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Il y'a une tonne d'insectes dans le sol

Par Hvnter44 16 Novembre 2020 - 17:27:15

J'étais encore jeune et il y'avait en ce monde peu de choses que je ne comprenais pas. Pourtant, je me sentais affreusement bête.

Il n'y avait plus rien d'intéressant à Bonta, toutes les solutions ont été épuisées : une île microscopique qui se prenait pour une superpuissance, faisant tourner toute son économie autour de ressources facilement épuisables, gérées par des hommes trop bêtes pour rendre leur labeur intemporel ; le bois, le cuir et la viande à travers la chasse et le peu que réussit à produire Cania.
Les entreprises les plus cotées avaient moins d'espérance de vie qu'un mansot en Saharach et dès lors qu'ils étaient déficitaires, une nouvelle enseigne émergeait et prenait leurs places pour les quelques mois à venir, sans se préoccuper une seule seconde des dégâts qu'ils causaient sur le géosystème de l'île. 
Tout ça pendant que les "penseurs" de la capitale, qui se revendiquaient écologistes, passaient leur temps à barbouiller des tonnes de pages d'évidences compilés dans d'énormes ersatz d'encyclopédie. 
Les richesses tournaient entre gens de la même classe sociale, ou du bas vers le haut, sans ne jamais s'arrêter. Les industriels brûlaient la biosphère, et s'étonnaient ensuite de voir le peu d'eau potable se gangréner de larmes d'Ogre, de voir le sol mourir et devenir stérile, jusqu'au jour où des polters apparaîtront.

Bonta est dans une bulle, autant économique que politique ; elle se sent monter, encore et encore, mais ne se soucie pas du jour où la bulle explosera et qu'elle s'écrasera sur le sol, dans une faille mortelle.
C'est un point que partagent toutes les nations : des littoraux surexploités de Sufokia aux mines instables de Brâkmar. Ce sont des idées mortes dans l'œuf, qui ne feront que mener les hommes à l'extinction.
Il fallait chercher autre part. Il fallait que je trouve quelque chose d'encore assez malléable, jeune et plein d'espoirs, qui pourrait durer dans le temps et qui n'était pas condamné à s'écrouler sur lui-même.

Le peuple riktus (appelons-les ainsi, au détriment du terme gang que je trouve légèrement mal connoté) est un peuple plus vieux qu'on ne l'imagine. En vérité, je pense même qu'ils sont nés au début de l'âge des Dofus, en même temps que la création de Brâkmar et de Bonta.
Nés d'une fratrie brigande, ils ont vite explosé et ont attiré de nombreuses recrues ; à l'époque - et ce nom est toujours d'actualité pour une partie de ce peuple - ils se faisaient nommer les Riktus Magik. Leur puissance était telle qu'ils formaient d'immenses groupes de pillards, et qu'on les respectait sur tout le vieux continent amaknéen. Jusqu'à la fragmentation, où la fratrie d'origine a mystérieusement disparu, et jusqu'à la reprise d'Yrucrem - autour de 640 -.
Le peuple riktus a survécu au chaos d'Ogrest, en se trouvant des qualités de marins, et en se ralliant sous la bannière du Clan Riktus.

Ce n'était pas leur capacités de brigands qui m'intéressaient, loin de là, mais c'était leur insatiable envie de liberté.
Oh non, pas la liberté dans le sens économique que prônent les nations, mais la liberté au sens large.
La liberté marginale, la fraternité et la haine d'un système calqué sur les nations qu'ils rejettent.
Cette envie de créer une chose nouvelle, une chose forte qui ne reposent ni sur l'oppression d'une classe envers une autre, ni sur la lâcheté politique et bureaucratique, ni sur l'avidité hypocrite et perfide d'une élite.
Un espèce de flou au sens global, où les individus ne se calculent pas en tant que chiffre mais en tant que personne, où ils ne font pas parti d'une chaîne mais d'un maillage archaïque.

C'est ainsi que j'ai pris le nom de Zinnia.

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[HRP] SYmpathique tout ça. Juste un petit point noir que j'ai relevé: In game, les capitales des nations sont petites oui. Mais plus par soucis de gameplay que par soucis de lore, car dans ce dit Lore, ce ne sont pas de petites îles mais bien des continents qui ont émergés suite aux chaos d'Ogrest^^ [/HRP]

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[HRP] Merci beaucoup!
Le terme "île microscopique" vient du personnage, qui veut trancher avec ce que Bonta était pendant l'âge des Dofus, à ce qu'il est actuellement à l'âge du Wakfu. Ce n'est pas un post de lore, juste les écrits de Zinnia : un homme dégoûté par les nations, et en particulier Bonta.
Mais je sais pertinemment que la taille des territoires In Game viennent d'un besoin gameplay, tristement, oui! [HRP]

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Score : 429

Quitter Bonta et changer d'identité n'a pas été chose aisée ; ma femme, bien trop installée dans ce mode de vie bourgeois, n'aurait pas compris et n'aurait jamais accepté de me suivre et, je l'avoue, je n'en avais pas non plus l'envie.
Quant à mes fils, ils sont encore bien trop jeunes pour comprendre l'importance de cet exil. C'est donc tout naturellement que je les ai confié à Laurechanteau qui, j'en suis sûr, fera un père de substitution parfait.
L'homme que j'étais a tout simplement disparu des banquets et des fêtes bontariennes, en prétextant une retraite anticipée pour ses propres recherches (ce qui, tout compte fait, n'est pas entièrement un mensonge).
Je n'avais pas pris grand chose de mon ancienne vie de Bonta, en dehors des vêtements les moins excentriques de ma garde-robe, de quelques livres et d'une bourse de moins d'un demi-million de kamas.
Rejoindre le Clan Riktus, et donc m'aventurer dans le Triangle des Bermudas, a était étonnamment plus facile ;
La plupart des marins évitaient cette zone de la mer d'Asse comme la pandrista, mais il en existait quelques-uns qui organisaient des voyages clandestins en direction du Triangle.
C'était une chose étrange de voir des hommes, des femmes et des enfants fuir une vie stable sur le continent pour rejoindre une ville flottante, inscrite sur aucune carte, pour essayer de vivre leurs rêves, loin du modèle sociétal des grandes nations.

Le coeur du clan se trouvait à Tortuga ; une île artificielle créée par les riktus, au beau milieu du Triangle des Bermudas, dans la mer d'Asse.
La ville était composée de dizaines de bateaux - tous très différents les uns des autres, et d'origines parfois très diverses -, parfois tellement urbanisés que plusieurs logements pouvaient s'empiler les uns sur les autres à même le pont, et reliés entre eux par un système de pontons chaotiques en bois. Ce bidonville était entouré par d'énormes mines marines, peinturlurées grossièrement, et semblait s'étendre au gré de sa population.
Ces gens vivaient le plus souvent de banale piraterie, mais certains s'offraient des carrières plus honnêtes comme pêcheurs ou bardes. J'ai même eu la chance d'avoir pu rencontrer quelques fermiers qui cultivaient leur labeur dans de grands bacs de terre, sur leurs navires, ce qui témoignait d'une certaine autosuffisance.

La misère était à la fois leur plus précieux atout, et leur vide le plus profond. La misère liaient tout ces gens dans une fraternité solide typique d'une population pauvre, consolidée par leur milieu chaotique, mais entraînait bien souvent chez les plus jeunes une avidité sans nom, et à un désir ardent de faire leurs preuves, en se comparant sans cesse à des barons du crime ou à de célèbres pirates. En clair, ces gens étaient unis dans la pauvreté mais rêvaient tous d'amasser des millions, par peur du manque. C'est quelque chose de très intéressant, je trouve.
La population était très jeune, et rare étaient les cinquantenaires.
Les plus vieux passaient une grande partie de la journée à travailler sur leurs embarcations, ou en mer, pendant que les plus jeunes rôdaient sur les pontons.
Leurs plus grandes occupations étaient la peinture - un art sauvage qui rejettait tout les codes, soit par ignorance soit par volonté -, la fabrication de vêtements en toile riktus - une fierté de ce peuple - et la musique. La musique...
La musique avait un rôle très important à Tortuga et, tout les soirs - jusqu'à très tard dans la nuit -, la plupart de ces gens jouaient de la musique. Soit dehors, sur les pontons ou les tavernes, ou directement dans les habitations.
Beaucoup de styles musicaux très différents s'entrecroisaient ; des genres nouveaux créées par de jeunes esprits que je n'aurais jamais imaginé moi, pauvre produit du continent, même dans mes rêves les plus fous. La musique liait tout ces gens ardemment.
Je ne sais pas si ça vient de leur passé, ou de leur misère qu'ils cherchent à évacuer. Tout bien réfléchit, c'est probablement un mélange de tout ça.

Les logements fonctionnaient comme suit ;

Les familles, qui étaient venus s'installer à Tortuga sur leurs propres navires, pouvaient développer leurs affaires sur leur espace délimité - qui était bien souvent la surface du pont -, et s'intégrer à la ville en s'y imbriquant de manière plus ou moins archaïque (ce qui amenait souvent à voir des navires bloqués dans le paysage urbain par d'autres navires, et ainsi de suite).
Dès lors qu'ils s'étaient physiquement installés dans le paysage urbain, ils faisaient alors automatiquement partis de la ville, et étaient considérés comme des habitants de Tortuga.
Il n'y avait pas vraiment de lois, et encore moins d'administration ; c'était plutôt un consensus mutuel pour se faciliter la tâche.
Il n'y avait pas non plus de gros problèmes de vols, au sein de cette société ; la notion de propriété privée était flou et, en plus de cela, il y'avait un respect et un honneur entre riktus, très particulier, qui les menait souvent à ni se voler, ni à en exprimer l'envie.
Pour ceux qui n'avaient pas de navires - bien souvent des gens seuls -, la principale option était de s'installer dans de grands cargos à vapeur réhabilités en dortoirs, à côté d'ateliers, et de proposer ses services au clan directement. C'est l'option que j'ai, évidemment, du choisir.

Le chef incontesté du Triangle des Bermudas se nommait Maloboss.
Le terme chef n'est pas vraiment très adapté, car il peut être mal connoté par un esprit habitué aux mots qui sortent de la bouche des gens du continent : Maloboss ne possédait ni trône, ni sceptre, ni couronne.
Ce n'était ni le roi des pirates, ni le gouverneur de Tortuga. La seule chose qu'il dirigeait vraiment était la flotte du Clan Riktus. En vérité... Le mot qui me vient en premier est plutôt "père". Il ressemblait à un chef de famille.
Il coordonnait les meilleurs amiraux de la flotte lors des raids sur le continent et, en même temps, aidait au bon fonctionnement de la société.
Il se tenait bien souvent au centre de la ville, ou sur l'Eriktus, et passait son temps à huiler soigneusement les différents engrenages qui nous permettaient, habitants, de plus ou moins nous épanouir dans un idéal de liberté. Beaucoup de riktus l'admiraient. Moi aussi. 

J'ai passé un long moment à voguer entre petits travaux, souvent payés en provisions plutôt qu'en kamas, et le hamac piteux que je possédais dans la cale d'un des navires de la flotte.
Ce n'était pas désagréable ; bien au contraire, je ne m'étais jamais senti utile de toute ma vie et je n'hésitais pas à partager mon savoir en retour.
Ces petites aventures m'ont permis de me lier à bon nombre de gens, et de me construire une réputation d'érudit : la grande majorité de ces gens ne savaient ni lire, ni écrire, et ne connaissaient que la base des mathématiques. Leurs opinions et leur savoir s'appuyaient sur leurs expériences, et changeaient drastiquement d'une personne à l'autre.
Je n'étais pas le seul érudit sur Tortuga ; beaucoup fuyaient la vie sur le continent, tout comme moi, et atterrissaient ici. Nous échangions beaucoup, et nous étions persuadé que la chose dont ces gens avaient le plus besoin était d'éducation.
C'est ainsi, par exemple, que j'ai rencontré Quirrel, Anastasia et David

Quirrel est un zobal passionné d'archaologie, fine lame et nonchalant (en clair, la notion de sérieux lui est totalement étrangère). Malgré son apparence, il est plutôt loquace quand il le veut et c'est probablement l'homme avec qui j'ai le plus tissé de liens sur Tortuga, et qui m'a le plus aidé.

Anastasia était une xélor (la raison principale de notre relation) et la conjointe de David. Ancienne forgemage, elle était complètement dévouée à son culte et ne jurait que par le seigneur des heures, ce qui nous a valu de longs débats jusqu'aux aurores sur qui avait la meilleure vision de Xélor.

Quant à David... Ce n'était pas vraiment une tête, plutôt un homme d'action. Fin combattant et bon cuisinier, c'est à peu près la seule chose qu'on puisse dire sur lui tant il était simplement... Inintéressant. Et ce n'est pas ce qui nous a empêché de bien nous entendre, lui et moi.

Je m'étais habitué à cette nouvelle vie; les minutes s'écoulaient comme des secondes, les mois comme des jours et les années comme un grain dans son Sablier.

7 -2
Score : 92
J'ai vu naître Yrucrem et j'en suis heureux.

Elle est née le 12 descendre 962, dans la cale d'un bateau : celui d'Anastasia et de David.
C'est une Alkalay, mais ce sera surtout un message au monde : la naissance d'un nouvel idéal et d'un nouveau modèle. 
Le monde ne changera pas si l'on donne cette responsabilité à la vieille génération : une révolution profonde aura lieu par l'éducation des enfants, qui construiront un monde meilleur que celui d'aujourd'hui, avec le recul et les cartes que nous, adultes, nous leur donnerons par tout les moyens possibles.
Ce bébé va devenir un enfant, puis une fille et enfin une femme. Elle participera un jour ou l'autre activement à une communauté ; peut-être même aidera-t-elle à en construire une nouvelle. Elle aura des idées propres, des opinions, des expériences, des rêves et des buts bien précis.
Je dois l'y préparer, car je suis le messager.

Il faut impérativement qu'elle devienne forte car demain elle aura le poids du monde sur ses épaules, fardeau que ne peuvent prendre les enfants de bourgeois, tel mes fils.
Ils n'en ont pas la force car ils sont riches et mous à cause des privilèges qu'ils ont acquis de naissance. Ils auraient finit par devenir aveugles, trop obnubilés par la cuillère en argent qu'ils auraient eu en bouche.
Ô Xélor, je sais que vous me comprenez car vous éduquez vos disciples de la même façon : ceux qui sont trop faibles pour se lever peuvent rester allongés et gaspiller leur temps comme ils le désirent, mais ce n'est pas eux qui feront avancer le monde ; Ils ne l'auraient jamais fait avancer, même avec tout l'amour que j'étais supposé leur offrir. Tout ce temps aurait été gâché et, de toute manière, leur mère leur en donnait suffisamment.

Mais elle, elle n'est ni de ma lignée ni de mon sang.
Elle n'est pas ma fille, et c'est bien plus simple d'assumer une éducation de cette façon. L'éduquer la poussera à transmettre le savoir que je lui ai donné à ses semblables, qui eux-mêmes éduqueront leurs filles et leurs fils à leur tour, pour finalement former un peuple intelligent et consciencieux ; ce n'est pas notre rôle à nous, savants immigrés du continent.
Nous ne faisons pas entièrement partis de ce peuple ; nous ne sommes pas nés dans des bateaux, et nous n'avons jamais baigné depuis petit dans cette culture aussi singulière, ô combien différente de tout ce qu'on a vécu dans nos passés, malgré notre amour pour le clan. Mais nous nous devons d'apporter la connaissance nécessaire et le savoir dont les enfants de Bermuda ont besoin pour se développer.


Ses parents ont choisi qu'elle prierait Xélor et Anastasia s'occupa personnellement de son éducation religieuse.
Quirrel a bien voulu lui enseigner les arts, du piano à la peinture - et aussi ceux de la guerre, me semble-t-il -.
Quant à moi, je me suis tout naturellement proposé à l'éduquer dans les domaines scientifiques, philosophiques et littéraires : le savoir sera son plus grand atout, car elle devra construire le monde de demain.

C'est ainsi que j'ai passé plus de dix ans de ma vie à éduquer une enfant qui n'était pas de moi. 
Le monde tournait autour d'elle, et je devais mettre tout mes efforts pour la préparer et la parfaire pour sa tâche future : je lui apprenais les langues douziennes - de l'amaknéen au brâkmarien -, les mathématiques, la géographie, la philosophie... Tout ce qui allait faire d'elle une personne forte.

Je lui parlais de l'économie bancale instaurée par les grandes nations, de la grande démocratie empoisonnée du continent, de notre écosystème qui périt lentement, en proie au Chaos et aux hommes. Je lui ai aussi un peu parlé de vous Xélor : Anastasia la préparait à vous servir de tout son saoul et, moi, je la préparais à bien utiliser les attributs qu'elle gagnerait auprès de vous avec les années.

J'étais à la fois son mentor, son héros, son meilleur ami et son confident.
J'imagine que ça m'a plu un temps, mais ce n'était pas mon devoir. Qu'elle apprenne à se débrouiller seule le plus vite possible, ça ne peut que l'aider pour le futur que vous lui réservez.

Mais j'aimerais tout de même mettre sur papier un joli moment que nous avions partagé ses parents, elle et moi :

C'était sa première fois sur le continent, elle devait avoir sept ou huit ans.
Elle s'est dirigée sur la plage avec de grands yeux, pataugeant dans le sable tout en courant près de l'écume, avec l'énergie dont seul un enfant a le secret, puis s'est éloignée du sable pour s'approcher de la terre, et s'est mise à creuser la surface avec ses ongles.
Quand je suis arrivé à son niveau, elle avait de la terre jusqu'aux coudes. Elle m'a alors tendu sa main pour me montrer la colonie de fourmis qui grimpait du bout de ses doigts jusqu'au bord de la manche de sa chemise, et a ensuite murmuré d'un air émerveillé :

- "Zinnia, il y'a une tonne d'insectes dans le sol..."

Oui Écho : il y'a une tonne d'insectes dans le sol. Ils se complaisent mieux hors de l'action de la lumière du soleil, à l'abri de nos regards, pauvres gens.
Ils forment des colonies sous la surface, se battent et mangent sans même que l'on s'en rende compte ou que l'on s'y intéresse. Il y'a tout un monde sous nos pieds, remplis d'êtres qu'on pense minuscules, loin de nos yeux et de notre rayon de pensées et d'actions.
Je suis heureux d'avoir creusé moi aussi, et d'avoir découvert la colonie que tu appelles "famille".
Lakha t'as maudite à ta naissance car elle sait d'avance que même avec des mots fragmentés, tu réussiras là où j'ai échoué.

Gloire à toi, à ta révolution et au monde de demain.

*Un bout de papier est épinglé à la page.*
2 -1
Score : 429
"Amakna emprisonne en ce moment même notre famille : nos frères, nos sœurs, nos mères, nos pères, nos fils et nos filles. Elle mène des offensives et des rafles dans les rues de leurs villes, dans les camps de nos amis, avec la complicité totale des bons petits bouftous qui lui sert de citoyens.
Elle passe les fers à nos frères et à leurs enfants, les tabasse et les harcèle en se cachant derrière sa sainte sécurité, et en nous pointant du doigt pour des crimes que l'on n'a jamais commis. Pour un terrorisme "héréditaire", que nous tenons des ancêtres qui portaient pourtant comme flambeau la liberté.
Je vais vous dire moi, ce que ces démocrates veulent réellement : ils veulent détruire tout ce que l'on a construit, tout ce que nous représentons et tout ce que nos âmes peuvent et veulent chanter.
Ils jalousent notre amour, notre gloire et notre liberté ! Ils veulent nous museler et nous éradiquer avec un racisme décomplexé que toutes les nations auto-proclamées souveraines et bienpensantes - comme la puante Amakna - partagent.
Mais est-ce que nous nous laisserons faire, nous ? Est-ce que nous allons laisser ces chienchiens galeux emmener nos enfants dans des geôles miteuses ? Est-ce que nous allons les laisser nous priver de notre droit le plus fondamental : notre liberté ? Moi je dis NON !!
Nous allons poursuivre ces porkasses jusque derrière les murs de caillasses qui leur servent d'abri et leur montrer notre puissance et notre courage !!
Mes frères, mes sœurs !! Allez-vous me rejoindre pour libérer notre famille ? Allez-vous m'aider à faire tomber ces rats et à les éradiquer une bonne fois pour toute ? Mes amis ! Nous sommes la seule chose qui comptent vraiment sur cette terre !
Un clan contre les Bontariens, uni contre les Amaknéens, fourbe contre les Sufokiens, fiers contre les Brâkmariens ! Au cœur du Triangle des Bermudas, un clan pour les gouverner tous, un clan pour les piller tous, un clan pour les détruire tous ! ET DANS LES EAUX PROFONDES LES COULER, ICI OU S'ÉTENDENT NOS RIKTUS !!"


Maloboss était un grand chef de guerre, doublé d'un excellent tribun. Il a su unir tout les riktus contre ce nouvel ennemi : Amakna.
Il a réhabilité la plupart des bateaux de Tortuga pour les transformer en navires de guerre et il y a mis en place une artillerie rustique mais puissante : il s'est ainsi composé une grande flotte et a annulé les raids militaires sur le continent pour s'entourer de grands amiraux, et a même réussit à enrôler dans sa nouvelle armée des membres des gangs Magik Riktus.
Il avait aussi pour projet de pousser Amakna dans ses retranchements, en déplaçant Tortuga sur les côtes amaknéennes - le lieu choisi était les prairies mal défendues près de la capitale - pour pouvoir faire débarquer ses troupes avec facilité, en plus de mettre une immense pression à la milice d'Amakna.
Si Maloboss était un fin stratège militaire, il était aussi un bien mauvais diplomate : l'annonce de la guerre ouverte et totale avec Amakna a refroidi les autres nations, et il s'est ainsi donc coupé de toutes alliances possibles. Pour le monde, le Clan Riktus était devenu fou, mais ça a tout de même renforcé l'image de Maloboss qui se vantait de n'avoir besoin de l'aide d'aucun gras-double démocrate bouffeur d'esmarlope pour remporter le combat contre les amaknéens ; les riktus pour les riktus, le peuple pour le peuple.

Cette guerre est tombée du jour au lendemain et personne, même moi, n'a eu la capacité de la prévoir. Bien sûr, nous avions eu écho de quelques tumultes sur le territoire amaknéen mais pour être honnête, je ne m'attendais pas à quelque chose d'aussi grand.

Avec le recul que j'ai aujourd'hui, cette guerre me fascine quelque peu par sa nature : ce n'est ni une guerre opposant des monstres à des humains, et pas vraiment une guerre de territoire à l'amiable que les nations se disputent souvent.
Non, c'est plutôt une guerre d'idéologie. Un espèce de choc entre deux mondes opposés :

- D'un côté, nous avons Amakna. C'est une très vieille nation qui date probablement de l'âge Primitif, avec une famille royale extrêmement populaire qui s'essaye depuis la fin de l'âge des Dofus à une démocratie timide et tâtonnante. C'est un pays qui prend racines sur un territoire extrêmement ancien, avec un peuple qui habite majoritairement en campagne et très paysan. Très fortement influencée par les Dernières Sentinelles, Amakna et son peuple s'accrochent à un âge d'or passé depuis bien longtemps, se vantant encore de ses richesses d'antan avec fierté alors que la majorité de son continent a coulé depuis longtemps.
- De l'autre côté, il y'a le Clan Riktus nomade et assez pauvre ; une communauté très jeune et avec beaucoup d'espoir pour l'avenir, et qui ont pour mot d'ordre la liberté totale, en prenant racines dans un des plus vieux gangs que le monde des Douzes ait connu. Ils rejettent totalement la démocratie qui se base sur le modèle des nations, ainsi que la faiblesse que ce modèle apporte notamment par la sédentarisation extrême. Mais c'est aussi une société qui a besoin de se développer et qui a donc, par extension, besoin d'un vrai territoire pour s'installer plus durablement et se développer et je pense que cette guerre cachait un objectif de la sorte.
Ce conflit ressemble légèrement à celui que s'échange les wabbits et les lenalds depuis des siècles, je trouve.

Entre la déclaration de guerre et le remaniement de Tortuga en navire militaire géant, la ville avait beaucoup changé : la musique et les chansons, avant si libérées et colorées, avaient maintenant des airs de chants guerriers et militaires ; Les bateaux se vidaient pour accueillir les stocks de poudre, l'artillerie et les armes pour la guerre ; Et une partie des intellectuels du Clan popularisaient et peignaient des slogans pour unir et enrôler les riktus dans le conflit, et organisaient de grands débats pour persuader tout le monde de prendre part à la bataille en promettant une révolution glorieuse.

Quirrel et moi sommes partis avant le débarquement - avec beaucoup d'autres riktus en vérité, les moins loyaux ou les plus lâches selon l'image que l'on veut se donner - et nous avons tout abandonner du jour au lendemain.
Anastasia et David ont voulu rester et se battre pour leur drapeau et, de ce fait, Écho aussi.
J'étais à la fois déçu et triste ; déçu que l'injustice ait empêché un nouvel idéal de naître. Déçu d'avoir perdu des années de ma vie pour des gens qui allaient finir par mourir pour rien. Déçu de leur bêtise qui allaient condamner le monde. Et triste parce que je laissais une enfant à son triste sort.
À l'époque, je me disais que cette fille allait soit mourir écrasée par un boulet amaknéen, soit par la bêtise de ses parents.
J'ai un peu honte de vous l'admettre Xélor, mais je n'avais pas discerné la silhouette névrosée et anxieuse qu'elle devenait au fil du temps : ses ongles rongées, ses cernes qui s'allongeaient, ses tocs et ses tremblements.
Est-ce qu'elle n'avait pas les épaules assez solides ? Est-ce qu'elle n'avait pas la force pour autant de pression ? Est-ce que nous en avons trop fait ?
Est-ce que nous avons tous participé à son malheur ? Oui.
Mais est-ce que c'est grave ? Non.
Disons que c'était simplement dommage, mais qu'au moins son image de martyr s'en serait retrouver renforcée et que ça lui aurait permis d'être un personnage un peu plus intéressant.

Je ne suis pas cruel, Xélor. J'aimais cette fille comme si elle était de moi ; mais je me dois de rester impersonnel. C'est plus facile à vivre ainsi.

C'était plus facile à vivre.
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