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[Les récits du Démon Brisé] Acte II - Chapitre 5 - Les marcheurs de la non-mort, Partie 3 - Le Déluge

Par Heldenhammer 21 Janvier 2019 - 09:26:05

Tous s'arrêtèrent. Un véritable coup de tonnerre explosa le pavé du port. Le seul son perceptible était les râles sans vies des Déchus qui continuèrent à avancer sans aucune raison vers un endroit qu'ils ignorent. Le vent se leva et des bourrasques à faire plier les arbres dévala sur le port. Les gardes ne prêtaient aucune attention au coup de tonnerre survenu à l'instant et restèrent en ligne, sur l'ordre de leur supérieure, cette Iop. Pendant une fraction de seconde, Xellor lui-même crut sentir le temps s'arrêter dans la cité entière. Le nuage noir approchait, le vent s'était levé, les gardes furent en ligne, les déchus attendaient leurs ordres maudits, Startch fonçait droit sur la ligne des gardes, en passant par les toits encore intacts et Sarthoraël releva sa hallebarde.

 Le démon Majeur mugit aux déchus les ordres et ces derniers, animés par une volonté indescriptible allèrent vers l'eliatrope, non pas pour l'arrêter, mais le ralentir. Les gardes commençaient enfin à avancer alors que Startch arriva enfin au groupe. Il hurla aux gardes : « C'est le moment ou jamais ! Avancez ! ». Son cri aurait bien pu être étouffé et ignoré par les râles des démons, mais la voix puissante et témoignant d'un charisme exemplaire passa outre les grognements parasites et les gardes comprirent que l'ordre ne venait pas de leur capitaine. Une autre voix, féminine, ladite capitaine, surgit de derrière : « Vous l'avez entendu ! Foncez ! ». Les gardes commencèrent à se frayer un chemin à coup de bouclier dans le champ de déchus qui avaient fait l'erreur de se retourner et de monter leurs dos.

 Pendant l'avancée des gardes, Sarthoraël, hallebarde en l'air, tailla un coup puissant à l'horizontale. Un déchu avait fait l'erreur de s'approcher de trop près. Il rencontra la lame de wakfu de plein fouet, tranchant son corps, ainsi que les autres qui avaient le malheur de se trouver dans la trajectoire de l'arme, en deux. Du sang noir, pourri par la corruption démoniaque coula à grosse goutte sur le pavé. Dès lors, un nouveau coup fusa à une vitesse presque surhumaine dans la masse grouillante de démon. L'eliatrope et les gardes formèrent bientôt un étau infernal qui allait se refermer et serrer à mort de démon Majeur. La seule issue était le navire, mais à peine une cinquantaine de déchus avaient réussi à monter. Tant-pis songea l'esprit meurtri de Piracle, mais avant de partir, laissons leur un cadeau ?

 L'entité attrapa quatre déchus à ses côtés et trancha leurs gorges en veillant à les vider presque entièrement de leur sang le plus vite possible. Il prit le sang avec ses griffes et traça un symbole sur le dos d'un déchu. Des cornes, un œil, un bouclier et une épée au centre, le tout au cœur d'un marteau de guerre. Une fois finie, le Démon posa sa main noire sur le symbole et récita une incantation rapidement. De son autre main, il commençait à charger de l'énergie. Sarthoraël arrivait à entendre ce que Piracle récitait. Son visage se crispa et il ignora les déchus qui se dressaient devant lui, courant entre chaque obstacle le plus vite possible, mais les déchus étaient bien trop nombreux. Ils formaient un mur impossible à franchir.

 Le nuage noir qui passait par là arriva au-dessus de la cité. Au même moment, Piracle envoya un orbe d'énergie démoniaque vers le ciel. Sa voix rauque s'intensifia et un écho effrayant émergea dans l'esprit de tous les êtres vivants. Les gardes étaient déstabilisés et s'arrêtèrent. L'eliatrope hurla de toutes ses forces alors que le wakfu lui montait à la tête : « Tu vas le rater sombre crétin ! ». La voix de Piracle rugit dans l'esprit de Sarthoraël : « C'est le but... ».

 Piracle relâcha sa main sur le symbole. Le ciel avait pris une couleur verdâtre et un petit maelstrom apparut juste au-dessus du symbole. « Au nom de l'architecte », lâcha le démon. Un rayon de couleur émeraude s'écrasa en plein sur le cadavre. Ce dernier fut pris d'un spasme pendant que Piracle commença à se diriger vers le navire, il y dégagea la rame et disparut sur le pont principal. Le cadavre devint totalement noir. Les mains encore humaines se noircirent et les ongles tombèrent pour laisser place à des griffes disproportionnées. Les jambes s’agrandirent et une excroissance commença à apparaître sur le front du visage alors que ce dernier s'allongeait. En quelques secondes à peine, le cadavre n'avait plus rien du tout d'humain. Les gardes qui voyaient une ombres noires apparaître sur le bout de la jetée n'avaient d'yeux que pour cette abomination qui allait apparaître. Stratch était resté sans réelle compréhension à ce qu'il se passait devant lui. L'eliatrope savait exactement ce que c'était : un Décharque, une créature sortie tout droit du cauchemar d'Arkhan. Cependant, le Décharque semblait ne faire que quelques mètres, là où un véritable Décharque mesurait dans la vingtaine de mètres et possédait des ailes.

 L'abomination se leva, le bec menaçant vers l'avant et un œil entièrement blanc sur le front. Debout, il mesurait environ six mètres, alors que son corps décharné se mouvait on ne sait comment. Titubant sur la droite, son œil se dirigea droit sur les Déchus devant lui. L'incantation avait raté, il n'était sous l'ordre d'aucun maître et pouvait faire ce qu'il souhaite. Un coup de griffe balaya la dizaine de morts devant le monstre, son bec fonda droit sur un autre groupement et en ressortit quelque déchus qu'il avala. Le bateau commençait à avancer. Voyant cela, Startch sorti une autre de ses flèches de wakfu, banda l'arc en direction du navire. La flèche tremblait de toute part à cause de l'émanation massive de wakfu et le crâ peinait à viser correctement sous la ligne de flottaison du navire (s’il touchait, le navire aurait coulé une dizaine de mètres plus loin). Le bras fatiguait à force de garder l'arc bandé, mais Startch ne pouvait pas lâcher la corde, le coup partirait dans une direction au hasard. Il se concentra mais la flèche s'agita dans toutes les directions et du wakfu alla brûler ses doigts. L'archer lâcha la corde sous la douleur. Le projectile de wakfu rata totalement le navire, pire que ça, il toucha une position non loin de Sarthoraël. L'explosion fut surpuissante. Même si elle faucha des morts, l'eliatrope fut projeté à la renverse à cause de l'onde. Les gardes ne sachant expliquer ce qu'ils voyaient, commencèrent à reculer et l'un d'entre eux craqua, il jeta ses armes et s'enfuit aussi vite que possible du chaos. Le nuage au-dessus de la ville senti la douloureuse chaleur du chaos arriver. Il répliqua en lâchant des lames d'eau de la mer du nord. Ce fut d'abord une simple pluie, puis un torrent démentiel.

 Le bateau avait déjà fait au moins une centaine de mètres et allait être hors de portée. Enragé de son nouvel échec, Sathoraël dégagea les déchus sur lui, se releva et sauta vers le haut. Il se projeta à plusieurs mètres en hauteur, l’œil rivé sur le navire. Alors qu'il s'apprêtait à lancer l'arme, le Décharque bondissait droit sur l'eliatrope, une griffe le frappa de plein fouet, le catapulta droit vers le toit d'un bâtiment. Sarthoraël heurta une cheminée qui se fendit sous la puissance du coup. Il tomba sur la toiture endommagée, entendant à peine le hurlement de l'abomination et sentant des coups de griffes sur le bâtiment. Le Décharque tentait de grimper. L'eliatrope rattrapa sa hallebarde, tenta de se relever mais entendit un braillement du côté des gardes.

 « Ça va péter ! », hurla un artilleur, le Décharque droit dans la ligne de mire du canon. Ce dernier dégueula un boulet à une vitesse rivalisant avec le son et s'éclata droit sur le bras du démon. Ce dernier gémit de douleur alors que son bras s'arracha dans une marée de sang noir. Lâchant prise, le démon s'effondra, accompagné d'un lourd bruit de cartilages et d'os. Voyant la bête à terre, mais encore en vie, Startch sorti sa dernière flèche de wakfu, banda l'arc, visa juste et décocha l'arme. Une explosion surpuissante frappa la tête du Décharque qui se fendit en deux. Le démon eut un ultime spasme avant que le corps de ce dernier s’annihilait en fragments de lumière noire dans toutes les directions. Les gardes étaient bloqués entre avancer pour défendre l'endroit et reculer de peur, mais à la vue du monstre qui disparaissait, et de l'ordre de leur capitaine, ils avancèrent de nouveau sur le port, tranchant les déchus comme du beurre. Le combat fut ensuite rythmé entre les coups d'épée et le déluge de lame d'eau qui s’abattait sur la ville. Alors que Sarthoraël se releva, l’œil rivé sur le bateau qui partait. Le démon majeur allait encore lui échapper. « Pas question ! », songea-t-il. Il prit sa hallebarde comme une lance, balança son bras vers l'avant avant d'incanter un portail devant le projectile, en fit apparaître un autre encore devant, et encore, et encore. A chaque portails, la hallebarde gagnait en vitesse, et elle se dirigeait droit vers le navire.

 Alors que Piracle se savait en sécurité, il alla s'asseoir dans la cabine du capitaine pour récupérer le temps que les déchus prenaient contrôle du navire. Soudain, prit comme d'une intuition ne venant d'on ne sait où, il se rua vers l'arrière. Un projectile fondait à toute vitesse vers lui. Aussitôt, il sortit une fiole d'un liquide violacé. C'était de la stasis pure. Il but cul sec la fiole. Sa bouche était littéralement en fusion et en une fraction de seconde il avait l'impression que son sang avait été remplacé par de la lave. Malgré la douleur insupportable, il leva son bouclier et le lança vers le projectile qui arrivait. La hallebarde toucha le bouclier du Troisième. Une détonation monstrueuse retenti, tellement puissante que les gardes sentaient l'onde de choc jusqu'au port. De loin, on voyait des fragments bleus voler dans toutes les directions et un fragment beaucoup plus sombre se diriger loin vers l'océan. Quelques secondes après l'explosion, les déchus encore debout sur le port tombèrent les uns après les autres. Piracle, sur le bateau se concentra pour maintenir la cinquantaine de déchus sur le navire encore debout. Sans le bouclier, il lui faudrait une endurance inimaginable pour tenir.

 Après la déflagration Sarthoraël se fit retomber sur le pavé avant d'évacuer tout le wakfu en lui. Il fatiguait. Startch alla le voir. L'eliatrope finit par tomber de fatigue. Ses yeux étaient encore ouvert, mais Sarthoraël voyait l'environnement se fracturer en énorme lamelle blanche, puis l’entièreté de sa vision devint blanche. Il tomba inconscient.

 Quelque part, dans un petit village d'une région n'existant plus maintenant, où la nuit était tombée. Un homme, la trentaine, fit sa promenade dont il avait l'habitude de faire chaque soir. Il aimait passer dans l'obscurité, près du courant d'eau qui passait au travers du village, ça l'aidait à décompresser. Sauf que cette nuit-là, l'eliatrope regarda vers la forêt. Il crut voir un mouvement et pensait entendre des pleurs. En avançant vers la source du bruit, il découvrit deux enfants. Un jeune eliatrope et un jeune dragon.

 La suite tu la connais, hein ? Tu ne l'as pas oublié lui aussi ?

 Non, j'y crois pas. Tu ne te souviens plus de lui ? Tu ne te souviens plus de ton père ?

 Le bois craquait tout ce qu'il pouvait sous l'impact des vagues. L'eliatrope était allongé sur une sorte de lit, une faible lumière de bougie éclairait la cabine. Il ouvrit les yeux. L'archer était là aussi, il écrivait dans un livre. « Enfin réveillé ? Sarthoraël se frotta les yeux un instant et prit une grande inspiration.

 -Où suis-je ?

 -Sur un navire. Répondit Startch avec un léger sourire au coin des lèvres, ce qui fit soupirer l'eliatrope.

 -Tu m’emmènes où en fait ? Il posa une jambe à terre, il avait toujours son armure sur lui, une bonne chose songea-t-il.

 -Vers Brâkmar. Cette réponse ne fit que perturber l'eliatrope encore plus qu'il ne l'était. Il adressa un regard plein d'incompréhension au crâ, attendant une autre réponse de sa part.

 -Tu chasses toujours ce démon ? J'ai déduit où il pourrait aller et j'ai persuadé les corsaires de nous y envoyer. Cette réponse satisfaisait partiellement Sarthoraël, mais en quoi une personne comme lui allait l'aider ? Mais plus important encore, quand arrive-t-on ?


 -On est encore loin de l'endroit ? Il s'assit sur le lit, les poings serrés.

 -Peut-être à une journée encore.

 -Une journée ? Bon, dit-il en se relevant, avant de se faire couper par Startch, quelque peu étonné.

 -Attends, tu arrives à te lever malgré ce que tu t'es pris ? L'eliatrope étira ses bras en baillant. Tu t'es pris plusieurs sales coups et tu restes debout malgré tout ?

 -Ça va, j'ai connu pire. Startch prit un verre sur son bureau et prit une gorgée d'eau avant d'adresser à nouveau la parole.

 -Au fait, t'es un eliatrope ? Sarthoraël lui adressa un regard à la fois méfiant et interrogatif en fronçant ses sourcils.

 -Comment le sais-tu ?

 -T'es pas le premier qu'on voit dans la région, il y avait un autre gamin qui faisait exactement comme toi. Il vit du côté d'Amakna. Tu le connais par hasard ? L'eliatrope soupira et baissa la tête une demi- seconde.

 -Bah, ça n'est plus important, je ne suis en aucun cas comme celui que tu dis… » Un lourd silence s'installa dans la cabine, on entendait plus que le bois qui craquait contre la coque et les quelques bruits de pages du livre du crâ. Puis un autre son vint couper le silence. Un gargouillement. Le crâ pointa du doigt le bout du lit de l'eliatrope.

 « T'as de quoi manger si tu agonises de faim. Sarthoraël s'assit sur son lit et fixa les provisions.

 -C'est… mangeable ? Startch se retourna et fixa l'eliatrope avec un sourcil levé.

 -C'est… de la nourriture oui, pourquoi tu étais habitué à un autre plat ?

 -Des cristaux de wakfu.

 -Ah… oui c'est sûr c'est… différent. » La nourriture avait un goût abominable pour l’eliatrope, mais c’était mieux que rien. Il colla sa figure au bois et songea qu’il n’y avait rien à faire de plus pour le moment. Sarthoraël s’autorisa enfin une nuit entière de repos.

 L’homme s’approcha du berceau où était le bébé. Il mit la main, mais dut la retirer très rapidement à cause du dragon qui voulut mordre l’individu. Je suis là. L’homme s’assit un instant et observa le dragon qui lui montrait les dents. Il est là, lui aussi. Ennard approcha sa main, la paume levée, voulant faire signe qu’il n’était pas là pour nuire au dragon et à l’eliatrope, le tout accompagné d’un « chuuuuut » calme. Le dragon se détendit et le bébé arrêta de pleurer. L’homme prit le petit berceau dans ses bras. Le dragon arrivait à marcher sans problème et était certainement le plus vieux des enfants. Ennard le prit quand même dans ses bras et se dirigea vers son village. Vous étiez tous les deux là, puis il vous a trouvé et vous a élevé tous les deux comme ses propres fils.
 Je suis là,
 Tu es là,
 Il est là,

 Souviens-toi.

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