait sa peau nue, le parfum boisé de sa compagne, et ce corps si chaud entre ses bras puissants, si abandonné à lui qu’il aurait pu le briser d’un mouvement.

A présent, elle était à lui, uniquement à lui. Elle était sienne, pour toujours. Il la serra encore, cette jeune fille presque femme. Il voulait la serrer encore, la garder contre son corps, respirer son arôme troublant une éternité, une fois de plus.

Ils restèrent ainsi longtemps. Combien de temps ? Une seconde, une minute, une heure, une année entière ? Il n’aurait su le dire. Jamais le temps n’avait semblé si long et si court à la fois. Une larme vint s’égarer sur sa joue, puis tomba sur la peau caramel de sa compagne alors qu’il enfouissait férocement ses doigts dans sa chevelure parfumée. Il ne demandait rien, de sa vie. Il ne demandait qu'elle, elle ne demandait que lui, et pour ça, ils étaient criminels. C'était tellement injuste.

Elle posa ses mains sur son torse nu et le repoussa, avec la même force et la même douceur qui l’avait fait tomber. Ils se contemplèrent, yeux dans les yeux. C’était ainsi, le chemin qu’ils avaient choisi. Ce n'était pas la volonté des Dieux, c'était leur volonté à eux. Ils n'auraient pas droit à la pitié du ciel.

Le cor résonna, beaucoup plus proche. Le temps défilait trop vite, beaucoup trop vite. Elle lança un regard vers le bas, vers le campement, et ses mèches blanches voilèrent un instant son regard. Sa voix résonna, comme arrachée à ses lèvres par le vent qui soufflait si fort.

« -C’est l’heure. »

Des voix l’arrachèrent à sa rêverie. Trop proches… Quelques mètres seulement. Il hocha la tête et se replaça face à l’océan, leurs mains étroitement liées, nouées à s’en déchirer. Fallait-il que la fin soit si cruelle ?

Derrière eux, des voix résonnèrent. Il tourna la tête. Des soldats, qui arrivaient, débraillés, comme surpris. Surpris, ils pouvaient l'être ; Klaus désertait.

Serrant la main de sa belle amante, Klaus donna une impulsion du pied droit. Elle suivit ses pas, leurs mains serrées. La terre vibrait sous ses pieds nus alors qu’ils courraient, tous deux, vers le bord dentelé de la falaise. Deux foulées, puis le vide. Son pied resta un instant collé contre la terre sa mère, la terre qui lui avait tant donné. La Terre qu'il abandonnait pour une femme.

Il tourna à nouveau le regard vers l’arrière. Un cri fut poussé, derrière, que le vent emporta trop vite pour qu'il fût compris.

Puis le vide. Le silence.

Il se sentit tomber, étendant les bras, livrant son corps et celui de son aimée aux dents cruelles de la mer. Il pensa à cette présence à ses côtés, et ferma les yeux, le vent de sa chute fouettant cruellement son visage alors qu’il se rapprochait du bas de la falaise à une vitesse vertigineuse.

Il sentait, à présent, cette sérénité et ce calme absolu, cet abandon face à la mort. Cette peur maîtrisée qui emplissait chaque parcelle de son corps, se muant en une volonté implacable.

Le cœur de Iop.

Il serra cette petite main nichée au creux de la sienne, de toute sa force. Plus rien n’avait d’importance.
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Réactions 4
Score : 1001

Oh God pas de réponse pour cette fanfic absolument prometteuse !

Je veux la suite !!! Absolument ! Je veux la suite la suite la suite !

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Score : 250

J'avoue, tu as beaucoup de talent oO

Gg, et reviens nous donc avec la suite, si tu es vivant!

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Score : 1722

Alors la chapeau, j'ai été dedans des les début et ai été surprit de trouver une fin! Poursuis camarade! C'est génial!

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Score : 495

Wow ! La poésie est bien présente ! Elle est maniée avec une justesse ! Oh mon dieu, incroyable ! J'adore ! Un don que tu sais maîtriser à la perfection !

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