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Le cycle krosmique

Par Ancestry 24 Décembre 2012 - 02:00:44

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Je vous souhaite la bienvenue dans les carnets de Mélodène Ancestry et vous remercie d'avoir pris de votre temps pour lire ces lignes (surtout si vous êtes un Xélor).
Grande voyageuse, j'ai pu récolter au long de mes pérégrinations divers histoires aussi banales que légendaires.
Reliques d'un temps passé ou sujets d'actualité, je vous délivre ici tout ce que je sais du monde des douze en espérant vous faire rêver...

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[Chapitre I] L' éclat d' Oniris.

Les cimes d'obsidienne s'élevaient au nord de la cité la plongeant dans l'ombre des géants minéraux au moment du crépuscule naissant. Seule la pointe du temple de Minaris, le cœur pyramidale de la ville, reflétait les dernières lueurs du phénix astral d'un éclat blanc presque aveuglant illuminant tel un phare dans l'océan désertique.
La cité s'était construite sur un mont dont le sommet s'ornait d'un agrégat de tours en périphérie du temple qui s'assimilaient aux cimes de verre. Certains prétendaient qu'on avait taillé ces tours dans l'obsidienne de la montagne tant elles paraissaient proches les unes des autres. Les plus petites se prolongeaient en aval où s'étalaient les quartiers marchands, un assemblage heureux de petites rues et de places où vivait une population hétéroclite.

Dans l'océan de sable naviguait l' Azurion.
Le navire traversait le désert à une vitesse impressionnante, emporté par le souffle enflammé de la fournaise désertique. Sur le flanc du navire se tenait au chandelier un homme qui de ses yeux perçant admirait Oniris, la cité dédiée au dieu Xélor se dessinant à l' horizon. Sa longue chevelure laiteuse et sa bure de couleur prune ondulaient joyeusement dans les flots du vent ; ses traits, d'une rare noblesse, ses yeux, d'un regard ancestral, évoquait un être sans âge, hors du temps.
Le timonier interrompit brutalement le cours de ses rêveries.
-S'il plaît à monseigneur de retourner dans la cabine afin d'être en sécurité, nous approchons des cavernes du dragon.

Lancine tenait la barre avec une adresse remarquable ; le bâtiment glissait sur les buttes et s'en servait comme des tremplins, planait et retombait avec douceur sur le sable blanc.
Désormais, nous approchions des cavernes du dragon, une taupinière naturelle où se mêlent des tunnels aux multiples embouchures, des pointes de roche acérées telles des griffes, et des ravins escarpés aux fonds sans fins.
Des conteurs ont affirmés que parmi les grottes les plus profondes, où la chaleur du soleil y est absente, certaines seraient prisonnières des glaces même durant l'été, plusieurs aventuriers téméraires ajoutent même que dans les ténèbres des roches se cachent des créatures étranges et farouches. Beaucoup de navires se sont perdus ou écrasé dans ce chemin dangereux.
La cité xélorine a tenté de pratiquer une ouverture balisée afin de préserver la sécurité des voyageurs et des marchandises, néanmoins la traversée des pointes de roche et des grottes de stalactites étaient un risque à prendre.

Apercevant par intermittence les roches déchirées lorsque le navire se dressait au dessus des dunes, le voyageur suivit le conseil de Lancine et se dirigea dans la cabine.
Le navire par son aspect extérieur semblait être d'une taille considérable, impression qui est faussée lorsque l'on entre dans son ventre, en effet, la majeure partie de son architecture est destinée au confinement de gaz légers permettant sa portance durant ses vols planés ainsi qu'à sa sustentation. Ces chambres hermétiques ceinturaient les cabines sur les longueurs si bien que la pièce à vivre se tenait tel un corridor où sur ses côtés étaient disposés de confortables compartiments.
Oniris vivait une période de forte affluence touristique au vue de l'abondance des voyageurs qui s'entassaient sur les banquettes de cuir.
A l'ouverture du sas, les passagers assis près de l'entrée semblaient fort incommodés par la lumière aveuglante de l'extérieur, aussi l'homme referma vigoureusement la porte métallique afin de garder la fraîcheur ambiante du couloir.
L'intérieur était décoré de façon à accueillir une clientèle aisée ; les boiseries d'if constituaient l'architecture des pièces, le laiton doré en faisait l'ornementation et les lampes suspendues au plafond baignaient les cabines dans une ambiance tamisée.
Soudain retentit ce message à travers les tubes de communication :
-Hum, mesdames et messieurs, ici le commandant de bord, veuillez attacher vos ceintures de sécurité ça va secouer. Les transports brigandins vous remercie de votre attention.

Le moine regagna son compartiment occupé par deux garçons ; lunettes de protection vissées sur le front, pourpoints de cuir, houseaux sombres et bottes lourdes constituaient leur tenue, au vu de leurs traits, il s'agissait de frères.
Sur les genoux du plus grand trônait un casque en cuir muni de multiples câbles qu'il cirait avec des gestes attentionnés tandis que le deuxième examinait attentivement une carte. Les traces d'huiles noirâtres ornant leur joues juvéniles, leurs cheveux de jade aux reflets bleutés mal peignées et broussailleux dénotaient non pas un manque d'hygiène mais une grande implication dans leurs occupations au mépris de certaines priorités esthétiques.
Le voyageur traversa la pièce exigu dans un souffle et s'assit sur la banquette avec élégance, en face des deux éphèbes. Il brisa le silence :
-Je vois que vous êtes pilote, participez-vous à la course de drakkeurs ?
Les deux adolescents, surpris par le murmure émis par l'homme et qui pourtant résonnait dans toute la pièce, semblaient encore plus inquiets lorsqu'ils plongèrent leur regard dans les pupilles abyssales de leur interlocuteur. Le plus jeune, Symène, après s'être raclé la gorge répondit d'un air gêné :
-Tout à fait monsieur, nous venons ici tous les ans afin de participer à cette grande course. Nous avons travaillé très dur afin d'améliorer notre drakkeur et cette année nous comptons bien terminer premier!
Il dressa fièrement son poing ganté devant lui, une flamme de détermination illuminait leurs yeux.
Le moine ria aux éclats. Voir ces deux gamins à peine sortis de l'enfance habités d'autant d'ambition était très humoristique mais il était surtout heureux, ravi de voir en eux le don de la volonté.
Le même murmure irréel s'échappa de ses lèvres vermillons :
-Entretenez ce rêve qui brille en vous. Envolez-vous avec lui et alors s'ouvriront à vous les possibilités de toutes les réalités.
Les deux garçons le regardèrent avec un air interrogateur mais brusquement le navire se mit à vibrer dangereusement, des cris d'inquiétude s'élevèrent dans les compartiments.
Soudain retentit dans les tubes de communication la voix du commandant de bord :
-Mesdames et messieurs, notre traversée dans les cavernes du dragon sera plus longue que prévu. En effet, des éboulements récents sur la piste principale nous oblige à prendre une déviation non balisée ce qui causera d”importantes turbulences. Nous vous remercions de la confiance que vous portez aux transports brigandins.
Le message se voulant rassurant n'eut que pour effet de susciter la peur et l'angoisse car la lumière qu'émanaient les réverbères de la piste, inexistants dans la caverne hormis sur la voie principale, protégeaient les véhicules de multiples attaques ; les gardes, postés à des points stratégiques éloignaient les bandits mais sur un chemin non balisé, le navire était exposé à tous les dangers.

Le capitaine ordonna de hisser le foc, ainsi seule la grande voile permettait de garder le voilier en sustentation dans les bourrasques venteuses de l'aven.
La dérive fut retirée afin quelle ne puisse s'entrechoquer contre les stalagmites au risque que le navire dérape au vent et Il émit aussi l'ordre que chaque membre d'équipage se munisse de mousquet ou de tromblon en cas d'attaques d'humanoïdes... ou autre.
Il esquissa de son doigt la cicatrice qui parcourait son cou, trace accusatrice d'une seconde d'inattention lorsqu'il était encore inexpérimenté. Depuis qu'il était chargé de l”acheminement vers Oniris, un voyageur l'accompagnait à chacun de ses parcours : la peur. Une vieille connaissance, presque une amie.

Il frissonna, releva le col de sa vareuse et abandonna la proue pour rejoindre le cartographe qui examinait les cartes aux côtés de Lancine qui tenait la barre.
-Avez-vous pu établir un nouveau trajet ?
-Capitaine Sven, nous suivons actuellement le tunnel 160 qui débouchera sur une embouchure à deux voies : celle de droite mène à un cul-de-sac, celle de gauche ne va pas vous plaire non plus, nous devrons traverser le pont nommé «Orpaline , sur la voie b17.
-C'est un foutu pont ça, une seule erreur de manœuvre et c'est le grand plongeon dans le ravin. Vous avez entendu Lancine ? Vous là-bas, allez armer l'ancre, ordonna t-il en désignant un marin, Lancine, n'hésitez pas à l'utiliser à la moindre bourrasque.
-Bien, capitaine.
-On y voit plus, allumez les projecteurs !
Aussitôt dit, les projecteurs furent allumés ; un était placé sur le mât de beaupré et quatre autres éclairaient les côtés du bateau.
Alors s'offrit à l”équipage un spectacle à peine croyable ; une myriade de stalactites étoilait le plafond tel la voûte céleste, des joyaux de toutes sortes s'illuminaient à l'approche du halo de lumière ; lorsque l'un des faisceaux transperçait le prisme d'un rubis ou d'une émeraude, leur couleur se reflétait sur toute la surface du tunnel, un kaléidoscope minéral enflammait les parois rocheuses.
Le navire frôla un pilier de calcaire, union ancestrale entre une stalactite et une stalagmite et enfin déboucha du tunnel 160 pour atteindre une immense cavité rocheuse où le plafond semblait aussi inaccessible que le ciel et le fond pénétrant les plus profondes entrailles de la terre.
Seul un incroyable pont de calcaire long de plusieurs centaines de kamètres permettait d'atteindre la paroi opposé ; sa largeur d'une quinzaine de kamètres permettait un passage étroit à l' Azurion. Sa vitesse était au minimum mais les vents violents qui habitaient la caverne rendait la traversée périlleuse.

-Aerafal ?
L'évocation du dragon de l'air avait suscité l'étonnement du jeune frère mais l'aîné semblait sceptique.
-Tout à fait, continua le conteur dans son murmure particulier, ces cavernes ont été le refuge du dragon suite au combat contre le terrible Ogrest. Afin de guérir ses blessures, Aerafal invoqua les esprits élémentaires. Lorsque le seigneur de l'air fût rétabli, celui-ci s'envola immédiatement pour Incarnam et participa au combat final qui bouleversa l'ordre krosmique.
Qu'est t-il devenu après cette bataille, seuls les rêveurs les plus imaginatifs ont la réponse. Quoi qu'il en soit, les esprits de l'air, se sentant seuls, abandonnés suite au départ de leur maître, l'attendant dans les cavités silencieuses des dunes, tuent le temps à jouer avec les voiles des navires traversant les cavernes les menant à bon port... ou à leur perte.
Le conteur évoqua ensuite le rite particulier entreprit à l'entrée de la caverne, les offrandes disposés aux pourtours des bateaux, priant les esprits de les amener au paradis d'obsidienne, Oniris.
Les joues contre ses mains, les coudes posés sur les genoux, le jeune frère écoutait le récit de l'être sans âge et l'admirait de ses yeux tout ronds. Il semblait être particulièrement touché par la perfection de son visage ainsi que la grâce infinie accompagnant chacun de ses gestes.
-Vous parliez du combat contre Ogrest, qui fut le vainqueur ?
L'ignorance de l”enfant amusait le moine.
-Aerafal s'est bien battu mais l'ogre eut le dessus.
Aujourd'hui les cicatrices de cette lutte monstrueuse marquent encore le désert d' Oniris. Les cimes d'obsidienne de la cité en sont les marques. Dans son ultime assaut, le dragon s'envola dans les cieux, l'ogre voulu l'attraper en montant sur le plus haut rocher des alentours, le mont Tombélène. Dans un dernier espoir, la bête écaillée projeta un souffle de feu dévastateur sur Ogrest ; la déflagration cristallisa les projections de la dune de silice dû au souffle surpuissant du dragon. Mais cette ultime attaque n'eut que pour effet d'enrager encore plus l'ogre frénétique. Dans sa furie qui fit éclater les strates du ciel et les fondements de la terre, le gardien de l'air chuta de son trône céleste et s'écrasa sur Tombélène, aujourd'hui emplacement de la capitale du peuple Xélor.
-Et ensuite, que fit l'ogre ?
Toutes les questions de l'enfant auraient reçu une réponse si un brusque arrêt du navire suivi de coups de feu provenant du pont n'auraient écourté la discussion.
L'affolement était à son comble dans la cabine ; certains des voyageurs hurlaient de terreur, tandis que d'autres sanglotaient de désespoir. L'homme ainsi que les deux pilotes n'eurent pas la même réaction. L'aîné des deux frères, Lester, le courage dans les yeux, la vaillance porté sur ses lèvres, sortit de sa poche arrière un revolver, le cadet ne voulant se séparer de son protecteur lui attrapa le bras et tout deux disparurent dans l' encadrure de la porte.
Désormais seul, l'homme se contenta de rabattre ses cheveux crémeux vers l'arrière, et croisa les genoux en expirant un long soupir.

Les brumes ténébreuses de la crypte rendait la vision difficile ; seuls les phares du bateau éclairaient la voûte coloré de la grotte où parfois se dessinaient dans la pénombre des formes ailées pleine de mystères.
Le pont était devenu un champ de bataille parsemé de cadavres déchirés par un ennemi invisible.
Sortant de la cabine, les deux frères se penchèrent à la rambarde du navire et constatèrent que l'ancre était plongé dans la roche ; ils conclurent que le bateau avait été sujet à une énorme bourrasque qui sans la chaîne de sûreté de l”ancre, aurait plongé dans l’abîme sans fond.
-Allons sur la dunette proposa Symène, quelqu'un pourra nous dire ce qui se passe ici.
-Monte l'escalier et je couvre tes arrières.
Mais à peine l'enfant escalada la première marche qu'il trébucha contre ce qui semblait être le corps d'un membre d'équipage ; une main pleine de sang attrapa le bras frêle du jeune garçon. C'était le capitaine Sven, adossé contre la barre d'escalier, tentant vainement de retenir les viscères arrachés à son corps décharné.
-Eh, eh petit, retourne dans la cabine, tu vas te faire tuer ici ! Enfermez-vous et attendez les secours, ils sont là, les...
Les crachats de sang du capitaine stoppèrent net ses supplications. Il tenta à nouveau de parler mais le voile du néant l'enveloppa subitement de son linceul mortuaire. Par pudeur, Symène recouvrit les yeux de Sven de son chapeau de capitaine qui depuis toujours recouvrait son crâne dégarni.
-Les...Lester il faut s'échapper d”ici, ça devient trop dangereux! supplia t-il les larmes aux yeux et la peur logée dans son cœur.
-Nous ne pouvons laisser tous ces gens ici ! Tu te sens capable de les abandonner ? répondit Lester d'un ton mal assuré. Et surtout, souviens-toi frérot, nous avons une course à gagner !
Les rêves qu'il faisait couché sur le tapis d'herbe de sa campagne natale où son copilote et lui brandissaient la coupe d'onyx lui revinrent en mémoire et lui donnèrent le courage de continuer sa progression sur les marches de la dunette.

Ils s'apprêtaient à franchir la dernière marche lorsqu'un bruit insolite retinrent leur attention ; Lester leva instinctivement son revolver et tendit l'oreille. Mal à l'aise, il franchit la marche, le regard embrassant la totalité de la plate-forme.
L'horreur était à son comble à la vue de Lancine gisant sur la banquette à harpon.
-Lancine ! Que s'est-il passé ? cria Symène. Un hideux rugissement lui répondit.
Derrière le timonier brillaient deux joyaux incarnats sertis dans une forme monstrueuse se baladant sur la rambarde de la dunette, dodelinant sa tête dans un terrible vrombissement.

L'horrible silhouette sauta de la barrière et retomba dans un terrible fracas, éclatant le plancher de ses ignobles pattes griffues. La sauvage crinière pourpre de la bête ondulait au vent, sur son pelage ocre se dessinait des muscles cordés qui roulaient aux articulations et dans la pénombre des phares s'illuminaient ses pupilles démoniaques ainsi que sa proéminente denture. Aux commissures de son hideuse gueule se prolongeaient d'interminables canines acérées, deux pointes aiguisées tel des sabres plongeant au plus profond de la terreur les enfants qui n'avaient jamais imaginé une telle abomination, même dans leurs plus hideux cauchemars.
-Un...un mufasabre ! hurla Lester qui presque automatiquement porta le revolver en direction du prédateur.
Ses doigts poissaient d'une sueur glacée, des larmes de terreur coulaient sur ses joues car dans le regard de son adversaire, il ne voyait que l'indicible détermination du chasseur.
Le lion des sables accélérait sa course en direction des deux infortunés, son élan le projeta dans les airs, pattes et griffes écartées, gueule grande ouverte. Il sentit les énormes canines pénétrer son crâne, sa chair déchirée et son cœur éclaté dans les serres griffues du monstre mais la balle qu'il tira dans l'inconscience de sa terreur le sauva de ce funeste destin.

Le mufasabre reçut le plomb dans la trachée et retomba lourdement à côté de sa proie. La riposte du pilote n'était pas mortelle.
L'ignoble bête se remit sur ses pattes et dans ses yeux s'était enflammé un brasier de fureur. Le puissant rugissement du chasseur fit trembler les entrailles des deux insolentes proies qui s'écroulèrent sur le sol, vidés de leur force et de leur courage.
Lester chercha la main de son frère ; ce contact physique était un infime réconfort avant le plongeon dans le néant. Dans sa frénésie, le mufasabre leva sa cruelle patte, voulant terminer cette chasse au plus vite. Ils fermèrent instinctivement leurs paupières embuées de larmes et attendirent avec fatalité le coup mortel.
Mais soudain un monstrueux éclatement de bois et d'os déchirèrent leurs tympans. Lorsqu'ils rouvrirent les yeux, la bête n'était plus là, la barrière de la dunette était détruite sur toute sa longueur, une chaîne pendait sur la plate-forme et glissait sur le pont inférieur.
-Aaaaahh, je ne partirai pas en shukrute seul ! hurla Lancine, la main sur la gâchette du harpon.

Le mufasabre avait reçu la pointe en plein dans l'abdomen, l'envoyant sur la rambarde et s'écraser deux mètres plus bas.
Constatant que le timonier était gravement blessé, Symène lui offrit son bras afin de l'emmener en sécurité dans la cabine ; mais Lancine ne pouvait bouger, son corps tremblait d'une horreur indicible, le regard plongé dans les multiples rubis de flamme qui entourait les trois infortunés.
Ils comprirent que l'équipage avait été victime non pas d'un seul mufasabre mais de toute une meute qui avaient profité de l'arrêt inopiné du navire pour attaquer. Assurés d'un festin, les sept prédateurs avancèrent vers leurs proies, léchant leurs babines, secouant la crinière avec dédain.
Un cri irréel stoppa net leur avancée ; un hurlement strident venu de la voûte fut bientôt accompagné de tout un hideux orchestre aigu et perçant. Lancine qui avait l'habitude durant ses voyages de sentir la présence de ces formes ailées sans jamais les voir, assistait pour la première fois à ce spectacle monstrueux, à cette criarde cacophonie des esprits de l'air qui virevoltaient à travers toute la caverne, possédés par une indescriptible horreur. Mais il fut encore plus surpris quand il constata que les mufasabres semblaient aussi apeurés ; couchés, les oreilles rabattues vers l'arrière, leur regard devenu aussi docile qu'un chacha fixèrent leur maître qui était là, comme surgi d'une tourmente.
Le timonier et les deux enfants, dans un sursaut, reculèrent à la vue du moine aux cheveux blancs et à la bure couleur prune qui flottait au vent. Ses yeux bleus brillaient de colère, jetant réellement des flammes, comme si elles provenaient de la shukrute même ; son visage était d'une pâleur cadavérique et ses traits étaient singulièrement tirés. D'une voix si basse qui était un murmure, mais qui pourtant donnait véritablement l'impression de couper l'air pour résonner ensuite dans tout l'aven, il émit un ordre dans une langue qui semblait n'être connu que des esprits et des fauves.
Les chatons s'enfuirent à toute allure là où le bateau avait tracé son sillon et les sylphes, reprenant une danse coordonnée émanaient à nouveau un vent doux et continu.

Lester reprit vite ses esprits, et après s'être assuré que plus aucun danger ne rôdait, alla au davier afin de remonter l'ancre planté dans la roche pendant que son frère amenait Lancine dans la cabine.
Bien que les deux frères eurent du mal à assurer le pilotage du navire, plus aucune complication n'entrava la fin du voyage. Lester qui maniait la barre se demandait de quelle manière l'homme murmurant posté sur la proue pouvait agir avec autant de discipline sur les esprits invisibles qui accompagnaient le navire.

Bientôt, les lueurs des docks souterrains furent en vue.
Un immense soulagement était porté sur les lèvres des habitants de l' Azurion à la montée des gardes à l'armure azurée qui constatèrent avec effroi la boucherie sanglante qui avait eu lieu à bord.
Les voyageurs furent accompagnés sur un monte-charge les amenant à l'entrée de la cité et une civière fut apportée afin d”amener dans un centre l'unique survivant de l'équipage.
Il faisait nuit et l'air glacé du désert fit envoler la souffrance qui peignait chaque visage. Symène contempla la voûte céleste qui scintillait de mille feux. Il pensa au moine qui les avait sauvé d'une mort certaine mais en se retournant il comprit que dans un souffle, il avait disparu.

[HRP] Faites place aux commentaires afin qu'on passe à la suite ! [HRP]

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Réactions 16
Score : 503

[HRP] Alors c'est moi qui aurais le plaisir d'ouvrir le bal !

Chère Mélo, je suis ravie de te voir passer du côté clair de la force (je parle de la section fiction bien sûr^^) ! Je t'encourage à continuer et à t'accrocher ! L'intrigue de ton histoire est accrocheuse et je suis curieuse de connaître la suite ! ^_-

Alors bon courage à toi et à très bientôt !^^ [HRP] 

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Score : 191

[HRP] Super, on est voisins de section, fais un peu de place je t' en prie !
Voilà la suite, en espérant qu' elle vous plaira, j' attends vos avis ! [HRP]

[Chapitre 2] Renaissance

Les chaleureux rayons de l'étoile de l'aube illuminait l'étendue d'eau. Un orchestre de croassement accompagnait le soprano aux ailes d'argent logé dans le tronc du saule centenaire.

Célescio aimait se prélasser sur le vieux banc en chêne qui longeait l'étang. Les flots du vent lui apportaient les délicates odeurs des feuilles tombantes qui parsemaient le jardin. L'automne touchant à sa fin, les brises devenaient plus tumultueuses. Elles caressaient sa fourrure aux couleurs de l'hiver et balayaient de bourrasques les cauchemars de la nuit qui hantaient son esprit. Le regard de ses yeux ternes était plongé dans le clapotis des vagues rencontrant la berge. Il en ressortit lorsqu'il se rendit compte que Lucci était assise à ses côtés.
Les couleurs chatoyantes de sa robe était en merveilleuse harmonie avec ses éclatantes ailes de papillon, son large chapeau à ruban empêchaient ses longs cheveux ondulés de voler au vent. Elle aimait marcher pieds nus, sentir la rosée de l'aube et laisser grimper les coccinelles sur ses jambes potelées. De ses doigts délicats elle tenait un carnet de croquis déjà bien rempli.
-Es-tu ici pour contempler ou savais-tu que je viendrai dessiner ici ? accompagna t-elle d'un rire charmant.
Célescio ne répondit que par un sourire gêné.
-Toujours ces mêmes cauchemars? fit-elle d'un air inquiet.
-Ils ne m'ont quittés depuis ce jour et je crois qu'ils m'accompagneront encore longtemps même après être parti.
Un silence fila dans la brume.
-En parlant de partir, sa mine s'assombrit, je... j'ai décidé de m'en aller demain.
Lucci accueillit cette annonce avec désolation mais n'en parut rien.
-Doc m'a aidé à me reconstruire mais je sais que je ne peux guérir complètement si je reste ici. Cet endroit est magnifique et il me manquera mais je sais qu'il existe de tout aussi beau ailleurs, et puis ces cauchemars incessant m'ont fait comprendre que je dois me mettre en quête de la vérité qui me fera comprendre ce qui s'est passé ce jour là.
-Doc est d'accord ?
-Bien sûr que non, il aimerait que je suive son traitement jusqu'au bout, mais nous sommes ses patients, pas ses prisonniers.
-Mais que feras-tu ? Où iras-tu ? demanda t-elle en réprimant un sanglot.
-Je reprendrai ma vie d'avant.
-Cela ne fera que raviver les fantômes du passé ! répondit-elle dont la voix s'animait par degrés.
-Non, au contraire, je les combattrai et ainsi mes souvenirs se coloreront de nouvelles nuances ; le rideau de la fin ne tombera pas dans le sang mais sous un tonnerre d'applaudissements.
La discussion en resta là. Elle avait sorti ses pinceaux, et voulait se recroqueviller dans son monde d' aquarelle. Docteur Gunj prétend qu'elle est mélancolique et qu' à ce genre de moment il vaut mieux la laisser. Célescio la quitta non sans l'avoir tendrement embrassé sur ses joues empourprées, une larme coulait le long de ses lèvres.

Il pensa sur le chemin du retour aux propos du docteur sur le cas de sa belle brune. Dans un entretien, Doc lui avait dévoilé que son talent était la cause de son état mais paradoxalement que sa mélancolie était à l'origine de ses œuvres.
Lucci, de son vrai nom Lucciola Solderini était auparavant la peintre la plus renommée et la plus demandée du monde des douze. Beaucoup reconnaissaient son talent et voulait avoir l'honneur que leurs traits soient reproduits sous son pinceau mais d'autres ne lui passaient commande que pour la rencontrer seulement et espérer obtenir des faveurs plus ou moins élégantes.
On fit grand cas de cette affaire et ses collègues artistes n'appréciant guère son insolent succès lui collèrent une réputation de femme facile ce qui la fit grandement souffrir. Malgré cela les commandes ne désemplissaient pas, elle devint même la peintre officielle de la reine de Bonta.
Mais la vie idyllique qu'elle s'imaginait avait été depuis brisée ; elle s'était fourvoyée malgré son talent sur le chemin vicieux des affaires et de la concurrence.
Victime de sa trop lourde renommée, trahie par sa beauté, abusée par les commérages, elle s'est réfugiée dans un monde où baigne des étoiles saphir dans un océan doré. Elle est devenue le démiurge d'un univers délimité par les rebords de la toile ; elle a ouvert les portes de mondes inconnus imprégnés de couleurs nouvelles, un univers imaginaire mais étrangement convaincant qui la fascinait et la faisait rêver.
Mais de ses toiles s'est échappé un démon, fruit de son génie et de sa désillusion de la réalité qui l'emmena au bord du royaume de la mort.
On la trouva à son domicile plongée dans un état de catalepsie inquiétant. Ses yeux étaient figés sur les lignes d'un tableau aux couleurs et aux formes angoissantes. Les monstruosités qui avaient accouchés de son pinceau étaient d'un réalisme stupéfiant et d'une stature tout aussi majestueuse qu'épouvantable.
Elle était devenue prisonnière de ses tourments, elle ne pouvait plus fuir du monde qu'elle avait crée. Les abominables peintures furent mises sous scellé dans une des pièces de sa demeure. Des histoires circulent quant à ces toiles mystérieuses. Ceux ayant trouvé la demoiselle racontaient que dans ces tableaux apparaissaient furtivement dans le faisceau de la lune peinte à l' huile et dans les architectures artificielles, des ombres sinistres et des créatures horrifiantes. On les associa même aux monstrueux hurlements qu'entendaient les voisins certaines nuits.
Lucci fut transportée immédiatement dans la campagne amaknéenne chez Karl Gunj qui lui prodigua des soins qui la remit sur pied au bout de quelques mois.
Durant cette période, seul le docteur connaissait alors son état mental mais les cris horribles provenant de la chambre de la patiente témoignait de son délire qui plongeait la tranquille maison de soin dans une ambiance sinistre. Karl, détenteur de ces lourds secrets est pourtant resté très discret quand aux analyses qu'il a pu recueillir. Malgré sa renommée, son imposante célébrité et les mystères qui l'entouraient, elle était très appréciée des résidents, de Karl et de madame Rubia, l'infirmière. Ici, elle était juste Lucci, la douce petit folle, amoureuse des camélias et des coccinelles.

Sur le chemin de la maison, Célescio rencontra le docteur Gunj marchant le long du muret qui longeait le potager, mais à moins que l' écaflip ne rêvait, le docteur marchait sur les mains !
-Mais que faites-vous Doc ? Êtes-vous tombé sur la tête ?
-Pas encore Célescio, je suis meilleur acrobate que tu ne le penses ! Vois-tu, lorsque l'on n' arrive pas à résoudre un problème, il faut dans ce cas le retourner dans tous les sens.
- Et quel est donc ce problème ?
-Ne t'arrête pas de marcher, je perds mon équilibre.
Il descendit les deux marches en pierre qui menaient à la cour.
-J'ai un nouveau patient reprit-il, un cas très particulier à vrai dire c'est la première fois que je vois ça. Pour faire simple, il se prend pour un tofu, il vit comme tel, se nourrit comme eux, pense de même et piaille du matin au soir. Je t'en prie, retiens-toi de rire c'est très sérieux. Pour un iop, ce comportement n'est pas très inquiétant mais du fait qu'il est autant vêtu que ses amis à bec, les plumes en moins, cela relève désormais du trouble de l'ordre public.
Je te vois réfléchir, aurais-tu une idée ?
-Oh je repense juste aux paroles de la célèbre chanson, on a tous un tofu qui piaille dans la tête, disait-elle.
Le professeur s'arrêta et après une pause se remit brusquement sus ses pieds par une souplesse incroyable pour son âge et s'écria :
- C'est exactement ça ! Nous avons tous un tofu dans la tête ! Nous avons tous un tofu dans la tête ! et il hurla plusieurs fois la clé de sa découverte en courant et en sautillant dans toute la cour.
Les résidents interloqués, tous penchés aux fenêtres de la demeure le virent même effectuer des roues et d'autres acrobaties jusqu'alors impensables pour un vieil éniripsa. C'est à se demander qui des patients ou du docteur est le plus fou.
Dans son allégresse enfantine il ouvrit la porte du tofulailler et s'y barricada aussitôt.
Célescio se précipita sur le battant mais avec toute la force qu'il investit, il ne put la faire céder.
-C'est peine perdue, quelle expérience veut-il faire subir à ce pauvre malade? se demanda t-il en s'asseyant sur les marches du perron.
Brusquement la porte d'entrée claqua dans un fracas caractéristique de la folle inquiétude de madame Rubia.
-Enfin que se passe t-il Céli ? Quelle moomouche a piquée le professeur ? hurla t-elle dans son tourment maladif.
-Vite Madame Rubia, arrêtez le professeur avant qu"il ne commette un acte irréparable !
-Par Osamodas ! Karl ! Revenez à la raison ! cria t-elle en traversant la cour.
Célescio ne put réprimer le fou rire qui l'envahissait. Déboussoler cette vieille Rubia était son passe temps préféré. Elle aussi allait lui manquer. C'est sur cette réflexion qu'il entra seulement dans le hall afin de prendre son pardessus, sa canne et son chapeau, ornements principaux de son cachet qui le faisait passer pour un "croquant" auprès des paysans du coin. Il n'a jamais compris cette expression. La nouvelle vie qu'il souhaitait écrire lui obligeait quelques formalités administratives, aussi il se rendit à la place vent d'orme et passa la journée entière à envoyer divers lettres et tofus voyageurs et ne revint à la futaie que le soir.

Il était presque vingt-deux heures lorsque ses pieds déchaussés se faufilèrent sur la moquette du hall pour atteindre l'escalier. Il voulu s'enquérir des affaires du jour et frappa donc à la chambre de Karl.
Sa premier impression, dès qu'il eut ouvert la porte fut qu'un incendie avait éclaté, car la chambre était tellement remplie de fumée que la lumière de la lampe en était toute voilée. En avançant, toutefois, ses craintes se calmèrent, car il ne fut prit à la gorge que par les relents âcres d'un tabac grossier et fort qui le firent tousser. A travers le brouillard, il eut une vague vision de Doc en robe de chambre, pelotonné dans un fauteuil ; il avait aux dents sa pipe en terre noire et quelques rouleaux de journaux traînaient autour de lui.
-Pris froid, Célescio ? demanda t-il.
-Non, c'est cette atmosphère empoisonnée.
-Je suppose qu'elle doit être assez épaisse, maintenant que vous le dites.
-Épaisse! Elle est insupportable !
-Je trouve qu'une atmosphère concentrée aide à la concentration de la pensée. Vous ne me demandez pas comment a été ma journée ?
-J'allais y venir juste après m'être habitué à l'environnement.
-Je me dois en tout cas de vous remercier pour votre aide, sans vous la guérison de Loody aurait prit plus de temps.
-Loody ?
-Le iop qui se prenait pour un tofu.
-Cet événement m'était totalement sorti de la tête ,comment avez-vous procédé ?
-Nous sommes tous des tofus mon ami, c'est ce que je lui ait fait croire.
Après l'avoir longtemps examiné a becqueter sur le sol, je me suis soudainement déshabillé et je l'ai accompagné dans son repas. Après que le malade fut convaincu que j'étais moi-même un tofu, je me rhabilla et regagna la sortie. Choqué par ce qu"il venait de voir, Loody me demanda :
-Mais que faites-vous ? Les tofus ne portent pas de vêtements !
-Voyons, bien sûr que si puisque j'en porte ! D'ailleurs vous devriez en faire de même puisque tous les tofus le font, de même qu'ils mangent dans des assiettes, se lavent, se battent avec des armes... Enfin, conduisez-vous comme un vrai tofu ! Sur ces mots, j'ouvris le battant et sortit, laissant le pauvre patient aux bons soins de Rubia que j'ai eu beaucoup de mal à rassurer.
Cessez donc vos plaisanteries Céli, vous allez finir par lui causer une attaque !
Célescio s’esclaffa de rire. De toutes les expériences du docteur celle-ci était de loin la plus originale.
-Prêt à partir pour Bonta? questionna t-il en brandissant une lettre tout en fumant nonchalamment son cigare.
Les joues de Célescio s'empourprèrent soudain de colère à la vue de la missive marquée du sceau de la corporation des artistes bontariens.
-Comment osez-vous fourrer votre nez dans mes lettres Karl ! cracha t-il en arrachant le papier des mains de doc qui feignait d' ignorer la verve acide de son interlocuteur et en se levant, qui accompagna d'un ton très serein :
-Vous êtes mon patient, il est normal que je sache ou vous allez.
-Ce qui m'agace le plus est que vous ne me faites pas confiance, Doc.
Sur ces mots, Karl se leva pour le raccompagner mais au lieu d'ouvrir la porte, il s'interposa entre elle et l 'écaflip. Les petits yeux perçants cachés derrière les minuscules lunettes du professeur semblaient l'analyser au plus profond de son esprit.
-Je ne vous ferai qu'une seule recommandation monsieur Alizaris.
En proférant son nom, Karl ne parlait plus à son ami mais à son patient.
-S'il devait par malheur que l'événement de "ce soir là" se reproduise, croyez-moi que je m'arrangerai pour que vous ne sortiez plus jamais de ce centre.
Célescio réprima un frisson mais ne voulu rien paraître.
Il quitta la chambre et claqua la porte d'un air hautain.

Cette rage qui l'envahissait s'épuisa lorsqu'il s'enroula dans ses draps cotonneux et les sables du rêve amenèrent avec eux les murmures ténébreux du passé comme chaque nuit depuis cette nuit....

-Et maintenant je vais vous dévoiler mon dernier tour, le clou du spectacle, un tour extrêmement dangereux.... Zalarius mon assistant va choisir un de vous parmi le public....Céli.... Visez juste... Céli... qu' avez-vous fait... Céli... Céli !

-Levez-vous Céli ! Le fiacre est déjà là ! hurla Rubia qui le secouait de toutes ses forces.
-Prenez ça et habillez-vous! La brioche qu'elle lui enfourna dans la bouche manqua de l'étouffer, et en un instant le temps de s'habiller, il était déjà en haut du perron qu'il descendit pour la dernière fois. Les adieux avec Rubia furent aussi chaleureux que les rayons de l'aube ; elle était la seule à l'avoir accompagné dans la cour illuminée et pourtant il lui avait semblé apercevoir la barbe ancestrale de Doc à travers une vitre de l'étage, simple spectre pour lui rappeler sa mise en garde. Dans la valise que le cocher plaça sous le siège de la voiture, il n'avait emporté que l'ombre de ses souvenirs, un peu d'affaire et son jeu de carte favori.

Dès que les dragodindes eurent pris leur marche, il jeta encore un œil à la lettre de la corporation qui lui annonçait le prémisse d'une vie pleine de rêves et de fantaisies.
Rosée sur les branches du cerisier et grincement du porche rouillé, passé la propriété, le cœur de Célescio devint plus léger.
-Arrêtez-vous s'il vous plaît.
Ses bottes cirées claquèrent contre les flaques boueuses lorsqu'il descendit du marchepied et comme dans un tour de magie, il ouvrit le coffre arrière pour faire apparaître sa belle luciole aux ailes bleutées.
Les rennes frappèrent à nouveau et le convoi fila dans le vent pour la cité divine.

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Score : 503

[HRP] Oho, le rythme s'accélère !^^ Je me demande ce que tu nous réserves pour la suite. Courage Mélodène, accroche-toi !!!^-^ [HRP] 

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Score : 191

[HRP] Serais-tu mon unique lectrice ? j'en suis très satisfait ! Et pour te remercier de ta fidélité, ce chapitre t'es dédié ! [HRP]

Ce soir là, le tripot de sufokia était habité par une ambiance inhabituelle. Dans l' établissement enfumé de charme soufré et de gigli grillé, sur les tables grasses et imprégnées de kralatatouilles mal digérées se jouait la vingt-septième édition du prestigieux concours d' artichette grelotée. Une table en particulier attirait l' attention par les mises importantes qui étaient pariées.

Armés chacun de leurs artichettes, l' assemblée était suspendue aux lèvres du lanceur qui s' apprêtait à entamer le combat des dernières manches.
-J' ouvre ce tour avec une artichette de six ! s' écria t-il.
-Contre artichette et je relance de 21 ! répondit l' énutrof à sa gauche.
-Je me couche, lança le suivant.
Sûr de son jeu, le prochain joueur dévoila une quinte d”artichette compte triple rajoutant la moitié des valeurs de la manche.
A la vue du jeu de ses adversaires, le dernier joueur, ou plutôt joueuse, cachée derrière ses cartes lâcha un rire malsain annonçant la défaite des parieurs.
-Giga artichette mi-grelotée, gros grelot pichonné ! cria t-elle avec fureur en écrasant ses cartes sur la table.
La surprise parcourut la foule.
-C' est pas vrai, pas encore ! acclama le lanceur.
-Avec cette chance, tu devrais te dévouer à Écaflip !
-Par Xélor, jamais de la vie ! C' est mon talent et non ma chance qui me fait gagner. Allez, aboulez les kamas !
En attrapant le monceau d' argent disposé au centre de la table, un jeu de carte glissa de sa manche.
Un silence funeste hanta la table. Les visages se crispèrent, les poings se contractèrent et avec insolence, la tricheuse brisa le silence :
-Hem, on partage les gains ?
Un troupeau de dupés se jeta sur la xélorette. Elle ne dut son salut qu' à son réflexe, et dans un souffle elle se téléporta à la sortie de l”établissement.
Il se passa un moment avant qu' on ne se rende compte qu' elle avait disparu du tas empilé de bagarreurs.

Grimpant à perdre haleine l' escalier de sortie, l' escamoteuse s”était emparée du trésor avant de disparaître.
Elle est là ! Attrapez-la ! hurla le gérant du tripot.
Les trois videurs escaladèrent à leur tour l' escalier. Un des trois s' aplatit contre les marches en glissant sur les pièces qui avaient échappés de la bourse pleine à craquer de la fuyarde.
Un sifflement perça la nuit et la voleuse semblait se réjouir de ce signal.
C' était son tofu encoquillé, posté sur la grue du port qui piaillait.
-Bien vu Merry !
Elle fonça sur la grue, bondit sur le fût et attrapa dans son saut le palan. Par l' élan, le fût tourna sur son pivot et entraîna l' acrobate de l' autre côté de l”écluse.
La xélorette était aussi surprise de ses capacités que les deux videurs prostrés, bouche bée.
Elle acheva de les semer et emprunta des chemins non éclairés afin de regagner le rivage steamulant.

Cette petite chapardeuse, au chapeau et bottes de cuir, aux bandelettes nacrées et à l”armure azurée, c' est moi, Mélodène Ancestry. Oh non, je ne suis pas la même Mélodène, l' historienne qui voguait par les mers à la quête des pièces du puzzle afin de recomposer les lignes des temps oubliés. Non, je ne suis plus que son ombre, sa face dépravée, son côté dévergondé.



[Chapitre 3] Mélopée de Minuit

Arrivé devant la porte de ma demeure, une idée me tourmentai et je prononçai dans un murmure :
-Je me suis détourné du chemin que je m' étais tracé, mais de quelle manière en suis-je arriver là ? La cause est certainement le confort rassurant de la routine quotidienne et la quiétude de la répétition dans lesquels je m' étais pendant trop longtemps enveloppé et ont fait de moi un fantôme ne faisant que contempler les brumes du passé. J' avais besoin de faire battre mon vieux cœur de sentiments inconnus ; l' action et l”adrénaline étaient essentiels à ma survie. C' est alors que les démons vicieux se sont emparés de moi, faisant battre mon cœur par le venin du jeu, de la luxure et de la fourberie. Bien sûr, je culpabilise sur mes actes mais ce fluide vénéneux m' a dominé et je ne fais rien afin de le faire refluer.

Je partageais depuis bien longtemps ma maison avec un ami, Shelton.
Shelton Whisgaf exerçait le métier de détective mais on le nommait généralement par le terme " inspecteur Whisgaf " . Nous nous connaissions déjà avant ma chute dans le monde des ombres et jamais malgré sa profession, l' idée de ma décadence n' a pu effleurer son esprit ni le fait que le mulou qu' il traquait rôdait paisiblement dans sa propre tanière. Un jeu du chacha et de la souris avec ce côté burlesque qui me faisait frémir.

Derrière un paravent, mon colocataire préparait sa toilette.
-Bonne soirée ?
-Une soirée à la bibliothèque ne peut être que bonne.
-Vous tombez fort à propos. Je suis attendu à une soirée à Bonta concernant une enquête à résoudre.
-Toujours cette histoire de voleur ?
-Oui, cet Arsenic Lutin me donne du fil à retordre et j' ai besoin de vous et de vos yeux afin de débusquer ce criminel.
-J' aurai surtout besoin de mes mains, répondis-je tout bas.
-Pardon ?
-J' ai dit mes yeux satisferont vos besoins !
-Ah formidable !
Il vint contempler sa toilette devant le miroir et jeta un œil sur moi.
-Hum, très chère, si vous pourriez vous vêtir d' une tenue plus convenable
que ce déguisement d”aventurier, ce serait parfait !
-Je ferai selon vos souhaits très cher, m'inclinais-je le sourire au coin des lèvres.

Affublée d”une soyeuse robe pourpre, nous nous mimes en route pour le zaap.
Arrivé devant, l' inspecteur me tint ce propos :
-Vous empestez l' alcool Mélodène, servent-ils ce genre de boisson à la bibliothèque ?
Pour réponse, je le poussais dans le fluide bleuté du zaap et après un long soupir, j' entrepris la traversée.
Il ne se doutait pas qu' en m' invitant à cette soirée, il offrait une nouvelle opportunité à Arsenic Lutin de commettre son larcin ; qu' il servait sur un plateau d” argent les trésors que je convoitais, qu' il participait à mon plongeon dans les abysses.

La soirée se passait dans l' une des maisons chics du faubourg Sainte eau dorée. Crampomy, œufs de pichon et chair de cralbator régalaient les papilles des convives. Mais je me délectais d”un autre festin. La foule brillait d”amulettes diamantées, d”anneaux dorés qui me firent palpiter.

Je m' approchais élégamment du plateau d”un serveur et offrit la coupe de la main droite à une demoiselle tout en lui dérobant son collier à perlouzes d”un gracieux mouvement de la main gauche. Jamais je n' avais autant excellé dans cet art et pourtant j' eus un pressentiment mêlé de peur et de soulagement que cet vie allait prendre une fin imminente.
Elle ne m' empêchai pas, aguichant la foule, à empoigner leurs mains pour leur subtiliser leurs anneaux, à poser mes lèvres au creux de leurs joues afin de soustraire leurs boucles d”oreilles et lorsque dans l' assemblée s' élevèrent enfin des cris d”infortune, je m' éclipsais dans une des pièces voisines et laissais le beau rôle à mon auguste ami.

Dos contre la porte, j' expirais un profond soupir. Je me rendis compte en ouvrant les yeux que je me trouvais dans la bibliothèque de la demeure. Une sombre et imposante pièce circulaire recouvert entièrement de livres posés sur de majestueuses étagères d' acajou. Je m' aperçus également que je n' étais pas seule.
-Vous ne vous mêlez pas aux autres convives ?
Il semblait qu' elle ne m' avait pas entendu entrer car lorsque ma voix résonna dans la pièce, elle sursauta sur sa chaise. Ce ne fut que lorsqu' elle se tourna vers moi que je pus contempler toute sa physionomie. Je reçu un choc qui me tétanisa car je contemplais mon propre reflet. Il me fallut un moment pour me rendre compte que je n' étais pas victime d”une sorcellerie car dans ses yeux illuminait l' étincelle de l”innocence, lueur qui avait depuis bien longtemps disparu de mon regard.

Je m' approchais d' elle et constatais qu' elle lisait dans le calme et la plénitude les « contes et légendes du royaume sadida ; et en lisant par dessus son épaule, je pus découvrir les lignes relatant l' histoire de la prêtresse Boréanne ; une légende que je vous raconterai un jour, promis.
L' intérêt qu' elle portait pour moi en me dévisageant de curiosité fit émaner en moi une vive aura de compassion ; par xélor, je sentais un ancien sentiment renaître en moi !
Dans mon exaltation, je brisais le silence en portant sur mes lèvres les rhapsodies oniriques de la prêtresse qui achevait dans un flot poétique le conte des cendres. Une intense magie imprégnait la pièce lorsque chacune d”entre nous récitait le vers final :

-Elle apparaît, elle est lumière.
-Aux âmes ayant en la nuit repaire.
-Mais elle montre une forme de femme
-A ceux qui ne croit en leur flamme.

Mon âme était enveloppé d' allégresse. La question me brûlait les lèvres :
-Quel est votre nom, vous qui détenez la clé de ma renaissance ?
Accompagné d" un sourire, elle me répondit :
-Je me nomme Or Azur.
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Score : 503

[HRP] Ah Mélo !

Pardon de répondre si tard, j'avais tapé un super message mais comme une idiote, j'ai tout effacé en suivant. Un vrai cauchemar...Je vais essayer de le reproduire !^^

Tout d'abord : waouh ! Je savais ton style déjà excellent mais là, j'avoue que tu t'es surpassée. Il y a eu un petit quelque chose de changé entre ton premier chapitre et celui-là, non ? J'adore ta façon d'écrire et ton histoire se lit très facilement. J'ai adoré la simili partie de poker. Mais d'où te viennent tous ces termes ?

Et ainsi donc, tu fais ton entrée en tant que voleuse de renom ! Intéressant !^^ Le capitaine le sait au moins que tu aimes un peu trop les bijoux ?^^ Non pas que ça devrait l’inquiéter mais il risque de t'envoyer en récupérer pour lui !^^

Ta rencontre avec Or Azur me laisse sur ma faim. Comment la gamine s'est-elle retrouvée là hein ? Et capable de te répondre au tac-au-tac sur la légende de Boréade ! C'est d'ailleurs mon passage préféré : "Dans mon exaltation, je brisai le silence en portant sur mes lèvres les rhapsodies oniriques de la prêtresse qui achevait dans un flot poétique le conte des cendres."

Simplement trop beau. Ne nous fais pas trop languir pour la suite hein ?!^^

PS : superbe ton dessin ! [HRP] 

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Score : 191

[HRP] Merci Or, tes commentaires m'aident à m' améliorer !

Oui, beaucoup de choses ont changés entre le premier et le troisième chapitre car je commence certainement à trouver mon style d' écriture ( en terme de RP, je n'ai rien écrit avant le cycle ).
Aussi chacune de ces histoires possède son propre univers : la première se passe dans un lieu qui semble appartenir à un autre monde, la deuxième est plus intimiste avec les souvenirs des deux protagonistes et leur romance ; la troisième enfin est celle qui se rapproche le plus du jeu et
qui est le plus RP car elle impliquera encore davantage de personnages crées par les joueurs.

Ici on joue l' artichette grelottée avec les règles simplifiées, les règles originales sont quand même méga velues....

Ah non, il ne faut rien dire au cap' ! Mélo' tente désespérément de sortir de cette addiction , il ne faut pas la faire replonger !

Alors comment est-tu arrivé dans cette bibliothèque ? TOUT sera expliqué prochainement mais tu veux que je te dise ? Actuellement je n'en ai absolument aucune idée ^^.
Je n'ai pas souhaité développé la discussion car j'ai voulu faire mes chapitres plus court comme tu me l' as conseillé, alors je me suis dit "pas plus de 1 500 mots ".

Je vais essayer de ne pas trop tarder pour la suite, à bientôt ! [HRP] 

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Score : 2634

Excellent cette histoire.
Vous pouvez rajouter l'empire de la nouvelle sufukia des steamers dont( des mechants qui convoite le pouvoir.)

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Score : 191

{HRP}

Merci Lasconix, quelle bonne idée de scénario !

Non, vous ne rêvez pas, elle est là, la très attendue ( ou pas ) suite ! Alors, installez-vous dans votre club anglais, dégustez votre thé, prenez votre chat sur vos genoux, ça y est vous êtes prêt !
En parlant de chat, dans le chapitre 3 vous avez fait connaissance avec Auguste Labavette, un nom "pièce à viande" vous conviendrez, so, c' est pourquoi je l' ai renommé " Shelton Whisgaf ".

Autre info : je n'aurai écrit que quelques lignes en votre compagnie et pourtant la page se tourne ; tout le monde s' est enfui du navire avec les barques, alors je prend ma bouée canard et je saute ! Au revoir la vague vaudoo, que tes écumes se déversent sur les rivages de la légende !

{HRP}

[Suite et fin du chapitre 3], Mélopée de Minuit

De l' autre côté des murs, l' orchestre de musique chargé d' animer la soirée fredonnait quelques airs discrets. Soudain, des applaudissements explosèrent lorsqu' une voix se mit à fredonner. Je ne rêvais pas, c' était bien la voix du célèbre chanteur éniripsa, l' éni Kravitz !

Sa voix susurrée et les douces accords instrumentaux résonnaient au plus profond de moi. Je ne pus résister ; Je pris délicatement la main d' Or Azur et joignis les miennes à la sienne. Un délicieux parfum de guimauve imprégnaient ses bandelettes.
-Une danse en l' honneur de notre rencontre ? lui demandais-je.
Elle eut un léger hochement de tête signifiant : " pourquoi pas. "

Qu' importe que notre danse n' ait pas été en accord avec la musique, il fallait nous voir danser ! Nous y mettions tout notre cœur ; nous étions si peu gênées, si libres, qu' il semble qu'il n' y avait rien d' autre pour nous, que nous ne sentions rien au monde, ne pensions à rien d' autre qu' à cette valse. Nous nous amusâmes à mille passes de bras, nous roulâmes l' une autour de l' autre comme des sphères célestes. Quelle grâce dans tous ces mouvements !

Ce rêve prit soudainement fin par une étrange mélodie de cloche qui envahit la salle. Elle venait de l' imposante horloge qui se distinguait parmi les étagères ; elle sonna douze fois.
Je sentis dans mes bras le corps de ma cavalière frémir :
- Par xélor ! la mission ! J' allais oublier la mission ! se dit-elle à elle même en se tapotant le front.
Elle se déroba de mon emprise et se confondit en excuse :
-Excusez-moi de vous faire faux-bond mais mes amis m' attendent !

Ses menus souliers vernis claquèrent contre le plancher lorsqu' elle sautilla vers la fenêtre qui donnait la vue sur le bosquet.
Une agréable odeur de terre humide accompagnait les tintements de la pluie lorsqu' elle ouvrit les battants.
Je ne me posais pas de questions ; je la contemplais d' un air amusé et m' assis afin de reprendre haleine.

Elle réordonna quelques mèches de ses cheveux rose pastel derrière son oreille ; je remarquai qu' elle y portait une sorte de gros coquillage. Elle y déploya une sorte de petit câble qu' elle porta jusqu’aux commissures de ses lèvres ; elle se mit à communiquer avec !
-Tango Arona, ici Oméga-Azur au rapport. La phase 1 d' infiltration est terminé. A vous.
-*scriiiiiiiiicht* Cinq sur cinq Oméga-Azur, nous arrivons au point de rendez-vous. Roger terminé.
-Euh... Tango...
Elle me regarda du coin de l' oeil.
-Tango, il y a un léger imprévu.
-C' est elle l' imprévu ?

Une voix dure comme de l' acier siffla dans l' air.
Dans l' encadrure de la fenêtre, entre les fougères du jardin, brillait un vif joyau azuré.
Il me fallut quelques instants pour remarquer que cet éclat appartenait à un visage ;
cette forme s' avança dans les buissons.
Des mains gantées empoignèrent le bois de l' encadrure et dans un froissement d' étoffe, l' ombre voltigea à travers l' ouverture et abattit ses bottes crantées sur le plancher. Son crane et son oeil droit étaient cachés par un foulard sombre surmonté d' un tricorne en cuir rouge et noir ; un lourd manteau de la même teinte recouvrait son corps grand et sec.

Était-ce son ami ? Je n'aurai jamais imaginé que cette petite poupée pouvait fréquenter cet espèce de pirate mal fagoté !
-Par tous les pépins de la pomme de Meowton, qui êtes-vous ? fis-je d' un ton sec et hautain.
En réalité, je n' étais même pas incommodé par cette visite impromptue mais la mise en scène de cette arrivée théâtralement burlesque m' incita à jouer le jeu ; ainsi je parus courroucée.

-Qui sommes nous? Voyons, je pensais que c'était clair ! Des vêtements sombres, le regard ténébreux une arrivée explosive, c' est évident, nous sommes des méchants !
-Un peu de retenue capitaine, nous sommes en mission je vous rappelle.

Un sacrieur à la peau d' ébène et aux cheveux de neige se démarqua de l' imposante masse. A sa voix je reconnus le " Tango-Arona" qui parlait dans le coquillage. A sa remarque, le capitaine le foudroya du regard ; faisant mine de rien, il se mit à vociférer des ordres dans le coquillage collé à ses tympans.
-Alpha Hexter, tu peux entamer la phase 3, dirige-toi au point b, terminé.

Le capitaine se détourna de son subordonné et se dirigea dans ma direction en continuant sa présentation :
-Mais enveloppés dans la noirceur de cette nuit, laissez-moi vous épargner la triste réputation dont on nous a affublés et laissez-moi vous montrer notre vrai visage.
Il se recouvrit de son manteau et subitement le jeta dans les airs.

-Voilà !
Voyez en moi le vagabond vêtu d' ombre, le virtuose au violon virevoltant sur l' ouverture n°V d' une voluptueuse valse vocale.
Veuillez-y voir le valet au service d' une révolution visant à faire vaincre la vérité et à rétablir le trône vacant de la vertu.
Cette virulente volonté de violence aussi vive que vivante vibrant à travers nos veines est vouée à semer dans le vent le vaccin de la vilenie et du vice faisant vaciller nos vils souverains au cœur vide !

Il mit sa main à son oreille semblant écouter au lointain. Soudainement des ondes d' explosion vinrent résonner dans la pièce. À première vue, cela ressemblait à un attentat sur la place du marché. Seul moi parut étonné de ce phénomène.

-Entendez-vous sonner les vêpres du verdict ?
Cette nuit, au jour évanoui, je répandrai le vermillon en éventrant les vaniteuses vipères du gouvernement qui abreuveront de leur venin les sillons de la vengeance.
Sur les vapeurs du souvenir vogue le vagalame, vaisseau voûte de la liberté prêt à vomir dans une vague victorieuse le vacarme de nos vaillants vengeurs ! Ils se tiennent prêts, mes vizirs au visage voilé à mettre sous les verrous les vendus et la vermine, car telle est notre voie, tel est notre vœu, qui vivet videbit, nous voilà, la Vague Vaudoo !

Ce n' est pas un pirate, c' est un clown de rue ! pensais-je en premier lieu. Mais les détonations au loin et la raison de sa visite m' incitèrent à estimer cet étrange personnage d' une autre manière.

" les vaniteuses vipères du gouvernement " murmurais-je. Faisait-il référence au colonel Almasy fêtant ce soir sa promotion ?
S' il s' agit d' un attentat envers sa personne, pour quelle raison ont-ils perpétrés cette agitation à quelques quartiers plus loin ?
Je songeais à Shelton qui devait se trouver encore là, à moins que.... j'y suis ! Le feu d' artifice actionné certainement par ce " Alpha Hexter " n' est que de la poudre aux yeux destiné à créer une diversion pour ce groupe qui vient de s' infiltrer !
Je lançais un éclair glacé envers Or Azur ; sa mission consistait à s' inviter à la fête et à permettre au mulou d' entrer à son tour dans la bergerie.
Je me sentis trompée et bafouée et me rendis compte avec stupeur que si leur fourberie avait fonctionné, il y avait des chances pour que la sécurité soit intervenue sur la place du marché ; cela voudrait dire que les forces de défense pour protéger le colonel, si tenté que le colonel soit encore là, soit réduite voire inexistante.
J'entendais les cris d' inquiétude des invités donc je suis probablement la seule personne capable de défendre cet endroit. J' analysai rapidement la situation : ils sont trois... pour l' instant ! J' avais affaire à un roublard, qui plus est, à un pirate donc il a certainement prévu plusieurs scénarios mais a t-il pensé que moi, petit être à l' apparence fragile, je me mettrais entre lui et sa cible ?

Je repris mes esprits.
Je me levai dédaigneusement de mon siège et avançai d' un air amusé jusqu’à ce que mon visage et celui du capitaine ne soient qu' à quelques centimètres l' un de l' autre. J' étais si proche que je sentais les effluves de rhum émanant de sa bouche.

-Permettez que je me présente à mon tour, répondis-je en effectuant une charmante révérence, plus sardonique que respectueuse. Mes lèvres se mirent à fredonner :

-Sous ces mignonnes manières de midinette mielleuse se manifeste la marionnette manipulée par la malicieuse boite à musique : je suis le masque de moi-même !
Cette macabre mascarade est ma malédiction immorale, une malhonnête morsure métaphorique métamorphosant le miroir de mon âme en une mosaïque malsaine me menaçant du maelström de la mélancolie.
Mais dans les milliers de morceaux miroitants, emmurée dans mes tourments, murmure la mémoire du mage mystique, de la missionnaire du mystérieux et du merveilleux !
Que je m' éveille par cette muse mélodieuse murmurant la mélopée de Minuit !

Mais mettons un terme à ce méli-mélo de mélodrames ; mon nom est Mélodène, maîtresse de la mécanique, magicienne du temps et je me montre en ennemi face à cette mission de meurtre menaçant la marche morale de nos monarques. Que je meurs si je ne vous mate !

Son unique oeil me fixait avec stupéfaction... avant de se tordre de rire !
-Vous ...
Il n' arrivait pas à articuler ses phrases.
-Vous vous montrez en ennemi face à moi !? Vous ?
Il continua de s' esclaffer.

Jusque là, j' avais gardé mon calme mais à ce moment je sentais le sang bouillir en moi. Par deux fois ce soir je me suis faite ridiculiser. D' abord par cette midinette qui s' est joué de moi et ensuite par ce forban qui me prenait pour une lolita en sucre.
Il était toujours plié en deux. Je m' avançai lentement vers lui et lui collai un uppercut bien placé sous le menton, imbibé de la glace du reste de mes pouvoirs .
Il décolla légèrement du sol et retomba lourdement sur le dos. Il me regarda encore avec stupéfaction mais cette fois-ci, il semblait enfin sérieux. Il retira quelques stalactites collées à sa fine barbe et se leva, calmement, époussetant son pantalon.

Il gardait la tête basse et se mit à murmurer :
-Tu vas faire la connaissance d' une de mes amies, ma jolie.
Il déploya de son baudrier accroché à son dos, une longue épée de type "zespadon" à double tranchant. A vu d' oeil, elle devait faire au moins cent septante centimètres !
Lorsqu' il leva la tête, des pensées malsaines enflammaient son oeil et hérissaient ses lèvres en un rictus effroyable.
Il fit tournoyer la lame de long en large ; coupant l' air, elle propulsait des vagues de cruauté et de peur ; je frémis.

-Finis les combat lyriques, place à l' action ! cria t-il en se jetant sur moi, la pointe de son épée dressée comme un dard.

J' esquivai l' attaque de côté, fit volte-face et lui cuisinai une entrecôte façon sorbet qui le plia en deux mais au moment où je m' apprêtais à passer derrière lui, il leva son coude avec une férocité qui me plaqua à terre. Rouvrant les yeux, je vis l' épée fondre sur ma poitrine et ne dus mon salut qu' aux acrobaties paniquées qui évitèrent la lame ; elle se planta droite dans le plancher.

Je fis un relevé carpé et crus que le moment était bien choisi afin d' invoquer mon arme. J' effectuais les signes incantatoires lorsque mon adversaire, constatant l' opportunité qui s' offrait à moi, dégaina le pistoroub de sa ceinture.
-Non ! hurla "Tango Arona", si tu tires, tu nous feras repérer !
- A l' ancienne alors ! sur ces mots, il extirpa une dague de lancer de sa pochette et la décocha telle une fléchette ; j' esquivai une fois de plus son attaque par une roue latérale et virevolta dans les airs. Au moment où je me réceptionnai, le roublard m' envoya le manteau qu' il venait de ramasser en pleine face.
Aveuglée, je ne pus fuir contre le coup qui m' envoya à travers la fenêtre. Je me fracassai le dos contre le châtaigner qui faisait face à l' ouverture et retombai sur ses racines me recevant en prime ses fruits épineux sur la tête !

Observant le roublard retirer son épée, j' avais enfin un peu de temps afin d' invoquer ma terrible lame. Agenouillée, je plaçai mes mains en arceau croisé et murmurai les paroles incantatoires :

-Evocatio gladaria ! Contubernalia, coeuntes inimicum concidant, Resonantia !



A ce moment, je me rendis vraiment compte de la faiblesse de mes pouvoirs. Père m' avait effectivement abandonné ; mes mains s' illuminaient aussi faiblement que mes premiers balbutiements lorsque j' étais toute jeune apprentie.
L' esprit éthéré de la lame commençait à former au prolongement de mon bras son corps physique mais avec quelle difficulté !
Je compris à travers mes larmes d' amertume que Père me punissait d' avoir emprunté ses pouvoirs à des fins égoïstes.
L' invocation m' aspirant trop de force vitale, je finis par lâcher prise. La lumière s' évanouit comme une luciole perdue dans des ténèbres trop profondes.

Je le voyais, à travers mes yeux de verre pleines de larmes ; il était devant moi, ce " vaillant vengeur ".
-Vae victis, dis-je d' un ton résolu.
-Aucune victoire ne vaut un mort.

Je ne compris ces mots que lorsque je le vis brandir la crosse de son pistoroub et d' un coup sur la tête, me plonger dans les tréfonds de mon inconscient.

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Placez un commentaire et ainsi tentez votre chance afin de gagner une soirée V.I.P sur le Vagalame .*
Ouaw quelle chance oO !

Au fait, on comprends mieux désormais pourquoi Mélo n' était pas très copine avec le capitaine en jeu rp parlant, mais si tu nous entends capitaine.... big smaaaaaaaaack ! Anth version V pour vendetta, ça déchire !

*Les frais d' hospitalisation, d' enlèvement, voire d' obsèques sont en revanche entièrement à votre charge.

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Score : 503

Guimauve...

*Chope la Xelor par le col et la secoue férocement* COMMENT ÇA, GUIMAUVE ?!!!!! Raaaah, par Xelor, je sens que ça va me rester !! T-T

Or donc, tu te décides enfin à publier la suite ? C'est de l'excellent travail. Tu fais de la poésie c'est pas possible autrement. Tes phrases à sonorités basées sur les lettres sont très bien placées. Et la lettre "V" pour le capitaine, c'est juste parfait. Sache une chose cependant : jamais Anth Ourloup ne se serait laissé surprendre par le poing de Mélodène ! ^^ Mais à contrario, je suis surprise qu'il ne lui ai pas fait un baise-main...avant d'essayer de la tuer.

Très beau travail Mélo.

*Choppe son billet pour la soirée VIP sur le Vagalame.*

Ah, et au fait ! Or Azur ne se déplace pas en "souliers vernis"...mais bel et bien pieds nus !^^ De ce fait, la prochaine fois qu'elles danseront ensembles, prend garde de ne pas lui marcher sur les pieds.

Bravo, à te lire Mélo !

Or Azur/Glace

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Score : 18

Salut,

Ton histoire est super mélo, on ne peu plus s’arrêter comme dans un bon roman. ¨si tu continue comme ca le volume relier sera a prévoirtongue¨

J'adore tes référence humoristique comme le nom de tes personnages ( l'éni Kravitz, Shelton Whisgaf ...). C'est toujours trés bien trouver, hilarant et sa colle parfaitement a l'univers d'ankama.

Bref continue comme sa smile. On hâte de savoir la suite.

Aller bon jeu et bon rp.

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Score : 587

Nyéhéhé. Mes dames, Melodene & Azur, quelle allure ! Vous avez le don d'offrir à Anth un charisme epoustouflant, ardent ! C'est à la manière d'une deferlante qu'il se glisse dans vos romans, dechirant !
Une belle joute verbale à la manière d'un masque traçant le V & une sacré verve de M. ça depotte severe.
J'ai qu'une chose à dire sur ta façon de mettre Anth en scène : jamais il ne vouvoie. smile

Sinon, comme dans la fiction d'Azur, il est decrit de façon très classe lors de son arrivée et ça me fait bien plaisir.

(Après bon, j'ai d'autres details à la con que je pourrais corriger, mais c'est du chipotage. Anth n'utilise pas de pistoroub, mais un pistolet de type flintlock, nommé SouffreCoeur. Il n'est pas un roublard. Bref ce genre de trucs. Mais pas grave. ^^ )

Bien, je gagne une place pour aller sur mon navire ?

Bisous, bisous.

Anth Ourloup. Capitaine de la Vague Vaudoo, porté disparu.

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Score : 9360

*passe à pas de meulou, et bouquine enfin l'histoire*
*s'enfuis avant que zuzur lui fasse la peau pour ne pas être venue lire plus tôt que ça*

Haaa, mais pour les souliers vernis, Zuzur, on ne vient pas pieds nus à une soirée aussi chic! :p

PS: j'aime la guimauve!

*s'en va vers l'infini et l'eau de là*

waterAlbynn, gentil ni-nid à problèmes 

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Score : 191
 
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Score : 6


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Je remercie Zenshi qui a si aimablement participé à la réalisation de cette BD et n' oublions pas les quatre vaillants acteurs qui se sont si courageusement sacrifiés pour les besoins du tournage.
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Score : 503

Une BD ?

*Frappe sa tablette et la secoue dans tous les sens*

*Pas la sienne, pas grave...*

Où ça une BD ? T-T

Je viens de lire le com du capitaine. Sympathique personnage plus que plaisant de mettre en scène.

*Colle un gros "V" autocollant sur le torse*

Bon...la suite ? ^^

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Score : 9360

[Haaaaan, j'adore, c'est trop géniale!!
Mille sur dix!!
Trop choupi la souris riquiquite! wub

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