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Caricatures des 12

Par OldGhost 28 Juillet 2012 - 14:54:05
De retour après deux années d'absence, il me reste encore quelques fan-fictions dans mon sac avant de me retirer définitivement smile Je vous propose ici de brèves histoires (deux pages Word au minimum, quand même) relatives à un personnage, appartenant chaque fois à une classe différente.

Celle-ci est toute neuve, je l'ai proposé au Wakfu Mag mais leur silence semble indiquer qu'ils ne l'ont guère appréciés. J'espère que vous ne serez pas du même avis ! Surtout, n'engloutissez pas tout d'un coup, inspirez à fond, calez-vous confortablement dans votre siège et laissez vous emporter par votre imagination..

*****************************************


Aujourd’hui je suis mort. Ma cervelle ravagée par l’alcool n’a pu survivre à une rasade supplémentaire de lait de bambou fermentée à l’absinthe. Quelle idée de boire trop pour impressionner ma meilleure amie ! Je pense même avoir sauté une étape dans l’ivresse : de soûl, je suis passé à ‘‘cerveau atomisé’’ sans connaître le coma éthylique. Mais… Oui, je pense encore ! C’est une sensation très étrange, ou plutôt devrais-je parler d’état, puisque je ne peux plus rien sentir, étant mort. Mon âme s’est déjà élevée de plusieurs mètres au-dessus de mon enveloppe charnelle affaissée sur la table. Ciara, ma meilleure amie et dulcinée secrète, secoue ce corps hagard. Paniquée, elle donne de grandes claques à sa mine déconfite et lutte pour ne pas éclater en pleurs. Mais déjà une petite voix pressante me conjurait de poursuivre mon ascension vers ses cieux où m’attendait une autre vie. Je fantasmais sur un lieu merveilleux où l’on pouvait boire à satiété sans jamais avoir la gueule de bois et où des pandalettes nues folâtraient dans des forêts de bambou lorsqu’un somptueux édifice se dessina en contrebas d’une falaise de nuages. Ma personne, âme, esprit, bref, mon ‘‘moi’’ immatériel survolait cette étrange bâtisse en forme de tonneau géant qui promettait les plus savoureux délices ; encore un dernier plongeon et je pourrai rejoindre mes futurs et éternels camarades de beuverie ! Mais la descente ne se produisit pas. Je me tortillais furieusement, incapable de résister à l’attraction qui m’éloignait de ce paradis. J’atterris un peu plus loin sur un tapis de brume. Voler ne semblait que temporaire car à présent je me vis obligé de marcher pour pouvoir avancer. Après quelques pas je rencontrai le dieu Pandawa en personne. Il me toisait furieusement, les bras croisés, immense : je jurais voir des nuées blanchâtres s’échapper de ses oreilles.

« Toutes mes félicitations, un pandawa qui ne tient pas l’alcool, c’est une première historique !

– Oui mais c’est à cause du barman, il m’a servit un shot chargé à m…

– Silence ! Tu es la honte de notre race ! Ton offense sera punie.

Son mutisme prolongé devenait pesant, j’avais l’impression de me faire gronder par mon père quand je menais des raids dans sa cave à vin. Pourvu que je ne finisse sur la shukrute. Mon dieu parut finalement satisfait de sa décision et décréta sentencieusement :

« Tu seras réincarné en un Sans-classe. Un simple humain privé de toute bénédiction divine.

– Quoi ? On se réincarne après la mort ? Mais j’ai volé au-dessus d’un tonneau géant où des centaines de pandawas menaient une vie de rêve !

– Ça, c’est le paradis pour les guerriers méritants. La majorité des disciples se réincarne jusqu’à ce qu’ils méritent, par leurs actes, d’accéder à la vie éternelle. Et pour les tas de vomi comme toi, on devient soit un humain, soit un monstre !

– Les monstres ont aussi des dieux ? Genre un dieu Tofu, un dieu Bouftou ?

– Il faut voir ça avec Osamodas. Maintenant qu’on en parle, je crois même que je vais faire de toi un bwork, suggéra-t-il d’un air vicieux.

– Ça veut donc dire que je vais aussi rencontrer Osamodas ? demandé-je plein d’espoir.

– Non, c’est Iop qui s’occupe des bworks. CHARLES !

Une masse de muscles, d’armures et d’armes se matérialisa à ses côtés. Les yeux du chef de guerre étaient rouges de colère.

« Combien de fois devrais-je te le dire ! Arrête de m’appeler comme ça ! Seigneur Iop me sied mieux, se reprit-il.

– Vous avez des prénoms ?

– On s’en donne. Pour Iop on a choisit Charles parce que ça le fait bien chier. C’est marrant.

– Réglons cette affaire au plus vite. De quoi as-tu besoin José ?

– Je me demandais si cette fiotte ferait un joli bwork, répondit Pandawa, se gardant de réagir au nom risible que Iop lui attribuait.

– Ça dépend. Qu’est-ce-qu’il a fait ?

– Il est décédé d’une surdose d’alcool. L’humiliation suprême.

– T’es un peu sévère sur ce coup-là…

– Je pense que Seigneur Iop a raison, grand Dieu, relevé-je timidement.

– Toi la ferme !

– Calme toi José, moi je l’aime bien ce petit panda. Même si en devenant un bwork, il tiendrait plus l’alcool…

– Tiens tu connais l’ironie maintenant ?

– Eh ouais, Crâ me donne quelques cours.

Pandawa eut une brusque illumination. Sûr de lui, il reprit :

« Tu peux partir, Charles.

– SEIGNEUR IOP ! fustigea l’intéressé avant de disparaître.

– Ton amie, Ciara, elle est plutôt mignonne, non ? Pour ma part je la trouve très sexy dans son genre, et cela fait des lustres que je ne me suis pas… amusé.

– Je vous interdis de la toucher !

Tout à coup, il éclata de rire, le plus tonitruant auquel j’eus jamais assisté. Littéralement plié en deux, quelques mots comme « Lui… m’interdire… blaireau… s’échappaient entre deux fous rires. Je commençai à devenir sérieusement blasé quand il réussit à se contrôler – plus ou moins bien.

« Ah, très divertissant. Bon, de toute façon, si tu meurs définitivement, ton amie sera trop triste pour que j’aie mes chances avant longtemps. Je te propose donc le marché suivant : tu auras la vie sauve, tu continueras d’être son pote comme avant, et moi je pourrai la…

– J’ai compris, merci !

– Et cesse d’être jaloux, souviens-toi ton ascension, tu rêvais de jeunes vierges au lieu de pleurer ta séparation avec l’élue de ton cœur.

– Vous lisez dans les pensées ?

– Des pandawas seulement. Je suis votre Dieu quand même. Je sais ainsi tout de toi. Et crois-moi, ce n’est pas avec toi qu’elle risque d’être satisfaite un jour.

Quel enfoiré. Ah merde, j’oubliais, il est télépathe. Ne pense à rien. Surtout pas à un truc débile. Le sourire de Pandawa s’élargissait à mesure que je me reprenais moi-même. Je finis par abdiquer :

« Marché conclu. Une dernière question ! Si les âmes se réincarnent, d’où viennent les nouvelles ?

– Chaque Dieu dispose d’un capital précis d’énergie. A lui de le répartir entre ses différents disciples. Avec la population qui augmente, forcément, c’est plus dur de donner naissance à de grands héros. Les guerriers comme Goultard, c’est du passé.

Un tourbillon de lumière m’engloutit et d’affreuses céphalées saisirent ma pauvre tête. Mes joues gonflaient et j’eus le plus grand mal a convaincre Ciara que j’étais bien vivant, et donc que frapper était désormais inutile. Les pensées se bousculaient dans ma tête et l’épisode qui suivit ma mort s’effaçait progressivement de ma mémoire, comme s’il n’était qu’un rêve. Je jetai un regard circulaire, cherchant quelque chose d’important bien que cette ‘‘chose’’ refusait d’être plus précise. Et soudain je compris. Au fond de la salle était assis le pandawa le plus noble et le plus beau qu’il m’eut été donné de rencontrer. Il me regardait d’un air cocasse, son pouce et son index désignant une longueur imaginaire, de taille très réduite.

Si vous avez aimé, merci de le dire. Sinon, dites le quand même.
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Réactions 9
Score : 944

Petite remarque: C'est pas un Dieu, mais une Déesse Pandawa ! Ouais je sais, la moitié de ton histoire tombe à l'eau par ma faute...

Mais sinon, j'ai apprecié, c'est bien rédigé, avec une once d'humour... hâte de voir la suite :p

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Score : 797

c'est sympathique

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Score : 2689

L'histoire est sympa.
Et Hrey', les dieux ne sont ni des filles ni des mecs, ils prennent l'apparence qu'ils souhaitent. Autant on pourrait tomber sur Iop version fille.

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Score : 490

AAAAAAH ! PC !!!!
OUaaaaaaaah ! T_T ( pleure de bonheur pendant un bref moment, puis se ressaisit)

Mon dieu que ça fait longtemps, tu trouves pas ? Enfin, si on exclut ma tentative ratée de me remettre à écrire...

J'aime bien. Ce n'est pas ta meilleure, mais c'est très très loin d'être la pire du forum. On retrouve ton vocabulaire recherché habituel dans le premier paragraphe, mais je pense de mon humble avis que tes dialogues manquent un peu de fluidité. Peut-être as-tu tenté d'inculquer un langage trop recherché pour le niveau intellectuel apparent de tes personnages. Remarque, je ne sais pas vraiment.

J'ai adoré les allusions subtiles et ton humour débridé, bien que je comprenne pourquoi Wakfu Mag n'ait pas voulu de toi dans ses pages. N'oublions tout de même pas que la majorité de ses lecteurs a moins de 18 ans...

Snif...Adieu et à la prochaine fois !

CLM

PS: Tu m'as manqué sur le forum !

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Score : 541
Stirio|2012-07-29 13:45:29
L'histoire est sympa.
Et Hrey', les dieux ne sont ni des filles ni des mecs, ils prennent l'apparence qu'ils souhaitent. Autant on pourrait tomber sur Iop version fille.
Goultard, je suis ton père et ta deuxième mère en même temps.
...
Sinon j'aime bien l'idée de la 'fic
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Score : 43

Merci à tous pour vos commentaires et vos lectures, ça fait chaud au coeur ! Oui, c'est vrai, je trouve moi-même pas mal de défauts à cette histoire. A croire que les dialogues comiques ne sont pas faits pour moi. En fait, j'ai plutôt un penchant pour le glauque et le sinistre, le bizarre avec une touche de folie. Si vous avez le courage et la patience de lire ce post jusqu'au bout, vous verrez pourquoi.

Je te propose ici deux autres textes, deux autres classes, deux autres images refaçonnées et éclairées sous un autre jour. La première a été écrite il y a longtemps, trois ans je crois, vers la seconde. La seconde, ces jours-ci. Tu pourras t'amuser à comparer les styles, à voir les différences et les constances, si tu trouves ça amusant bien sûr.. (personnellement, je préfère la deuxième, de beaucoup)

@CM : Merci ! Grâce à toi j'ai trouvé la force de continuer =) (peut-être était-ce une erreur?)

***

Poudre blanche, légère, d’apparence inoffensive. Répartie en traits rectilignes successifs.
Paille de petite taille, également sans danger. Tenue par trois doigts tremblants.
Narine fine, ciselé à la perfection. Bouchée par sa propre gourmandise.
Trois éléments parfaitement normaux. Mais dévastateurs une fois combinés.

La tête s’incline vers l’avant, laissant tomber une crinière dorée de cheveux soyeux, à l’odeur agréable de jasmin. Une main délicate aux doigts manucurés les repousse de la précieuse substance. L’autre main, plus nerveuse, s’empare du petit cylindre et le porte à son nez.
Soudain, la femme inspire profondément, de toute la force de ses poumons. Les particules immaculées disparaissent dans le conduit, ressurgissent à son extrémité et traversent les voies respiratoires de la personne désormais bouillonnante. En quelques secondes, le nez s’obstrue à nouveau, les lèvres tendres et rouges s’ouvrent pour laisser l’air passer.
La brume qui voilait la conscience de la disciple de Crâ se dissipe, tout redevient clair. Plus encore, les sens de la superbe archère s’aiguisent et lui donnent ce sentiment délicieux de vivre après une longue et profonde léthargie. S’abandonnant à ses rêveries, elle se revoit adolescente, éclatante de vitalité, transmettant sa joie à tout son entourage.
Déjà à cet âge là, ses formes joliment développées, son léger déhanchement et les traits resplendissants de son visage valaient l’admiration de bon nombre de garçons. Dans la ville de Bonta, un homme aux services d’une agence de mannequinat avait rapidement repéré et incorporé cette perle à leur collection déjà avancée de joyaux , à grand renfort de biens, de promesses et de cajoleries. Ses amies furent également ravies de cet étonnant tournant, poussant presque la futur mannequin sur les feux de la scène.
Au début, elle s’y donnait à cœur joie. Un nouveau mode de vie s’ouvrait à elle, de nouvelles rencontres, un avenir prometteur.
Elle croyait avoir enfin trouvé sa voie. Elle se trompait. Très vite, sa vie fut bouleversée.
Forcée par ses managers, elle devint toxicomane. Désormais, tous la manipulent à leurs aises, profitant et abusant de cette âme candide trop vite souillée. La sienne s’est ainsi ajoutée à toutes celles qui finirent aussi écrasées sous leur botte de tyran. Chaque jour, un besoin irrépressible de kokoïne la prend : elle ne peut s’empêcher de maudire ces bourreaux qui l’ont amenée à ce stade de déchéance. Pour éviter de sombrer dans la folie lucide de cette seule drogue, elle s’adonne à d’autres poisons : alcool, gélules de laboratoires mercantiles, kéroïne…

Prise d’une fièvre brûlante d’opulence, la crâ sort fébrilement d’un tiroir de sa commode une seringue à l’extrémité pointue et vicieuse, au sein de laquelle nage voluptueusement un liquide beige. Elle s’apprête à injecter la solution traîtresse dans son avant-bras droit, prête à détruire sa peau satinée, aussi douce que les ailes d’un papillon. Elle se ravise. Son manager n’appréciera sûrement pas l’immonde croûte qui apparaîtra : cela se verrait immédiatement lors de son prochain défilé… Elle ramène son pied vers elle, et l’incline de sorte que la plante s’offre à l’outil. Sans hésiter, dopée par la kokoïne, elle enfonce profondément l’aiguille acérée dans la chair tendre, et appuie désespérément sur le piston. Le sang coule violemment, une douleur aiguë transperce toute la zone touchée.

Le liquide passe sauvagement dans les multiples réseaux sanguins de sa victime. Il atteint son système nerveux, détruit les connexions et entraîne une apocalypse dévastatrice. Tout se mélange. Les battements de son cœur faiblissent, comme s’ils désiraient ne pas déranger l’extase où nageait la crâ. Bien calée dans son fauteuil moelleux, elle ne peut s’empêcher de se cambrer délicieusement, arquant son dos, frissonnante de plaisir. En quelques secondes, c’est l’apothéose.
Un flash. Une explosion de couleurs. Un ballet de sons, d’odeurs, de visions. Une symphonie des sens s’épanouissant telle la corolle sublime d’une fleur mystique. Son esprit se détache de son corps, quitte l’appartement luxueux et s’enfuit vers un monde angélique peuplé d’êtres bienveillants. La silhouette de Karl apparaît. Ses mains courent le long de son échine, caressant paresseusement son corps.

Elle se rappelle lui en avoir fait don par le passé. Pour attirer les faveurs de cet homme puissant. Elle allait recommencer, mais cette fois en s’abandonnant totalement au plaisir de la chair. L’homme embellit par le cadre idyllique l’enveloppe tranquillement, ses lèvres pressant les siennes. L’étreinte se prolonge, un gémissement s’échappe de sa gorge. Les lèvres masculines descendent vers le creux de sa lourde poitrine. Un souffle chaud s’en échappe, délicieux. Leurs corps fusionnent pour s’unir — à jamais, espère-t-elle. Les bassins se rapprochent, danse d’un mouvement rythmique : le plaisir monte, l’enivrement gagne en ampleur…

Plus rien. Une chimère piégée l’espace d’un instant. La transe laisse place à une réalité ô combien dure ! Hébétée, elle est incapable de comprendre ce qui s’est produit. Une seule certitude : elle veut retrouver ce refuge. Elle DOIT le faire! Mais comment ? Et puis, elle est si fatiguée. Hagarde, ramollit, brisée par tant de venin, ses yeux si brillant ne sont plus que deux trous vides ; ternes, ils traduisent un profond épuisement. Sa bouche desséchée s’entrouvre, puis se ferme.

Le brouillard épais de la fatigue l’envahit. Elle ne veut pas ; sa vocation est de revivre cette jouissance si pure. Sa main engourdit plonge alors une nouvelle fois au cœur de la commode, et en extirpe la sœur jumelle de la première seringue. Incapable de contrôler ses gestes, elle troue cette fois-ci sa gorge, perçant la carotide. La souffrance aurait dû la rendre folle. Mais elle semblait anesthésiée à tel point qu’elle n’aurait pu saisir la différence entre une piqûre de Moskito et celle-ci. Nouvelle extase. Elle retrouve le Karl souriant de son songe. Il resplendit sous la lumière orangée d’un soleil chaleureux.

Subitement horrifiée, elle assiste à la mort de l’astre. Celui-ci grossit démesurément, englobant presque tout le ciel, dardant de ses rayons devenus noirs son amant. D’étranges fantômes tournoient dans le ciel, âmes damnées du passé fidèles à l’homme responsable de leur perte. Un rictus apparaît sur son visage, ses yeux si chaleureux virent au rouge sombre. Il grandit, grandit, dominant la femme terrorisée. L'heure a sonné.

Le cœur palpite à une allure folle. « Toudoum, Toudoum, Toudoum .
Il crie à l’agonie. « Toudoum, Toudoum .
Il cesse sa course folle et s'arrête. Irrémédiablement.
La crâ est alors secouée de spasmes, de la salive coule de sa bouche et se répand sur le tapis richement orné. Du sang obstrue sa gorge. Elle vomit, mais la bouillie répugnante se retrouve aussi piégée dans le cou. Ses poumons brûlant hurlent à l’asphyxie. Après une dernière convulsion, enfin, elle finit par suivre l’exemple de son cœur.

La lumière de la vie s’éteint, les ténèbres de la mort viennent chercher leur dû. Le corps ravagé n’y oppose aucune résistance.

***

Plus j'y pense, et plus je trouve ce procédé hasardeux. Celui de dresser des portraits indépendants les uns des autres, posés là comme un cheveu sur la soupe. Tu ne trouves pas? Je vais essayer de donner une cohérence à l'ensemble, c'est promis. J'ai déjà quelques idées sur la question, tu verras, ça va être bien. Si tu es fatigué, fais une pause. Lis la suite après. Sinon, enchaîne wink mais pas trop vite, hein?

***
musique

C’était une de ces matinées que seule la campagne savait encore faire. Toute la nuit, l’humidité s’est condensée en de fines gouttelettes qui, à l’aube, brillaient, semblables à des diamants, suspendues par miracle à la pointe des plantes sauvages, attendant d’être cueillies. L’air est chargé d’odeurs de la forêt, particulièrement les aiguilles et la sève séchée de pin. C’est l’une de ses préférées.
Olivier s’est réveillé frais comme un gardon, de lui-même, sans y être forcé comme il a coutume de l’être. Pour le travail. Il regarde avec douceur son fils, son fils unique, endormit sur la banquette de la voiture, sourd aux bruits des dragodindes de trait. Une main s’approche de ses cheveux, pour le tirer de sa torpeur. Mais l’enfant est trop vif, il ouvre l’œil à une vitesse fulgurante et se dérobe juste à temps. Il s’assoit, sourit, salue son père. Le voyage se poursuit en silence. Ce silence que seules les personnes intimes savent apprécier. Le paysage change. La forêt de conifères se clairsème, cède la place aux champs de blé, d’avoine ou d’orge. Le petit observe les fermes pittoresques et misérables tandis que les paysans s’activent déjà dans les champs. Un de ces hommes de la terre passe près d’eux. En fait, c’est une femme, une jeune femme, très jeune. Ses mains déjà sont couvertes de boue séchée, une boue qui déjà a envahit son tablier, autrefois blanc ; seuls ses cheveux coupés court sont épargnés.

« Eh papa, tu as vu comment elle est sale !
– J’ai vu, mais arrête de regarder.
– Pourquoi ? C’est pas bien ?
– Non. Mais c’est triste, ajoute le sacrieur après une longue attente.
– Pourquoi elle est triste ? et effectivement, avec sa démarche d’éclopé, un sac sur ses frêles épaules, la jeune femme a l’air abattue, désespérée.
– Parce qu’elle est pauvre.
– Pourquoi elle est pauvre ?
– Parce que le travail des paysans est mal payé.
– Pourquoi les paysans sont mal payés ?

Olivier faillit répondre, puis se ravise. Comment expliquer au petit que les agriculteurs sont perclus de dettes, qu’ils doivent rembourser des machines achetées au forceps pour être compétitif, que le cours des produits de base est irrégulier, qu’ils n’ont aucun pouvoir face à l’industrie de l’agroalimentaire ? Comment peut-il comprendre ça ? Étonnamment, le petit a le bon sens de dire que, eux, ils ont plus d’argent. S’ensuit le même mot assassin, celui qui transforme les évidences mêmes en un abîme de non sens : pourquoi.
« C’est parce que papa fait un boulot super important ! plaisante Olivier en voulant chatouiller son fils qui l’esquive, riant aux éclats. Très vite, pourtant, il redevient l’enfant curieux, trop curieux.

« Les fermiers aussi, ils donnent à manger.
– Eh bien, peut-être ont-ils juste besoin de moins d’argent que nous pour bien vivre, capitule Olivier, à court d’idées.
– Mais alors pourquoi ils sont tristes ?

Le petit n’est pas si petit, finalement. La disparition de maman a été un coup au plus profond de sa sensibilité, un vieillissement accéléré de l’âme, un atterrissage imprévu et prématuré sur la réalité, sur la réalité dure, froide. Olivier déteste la solution passe partout « parce que c’est comme ça . Elle est à réserver aux mauvais parents, à ceux incapables de préparer leurs enfants à des choses qu’eux-mêmes croient comprendre mais n’ont pas compris. L’échange se prolonge, progresse, un peu, s’enlise, parfois, Olivier est content. Son fils est prometteur, il lui réserve un brillant avenir. Enfin, la facette juvénile revient :
« Dis papa, c’est quand qu’on arrive ?
– Encore un peu, on y est presque.

L’enfant s’agite. Les dragodindes avancent au pas et leur lenteur le rend impatient. Il tire les rideaux de fils brodés accrochés à sa fenêtre, jetant un coup d’œil au paysage : il a encore changé. Ce ne sont plus les champs à perte de vue, mais de grandes bâtisses au garde-à-vous le long d’une large avenue. Le siège de la banque d’affaires ne doit plus être loin. Olivier remarque des ouvriers qui s’affairent sur un chantier, près de la route : la poussière soulevée est lourde de vapeurs nauséabondes, un liquide saumâtre zigzague jusqu’aux égouts. Le souvenir de cette conversation dans les bois s’estompe, le cynisme rejaillit à la surface :

« Tu vois ces gens ? Sens cette odeur qu’ils se prennent en pleine figure, à coup sûr, c’est nocif. Dans vingt ans on dira que c’est cancérigène. Et encore, ils sont heureux d’avoir un travail. Même si c’est mal payé, même si c’est un boulot de merde, c’est mieux que rien. Et pour eux c’est déjà bien. C’est ça que je veux t’éviter.

Une fois à destination, le sacrieur règle la course et achète une glace à un vendeur installé non loin de là. Il la tend à son fils.
« Tiens, c’est pour toi.

Nicolas, car l’enfant a un prénom, Nicolas ne réagit pas ; immobile, il se contente de pencher légèrement la tête, fixant son père de ses yeux ronds. Un frisson lui parcoure l’échine : il rétracte son bras et entre dans le complexe qui porte l’insigne « Mooby’s . Les locaux sont bondés, malgré l’espace des lieux qui bourdonnent d’activité. Un homme de haute stature, dont les vêtements seraient dignes du plus parfait des entrepreneurs, vient à sa rencontre.

« Ah Olivier, ça fait plaisir ! Elle fait quoi cette glace dans ta main ?
– C’était pour Nicolas mais il..
– T’en fais pas pour ça Olivier, tout va très bien, oublie ! Suis-moi, on a du pain sur la planche.

Son ami a une attitude vraiment très intrigante. Il semble se raidir encore plus quand Olivier appelle son fils. Mais il chasse rapidement cette idée de son esprit, car la journée s’annonçait très chargée. Les négociations sur le financement d’une firme de transport allaient être tendues et il devait, en plus, spéculer sur des actions risquées. Il était de retour aux affaires.

« Olivier aimait son travail. Voyager, négocier, opérer en bourse, c’était toute sa vie ; ou plutôt ce qu’il en restait. La perte de sa femme a été un traumatisme, pour lui tout autant que pour leur enfant.

Dans son costume trois-pièces trempé de sueur, le sacrieur discute avec le représentant de la firme. La taille des enjeux ne lui laisse aucune marge d’erreur.
« Vous comprendrez parfaitement qu’il nous est impossible de sauver votre entreprise de la faillite sans garantie.
– Certainement. Étant donné les circonstances, les dirigeants pensent diminuer les effectifs de 500 employés d’ici l’an prochain.
– Avec de tels risques, nous seront contraints de vous accorder cet emprunt avec un taux d’intérêt élevé, entre sept et huit pour cent. Vous avez le dossier sur l’état des comptes de cette année s’il vous plaît ?

Le négociant remet à Olivier un classeur assez volumineux, qu’il étudie avec soin. Il est tout à coup dérangé par une voix infantile.
« Papa ?
– Pas maintenant fiston, papa travaille.
– Monsieur ? s’enquit l’homme apparemment inquiet.
– Vous savez comment sont les enfants, soupire Olivier.
– Papa !
– Quoi !

Il se retourne, et ce qu’il voit le pétrifie d’horreur. Son fils se tient devant lui, raide ; sa peau d’une pâleur extrême et ses lèvres bleues lui donnent l’impression d’être tombé dans une eau glacée. Il ne bouge pas mais son regard est si intense qu’il fait vaciller Olivier figé sur sa chaise.
« Monsieur ? Vous allez bien ?
– Excusez-moi.

Il se lève avec difficultés et quitte la salle d’un pas mal assuré. Il se met à courir jusqu’aux toilettes ; des bruits de pas résonnent derrière lui : Nicolas doit être à ses trousses. Il ouvre la porte avec fracas et s’engouffre à l’intérieur. Après s’être aspergé le visage d’eau tiède, il examine son reflet dans le miroir. Sa mine est celle de quelqu’un de très perturbé. Un peu de repos ne lui ferait pas de mal. Et… bon sang ! Son fils a repris des couleurs, il l’attend !
« On rentre à la maison ?
– Oui. Aller, viens me faire un câlin.

« Hélas, le désespoir fut tel qu’Olivier commença à négliger son garçon qui, en jouant l’hiver sur les bords d’un lac gelé, brisa la glace et s’y noya.

Les bras du père embrassent le vide. Déboussolé, ses yeux se remplissent de larmes ; grimaçant pour les retenir, il regarde son fils avec une peine atroce, cette peine qui lacère le ventre, cette peine qui serre la gorge et réduit la parole au gémissement.
« Pardon.
– Papa ?
– Oui ? Olivier tremble, sa voix tremble, ses jambes tremblent, il est au bord de l’effondrement.
– Pourquoi ?

« Olivier est un de mes plus proches amis, et je déplore amèrement sa famille. Mais je reste persuadé qu’en dépit d’une telle tragédie, il parviendra à s’en remettre. Le temps est le meilleur remède pour les blessures de l’âme. Demain, j’irai lui rendre visite à l’hôpital qui l’héberge : il a grand besoin d’une présence familière, comme moi, ça lui changera les idées. Ou plutôt après-demain, le contrat avec D… doit être conclu au plus vite et je ne peux pas le laisser traîner.

Ecrit à Bonta, le 26 Flovar 1…

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Score : 797

Classe ! Quel style ! J'aime ça

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Score : 490

J'ai adoré ces petites perles de lettres et de mots ! Sans offense, je les trouve bien meilleures que ta première.

La deuxième tout particulièrement fait vibrer d'émotion ton lecteur. Le vocabulaire est juste, le concept touchant et l'enfant à croquer.

Simplement pour ajouter une touche constructive à mon commentaire, je trouve le tout premier paragraphe de ta première/deuxième ( tout dépend comment tu le comprends) un peu décousu. Les points et les changements de phrases trop rapprochés brisent le rythme lent que ton texte aurait pu avoir.

Sinon, c,est du tout cuit ! wink

CLM

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Score : 1801

C'est.....WOUAHOU ! Tes récits me donnent des frissons dans le dos ! C'est ...c'est...je trouve pas de mots....je garde un oeil sur ton sujet !!!!

===> Moka !)

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