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L'aventure Murofienne continue !

Par Kaguraya 07 Novembre 2014 - 15:03:33

Bonjour à tous !

Je ne suis pas ici en mon nom. Mais au nom d'une communauté. Une communauté qui s'est construit et s'est développé autour de l'univers de Wafku, cela va faire bientot 4 ans.

Si de nombreuses histoires se sont déroulées là-bas, il a tout de même commencé ici même, alors pourquoi ne pas repartager notre univers ?

Mais avant de commencer, rappelons quelques instants qu'est-ce que Murof, voulez vous ? Murof était un topic racontant l'histoire d'une ville tout simple. Chacun venait y apposer son histoire, sa petite touche personnelle.
Puis la communauté s'est formée, et rapidement un forum indépendant a du être crée. Murof a maintenant des habitants bien distincts, et un univers bien à lui.
Ceci est actuellement le chapitre 43 de Murof L'original. Malheureusement beaucoup d'eau a coulé sous les ponts, et reprendre là où en était le précédent chapitre posté dans l'ancien topic (qui correspond au 11 je crois), serait trop long.
Beaucoup de gens sont venus entre temps, certains sont partis, d'autres sont restés, bref, la ville a évolué. Mais Murof reste Murof, une ville forte d'ambiance, que nous aimerions partager avec vous ici.

L'ancien Topic Murof, là où tout a commencé, pour les curieux

N'ayez pas peur du "43" qui peut être un gros chiffre : les parties n'ont rien a voir pour la plupart entre elles ! Mais cette partie marque une transition entre l'"ancienne" Murof, et la "Nouvelle" Murof (dont je fais partie, depuis un an et demi seulement. Place à la jeunesse !)

Voilà donc pour l'introduction.

Bonne lecture !

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/Chapitre 43 : Réunion (par Fao', ici Faolin-archer)/


Fao’ heurta le bois grâce au frappoir aux armes d’une ancienne famille. La grosse porte résonna en tremblant furieusement. Il étendit calmement un regard vers son fils, qui sautillait presque:

"Tiens-toi tranquille, intima-t-il. Pas de bêtise chez tonton.
- Mais non !"

Il vit avec sourire la porte s’ouvrir. Vlad’ souriait lui aussi, immense comme à son habitude. Quand on le regardait, c’était toujours en contre-plongée, on avait ce sentiment de pouvoir, magnanimité, de simplicité infinie qui émanait de son regard cerclé de fer. Les lunettes aussi lui donnaient un air savant et sage.

"On t’attendait.
- Toujours les derniers, marmonna Fao’ avec un sourire amusé.
- Eh pourtant, c’est pas le chemin qui vous retarde ! Entre, conclut le Iop."

Ils entrèrent dans le hall des du Gondor, Kalaen suivait à grand peine les grands pas des adultes en direction du salon. Il boitait mais grâce à sa queue qui rétablissait l’équilibre, il pouvait aller plus vite. C’est seulement à l’entrée du salon, à droite du couloir, que Vlad’ s’arrêta pour inviter Fao’ à entrer. Celui-ci entra tout sourire. Les autres étaient déjà là.

Riri était impassible, un petit sourire en coin le définissait, d’une dignité et noblesse presque caricaturale, assis et les bras sur les accoudoirs. Fao’ alla s’asseoir en face de Riri, pendant que Vlad’ disparaissait avec Kalaen. Le grand Iop revint quelques secondes après avec un plateau qu’il posa entre les deux convives.

"Ton fils marche mieux je trouve, remarqua le Iop en prenant place sur son fauteuil.
- Oui, dit pensivement Fao’. Sinon, Elianne va bien ?
- Bah, fit le Iop en se tortillant sur son siège, on fait comme on peut. Elle s’est déjà bien appropriée la maison…
- J’ai remarqué les renfoncements pour signaler les marches…
- Oh, les aménagements à faire, soupira Vlad’."

Fao se tourna vers Riri:

"Athen et Yevan sont là ? Ils vont bien aussi ?
- Des pansements, souffla leur père. Toujours et encore. Il adore se cogner contre les meubles.
- Ah oui, ils ont une période comme ça…
- Les amis ?"

Fao’ se tut pour se tourner vers Vlad’. Celui-ci avait levé les mains pour dire cérémonieusement :

"Bienvenue à la réunion bimestrielle des Vieux Chefs de Murof.
- Accessoirement des pères de Murof, fit remarquer Fao’.
- Tu oublies Nico, nuança Vlad’.
- Tu oublies Pan, et Kiart, énonça quant à lui Ritreku.
- Cela fait si longtemps qu’on ne les a pas vus.
- Nico ? je pense qu’il s’est forgé un côté Etarip et sillonne les mers. Kiart, je pense qu’il est là… et je crois que Pan est revenu.
- Ah bon ? J’ai entendu dire qu’il était mort, s’étonna Riri.
- Si tu sortais de ta bibliothèque tu saurais qu’il a ressuscité d’une bien étrange manière, ragota Fao’.
- Enfin c’est entre sa Déesse et lui, n’est-ce pas, dit Vlad’ nerveusement."

Chacun se tut pendant quelques secondes.

"Comment se passe la restructuration de Murof, demanda Fao’ poliment.
- ça avance, les projets foisonnent, se félicita Vlad’.
- Le soucis c’est de les maintenir, lança le Crâ avec un sourire narquois.
- Et nous ne sommes pas si disponibles pour les encadrer, commenta Fao’, songeur.
- Enfin, le pouvoir et moi… se rétracta Riri.
- Je suis aussi souvent que possible à la mairie, et c’est pas assez, se désola Vlad’.
- Pour tout te dire je suis principalement dans mon bureau, avoua Fao’.
- Et moi donc ! s’écria Vlad’."

Fao’ se resservit du café, et prit un biscuit en même temps.

"Je pense qu’il faut replacer les sans-abri dans des maisons inoccupées, dit calmement Fao’.
- C’est vrai qu’un véritable réseau de squat organisé s’est institué.
- Oui, faudrait en parler aux admins, acquiesça le Iop."

Le sans-classe réfléchit un moment avant de demander gravement:

"Le jardin public.
- Oui, qu’a-t-il ?
- Il est juste en jachère, dit Fao’ comme si c’était l’évidence même.
- Eh bien….
- Je pense que les gens n’ont pas compris le principe, analysa Riri.
- Je pense surtout à l’écrasante majorité des dessinateurs sur les écrivains. Et je dirais même : dessinatrices.
- Et puisque l’important est la réciprocité texte-dessin… y a un déséquilibre, conclut Vlad’.
- Un désintérêt surtout, grommela Fao’. Il suffit que deux écrivains ignorent pour que tout capote. Le principe n’est pas le problème.
- Comme toujours, c’est l’application, chantonna Riri en le geignant, agacé. Tu vas nous le jouer tout le temps ?
- Dans le temps, tu ne t’embarrassais pas trop de l’exécutif, si je me souviens bien, rétorqua Fao’, acide.
- Un instant, je vous prie. J’attends l’installation de l’arène de Murof pour vous laisser commencer, plaisanta Vlad’.
- Avec tous les nouveaux qu’il y a, il ne manque que ça, râla Fao’.
- Comment ça, s’étonna le chef."

Fao’ soupira profondément, prit une gorgée de café et se redressa sur son siège. Ensuite, il dit:

"Je pense à l’esprit qu’amènent Cephear, Pan, Analeen, peut-être quelques autres, qui préfèrent souvent la baston à autre chose.
- Je pense surtout que la dernière fois qu’on a eu des gens de ce genre, ils sont partis très vite, raviva Riri le souvenir des Clipsiens.
- Et Smoo aussi, si excentrique soit-elle, soupira encore Fao’.
- Où veux-tu en venir? "

Le regard calme, chargé de plénitude, intelligent du Iop semblait envelopper l’écrivain dans sa bulle de boudage froissé.
"Ton propos ne concerne pas tellement le jardin public, en fait, devina-t-il encore."

Fao’ se renfrogna, se mura en buvant. Riri souriait, un peu l’air absent.

"Nous sommes là pour concevoir et améliorer des idées, pas pour les assassiner. Les critiques, je veux bien, mais seulement dans une optique de réorganisation et d’adaptation, sermonna Vlad’. Je suis d’accord que la condition est trop forte. Peut-être qu’une plus grande liberté pourra rendre le jardin plus attractif ? , reprit-il.
- Tu veux dire, une sorte de jeu sans mot ?, devina Riri, radieux.
- Oui, plus mieux encore, car il y aura une liberté totale sur le choix d’expression !"

Fao’ secoua encore la tête, amenant l’exaspération des deux autres vieux chefs.

"Il faut un carcan, un moule, pour que ça garde une forme potable. La liberté totale ne donnera rien, tout partira dans tous les sens, les prévint-il.
- Tu es quand même d’accord avec la notion de question-réponse, s’assura le Iop en reprenant à la base."
Fao’ acquiesça silencieusement en se resservant du café.
"Je pense, dit-il en se retassant sur son siège, que la réciprocité peut marcher. Seulement… seulement si les gens se sentent impliqués.
- Et comment les faire sentir impliqués? s’intéressa le Crâ.
- En ne créant pas de monarchie absolue, doucha Fao’.
- Autre chose ?, répliqua Riri glacial.
- Vous vous rappelez des phrases?, fit Fao’ comme si de rien n’était, en se tournant vers Vlad’."

Une sorte de loterie où des personnages tirés aux sorts étaient imaginés exposés à des situations drôles, gênantes, absurdes, ou les trois. S’en suivaient dessins, rires, complicité.

"On ne les as pas finies, se rappela Vlad’.
- Et pourtant c’était créatif, reconnut Riri. On pourrait refaire ça pour dessins et écrits.
- C’est une idée…
- Et on ferait ça au jardin public, compléta Vlad’.
- Exaactement.
- Mais avant il faut réarranger ça."

Enfin satisfait, Fao’ fit un grand signe de la tête, après avoir, en rythme, largement acquiesçé à chaque proposition.

"Bon, je pense que c’est suffisant pour cette fois, décida Vlad’. Je ne me rappelais pas que vous étiez si… antagonistes.
- Ce n’est rien, sourit Fao’. C’est juste la circonstance.
- Je veux bien croire, dit le Iop décontenancé. Bref, je clos donc ici la séance. Parlons de boufbawl et de politique Sufokienne."

Finalement c’est – presque comme à chaque fois – autour de la famille et de Murof que discussion gravita. Vlad’ avait toutefois fermé le classeur dans lequel il annotait les propositions pour les donner à Ninar.
Yevan descendit en catastrophe. La petite Crâette, les cheveux fins et blonds jusqu’à la blancheur, alerta:

"Athen s’est cogné le coude !, dit-elle à son père. Vous aimez les rhododendrons en balcon?, s’intéressa-t-elle en se tournant vers Vlad’.
- La monture de la fenêtre est en bois, réalisa Vlad’ pour toute réponse.
- L’alchimie entre ton fils et le bois ferait furieusement penser à un Sadida puissant… s’il n’était pas Ecaflip.
- Athen a choisi, trancha sèchement Riri. Amène-le, ordonna-t-il à sa fille.
- Que les autres descendent avec toi, ajouta Vlad’."

Un peu après, Elianne apparaissait aux bras de Kalaen et Colin, tandis que Athen qui se frottait le coude et Yevan, Connor râlait derrière en jetant un regard noir à Kalaen. Kimi closait la marche avec son petit air innocent.

"Arwen n’est pas là, se hasarda Elianne en voulant se tourner vers Riri.
- Je t’ai dit : elle n’est pas vraiment notre soeur, expliqua Yevan à Elianne.
- Arrête Lully !, s’énervait Athen, encore endolori et visiblement d’humeur massacrante."

Le chacha brusqué arrêta de rôder entre les jambes du petit garçon pour aller se frotter sous la jupe d’Elianne, qui sourit avant de s’asseoir sur le canapé et le rendre dans ses mains.

"Je ne me rappelle plus de ta couleur, Lully… Juste de ta douceur…, dit-elle en le caressant, inconsciente que tout le monde la regardait avec un mélange d’attendrissement et de pitié.
- Si tu voles le chacha de maman, gare à toi, prévint Vlad’ en riant.
- Les chachas sont indépendants, s’offusqua Kalaen, digne représentant félin. Ils n’appartiennent à personne.
- C’est juste que c’est câlin, ces bêtes-là, dit Fao’ en prenant, complice, son fils dans ses bras."

L’enfant se dégagea souplement, vacilla mais réussit à grommeler dans un murmure:

"Pas devant les autres, papa…
- Elle est où maman?, demanda Colin avec impatience.
- Oui, elle arrive, petit impatient, répondit son père.
- Et maman ?, demanda Kalaen, plus curieux qu’autre chose.
- Elle prend sa journée, annonça Fao’.
- On fait quoi de la nôtre ?, demanda Vlad’ enjoué.
- La forêt, s’écria Connor.
- On va courir, s’enthousiasmait la fille de Miam.
- Non, laissa échapper Athen dans un gémissement.
- Oui, la forêt!, confirma Yevan.
- Je veux bien la forêt, dit Elianne avec un sourire. C’est l’été ? demanda-t-elle. Comment est la forêt l’été ?"

Fao’ se racla la gorge pour signifier qu’il allait parler. Il prit une grande inspiration.

"L’été c’est avant tout le soleil qui fait grésiller ta peau et le vent tiède qui chatouille tes cheveux, puis c’est l’odeur pleine et douce de la chaleur qui exhale des arbres et des plantes, et le vrombissement variable des insectes qui s’affairent, le chatouillis d’une toile d’araignée, la secheresse de tes narines quand tu respires.
- Merci Fao’ pour ta sollicitude, dit sobrement Vlad’. Tu m’enlèves les mots de la bouche.
- On y va, décida Riri, conscient pourtant de la réticence de son ainé."

Les enfants ouvrirent la marche, escortant Elianne, suivis des trois pères vers la forêt attenante, grouillante de vers et d’abraknydes, et de mulous parfois. Derrière, on parlait résultats scolaires, avalanche de bêtises, ou encore état de santé – depuis de Kalaen commençait à cracher beaucoup de poils.

"Et Cyanne ?
- Elle devient plus sombre et brâkmarienne chaque jour…
- Elle n’est pas venue, remarqua Vlad’.
- Ils n’ont pas de jour férié, fit Fao’ en haussant les épaules.
- Et le côté Vampyre ?
- L’avantage de l’école spécialisée, c’est qu’ils apprennent à étonnamment bien contrôler leur pouvoir… On pourrait presque remarquer qu’elle n’en est pas une.
- Ils devraient avoir ça à Sufokia, se désola Riri. Vous vous rappelez ce qui est arrivé aux parents de Kami ?
- Tout ça parce qu’ils évitent le concept de vampyre…
- Et puis, dans une moindre mesure, Toro, enchérit Vlad’."

Les deux autres ne semblaient pas convaincus par le caractère vampyresque de Toro’ mais la désapprobation fut diffuse et évasive. Tout à coup la démarche de Kalaen absorba les parents, puis la propension d’Athen à se prendre les pieds dans les racines.

Très rapidement, Yevan et Kalaen rivalisaient d’agilité pour monter aux arbres, la petite crâette mimait alors bander un arc imaginaire et faire tomber une pluie de flèches sur la petite troupe. Connor et Colin débattaient pour savoir s’ils allaient dévoiler l’emplacement de leur cabane secrète à tout le monde, et ils se mirent d’accord pour ne montrer qu’à Elianne. Cette dernière imposa que Kimi puis Kalaen soient de la partie, Athen se greffa à la troupe, invoquant la fraternité écaflip, et Yevan se promit de les suivre par la voie des branchages. Finalement, tout le monde alla à la cabane.

Un petit ruban de tissu entourait l’arbre choisi par les jumeaux, probablement pour délimiter leur terrain. Riri et Vlad’ vérifiaient la solidité des planches qui faisaient office d’échelle pour atteindre la plateforme composée de vieilles planches. Le QG avait une vue relativement sympatique sur la clairière juste à côté et était facilement atteignable par la route. Fao’ cependant préféra ne pas y monter et rester à l’orée, inspectant les environs, rêveur.

C’était trop dangereux pour Elianne de courir, elle était en haut du QG, le visage battu par les vents forestiers, à écouter les autres se courser. Très vite, Athen et ses sparadraps arrêta de courir, après s’être trop tapé. Finalement Kimi domina presque tous les jeux, pendant que Kalaen estimait à qui voulait l’entendre qu’il laissait tout le monde gagner. Beaucoup plus grand que les autres, l’Eca semblait un peu moins enclin à jouer tout le temps. Il montait alors, décrire avec ses mots le paysage à Elianne, qui demandait ce que signifiait "vert"…

Le soir venu, Kalaen était rentré, les pieds traînants, à la maison. Fatigué, éreinté, il avait trop marché. Il monta directement dans son lit, tandis que Fao’ était vaguement intéressé par le ciel clair. L’écrivain s’assit face à la fenêtre, le regard dans le vide, la tête soutenue par les mains. Il soupira profondément. Le soir était vif et froid, et s’assombrissait vite.

Il discerna à peine l’ombre glisser sur les toits, se faufiler et disparaître derrière une cheminée. Il releva son attention pour essayer de capter l’illusion une deuxième fois. Après plusieurs minutes d’immobilité, il présuma que c’était un reflet ou bien un chacha errant.

Le bruit le fit bondir de sa place. Il était sûr que c’était quelque chose de gros, de massif, qui s’était pauvrement jeté d’un toit à l’autre. Il sortit et fit quelques pas dans la rue pour discerner la source, la tête dirigée vers les toits et ne faisant pas attention à où il marchait.
Il fut rappelé à l’ordre:

"Fao’ ! Tu fais quoi ici ?
- J’ai vu quelqu’un… sur les toits… nous regarder…
- Fao’, rentre à la maison, intima-t-elle."

C’était Jeana qu’il avait failli bousculer. Il la regarda fixement, comme revenant doucement à la réalité. Il répéta:
"Quelqu’un est tombé, il était sur les toits. Une ombre…."

Jeana soupira, le fit faire demi-tour.
"Tu n’as même pas ton manteau, tu vas prendre froid. C’est la nuit… allez, rentre à la maison, en plus tu as laissé la porte ouverte."

Fao’ abandonna son idée d’ombre qui se balade et rentra dans la chaleur du foyer.

"Alors, cette journée?, s’intéressa Fao’.
- Oh, tu sais, comme toujours, dit Jeana dans une moue.
- Ah bon? Qu’est-ce qui vous a dérangé?
- Tiw."

Fao’ eut un sourire qui répondait presque au soupir de Jeana.
Elle leva un toast de lailait chaud, et s’attabla sur une chaise de la cuisine. Il marcha jusque derrière elle, posa ses mains sur ses épaules. Nues, douces, chaudes. Gorgées du soleil de la journée, parsemées de taches de rousseur.
"Tu es fatiguée ?"

Elle réarrangea machinalement sa mèche derrière l’oreille, le regard vide. Il se baissa jusqu’à embrasser sa peau avec amour, tout en attrapant et pressant sa main.

"Jea ?
- Hm?
- Je t’aime.
- Je sais… dit-elle avec affection, en pressant sa main en retour."

Il l’étreignit, ensuite elle leva une dernière fois son bock et vida le lailait, et ils allèrent dormir.

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Un petit mot pour finir : Re-bienvenue dans l'univers de Murof !

Chaque semaine je posterais une partie Murofienne, comme celle-ci. Il en reste quelques unes avant d'arriver à la dernière postée.

(Et si vous êtes courageux, allez donc lire ce qu'il se passe entretemps ! )

N'hésitez pas à nous rendre visite, aussi, nous ne mordons pas. (Moi non, Ninar, j'en suis moins sure/BAM)

A la revoyure ! o/


Shola

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Réactions 11
Score : 1862

Nom de Moi. Murof? Serieux vous vous réimplantez? Content de voir que vous etes toujours en vie!

Core Van Heim ou Gaunt pour vous :p

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Score : 1743

Ben ouais qu'on soit toujours en vie, hin hin, on grandit dans l'ombre, tricotant un plan de mousse et on s'affiche au grand monde!
En même temps, le forum est en plein nettoyage, j'espère une belle mise à jour du forum style 3.0 yeah!

0 0
Score : 1343

Gaunt : et bien disons qu'on aimerait bien montrer qu'on existe toujours :p
Ninar : parle pas de boulot/bam

La suite ! Ou plutôt, une autre partie ! (Texte et dessin par Erikamilla)

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Chapitre 44
[Kami, un peu Sho] Les bouftous,
où l'on rencontre officiellement d'autres membres de la famille de Kami,
où l'on apprend que Shola et Malo c'est pas trop la fête,
où l'on voit des Don Rascaillès voler
et où l'on s'aperçoit que Murof ne changera jamais

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Le 2 Juinssidor, le soir

« La bibliothèque de ton père est vraiment géniale. Apparemment, les bouftous figurent parmi nos cousins génétiques les plus proches. Pendant des années, les gens pensaient que c'étaient plutôt les gliglis, mais non, c'est complètement différent. Les gliglis sont maléfiques. Ils s'entre-tuent les uns les autres, tu le savais ? Ils s'entre-tuent, et parfois se torturent pour avoir une meilleure position dans leur échelle sociale. Il suffit qu'un d'eux se retrouvent tout seul, en dehors d'un groupe, et avant même qu'il ne réalise ce qu'il lui arrive, il se fera persécuter à mort par les autres, parfois pendant des mois. Et pendant des années, nous, on pensait que c'étaient les gliglis qui étaient nos parents les plus proches, mais maintenant, dans les livres, ils disent que ce sont les bouftous. Les bouftous sont l'exact opposé des gliglis. Quand un bouftou étranger approche le troupeau, les autres arrivent tous ensembles et sont genre, salut, l'ami, qu'est-ce que tu fais par ici ? Viens, on va te présenter à la famille, on peut manger de l'herbe tous ensembles. Et si un bouftou se blesse à la patte, alors que les gliglis la lui arracheraient probablement, avec les dents, ses congénères, eux, viennent observer la chose, et ils souffriront car ils verront un bouftou ressentant de la souffrance. Je l'ai lu. De la tristesse dans ces yeux d'animal. De l'empathie. C'est ce que les bouftous ont ! C'est incroyable, vraiment, je veux dire, ils sont presque pareils que les bouftous, les gliglis, quand tu les rases, et qu'il ne reste que la peau. Et le moindre petit changement dans leur création... Ils disent que si on avait découvert les bouftous avant les gliglis, notre compréhension de nous-même aurait été bien différente. »



Le soleil commençait à décliner au loin, semblant se terrer derrière l'océan qui s'étendait à perte de vue. Sur la falaise d'Ecalgrin, Kami contemplait le spectacle de couleurs qui s'offrait à elle, le livre en question et sa paire de lunettes sur les genoux. Elle tourna la tête.
« Tu t'en fous, hein, je pourrais te parler en draconique, ce serait la même chose. Hier, avant-hier, depuis des mois, tu étais bruyant, grossier, tu faisais des conneries, on rigolait bien. Et maintenant, on dirait que tu as vendu ta langue à Rushu. Tu ne dis plus rien, tu ne fais plus rien. J'ai eu du mal à te trouver, avec les autres, on a ratissé toute la forêt en pensant que tu t'étais enfui dans la cabane. Comment tu fais ? C'est fou, tu es incroyable, tu es fou. Parfois, je me dis que tu n'es pas humain. Parfois, je me demande ce que tu ferais si je me jetais du haut de la falaise, là, hein, qu'est-ce que tu ferais ? Qu'est-ce que tu ferais, Gwen ? »

Les derniers rayons du soleil étaient bien la seule chose qui se reflétait dans les yeux de son camarade. Il fixait le ciel de son regard vide, affalé dans l'herbe, sans bouger. Il avait l'air mort.

« Gwen, qu'est-ce que tu ferais ? Gwen ? »

Kami s'était levée, faisant tomber livre et binocles, et s'approchait dangereusement du bord de la falaise.

« Je vais le faire ! »

Elle se retourna, les pieds à seulement quelques centimètres du vide.

« Je suis sérieuse ! Sans les ailes ! Je vais le faire... »

Les yeux fermés, lentement, elle se pencha en arrière, vacilla, se laissa emporter par le vent.
Une main la rattrapa alors avant que ses pieds ne quittent terre eux aussi. Elle resta là, suspendue à quelques deux cents mètres d'altitude.

« Gwen ! Gwen … »

Il la tira en avant sans un mot et elle alla s'écrouler un peu plus loin, les yeux grands ouverts, réalisant l'immense stupidité de la bêtise qu'elle avait failli commettre. Gwen, lui, retourna s'allonger pour regarder les premières étoiles qui pointaient le bout de leur nez. Ils restèrent ainsi quelques minutes.

Puis, Kami rompit le silence à nouveau.
« Bien sûr, ils s'accouplent beaucoup. Les bouftous, je veux dire. Toujours. Fous d'accouplement. Du forniquage, du copulage, copulage, copulage, sexe constant, banal, dans la langue des bouftous, baiser ça reviendrait au même que, eh, j'aime tes chaussures ! Échange de partenaires, mâles et femelles, femelles et mâle, parfois femelles et femelles, mâles et mâles, pères, mères, orgies, tout le bordel. Quand ils le décrivaient, dans le livre, c'était assez répugnant. »

Elle soupira, tourna la tête vers le jeune Crâ. Il s'était assis en tailleur et essayait les lunettes rondes de sa frangine. Elle se dit qu'il ressemblait beaucoup à son père, avec ce genre de verres sur la figure. À Marin, aussi. Mais c'était encore autre chose. Elle eut une pensée pour le pauvre adolescent que Kiri, en toute mère désespérée, avait forcé à passer en centre de rééducation Iop. La dernière fois qu'elle l'avait vu, il avait les cheveux rasés et pleurait. Elle ne se souvint pas avoir ressenti une quelconque compassion pour lui, à ce moment-là.

« Mais ce sont les bouftous pour toi.

Elle sursauta, ramenée à la réalité par une voix qui n'était pas la sienne. Elle n'avait pas entendu Gwen depuis la veille, ce qui, disons-le franchement, relevait de l'exploit, et son timbre raillant de garçon qui mue la fit sourire.

- Oui, ce sont les bouftous pour moi. Il n'y a rien à dire de plus à leur sujet. »

Elle se leva en ramassant le livre.

« Je repars demain pour Murof, pour l'anniversaire d'un ami. Je ne reviendrai pas immédiatement, après. Il faut que j'aille saluer les nouveaux arrivants, tu sais, c'est mon devoir. Et puis j'aime bien rencontrer des gens. »
Gwen se taisait. Il fixait la lune.
« Tu pourras venir me voir, si tu veux. En te cachant dans la charrette à mulous du père Glariot. Il te frappera avec sa pelle, il t'engueulera, mais il te laissera monter quand même… Garde les lunettes pour l'instant », ajouta-t-elle lorsqu'il fit un mouvement pour les retirer. « Ce sont les hommes de la famille qui les portent, après tout. »

(Monologue liminaire inspiré par DNA de Dennis Kelly)

_____
3 Juinssidor, le soir

Shola se rua hors de la taverne en titubant et chercha un buisson libre pour s'y laisser choir et y vomir de tout son soûl. Quelle journée !

Bon. À vrai dire, elle s'était réveillée vers deux heures de l'après-midi dans une poubelle, une bouteille à la main, et avait manqué la moitié des festivités pour les vingt-deux ans de leur vieux chef Vlad. Qu'avait-elle trafiqué la veille, déjà ? La question demeurait encore sans réponse. L'hypothèse la plus probable étant qu'elle avait repris ses mauvaises habitudes, refusé de passer une nuit philosophique de plus sur le sofa de Fao, et qu'elle avait bu comme un trou. Enfin, ça n'avait pas vraiment d'importance. Maintenant, tout de suite, elle cherchait un buisson. Elle croisa Kiri, ses cheveux fuschia et un tronc d'arbre sous le bras, qui rigola très fort en la voyant errer de la sorte. La Iop lui suggéra l'allée des Haies Repées. Sho, digne, s'y rendit donc. Elle en dénicha un beau, de buisson, qui avait l'air très douillet, aux feuilles rondes et accueillantes. Elle s'en approcha, les yeux pétillants... Et puis elle se rendit compte que des bruits plutôt étranges en émanaient. Elle reconnut la voix de Xeli, celle de Pan, et se dit qu'il valait mieux qu'elle se trouve un autre réceptacle, loin d'elle l'idée de vomir sur le couple, non, non, bien sûr que non, quelle impolitesse, voyons.

Sa quête la mena bientôt sur le petit sentier qui menait à la falaise. Elle s'effondra au pied d'un arbuste et y rendit la cuisse de dragodinde, le fromage de boufette et tout ce qu'elle avait pu récupérer du festin. « Quel gâchis », se lamenta-t-elle en relevant ses cheveux et en remettant son masque. Elle se retourna pour contempler la vue qu'elle avait à cette altitude. Des lumières colorées -fabriquées par les soins de Bin et Mia qui s'étaient éclatés à attraper des fées et à les enfermer dans des ballons toute la journée- parsemaient la ville comme des lucioles. La Zobale reconnut au loin la grand-place, où la majorité des habitants s'étaient réunis et dansaient, à présent, l'orchestre s'étant mis à jouer. L'ensemble offrait un spectacle agréable à l’œil et elle se dit qu'il y avait longtemps qu'on n'avait pas fêté d'aussi bel anniversaire.

Elle s'en alla marcher vers l'arbre solitaire qui semblait ployer sous l'immensité de la voûte céleste. Au fur et à mesure qu'elle approchait du bord de la falaise, elle distingua une forme vaguement humaine avachie dans l'herbe.

« Coucou Kamichou !
- 'ay Coshola.
Sho bougonna.
- 'y a que Chewie qu'a le droit de m'appeler comme ça...
- C'est interdit par la loi ?
- Je saaaais, je sais, les lois sont faites pour être transgressées, tu m'as déblatéré un discours dessus la dernière fois qu'on s'est vues... Ce qui remonte à...
Kami soupira.
- À deux semaines, Sho, deux semaines. Mais autant dire que je suis partie depuis la fin de l'Hiver.
- C'est vrai, ça, on te voit de moins en moins sur la grand-place. C'est triste, sans toi. tu devrais ramener tes amis bouseux ici plutôt que de t'enfuir chez eux. Et c'est loin, Emelka. »

Elle se laissa tomber à côté de la petite Eniripsa, tendit ses mains et lui tira les joues. Elle se laissa faire en émettant de ces gazouillis qu'on attribue en général aux bébés joufflus.

« Mais l'essentiel c'est que tu sois revenue pour l'anniversaire ! Tu as vu le gâteau qu'ils ont fait pour chef Vlad ? Il était énorme !
- Je sais, j'étais cachée dedans.
- Ah... Oui ! Oui, chuis bête, bien sûr ! C'était rigolo. Tu avais de la chantilly sur la tête.
- Leo avait voulu y placer une bombe roublarde. J'ai passé tout le temps perdu dans le gâteau à essayer de la désamorcer.
Sho s'esclaffa. Quelle racaille, cet Ecaflip. Heureusement qu'il faisait aussi fonction clown.

« Mais tout de même, reprit-elle en se redressant, tu dois drôlement bien t'éclater chez les bouseux, pour que tu en oublies de rentrer ?
- Haha ! »
La petite blonde s'étira.
« C'est très simple, Sholanounette. (Sho tira la langue suite à ce surnom emberlificoté) J'ai dû rattraper en cinq mois ce que j'avais raté en cinq ans. Et ça en fait des choses, crois-moi.
- Il paraît que tu es revenue avec ton couz' un coup au printemps, Fao m'a dit.
- C'est vrai, acquiesça-t-elle. Il a cassé le lustre de chez Jea en s'y balançant. Il aime beaucoup les lustres et les trucs suspendus. C'est comme avec les chachas, Gwen et les chachas, c'est une longue histoire d'amour. Mais enfin, à part ça, on s'est bien amusés !
- Y a le nouvel homme de Nanny qui vient de ton bled, aussi, je crois.
- M'en parle pas, lui, il s'est mis à apprendre les tirades théâtrales les plus romantiques que j'aie jamais entendues pour les lui déclamer, à Nannou. Et il s'appelle Robin. »

Kami récita avec entrain la liste de toutes les personnes fort aimables et excentriques dont elle avait fait et refait la connaissance à la Zobale qui se demandait sérieusement si elle avait bien fait de lui poser cette question. Ses paupières se fermaient presque sous sa protection faciale boisée.

« Toujours est-il, conclut-t-elle, que j'ai retrouvé mon chez-moi, et que ben du coup j'ai deux chez-moi, c'est compliqué, et que je vous aime tous quand même toujours, faut pas croire, hein, et que ben je suis revenue pour vous revoir. Sho ? »
Elle tâta le masque de Sho du bout du pied. Elle se dressa vivement.

« Oui ! Cousin ! Ecalgrin ! Quoi ?
- Qu'est-ce qu'il s'est passé ?
- Hein, ben, euh, je sais pas, je dormais.
- Je sais. Ça fait du bien de parler dans le vide, parfois. Mais je pensais plutôt à Murof, ses changements, ses ragots, tout ça.
- Ah ! »

La rousse, aux émotions seulement perceptibles au son de sa voix, marqua une pause pour se remettre en tête les majeurs changements de ces derniers mois. Elle tourna sa tête sculptée vers celle qui s'était absentée si longtemps de sa belle cité, et déclara :

« À l'ouest, rien de nouveau. »

Kami rigola et posa son menton sur ses genoux. Sho poursuivit :
« Non, ben. Je sais pas trop, tu en as sûrement déjà entendu parler par les autres, à vrai dire, je sais pas trop ce qu'il se passe.
Enfin si, concrètement, si, bien sûr, par exemple, Xelichou en est à bientôt neuf mois pour le bébé. Encore un bébé, toujours des bébés, des bébés partout, trop de bébés, imagine dans vingt ans quand on sera vieilles, enfin, moi plus que toi, mais quand on sera vieilles quand même, les bébés ils feront un coup d'état tous ensembles parce qu'ils seront devenus forts et beaux. Ou alors ils se seront tous entre-tués à l'orphelinat tellement qu'il y en aura.
- Gwen trouve que les gens devraient s'occuper eux-même de leurs bébés, et qu'ils ne devraient pas en avoir si c'est pour les abandonner à la vie sans famille, commenta Kami, pensive.
- Ah ben ouais mais bon. Et puis... Et puis Toro est parti. On sait pas où qu'il est passé, le bougre, ils ont remué sa crypte et n'ont rien trouvé du tout. Je l'aimais bien, Toro. Je l'connaissais pas tant que ça, c'était un type très bizarre, mais je l'aimais bien. Et puis il nous faisait tellement rire, parfois. Avec son curry.
- Personne ne le connaissait, tu sais. Je ne sais même pas si il se connaissait lui-même.
- C'est pas très malin de pas se connaître.
- C'vrai.
- Y a le roi Riri qui est ressorti de la bibliothèque pour la première fois depuis l'ère des dofus, aussi. Et... »

Kami jouait avec un piou qui s'était posé sur son épaule. Elle leva la tête, interloquée par le soudain silence de Sho. Elle s'était renfrognée, sa tête rentrait dans ses épaules.
« Qu'est-c'qu'y a, il est mort d'overdose de lecture ?
Elle rit doucement.
- Non ! C'est juste que, ben. C'est à propos de moi, tu vois, enfin, j'ai... Tu te souviens quand je te parlais de mon petit frère Zobal, et tout ?
- Malo, oué, celui qu'est tombé dans la rivière et que tu cherches depuis l'ère des dofus ?
- … Oui, Malo. Je l'ai revu y a pas très longtemps.
- Sérieux ?? »

Sho soupira.
« Mais j'ai été trop lente. Il s'est déjà reconstruit toute une vie.
- Mais il était pas, genre, content de te voir après toutes ces années ?
Signe de dénégation de la tête.
- Oh. »

Kami passa ses bras autour de Sho, qui se laissa dorloter.
« Ben dis-toi qu'il va bien, au moins. Qu'il est en sécurité, qu'il est heureux, même si c'est sans toi. Il est vivant ton coco, pardi !
- Ouais...
- Sois donc po triste, Sho.
- Tu parles comme les bouseux, maint'nant. »
Sho failli se faire étrangler, car on ne badine pas avec son village natal, aussi reculé soit-il.

Un peu plus tard dans la soirée, les deux filles redescendirent au port pour prendre part aux festivités. Sho retourna à la taverne, et l'Eniripsa aperçut deux des vieux chefs, le roi déchu et le faux maire, et s'en alla les rejoindre. Elle leur demanda pourquoi ils avaient l'air aussi consternés. Elle eut sa réponse autrement car un Esturgeon lui passa à dix centikamètres du visage, et elle se tourna vivement afin d'identifier l'origine de ce lancer de poisson soudain.
Au loin, une troupe de villageois se lançaient des pichons à la figure. C'était une marée humaine évoluant à coups de poings, de pieds, de n'importe quoi, et rythmée par des interjections et des insultes telles que : « MON POISSON IL EST AUSSI FRAIS QU'TOI ». On pouvait même voir pépé Therons asséner un coup de canne sur le crâne de Lonia en hurlant de sa voix brisée qu'il n'avait pas payé sa tranche de Don Rascaillès pour rien. Lonia criait en retour qu'elle ne comprenait rien et qu'elle voulait juste traverser la masse pour rejoindre son chéri. Plus loin, Ritreku le grand, le digne, l'argenté, lui fit un petit signe de la main amusé. À ses côtés, Vlad était consterné. Et aux côtés de Vlad, Kami profitait du spectacle en se remémorant ses bêtises murofiennes, et s'interrogeait également sur la durée de poussée de la barbe de Riri.
Elle tourna la tête vers le Iop blond. Son regard était certes caché derrière ses verres de lunettes (d'ailleurs, le mystère des lunettes de Iop reste entier encore à ce jour), mais elle devinait toutefois un certain désolement chez lui. Il avait sans doutes eut un vague espoir de journée banale sans accident, une utopie murofienne de vingt-quatre heures pour ses vingt-deux ans...

« Bon alors m'sieur l'maire, railla-t-elle, ses mains sur les hanches, on fait quoi ?
- Je ne suis pas... Le maire..., soupira l'autre. Et je n'en ai absolument pas la moindre idée. Je suis quelque peu épuisé par les événements... »

Le grand dadet n'avait effectivement même plus assez de forces pour lui répondre en monologuant. Kami se dit qu'il devait peut-être aller se coucher, à ce point-là. Et puis, en voulant reprendre sa contemplation de la bagarre, son regard s'attarda sur deux individus, à l'écart. Ils avaient des armures leur recouvrant presque tout le corps et des cheveux longs et blancs. Bien que l'un soit presque deux fois plus grand que l'autre, tous deux semblaient observer la scène avec les mêmes expressions interloquées.
« Et les mercenaires, là-bas ?
- Cephear et Analeen !, s'exclama Ninar en revenant du tumulte murofien, traînant Leo par la cape derrière elle. Très gentils, ces Sacrieur. Très forts, aussi. Ils respectent les lois. C'est bien, ça, respecter les lois.
Elle repartit avec son hors-la-loi préféré qui se plaignait d'avoir mal au dos. Kami, elle, trouvait les deux Sacrieur très étranges.
Jeana s'approcha avec son lunatique de mari et une ribambelle d'enfants derrière elle. On la compara à une maman Kwak guidant ses petits. Elle prit le compliment plutôt bien. Kami laissa les adultes parler entres eux, salua les Nawégling et partit rendre visite aux clochards de la rue des Soupirs. Il y avait longtemps qu'elle avait mis les pieds dans les bas-fonds, se dit-elle.


Quand elle s'engouffra dans l'obscurité des Soupirs, on l'accueillit par des louanges. Ceux qui dormaient dehors se hissèrent hors de leurs couvertures entassées, ceux qui avaient la chance d'habiter les maisons délabrées se penchèrent aux fenêtres et aux perrons. On s'exclamait que Seigneur était revenu parmi nous, on la priait, on essayait de lui baiser les mains. Ses mains, justement, elle les leva pour réclamer le silence.
« Loin de moi l'idée d'usurper la place des treize dieux », fit Kami en riant, une fois que le vieux Dobri eut achevé sa quinte de toux. « Y a de la nourriture gratuite sur la grand-place. Tout le monde peut se servir. Si vous n'avez pas encore mangé, c'est le moment de faire des provisions, à mon avis. »
Murmure d'approbation dans la rue. Un Ecaflip affamé, au couvre-chef ressemblant vaguement à une chaussette, se rua hors des Soupirs précipitamment. On l'entendit s'écrouler par terre de l'autre côté, jurer, et repartir de plus belle.
« Il faut aussi que vous sachiez que je ne viendrai plus aussi souvent ici. »
Les mines réjouies sur les figures rouges et sales des fidèles s'évanouirent. Papy Dobri, aillant surmonté ses rhumatismes, prit la parole :
« Tu seras toujours la bienvenue en ces lieux, petit Seigneur, quelque soit la fréquence de tes apparitions.
- C'est vrai !, s'exclama une femme enveloppée dans une cape ocre et rouge -on pouvait encore distinguer le blason de Iop. Nous te porterons à jamais dans notre cœur, même si tu viens plus.
- Merci, fit Kami d'une petite voix. J'ai passé des moments formidables dans votre famille, mais il faut que je rejoigne la mienne, maintenant. »
C'était une chose fort émouvante que de voir l'attachement que lui portaient ces pauvres âmes.

_____
17 Juinssidor, soir.

Gwen sirotait un jus de Pom. Il y avait beaucoup de vent venant de la mer, ce soir-là, et ses cheveux, qui d'ordinaire cachaient ses yeux, lui laissaient le front dégagé et s'en allaient danser sur le reste de son cuir chevelu.. À ses côtés, Roxane dormait paisiblement, bercée par le chant des bourrasques contre la pierre de la falaise, serrant fort contre elle un boufton qui avait du s'égarer du troupeau. Une chance que la petite l'ait trouvé, d'ailleurs. Il faudra qu'elle le ramène aux Blaison demain. Elle ne portait pas ses chaussons Wapin, et Gwen pouvait voir ses petits pieds rouges, aux tatouages naissants de Sacrieur.

« Ces lunettes te donnent une vraie tête de con, Gwenaël Chandellan ! »
Il n'avait pas entendu arriver Folly. Elle s'approchait en ricanant, Kami à ses côtés.
- Elles me vont aussi bien que les tiennes te vont. Écrase, Fofo ! »
Ils n'avaient pas peur de réveiller la bête au bouftou. Roxy avait toujours eu le sommeil lourd.
- Va pas croire que je viens pour toi. J'accompagnais juste ta couz depuis la gare, pasqu'elle est gentille, elle. Et maintenant j'me casse.
- Mais oui, Fofo. Ciao, Fofo.
- Ciao.
La Fécatte aux tâches de rousseurs se retourna royalement en agitant sa chevelure cendrée, fit la bise à sa petite compagne blonde et s'éloigna vers la forêt -le raccourci le plus utilisé pour aller chez les Jalabert-. Quand elle fut à une cinquantaine de mètres de la falaise, Gwen lui cria :
« Eh, Folly !
Elle fit d'abord mine de ne pas l'entendre mais fit vite volte-face.
- Quoi !
- JE T'AIME !
Le rire de la jeune fille arriva jusqu'à leurs oreilles malgré le vent contraire, suivi d'un très gracieux « VA T'FAIRE FOUT' ! », et elle disparut bientôt entre les arbres.

Kami était restée debout tout le long et se résigna à aller s'asseoir près des Chandellan. Le garçon retira les lunettes et les lui tendit.
« De toute façon, j'y voyais rien avec tes verres, ronchonna-t-il. Tu as fait bon voyage ?
- Oui, oui, répondit-t-elle. Je savais pas pour toi et Fo.
- Maintenant, tu sais, ma petite Kami.
Kami sourit. Il fouilla dans ses poches et en sortit la pipe de son père.
- Tu vas quand même po fumer avec la ptiote à côté ?
- Qui te dit qu'elle ne fume pas elle aussi ?
- Mon bon sens, soupira-t-elle, et mon refus de croire un instant que tu lui fais faire des conneries aussi nocives. J'ai fait le voyage dans le chariot du père Glariot. Y avait Vic dedans, aussi, il revenait d'Emelka, il m'a raconté tes derniers exploits au tir à l'arc. Tu devrais sérieusement te mettre à viser la Pom.
Le Crâ pouffa de rire et manqua de s'étouffer avec la fumée de la pipe.
- C'est tellement plus drôle de tirer sur les autres.
- Ça le sera moins aux évaluations... Vic dit qu'un jour, vous aviez parié que tu ne réussirais pas à dégommer un corbac qui volait, genre, à bien cinquante kamamètres au dessus de vous… et tu l'as fait. Tu as transpercé le corbac avec une vraie flèche. Ils t'ont collé le ménage à faire pour te punir, mais tu l'as fait. Tu te rends compte ? Tu te sers bien de ton arc, Gou, si tu fais ce que l'on te dit, tu deviendras un Crâ très talentueux.
- Sûrement. Vic t'a dit ce qu'il avait parié ?
- Hein ?... Ah, non. Il a du te payer un nouveau pantalon ?
- Je ne te confierai rien du tout. Mais à toi, lui acceptera de te le dire, t'en fais donc pas. »
Kami ne voulut même pas imaginer quel genre d'idioties il avait pu le forcer à faire, car l'imagination de son cousin dépassait largement la sienne. Elle reprit :
« Sinon, à Murof, ils sont plutôt en bonne forme. Y a Xeli, tu sais, la pote à Nannou, elle a accouché d'un troisième bébé hier. Même que c'est moi qui ai sorti le bébé, en plus.
- Si tu procèdes aussi bien qu'avec les boufettes de ce printemps, mes condoléances au bébé.
Kami le poussa en protestant. Il alla s'écraser lourdement juste à côté du bouftou et de Roxy. La pipe lui échappa des mains, l'empêchant de s'encrasser les poumons plus longtemps.
- C'est un garçon né d'une Iop et d'un Sacri. Comme toi, et comme Marin.
- Il a un bel avenir de raté devant lui, alors ! »
Elle voulut le pousser plus fort, consternée, mais il anticipa et l'embarqua dans une étreinte forcée.

« LE DÎNER EST PRÊT ! »
La voix puissante et retentissante de Zacharie Chandellan, qui s'était posté en haut des marches dégringolant vers le pallier, leur rappela qu'il leur fallait se remplir l'estomac. Gwen prit Roxouille et son boufton dans ses bras et fit à Kami :
« Tu penses que ton cousin Fao m'en veut encore pour le lustre ?
Kami prit le bouftou qui s'avérait plus lourd qu'elle ne le pensait.
- Il se préoccupe autant de ses lustres que du temps qui passe quand il écrit. Pourquoi ?
- Si je voulais t'accompagner à Murof, ça me ferait une belle jambe de l'avoir sur le dos.
- Tu as bien Roxy dessus, et tes jambes n'en sont pas plus embellies !
- Mais Roxy n'est pas belle, c'est bien ça le problème.
- Rooooh... »

Kami soupira devant l'entêtement de son cousin. Un jour, c'est sûr, il retournerait avec elle à Murof, ne serait-ce que pour faire plaisir à Sho. Un jour...
Mais pour l'instant, elle, Roxane et son crétin de cousin avaient une Tofoune rôtie à déguster. La cuisine du grand Zach était toujours un vrai régal. « On mangeait toujours c'qu'on tuait, dans la nature, quand on avait l'âge de partir à l'aventure », qu'il disait. Est-ce que ça voulait dire qu'ils mangeaient aussi les gens ?

Il faudra qu'elle lui pose la question, un jour.

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Score : 833

Eheh, en voilà un projet noble ! *passe en mode furtif*

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Score : 887

Ça rappelle le bon vieux temps tout cela ! ^^ N'est-ce pas Vlad' ?

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Score : 833

Tout à fait, monsieur Moneda ! ;')

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Score : 1743

Nico et Vlad: L'amour, toujours.
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Ma collègue semble endormie en plein milieu de ses fonctions, je vais la remplacer!
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Chapitre 45:
(Écrit par Pan connu sous le pseudo Oo---Sky---oO sur ce forum.)

Pan sortit du musée en pleine effervescence, plutôt soulagé. Depuis qu’il était mort, sa vie avait radicalement changée. Sa passion pour le combat s’était lentement envolée, et il s’était découvert quelques caractéristiques propres aux décédés. Il n’avait plus besoin de sommeil ou de nourriture, et était donc éternellement disponible, ce qui en faisait l’employé idéal pour le musée de Joe Conhde, l’ayant engagé comme gardien de nuit. Son métier consistait à patrouiller les salles afin de s’assurer que personne ne tentait d’en dérober le précieux contenu, ce qui n’était arrivé qu’une fois, depuis qu’il avait décroché le poste. Ce fit avec empressement qu’il quitta les froides galeries d’expositions pour se baigner dans la lueur flamboyante de l’aurore.

Le globe incandescent nimbait les rues d’un voile orangé, leur donnant une allure toute aussi surnaturelle que lors d’une pâle pleine lune argentée. Il inspira profondément, profitant de l’odeur de l’air pur. Avant de partir, il s’assura que le musée était entre bonnes mains, puis il s’en éloigna d’un pas nonchalant, écoutant d’une oreille pointue et distraite les gazouillis matinaux des volatiles. À chaque pas, un claquement presque imperceptible se faisait entendre, quand la plante de son pied nu claquait contre les pavés. Porté par les mélodies de la ville en éveil, il ne remarqua Nannerl qu’au dernier moment, elle-même plongée dans l’étude de ses partitions. La Crâ musicienne leva la tête, arborant une moue colérique. Son expression ne fit que se renforcer lorsqu’elle remarqua à qui elle avait à faire.

- Bordel, tu ne peux pas regarder devant toi ? hurla-t-elle, faisant s’envoler une bande de pauvres tofus effrayés.

Le Sacrieur se dit qu’il aurait pu lui poser la même question, mais fut interrompu par la sensuelle vision de ses formes féminines sous ses vêtements. Cette dernière, cependant, avait l’habitude des égarements visuels de ses interlocuteurs, et le remarqua aussitôt.

-NON MAIS ÇA VA PAS, s’exclama-t-elle avec une voix assourdissante pour sa petite taille, D’OÙ TU TE PERMETS DE ME MATER COMME ÇA ?

Son auto-proclamée rivale continua son monologue entrecoupé de « connards » et de « sacrieur de mes boobs » sans que Pan ne l’interrompe. Après tout, qu’aurait-il pu dire ? Il prit cependant le temps de la détailler, ne s’attardant pas trop sur ses formes généreuses pour ne pas attiser son courroux. Ses courts cheveux bruns ondulés tombaient sur son visage et l’un de ses yeux, en cachant la couleur bleue, alors que le second (le visible) était vert. De nombreuses taches de rousseur couvraient ses joues et son nez, la rendant assez mignonne. Sa tenue se composait d’un pull vert, d’une robe bleue et de petits souliers de couleur similaire à la robe. Rien de bien compliqué, en soit, mais tout de même plutôt joli.

Lorsqu’elle se fut calmée, visiblement en attente une réponse, il se contenta de sourire en soufflant du nez, manifestant son amusement, puis s’éloigna, la laissant l’invectiver alors qu’il continuait son chemin. Ses pensées, par contre, se tournèrent vers elle. Il connaissait la Crâ depuis longtemps maintenant, plusieurs mois, à vrai dire. Leur relation avait tout de suite été explosive et ponctuée d’affrontements physiques et verbaux. Ils n’en étaient pas ressortis indemnes tous les deux, car Pan avait brisé plusieurs os à Nannerl, en plus de lui laisser quelques plaies en souvenir, et cette dernière l’avait poussé à utiliser sa magie, nécrosant un peu plus de son être. Malgré tout, il l’aimait bien. Elle avait du caractère, et savait foncer. Ils avaient vécu beaucoup de choses, ensemble, comme la recherche du frère de la Crâ, où une noyade les avait contraints au bouche-à-bouche, laissant un arrière-goût fruité dans la bouche du Sacrieur. Il l’avait aussi aperçue nue à quelques reprises, enflammant ses sens et réveillant ses plus bas instincts. En tenant compte de tout cela, il la sentait proche de lui, bien que cela ne fût sûrement pas réciproque, mais il ne pouvait vraiment s’en dire amoureux. Il l’appréciait beaucoup, et ne pouvait le nier. Secouant la tête, il enfouit tout cela au plus profond de son être, et se promit d’y songer plus tard, car après tout, il avait tout son temps, depuis qu’il était mort.

Pan se rendit finalement chez lui, sans faire d’autres rencontres. Sa demeure, au 1627 rue de la Plaie était assez modeste, compte tenu de ses moyens. Il ne dépensait que très peu, presque exclusivement pour payer sa demeure, à vrai dire. Son salaire de gardien de nuit, combiné à sa prime militaire, lui permettait de ne pas se soucier de l’argent, tant qu’il restait raisonnable. Il se débarrassa de son uniforme et ouvrit un gros coffre au pied de son lit. Il en retira son pantalon, mais un morceau de tissu bleu royal attira son attention. Son cœur se serra à cette vue; c’était son ancien habit militaire, de l’époque où il se battait pour Bonta. Et il s’était battu pendant de longues années pour la Ville Blanche. En l’espace d’une seconde, une suite d’images parfois tristes, parfois heureuses, l’envahit. Il repensa à ses compagnons d’arme, se demandant lesquels étaient toujours vivants. Après tout, les frontières étaient plus calmes, ces temps-ci, et les affrontements se faisaient rares. Avec un sourire amer, le Sacrieur contempla sa tunique, caressant ses quelques médailles, le regard perdu au loin. Il secoua finalement la tête et rangea ce qui appartenait au passé, avant de prendre son actuelle tenue, lorsqu’il n’était pas de garde.

Pan enfila son classique pantalon gris rapiécé. Il portait cette pièce de tissu depuis de nombreuses années, et c’était un peu sa marque de commerce. En ressortant de sa demeure, il avisa son reflet dans la glace accrochée au un mur du hall d’entrée. Il fut légèrement désolé de la vision qu’il eut. Son faciès sérieux était couvert de cicatrices s’entrecroisant. La vision de ses beaux yeux vert émeraude était gâchée par l’arrête brisée de son nez trônant entre eux. Son regard était aussi plus sombre que dans sa jeunesse. S’il s’était examiné plus en détail, il aurait pu détailler la noirceur de son âme au fond de ses pupilles sombres. Sa chevelure, éternellement en bataille, était fidèle à son habitude, et seule la vision de ses muscles finement ciselés lui remonta le moral, malgré une autre série de cicatrices couvrant le reste de son corps. Tous les hommes de la ville ne pouvaient pas se vanter d’avoir une telle carrure, et l’alcool commençait déjà à faire s’arrondir les ventres des sédentaires de son âge.

Encore une fois, il laissa ses pensées de côté, il avait envie de prendre l’air. Lorsqu’il ressorti, le soleil s’était déjà bien élevé dans le ciel. Pan laissa sa porte déverrouillée, car il n’avait rien d’intéressant à voler, et des clefs auraient été encombrantes. Ainsi désœuvré, il se remit à errer dans les rues, ne sachant que faire. Il croisa Bin, l’air légèrement égaré, cherchant où devait être livré l’un de ses nombreux colis. Un peu plus loin, en passant devant le bureau des Administrateurs, dont l’une des fenêtres était ouverte, il put entendre Ninar sermonner Shola sur son manque d’efficacité, croulant sur une véritable montagne de paperasse. Il crut aussi entendre la Zobal marmonner qu’elle aurait mieux fait de rester « clodo alcoolique », mais l’effondrement d’un véritable mont Zinit de papiers matrimoniaux, causés par une folie passagère de Jeana, mit fin à leur échange, à cause de leurs hurlements et d’un vacarme épouvantable.

Le Sacrieur s’éloigna en vitesse, dénué de toute envie de ramasser si l’une des deux administratrices décidait de trouver un bon samaritain pour les aider, une fois qu’elle se serait extirpée des décombres. Un peu plus loin, accroupi près d’un des murs de la banque, caché par quelques arbustes, Léo disposait quelques explosifs sur ce qu’il croyait sûrement être un mur adjacent à un coffre-fort. Le Sacrieur, sans prévenir, vint se placer derrière lui et regarda par-dessus son épaule.

-Tu sais, si je me souviens bien de cette banque, tu vas aboutir dans le hall, si tu fais péter ce mur, lui glissa Pan.

Le Roublard-Écaflip sursauta et se retourna, maugréant quelque chose d’inaudible, puis s’exclama :

-Mais voyons, c’est bien là que je veux arriver ! Allez, du vent, avant que je ne me fasse repérer.

Le vétéran se releva, amusé, mais s’éloigna tout de même sans rouspéter. Après-tout, la criminalité ne l’intéressait pas particulièrement.

-Tu as quelques minutes devant toi, Ninar est occupée avec Shola, glissa-t-il cependant sur le ton de la complicité.

Le félin sourit, révélant une série de dents aiguisées, puis se remit à l’ouvrage. Le Sacrieur se doutait bien qu’une fois qu’il serait parti, Léo déplacerait son stock vers l’arrière de la banque. Il n’avait probablement pas voulu avouer son erreur, fier comme il était.

Les pas de Pan le menèrent au parc, où il trouva un banc pour s’asseoir. Ce n’était pas qu’il fut fatigué, car cette notion lui était désormais étrangère, mais il avait envie de prendre un peu de temps pour admirer le paysage. Une ribambelle d’enfants passa devant lui en rigolant, et à nouveau ses pensées vagabondèrent. Sa tête fut pleine des images de la famille qu’il n’avait jamais eu avec Xelina. Bien sûr, il avait passé du temps avec Arwen et Eïdan, mais ça n’avait jamais été bien loin. Il était resté chez son amante pour dormir, sans réellement s’occuper de sa progéniture. Sans parler du fait qu’il n’avait jamais connu Colin. Sa rupture avec la Iop s’était mal déroulée, et il avait perdu tout lien avec elle. Elle était partie avec les enfants, y compris le petit dernier qui était pourtant son fils biologique, et c’était sans doute mieux ainsi, il n’avait aucune expérience en la matière et était plutôt irresponsable, quand il s’agissait de marmaille. Le Sacrieur aurait quand même bien aimé fonder une famille, et il songea avec amertume qu’on ne pouvait tout faire dans la vie, ou dans la mort.

Il fut brusquement interrompu quand un homme en pleine panique émergea du couvert des arbres et qu’un de ces derniers fit un vol plané pour s’écraser à quelques centimètres derrière lui, manquant de peu de le broyer sous sa masse imposante. Il fut suivit de quelques autres, puis une Iop en furie armée d’un arbre émergea à son tour du petit boisé. Kiri, portée par sa colère, hurla quelque chose d’incompréhensible et envoya son projectile sylvestre sur le pauvre fugitif qui fut écrasé sous son poids. En voilà un qui ne remettrait plus la femme aux cheveux mauve dans un tel état, songea le Sacrieur. Il se releva, car il était temps de retourner au boulot.

Le soleil se couchait, et son travail l’attendait. Il refit son chemin de la journée en sens inverse. Au loin, une colonne de fumée s’élevait doucement dans le ciel rosé. En s’approchant, il remarqua que c’était le mur arrière de la banque qui avait été démoli, et qu’un peu plus loin, près des décombres, Ninar avait posé un genou sur le dos du pauvre Léo, allongé au sol visiblement en état d’arrestation. Elle était encore entrain de lui énoncer ses droits lorsque Pan les dépassa, visiblement amusé par la situation. L’Écaflip n’avait pas su être assez rapide. À moins qu’il n’ait délibérément attendu l’Éliatrope pour qu’elle ne l’arrête. Après tout, il y avait quelque chose entre ces deux-là, c’était indéniable.

Le calme régnait dans le bureau des Administrateurs, mais rien n’indiquait que la paperasse avait été rangée. Tout à coup, la fameuse pelle de Shola brisa la fenêtre avant d’aller se planter dans la façade d’un petit restaurant, de l’autre côté de la rue, faisant sursauter les passants et causant une panique passagère. La pelle volante fut suivie d’une série d’injures alors qu’un bruit de froissement de feuilles se faisait entendre, et ce fut le retour au calme. Le Sacrieur songea que Murof était décidément une ville pleine de fous. Cela lui plaisait bien, c’était différent du typique sérieux militaire.

Pan entra de nouveau chez lui pour changer ses habits, mais avisa cependant Kamilla en ressortant. Il ne savait pas ce que la jeune Eniripsa faisait sur la rue de la Plaie. Adossée à un mur, tenant une cigarette d’une main et une bouteille de l’autre, la jeune fille au mode de vie nocif semblait attendre quelqu’un. Après quelques secondes, un Sacrieur dans sa tranche d’âge s’approcha d’elle. Ils échangèrent quelques mots, puis ce dernier, sans crier gare, s’enfonça deux clopes dans le nez, une dans chaque narine, tentant visiblement de convaincre la blonde de quelque chose, sans succès. Elle secoua néanmoins la tête avec un petit sourire en coin, et le spectateur se dit que c’était tout de même beau, la jeunesse.

Il prit le chemin du musée, et y arriva une dizaine de minutes plus tard. Le soleil s’était complètement couché, et la pénombre enveloppait la ville portuaire. Il salua les quelques hommes et femmes encore présents dans les galeries, puis prit place à son poste. Il n’avait rien contre la routine, mais celle-ci commençait à lui peser, et il se dit qu’il devrait remédier à cela un jour. En attendant, il allait ouvrir l’œil, et le bon.

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Voilà les loulous! À la prochaine!
 
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Un autre texte, originalement le chapitre 45, mais il semblerait que si je me sois endormie, ma collègue se soit enmêlé les pinceaux et posté le texte d'encore après ! smile *keur Ninar*

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Chapitre 46 : Les lectures d'Elianne

C’était la première fois qu’Elianne dormait chez quelqu’un d’autre. Moinon avait, presque à contrecœur, accepté de léguer pour le week-end la petite fille ainsi que ses frères, et de prendre un peu de repos. Elle semblait de plus en plus stressée, mal à l’aise, fatiguée ces derniers temps, la maladie de sa fille s’installant définitivement dans leur vie. Vlad’ avait réalisé ça, et lui avait proposé de voyager, ou de faire quoique ce soit de distrayant.
Fao et Jeana avaient pour l’occasion demandé à Cyanne de laisser sa chambre à la jeune aveugle. L’adolescente réticente avait bon gré mal gré accepté. De toute façon Elianne n’allait pas voir les effrayants posters de vampyres qu’arbore la jeune fille, de stars adulées, de célébrités brâkmariennes. Comme elle n’allait pas lire un quelconque carnet caché sous un matelas.

Cyanne dormirait donc dans une chambre en bas, à côté des jumeaux, tandis que Kalaen pouvait profiter de sa chambre.

Le dîner, ce samedi là, fut agité : après une journée d’activités, tous les enfants avaient les crocs. Enfin, surtout Cyanne, et un peu Kalaen. Il faut dire que le steak de bouftou et la mousseline ont eu un succès particulier aussi, m^me Colin, le jumeau le plus réservé, en redemanda.

Quand on envoya tout le monde dans sa chambre, Jeana aida Elianne à se diriger vers son lit. Les escaliers n’étaient pas un véritable défi ; c’était surtout de lui faire découvrir le manoir pour qu’elle soit un peu familiarisée. Après avoir passé la matinée en bas, la petite aveugle discernait désormais l’air chargé de poussière de la bibliothèque, le vent qui bruissait à travers les fenêtres fissurées du salon, le sol carrelé de la cuisine, la moquette épaisse qui tapissait les chambres d’ami. Au dessus, seul un parquet un peu usé se découvrait à ses pieds.

Elle passa la main sur la porte, un "Cyanne" était collé avec des lettres en relief sur la porte. Un vestige de la jeunesse "rose-croquant" de la fillette que l’adolescente reniait déjà. La petite aveugle s’intéressa aux courbes des lettres, s’étonna devant Jeana, qui lui répondit maternelle:

"C’est le nom de Cyanne écrit sur la porte.
– C’est écrit dans notre langue ?"

Après avoir acquiescé, Jeana guida la main d’Elianne pour lui montrer les lettres une par une. La petite fille, derrière ses yeux blancs et vides, semblait profondément absorbée.
"Je reconnais la fin… A.N.N.E. C’est comme dans Elianne. Pourquoi le I est différent ?"

Jeana expliqua que c’était une autre lettre, avant de la pousser doucement à entrer dans la chambre.
Assise sur le lit aux draps qui arboraient des taches de sang factice, la petite fut aidée pour mettre son pyjama. Quand elle se glissa dans le lit, elle demanda:

"Il n’y a pas d’histoire ?
– Tes parents te lisent encore des histoires avant de dormir ?, s’étonna Jeana.
– J’aime les histoires, dit-elle simplement.
– Un jour, il faudra que tu fasses ça seule, gourmanda doucement la mère.
– C’est vrai ? C’est possible ?"

Le visage d’Elianne s’était comme éclairé.
"Bien sûr, mais pas maintenant… Bon, je vais te chercher un livre… Avec les seuls livres qu’il y a ici tu risques de passer une mauvaise nuit."

En effet Jeana ne trouvait autour d’elle que des romances vampyresques, des polars vampyresques, des pamphlets brâkmariens… Elianne attrapa la main de Jeana pendant qu’elle partait:

"Et s’il m’arrive quelque chose ?
– Il ne t’arrivera rien, enfin, on est juste à côté. Tu sais rester dans un lit quand même !
– Et si… la maison brûlait ?
– Oh, Elianne…"

Moinon avait peut-être un peu trop d’appréhensions, au point de tout le temps imaginer le pire. Mais de là à poser une si grande empreinte sur sa fille… Jeana s’agenouilla pour caresser la tête de l’aveugle:

"S’il se passe quoique ce soit de dangereux, je suis dans la chambre à côté et je viendrai pour te protéger. J’ai confiance en toi pour tout le reste. Compris ?
– Oui, dit-elle, réchauffée.
– Tu as besoin de quoique soit avant que j’aille chercher une histoire?
– Pas besoin d’histoire, décida Elianne. Parle-moi juste des aveugles qui savent lire."

Jeana parla de la langue qui se lisait du bout du doigt. Très différente, elle était pourtant utilisée un peu partout: il y avait des livres en braille et certains panneaux de nation. Cela faisait briller sur le visage de l’enfant une dimension toute nouvelle, un espoir qu’on n’attendait plus, une sorte de révélation.

"Où apprend-t-on cette langue ?, demanda-t-elle excitée.
– Je ne sais pas, avoua Jeana. On ira demain à la mairie, pour demander ?
– On y verra papa ?, demanda Elianne.
– Non, papa est en vacances, sourit-elle."

Le mot dit, elle posa un baiser sur le front d’Elianne en lui souhaitant bonne nuit. La fille en fit autant et ferma les yeux, se laissant doucement happer par le sommeil. D’habitude, Jeana laissait une petite lumière rouge quand Cyanne dormait, plus jeune. C’était maintenant inutile. Après l’avoir allumée par réflexe, la fécatte l’éteint, puis sortit de la pièce en refermant précautionneusement.

Elle vérifia que les jumeaux avaient bien été couchés, que Cyanne dormait en maugréant, que Kalaen sommeillait déjà, puis se dirigea vers la chambre conjugale en dégrafant sa robe sur le chemin. Une fois la porte fermée derrière elle, l’habit la libéra en glissant à terre. Fao’, assis dans le lit, arracha un œil furtif de son livre et vit Jeana pousser un soupir.

"Va pas bien?, demanda-t-il pendant qu’elle retirait ses bas, en faisant l’équilibriste.
– Cyanne veut apprendre le braille, annonça Jeana.
– C’est très bien, commenta Fao’ avec fadeur.
– Ce qui m’intrigue c’est que ses parents ne lui en aient jamais parlé, ajouta la fécatte en mettant ses habits dans le panier à linge.
– Elle est encore jeune pour savoir lire, m^me si elle était valide, justifia Fao."

Elle se laissa tomber sur le lit, sur les couvertures, s’étendit, visiblement épuisée. Il haussa un sourcil:

"Tu dors sans couverture, et en travers du lit ?
– Quand je vivais seule, je dormais comme ça, murmura-t-elle.
– Alors c’est le moment de considérer que désormais tu ne vis pas vraiment seule, étant donné que je suis dans ton lit, dit-il avec malice.
– Tais-toi et dors, ordonna-t-elle."

Il obéit en refermant son livre, faussement contrarié, et éteint la lampe de chevet. La lumière nocturne, blafarde et faible, filtrait à travers la fenêtre. Une toute nouvelle ambiance tomba. Grise, obscure. Un moment d’adaptation s’imposa avant que les formes réapparaissent. Fao’ s’était mis sur le côté et lui tournait le dos, déjà vexé. Il sentit glisser, de l’autre côté des couvertures, la fécatte vers lui, jusqu’à ce qu’elle soit juste derrière, sa tête toute proche:
"Sois pas aussi susceptible que moi, susurra-t-elle."

Elle se pelotonna dans son dos, passa un bras au-dessus de lui, son visage niché dans ses cheveux.

Le lendemain matin, Fao’ se leva presque en même temps que Jeana. Il bondit au pied du lit pour aller réveiller tout le monde. Aujourd’hui, journée culture !

Il déboula dans la chambre de Kalaen, le réveilla de chatouilles comme l’enfant détestait – le garçon chatouilleux finissait quand m^me par rire aux éclats avant de finir de râler.

Puis ce fut le tour d’Elianne, qu’il réveilla en l’appelant doucement par la porte entr’ouverte. Quand elle grommela quelque chose en retour, il sourit en laissant la porte ouverte.

Ensuite il dévala les escaliers, réveilla Cyanne avec un chant Bontarien, celui qui commençait par "Brâkmar la Détestaaable", ce qui avait le mérite la mettait en rogne. Puis changea de chambre et interpela les jumeaux qui dormaient dans des lits superposés.

Après le petit déjeuner, l’âme facétieuse de Fao’ s’était calmée. Il pensait au dimanche qui s’annonçait. Il prévoyait d’abord, pour gagner quelques almatons, en priant au bibliotemple, et puis la foire du trool peut-être, après un ou deux musées de Bonta, ou plutôt Astrub.

Ils attendaient peut-être Kiri, peut-être Shola. Ninar s’était désistée pour la virée hors de Murof. La ville, soutenait-elle, avait besoin d’elle et de ses actes de justice. La Zobal, qui buvait toujours autant sur son canapé, n’y dormait pourtant plus – et les honoraires de vitriers étaient directement corrélés au nombre de nuits passées chez lui. Kami avait joyeusement accepté de participer à la fête, elle qui pourtant s’était bizarrement et soudainement entichée de ses cousins d’une autre île. Kiri avait autre chose à faire, disait-elle, qu’aller voir des peintures de Crâ efféminé. A part ça, Fao’ n’avait pas pu proposer à grand monde.

Colin et Connor semblaient être tiraillés entre leur envie de courir dans la rue et celle d’assister leur sœur, qui donnait encore son bras à Kalaen. Kami racontait sa vie en voletant, chantant aux oreilles totalement ouvertes voire impressionnées de Jeana, tandis que Fao’ renfrogné par cet accès de babillage s’était muré dans un silence tout brâkmarien, en regardant ailleurs. Cyanne écoutait distraitement la tranche de vie Sufokienne, l’air de rien, tout en donnant l’image de la blasée brâkmarienne. Enfin les jumeaux finirent par galoper tandis que Kalaen donnait le bras à Elianne.

Le Zaap passa vite et ils arrivèrent dans l’air doux d’Astrub. Les jumeaux prirent une drago-express, Fao montait avec Kalaen, Jeana avec Elianne et Kami avec Cyanne. Les quatre montures galopèrent vers le bibliotemple pour prier le protecteur du mois. Une fois là-bas, Certains se précipitèrent vers l’autel pour murmurer quelques mots à genoux pendant que d’autres attendaient à la sortie. Kami regardait Fao l’air sceptique:

"Vraiment, ça sert à quoi de prier, marmonna-t-elle quand il revint.
– A renforcer le pouvoir des protecteurs des mois. Il faut bien ça pour rétablir l’équilibre… non ?
– Les protecteurs sont très puissants, argua Jeana, et ils sont investis par les Dieux. Ils sont là pour veiller sur nous, alors nous les remercions et les recommandons."

Kami regarda les enfants revenir. Cyanne et Elianne revenaient ensemble. Kalaen tardait, et les jumeaux étaient trop jeunes.

"On ne va pas aller voir des tableaux quand même, disait Kalaen en arrivant finalement, montrant la jeune aveugle.
– Oh, ça ne me dérange pas.
– Je vais te décrire à voix basse, rassura Cyanne."

Colin et Connor regardaient sans vraiment comprendre ce qui se passait, mais ils saisirent ce qui se passait dès qu’ils arrivèrent tous devant le Musée d’Astrub.

"Le Musée d’Astrub regroupe tous les artéfacts antédiluviens qui témoignaient de la vie de nos ancêtres de Dofus, chamboulée par le Chaos d’Ogrest il y a plus de 200 ans, lut Fao en prenant la brochure d’informations. C’est un témoignage unique de la manière de vivre de Dofus, des croyances qui ont été irrémédiablement changées depuis…"

Fao paya l’entrée et fit entrer tout le monde. Des objets sous glace, des affiches explicatives, de la musique, des anciens livres. Elianne s’arrêta devant un présentoir ancien:

"C’est un livre d’augures, annonça Cyanne à Elianne. Il prévoyait le futur grâce à la lecture dans les entrailles ou bien dans la bière.
– Et ça marchait vraiment?
– Ce n’était pas totalement vrai, mais quelques devins étaient inspirés par les Dieux ou autres créatures puissantes. Ils n’étaient alors pas très clairs et avaient un succès tout relatif, on sait que parmi eux Acidrik Fenlapanse était très connu ici-même, à Astrub."

Elianne acquiesça et continua le trajet, pendant que les autres s’étaient dispersés.
Fao et Jeana marchaient avec Kami, parmi les cuillers et les anciens boucliers sortis des eaux:

"Elle doit apprendre à lire le braille, c’est devenu son rêve, disait Jeana.
– Jea, les livres en braille sont presque introuvables, tout comme ceux qui l’écrivent. Elle sera seule à Murof, j’en suis sûr, à le comprendre, soupira Fao.
– Il faut qu’elle parle avec quelqu’un qui connaisse le braille, conclut Kami. Ne seraient-ce que des lettres avec un correspondant ou une correspondante dans une autre nation. Je suis sûr que ça lui ferait extrêmement plaisir.
– Mais surtout quelqu’un qui sache le lire avec elle, et à Murof, répliqua Jeana.
– Oui, elle apprend à lire aussi, dit Fao tatillon, il ne faut pas l’oublier."

Après un moment de silence, Kami dit:

"On peut faire venir quelqu’un qui parle braille, un professeur.
– Ce serait mieux de directement la placer dans un institut, il faudrait que j’en parle avec Moinon. Mais je la vois d’ici, elle ne la laissera pas quitter la ville. Ce n’est qu’avec peine qu’elle a pu me confier ses enfants pour deux jours."

Fao et Kami se turent devant la remarque excessivement vraie de Jeana. La Fécatte reprit:

"Maev sait lire le braille ?
– Maev n’est pas à Murof, elle doit suivre son mari sur des mers déchaînées. Je suis sûr qu’elle est devenue Etarip ou quelque chose comme ça, grommela Fao.
– Apprends-lui, toi, proposa Kami. Tu apprends le braille, juste les lettres. C’est pas si compliqué : tu n’as pas de travail, tout le temps qu’il faut.
– C’est juste les lettres qui doivent être remplacées?, demanda-t-il. Et les majuscules ? Les chiffres? Les accents ? Des simplifications, abréviations ?"

Jeana soupira:
"Je sais que c’est un investissement important d’apprendre le braille. Pour la peine, je veux bien apprendre la langue des signes plus tard, si tu veux."

Fao sourit, gêné, puis se tourna vers Kami:

"Tu n’as pas d’aveugle dans ta famille de barges?
– Euh… non. Pas à ma connaissance. Il y en a peut-être que je ne connais pas encore, dit l’Eniripsa avec espoir. Et puis, Fao, si ça ne te tente pas, tu n’es pas obligé du tout…
– Bah, hésita-t-il en regardant une vieille épée cassée et lisant sa description: Glaive antique ayant servi à la bataille de l’Aurore Pourpre. La plus grande bataille de l’histoire, blah blah…"

Acculé, il s’arrêta soudain et soupira, regarda Jeana d’un air décidé:
"Je vais essayer, je me renseignerai sur le braille."

Son épouse sourit et l’enlaça en le remerciant.
La foire du trool était ouverte toute l’année mais encore plus foisonnante en cette période estivale. Ils y passèrent le reste de la journée après s’être délectés de brochettes de pious sur la place de la foire. Ils embêtaient les animaux du zoo, ou bien frissonnaient dans la maison des horreurs, chassaient les koinkoin avec les tickets du jeu énutrof, regardaient avec émerveillement les ballons colorés et lumineux qu’Elianne lâchait, appréciant leur douce chaleur s’envoler. Fao emporta pour un moment Jeana dans le tunnel des amoureux, sur des cygnes blancs et rouges, tandis que Kami essayait d’entarter Ogrest et que les enfants riaient devant les spectacles hilarants sous un grand chapiteau.

Enfin, le soir venu, ils rentrèrent. Il était temps pour les enfants de Vlad de retrouver leurs parents. Ceux-ci recueillirent les garnements fatigués et affamés, tandis que Fao et Jeana rentraient encadrés de leurs deux grands, rue des Enudis.

Fao déposa sur son bureau un gros livre en soupirant. Le Braille Pour les Nuls. Avec des passages en braille pour s’exercer. Il ne savait pas comment écrire en braille, mais au moins il saurait très vite lire. Demain, il commencerait, pour que dans quelques mois, il puisse perpétuer sa connaissance à travers d’autres.

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A la prochaine !

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C'est mieux que rien hein!!

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PARTIE MUROF: Pas "Grand-chose" (Ninar, un peu de tout le monde)

31 octolliar, le 31 du mois protégé par Maïmane, le protecteur calme qui a pour mission d’apporter le froid de novamaire aussi calmement que son humeur. Pourquoi ce jour en particulier ? Tout ce qu’on sait que ce jour, l’administration murofienne avait décidé que ce jour là sera férié et que personne ne touche à son poste : Les chachas flânent tranquillement dans la rue car aucun chienchien présent dans les parages tente de les poursuivre, préférant s’assoupir à l’ombre des maisonnettes et habitations en tout genre, enfants et professeurs font la fête car les cours normaux et les cours d’initiation doivent être annulés ce jour là, les commerçants ont fermé leur magasins, à part certains restaurateurs qui ont eu la permission d’exercer leur travail car qui dit vacances, dit familles réunies, qui dit famille réunies, dit bouches à nourrir, qui dit bouches à nourrir dit restaurant pour les non-radins, une occasion de se remplir les poches ! Enfin, presque tout le monde dans cette ville est à l’image du protecteur d’octolliar pendant la journée. Puis vient le soir, qui devient une bouilloire ! Les enfants courent dans tous les sens, harcelant leurs voisins pour des misérables bonbons ou mettent en exécution leur plan de dénicher le gros pack d’un kilokama de BônBecks des restaurants débordés de clients.
Pourquoi vous demandez ? C’est Halouine, pardi ! Les jour préféré des enfants murofiens après Nowel et avant Pwak. Voilà l’orphelinat des Nawégling qui recrache des vagues infinies de gosses recouverts de couettes trouées ou des chapeaux de sorcières cousues avec amour et de l’autre côté, les gosses les plus riches qui se pavanent dans leurs costumes exotiques, avec l’intention de faire pleurer de désespoir ou baver d’envie tout enfant présent dans leur chemin et en prime, avoir plus de BônBecks que les autres parce que leur costume est le plus beau de tous et na. C’est une injustice comme les autres, alors que fait la justicière de la ville ?
Ninar ne fait rien. Rien du tout. Allongée sur son lit, dans sa petite cabane sur son arbre qui lui sert d’habitation. À dire que c’est le seul truc modeste sur elle. À propos, pourquoi toute la ville est en vacances ce jour là exactement ? Parce que c’est un jour de fête ? Bien que ça puisse être une raison, ce n’est pas la seule ; bien que la petite administratrice ne connaisse pas son jour de naissance, elle devait déclarer un pour que son identité soit validée à son arrivée dans la ville. Vous l’auriez deviné, c’est bien aujourd’hui son anniversaire. Les gens diront qu’en choisissant cette date, elle voulait se donner un air spécial, cool, trop sombre, et on en passe, alors qu’en vérité, ce n’est pas exactement ça.
Grandir avec un mentor zobal pour seule figure parentale mène à l’absence de contact avec le monde et surtout les villes, de peur de se faire remarquer par des roublards ou des mercenaires engagés par ces derniers. Bien sûr, le bon Magdal savait qu’une enfant ne pouvait pas grandir isolée et juste pour elle, ils côtoyaient quelques villages perdus, camouflés grâce à leurs énormes capuches, mais ça ne suffisait pas, il fallait plus pour la petite. Les jours de fêtes dans des plus grands villages puis un peu plus tard, les villes, furent l’étape suivante, Nowel, Pwak, Fin Patraque, Fête du Printemps et Halouine, en gros toutes ces fêtes où beaucoup de monde se regroupaient, car la foule était idéale pour ne pas se faire repérer facilement.
Quelle était la fête préférée de la gamine ? Halouine, c’était la seule fête où elle pouvait se balader sans une capuche, la seule fête où elle pouvait courir librement partout et surtout, la seule fête où elle pouvait jouer avec les autres enfants et dévaliser toutes les petites échoppes à BônBecks sans que quelqu’un leur coure derrière eux en brandissant un bâton. Personne ne doutait d’elle car sa tenue pouvait facilement passer pour un déguisement d’une créature rigolote au chapeau énorme, pour certains, ou un très bon costume d’éliatrope pour les plus cultivés, ce qui était quand-même rare. Le seul bémol, c’est qu’elle ne pouvait pas profiter de cette fête avec son mentor, et devait le retrouver à neuf heures aux portes de la ville. Elle ne s’en plaignait pas.
Rappelons le présent, la mémoire a bien joué son rôle !
L’éliatrope a bien précisé qu’elle ne voulait pas grand-chose pour son anniversaire cette fois, elle veut être tranquille. « Pas grand-chose » pour la majorité des gens, veut dire un cadeau simple rempli d’intention, par exemple une carte, une pâtisserie déposée au seuil de la porte, un « joyeux anniversaire » qui vient du cœur… Pour son rival, Léopold Panthera, pas « grand-chose » signifie « dévaliser en masse et terroriser le peuple parce que je suis un sale profiteur ».
Doit-elle courir derrière lui ? Bien sûr que oui ! Oh, ça rime. Bref ! Même si elle est sensée se reposer aujourd’hui, la justice, elle, ne fait pas de même ! Allons brave justicière, botter le popotin de ton rival, le mettre en garde-à-vue pour deux jours, comme tu le fais si bien d’habitude, puis après, tu seras tranquille et pourrais retourner à tes occupations quasi-inexistantes. Elle saute de sa cabane, après avoir accroché ses masques sur son chapeau et fonce vers l’écaflip qui s’est permis de mettre ses plans en exécution tout juste devant elle. Pas besoin de détailler, quelques coups de pieds, plaquage, déstabilisation et le travail est fait, à dire que ça commence à l’ennuyer, à voir si c’est pareil pour ce cher Léopold.
Comment font les super-héros pour ne pas s’ennuyer rapidement ?
Une horde de mioches accourent vers elle pour l’acclamer, merci madame l’administratrice, vous avez sauvé Halouine ! Ce n’est rien, c’est mon devoir, et comme si rien ne s’est passé, ils reviennent à leur partie de Farce ou Bonbons.
Elle a remarqué que les lumières dans la mairie sont allumées, puis s’éteignent quelques secondes plus tard, c’est la secrétaire qui a obtenu une permission pour travailler, préférant le travail au repos. La voilà qui sort enfin, son manteau rouge sur le dos, et verrouille les portes de la mairie, elle est la première à rentrer et la dernière à sortir, c’est elle qui avait les clés et ça a toujours été comme ça.
De nulle part, elle voit un lapino atterrir devant elle, et un deuxième, et un troisième, puis des bruits d’explosions, plusieurs, au point que ça vous arrache les oreilles et vous aveugler. Déjà sorti de son garde-à-vue lui ? En fait, Il s’avère que c’était Kamilla, dite Kami, dite Sushi, qui a entraîné ses amis d’Ecalgrin pour fêter Halouine à Murof, pour lancer des lapinos porteurs de pétards et fée d’artifices. Elle va les rejoindre quand même, c’est rigolo et pourquoi pas ? Ça ne fait de mal à personne et elle voulait quand même s’amuser. Formalités échangées (« YO COMMENT VA ? »), et présentations aux personnes qu’elle n’a pas rencontré auparavant. Ils sont sympathiques, il faut l’avouer, et elle veut faire quelque chose pour eux.
-TU PEUX ME PASSER DEUX LAPINOS À FÉES BIEN GROSSES?
Deux lapinos à fées ont été lancés dans sa direction générale avant qu’elle puisse finir sa demande, l’éniripsa devait faire une bonne restauratrice quand-même.
-Merci.
Elle tient bien ses lapinos puis saute dans un portail pour arriver sur un toit, puis se téléporte vers le ciel un peu plus d’effets et lance ses bestioles en pleine chute, admirant le spectacle dans les airs au point d’oublier son impact assuré avec le sol.
Ça fait mal.
Au moins elle a pu se téléporter vers le sol pour légèrement amortir ça chute.
Ça fait toujours mal.
Des jumeaux osamodas l’aident à se relever quand même, car se lever d’une chute pareille n’est pas évidente. Merci Romi et Dasha pour le coup de main, vous êtes top. On se demande ce qui a pu arriver aux lapinos, avec une chute pareilles, ils ont sûrement éclaté contre le sol.
La chute n’empêche pas l’adolescente à reprendre sa promenade avec la troupe Ecalgrienne. Des cris attirent leur attention.
-MAIS ARRÊTE DE ME MATER, une voix de femme excitée.
-Qu’es ce que tu racontes ? Tu te fais des idées, une voix d'homme blasé.
Nannerl et Pan, bien sûr. Xelina n'a plus refait surface depuis un moment et la crâ avait besoin de quelqu’un avec qui se crêper les chignon, même si ces deux étaient comme ça depuis le début. Le sacrieur s’en fiche de mondanités telles que Halouine, mais la pianiste, non, elle a voulu faire comme tout le monde, déguisée en danseuse de cabaret, qui ne faisait que de renforcer sa réputation de Sainte Nitush. Elle fait ce qu’elle veut après.

-SLAP-
Il faut bien sûr s’y attendre à la claque. La justicière se demande depuis toujours comment le sacrieur, qui est mort, a pu toujours rester en contact avec le matériel. Après on dit que c’est comme ça dans le Monde des Douzes, les dieux sont proches des mortels.
Un bruit de fenêtre qui se brise, incroyable, Halouine n’a jamais été aussi bruyant. Une seconde, on parle bien de Murof, qu’est-ce que je raconte ! La ville est foyer de cacophonie en tous genre 365 jours par an ! Excusez la redondance, mais elle est nécessaire pour insister sur ce fait.
Une silhouette chute, on reconnaît tout de suite Shola grâce à ses cheveux rouges. La zobal ne se ramasse pas à terre, vu que le saut était purement volontaire, la bousculade qui s’en suit après lui semble aussi. Échange d’injures et un « FAIT ATTENTION OH. » accompagné de rires des amis de l’éniripsa blonde.
Le prochain bruit de la soirée vient d’un groupe d’enfants qui ont réussi à voler le gros pack de BonBêcks, ce qui a été prédit plus tôt dans le texte. Les parents des gosses concernés promettent à la victime de payer les dommages causés demain à la première heure.
Bagarre dans l’Auberge qui Roxxe, un homme est projeté de l’établissement, une citwouille écrasée sur sa tête, et un autre, pieds piégés dans une citwouille et un dernier, jeté avec une citwouille qui sert d’amortisseur à sa chute. Une œuvre de ce genre ne pouvait être accomplie par une seule personne, sa sœur officielle, Kiri. L’éliatrope ne peut pas être plus fière d’elle.
Le groupe croise le couple Nawégling et leurs enfants, passent leurs vœux de fête à tout le monde, puis la Nawégling tire Ninar hors du groupe pour lui filer une petite lettre sous le nez et lui souhaite discrètement un joyeux anniversaire en retour, l’adolescente la remercie et la retourne à son mari qui l'attend pour finir leur promenade d’Halouine.
Elle se retourne et remarque que le groupe avait disparu, ils ont sans doute pas remarqué son absence. Ce n’est pas grave, elle ne tardera pas à rentrer au nid, car elle vit dans un arbre, hin hin.
Arrivée au pied de son arbre dans le parc, une bonne petite surprise. Sushi tenait un simple petit gâteau décoré d’une bougie unique avec toute sa bande d'amis derrière elle et ils hurlent tous ensemble (ce n'est pas assez bien synchronisé, il faut le dire), même ceux qu’elle avait rencontré ce soir: « BON ANNIV’ BELKISS ».
D’où Sushi a tiré ce surnom, elle payerait bien pour le savoir.
Elle apprécie ce geste, même si c'est plus que « pas grand-chose ».

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Voici la dernière partie de Murof écrite à ce jour !
Si l'envie vous prends de venir nous rendre visite dans notre ville de fou, alors, n'hésitez pas, c'est par ici !

A la prochaine !
 
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Allez, un tout petit nouveau qui s'introduit dans la fiction originelle, lealolita1967 nous montre ses talents d'écrivain:

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PARTIE MUROF: NANNERL, UN PEU TOUT LE MONDE.

Il était huit heures du matin lorsque la jeune Crâ ouvra ses jolis yeux en amandes, emmitouflée dans les couvertures pastel de son lit. Ses cheveux bouclé, bien que courts, étaient totalement emmêlés et un filet de bave coulait le long de sa bouche, qu’elle essuyât lentement en baillait. Elle souleva les couvertures en marmonnant et grognant, encore dans les vapes, et se leva.

Les rayons du soleil qui s’était introduit dans sa chambre l’inondaient d’une douce lumière matinale et l’on pouvait entendre les tofus gazouiller près de la fenêtre. Nannerl se dirigea vers la salle de bain où elle déposa une serviette propre près du lavabo. Elle plongea ses petites mains dans l’eau et éclaboussa son visage pour se réveiller, attrapa la serviette et frotta son visage avec pour se sécher.

Une fois lavée, elle enfila son habituelle robe salopette au-dessus de son pull vert, coiffa ses cheveux en mettant sa mèche de côté grâce à une barrette en forme de pomme. Si autant avant elle préférait garder sa mèche devant l’un de ses yeux vairons pour les cacher car elle n’aimait pas ça, elle s’était fait à l’idée que de toute façon elle ne changera pas la chose et qu’à présent qu’elle avait un homme qui l’aimait comme elle était, il était inutile de cacher ses yeux. Elle enfila ensuite une paire de mitaine et dévala l’escalier pour rejoindre sa sœur de cœur qui habitait avec elle depuis quelques mois. La petite Arwen accourra vers elle en criant « TATA NANNOUUU » et la serra dans ses bras, ce que Nann’ fit à son tour. Elle s’assaillit ensuite à la table où Xelina était déjà en train de dévorer des croissant à la confiture.

« -Bien dormis ? Lança la Crâ à la Iop.

-Ouaaaai on va dire ça, y’a juste Colins qui m’a réveillé trois fois. Répondit-elle.

- Ah c’est ça que j’ai cru entendre cette nuit. Ne fallait pas faire de gosses à ton âge ma vieille. »

La Iop fit une moue du genre « De quoi je me mêle » et attrapa un macaron qu’elle englouti en moins de deux. La Crâ elle se contenta d’une tartine au beurre avec une tasse de thé à la menthe. Cela faisait trois années que les deux jeunes femmes se connaissaient et à présent elles se considéraient l’une l’autre comme de véritables sœurs, malgré les piques qu’elles pouvaient se lancer tous les jours. Elles étaient d’ailleurs tout à fait différentes, autant sur le plan physique que mental. Si Nann était petite, et possédait des formes généreuses ainsi qu’un joli visage juvénile, sa sœur elle, était fine et élancée, bien que possédant elle aussi un très beau visage où ressortait un regard fier et perçant. Même leur éducation avait été différente. Nann avait grandie dans une grande demeure entourée de riches et noble personnes Bontarienne, et suivait une éducation stricte contrairement à Xelina qui avait elle avait grandie dans une famille paysanne d’Amakna. Mentalement, Nannerl était très sensible et bornée et Xelina était une battante, mais les deux partageaient un cœur gros comme le monde des 12.

« - Bon je te laisse j’ai un concert à préparer pour ce soir à l’Auberge qui Roxxe. Lâcha la Crâ avec une tartine encore à moitié dans sa bouche »

Elle attrapa sa besace remplie d’un nombre incalculable de partitions et claqua la porte. Elle avala sa tartine et se dirigea d’un pas rapide vers l’auberge. Elle croisa Leo qui essayait comme toujours après de maintes reprise d’élaborer un plan machiavélique pour prendre le pouvoir de la ville, ainsi que que Color se dirigeant vers le Cléor’s pour commencer à travailler.

Trois ans que Nannerl vivait ici. Murof était tous pour elle, un nouveau départ après une enfance pas forcément appréciée, un endroit remplis de gens tous plus colorés les uns que les autres, un hymne à la joie et à la bonne humeur. Elle respira l’air et fut nostalgique un petit instant puis se remit en marche vers l’Auberge, un des nombreux lieux de rassemblement de la ville. Elle aperçut au loin au centre de la Grande Place Ninar l’Eliatrope et Shola la Zobale aux cheveux de feu entrain guetter à une éventuelle bêtise de la part d’un des habitants –celle de Leo- .

La jeune femme entra dans l’auberge et scruta la salle rapidement pour voir si les habitués étaient présents. En effet si Nannerl était prof de piano et compositrice elle adorait venir jouer certain soir dans l’auberge ou au Cléor’s et parler avec les habitués du matin. Au fond de la salle était assis autour d’une table entourée de bancs Kiri la Iop aux cheveux violet ainsi que Kamilla l’Eniripsa avec à ses côtés son meilleur ami Gwen. Nann avait une certaine affection pour l’adolescent, c’était le meilleur ami de son Robin chéri après tout, elle l’apprécie, mais pas quand il décide de lui brûler des cheveux avec des fées d’artifice et ainsi la contraindre à couper sa longue chevelure châtain. Kami était apparemment entrain de raconter avec de grand geste comment hier avec ses amis d’Ecalgrin elle avait pêché une Poiscaille géante de 15m de long. Kiri écoutait assez impressionnée de cet exploit et avait lâché un « ouai faudrait le revendre, je vous dis pas tous les kama que vous pouvez vous faire avec une prise comme ça ».

A leur opposé se trouvait Pan, le « rival » de la jeune Crâ. Sacrieur de vingt-sept ans, battit comme une montagne, aux tatouages en forme de ronces remontant le long de ses bras. Bien que dès le début leur relation avait été totalement explosive, Nannerl appréciait beaucoup Pan. Elle le considérait comme une sorte de grand frère au fond, mais ne le montrait pas, et préférait lui lancer des piques et des taquineries dès qu’elle le croisait. Elle s’approcha de lui :

« -Alors monsieur le grand Sacrieur, on picole dès le beau matin ?

-Je te rappel que je suis mort, je n’ai pas besoin de boire.

-Oooh, tu attends une prostipute alors ?

- Ah, tu veux dire des filles comme toi ? Non désolé de te décevoir.

- Eh ! Je ne te permets pas ! Répondit la Crâ de son air le plus offusqué. »

La jeune femme tourna les talons et se dirigea d’un pas fier, la tête haute vers la petite scène à côté du bar où se trouvait un piano pendant que Pan pouffait de rire dans son dos, fier de l’avoir remise à sa place. Il faut dire que la Crâ n’y allait pas de main morte quand il s’agissait de chercher les embrouilles avec lui. Elle s’assaillit sur le tabouret près du piano et fouilla dans sa besace pour y chercher les morceaux à travailler. Dedans se trouvaient autant de pièce classique que d’air festif Bontarien, Amaknéen ou encore Murofien que la jeune femme avait découvert après s’être installée dans la ville.

Après avoir passé sa matinée à réviser et jouer pour le plus grand bonheur des oreilles des habitués, Nannerl prit une pause casse-croûte bien mérité dans l’auberge. Elle s’approcha d’une table près des escaliers et y rejoignit Fao qui venait tout juste de commander son repas à une des serveuses. Ce dernier était un grand ami de la Crâ, elle avait été sa muse une petite durée, ce qui avait créé des rumeurs au sein de la ville comme quoi ces deux-là étaient amants, ce qui bien sûr était totalement faux. Dernièrement, ils avait vécu une grande quête qui l’avait promulgué lui en tant que Pair de Bonta avec sa femme Jeanna, et elle en tant que Chevalier de l’ordre des gardiens de Shushu.

Fao était perdu dans ses pensées, carnet de note en face de lui, sûrement en train de réfléchir à son prochain écrit ou poème. Il était très doué avait plusieurs fois pensée Nannerl, même beaucoup, sûrement le meilleur poète qu’elle avait pu rencontrer et ça elle en avait vu des poètes au palais de Bonta quand elle n’était encore qu’une enfant, des poètes à deux kamas qui n’avait comme talent que l’unique dont d’endormir les gens.

« -Je peux m’assoir ?

- Bien sûr, répondit Fao d’un ton chaleureux. »

Les deux amis commencèrent à se raconter leur vie, leurs dernières inspirations artistiques, leur projets. Nannerl commanda un wrap tofu curry ainsi qu’une chope de bière, son alcool préféré. Fao lui demande quel jour et quel date elle serait disponible pour donner le prochain cours de piano du petit Kalaen, elle acquiesça pour le Mardi prochain. Après avoir bien rigolé, discuté, bu et manger Nannerl se remit au piano pour continuer de mettre l’ambiance dans l’auberge et surtout préparer le concert de ce soir.

Le soleil avait à présent laissé place à la lune, et celle-ci éclairait la Grande Place de Murof. L’auberge était maintenant pleine à craquer et d’une ambiance des plus festive. L’on pouvait entendre à certaines tables des Pandawas et des Iop déjà complètement éméchés, à d’autres des Enutrof en train de jouer au Poker avec des Ecaflip, au fond à droite Kiri était en compagnie de Ninar et Shola, toutes les trois autour d’une assiette de Kralamour sûrement fraichement péchée et importée de Sufokia. Pan était revenu, sûrement pour venir écouter la Crâ dont il admirait tout de même la prestance musicale, c’était déjà ça. Kami et Gwen chahutaient en cœur en haut de l’escalier, le jeune homme lui montrant le lustre le sourire aux lèvres, évoquant un souvenir du début de l’été où ce petit saligaud était monté dessus et avait fait une sacrée chute. Fao était resté lui aussi de toute l’après-midi, il était inspiré. Leo et Colorane les deux amis de toujours était assis à une petite table et l’Osamodas racontait à l’Eca-Roublard le passage d’une personne très importante du gouvernement Amaknéen au Cléor’s, le restaurant commençant de plus en plus à avoir une bonne renommée dans le monde des Douze.

Sur la petite scène à côté du bar où étaient présente Nannerl assise devant le piano se trouvait un Féca un violon en main, ainsi qu’un Pandawa munis d’un accordéon pour l’accompagner. Il était presque vingt heures, le concert pouvait à présent commencer. Les deux hommes commencèrent par un morceau du nom de « l'échappée rieuse », enchainèrent sur un autre du nom de «Bacchus » et Nannerl chanta une chanson d’amour intitulée «Les étoiles de Murof » destiné à son Robin chéri. L’ambiance battait son plein, les musiciens enchainaient les morceaux les plus festif et entrainant, tout le monde chantaient, riaient, c’était joyeux, c’était Murof.

Après avoir joué leur dernier morceau «Mes amis», les trois musiciens saluèrent le public qui les acclamait. La jeune femme regarda chaque visage qui se trouvait devant elle, souriant. Elle sentait la joie, la bonne humeur, la fraternité, la folie qui se dégageait de toute ces personnes. Elle se rendait compte qu’elle avait réalisé son rêve.
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Alors? Talent? Pas talent?
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