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[Histoire] La Dernière Gardefroid

Par NeigeDesChamps 05 Mai 2019 - 18:32:43
Tempête du passé

La dernière parcelle "d'humanité" partait en lambeaux, loin dans les limbes de l'âme. La folie, puis la perte de soi et après, ça serait le trou noir. L'oubli. L'oubli de son identité et celle des autres. Le tout dernier virage avant la fin arrivait à grands pas. Mais tant qu'il y a une once de résistance, d'espoir, alors la raison peut prendre l'espace d'une seconde l'ascendant et dicter un dernier ordre. Un commandement.

Tu crois qu'elle est morte ?
Personne survit dans les plaines de Sberg aussi longtemps sans...
Là, regarde ! Elle a bougé !
Quoi ? Par les Dieux, tu as raison ! Elle est vivante ! Mais...
C'est quoi cette chose...?
Les deux explorateurs, emmitouflés dans d'épaisses tenues de fourrure blanche et bleutée, étaient penchés sur la silhouette maigre de ce qui leur semblait être une créature étrange. La peau blanche de craie, les cheveux bleu azur clair et les habits déchirés étaient la preuve soit d'un état mortuaire évident, soit d'une bizarre anomalie. La créature avait bougé un doigt ou deux et son souffle s'enfuyait en une vapeur épaisse quand elle expirait. L'un des deux explorateurs la souleva délicatement et fut surprit par la légèreté de ce qu'il portait. Elle tremblait tant qu'il ignorait si elle tremblait réellement. Ou inversement. Les deux hommes emmenèrent leur trouvaille à leur camp, à l'abri de la tempête. Là, elle fut déposée près du feu, sur une couverture, avec au moins trois autres couvertures sur elle. Ils laissèrent la créature se réchauffer grâce au feu et se dirent qu'ils verraient si c'était un animal rachitique bizarre, une mutation d'une autre créature ou autre chose.

Quand elle ouvrit les yeux, elle avait reprit une teinte de couleur. Sa peau était passée d'un blanc de craie à un grisâtre à peine changé. Ils hoquetèrent en voyant le sang dans ses yeux. Ils crurent que ce n'était qu'une irritation très - trop - poussée mais comprirent qu'il s'agissait de ses iris. Des iris rouge sang qui contrastaient à la pâleur de ses cheveux et de sa peau. La même rouge que sur ses habits déchirés. Elle avait la peau sur les os - qui savait combien de temps elle avait passé là, dans le froid, sans bouger ? L'un des deux explorateurs - un Féca - posa un bol de soupe bien chaude devant ce qu'il qualifia comme une petite fille. Elle avait des traits très "normaux" mais ils avaient un peu de mal à dire à quel Dieu elle était affiliée. Il ne le comprit que quand son acolyte, un Huppermage, lui montra du menton les deux petits cornes dépassant à peine les cheveux pastels. Leur trouvaille prit le bol de soupe et la but à grande gorgée, semblant aller mieux après.
Petite ?
Elle tourna le visage vers eux et les dévisagea sans émotion.
Je m'appelle Den, dit le Féca, et voici mon beau-frère Jun. Nous t'avons trouvée dans la glace mais peux-tu nous dire comment tu t'y es retrouvée ?
Elle les regarda tour à tour et entrouvrit la bouche.
- Sommes-nous à Sberg ?
Euh... oui. Pourquoi ? demanda Jun.
Pour rien. Je viens d'ici.
Ils haussèrent les sourcils. Et la dévisagèrent. Elle avait l'air sérieuse mais... il n'y avait que très très peu de survivants suite à... Den se redressa un peu.
Et tu t'appelles ?
- Gardefroid. Tinavell Gardefroid.
Enchanté, Tinavell.
Elle hocha de la tête. Les couvertures bougèrent sous elle pour laisser voleter faiblement un Gobgob portant une visible cicatrice de morsure. Quand Den observa l'enfant, il remarqua l'exacte même cicatrice sur son flanc droit.

Jun et Den s'accordèrent à la garder avec eux le temps qu'elle reprenne des forces pour quitter l'île. Ils empaquetèrent leurs affaires et levèrent le camp lorsque la tempête fut finie et le jour levé. Deux conditions pas évidentes à rassembler sur cette banquise. Tinavell apprit qu'ils étaient deux imbéciles cherchant quelque chose dont ils ignoraient encore la nature. Le frisson de l'aventure. Et la fraîcheur des découvertes enfouies sous les glaces les attiraient. Ils voulaient savoir si on pouvait pousser les choses toujours plus loin, découvrir encore plus que ce que les aventuriers et héros divers et variés pouvaient offrir. Devenir des légendes, eux aussi. La jeune fille les suivait parce qu'elle aussi ignorait ce qu'elle cherchait.

Les jours passaient et le trio avançait ou reculait. Ils parcouraient le territoire un peu plus loin que ce qui était connu, là où la neige arrivait à mi-mollet. 
Et il a théorisé qu'on pouvait soigner les maladies mentales comme la folie avec l'alchimie. C'est fou non ?
Tinavell tendit l'oreille.
Qu'avez-vous dit ?
Jun haussa un sourcil en s'arrêtant et posant son regard sur l'adolescente de seize ans.
Qu'il existerait une recette alchimique traitant - en théorie - les accès de folie.
Elle sourit largement.
J'ai besoin de cette recette.
- Je ne l'ai pas. Et même si elle existait, ça serait trop dangereux. Trop d'effets secondaires potentiels, trop de risques.
Tinavell fronça le nez et Jun s'accroupit devant elle.
Qu'est-ce qu'il y a ?
L'adolescente expliqua ses problèmes de symbiose. Den et Jun réfléchirent un instant et ce fut Den qui répondit.
Tu dois trouver l'équilibre et l'harmonie avec ton Gobgob. Vous n'êtes qu'un seul être, liés corps et âmes. Personne ne t'a enseigné les voies d'Osamodas ?
Elle hocha négativement de la tête. Ils dressèrent le camp et passèrent la nuit à l'abri du vent. Et ce fut la dernière fois qu'ils virent l'adolescente, qu'ils crurent emportée par la tempête pendant la nuit.
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Eeeh, mais c'est que c'est pas mal tout ça, dis-moi ! 

J'aime beaucoup la simplicité de tes phrases, et des personnages. Ta prose est très jolie, c'est vraiment agréable à lire. 
Le fait que tu ai ajouté les dialogues en gras facilite la lecture et m'a éviter de loucher plus d'une fois, aha.

J'ai hâte d'en lire un peu plus sur cette Tinavell et sur son histoire. 

Gros gros bisous ! 

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Osamodas

Tinavell jeta la goutte bleutée sur le Zaap de Sberg. Elle n'avait pas aimé la prendre à Den et Jun, mais elle tentait de se rassurer en se disant qu'elle n'avait pas eut le choix. 
Sufokia, prononça-t-elle distinctement avant de passer à travers le portail bleu.

L'air marin la frappa immédiatement. Une douce brise lui caressa la peau, l'odeur du sel emplit ses narines et le doux crissement du sable sous ses bottes firent frémir ses oreilles. Une atmosphère de quiétude apaisa l'esprit de l'adolescente albinos. Les habits chauds donnés par les deux beaux-frères étaient désormais de trop sur son dos, mais elle ne les enleva pas pour le moment. La jeune fille avança se quelques pas sur les pavés immaculés décorés de vagues bleues ici et là, prit sa bourse et compta ses Kamas. Elle avait assez pour une nuit dans une auberge, selon les prix.

Elle ne se fit pas prier et, accompagnée de son Gobgob caché sous sa cape, elle chercha la taverne.  Celle-ci n'était pas très difficile à trouver, avec le grand panneau pendant à une poutre horizontale attachée au mur. Ah ça... Pas difficile, non. Tinavell entra dans la taverne et se dirigea directement vers le comptoir. Le tavernier la dévisagea en haussant un sourcil. Les iris rouge de la jeune fille ne semblaient pas le mettre des plus à l'aise mais au vu de l'état de l'adolescente, il avait dû conclure qu'elle n'était guère plus dangereuse qu'un Tofu malade.
Je voudrais une chambre pour la nuit.
Cinquante Kamas.
Tinavell n'en avait pas assez. Elle réfléchit rapidement à une solution pour pouvoir obtenir une chambre sans avoir à dormir dans son Havre-Sac.
Trente Kamas et deux semaines de travail dans votre taverne.
Le tenancier se figea de surprise, le sourcil haussé un peu plus. En voyant qu'elle ne plaisantait ni ne semblait changer d'avis, il relâcha ses épaules.
Très bien. Trente Kamas et deux semaines de travail.
Elle déposa sa maigre fortune sur le comptoir et il lui donna une clé.
Mina ! Montre à notre nouvelle employée temporaire sa chambre.
D'acco' d'acc' Chef !
La femme fit signe à la jeune fille de la suivre jusqu'aux chambres. Celle de Tinavell était toute petite mais avait au moins le lit, un bac servant de baignoire et une coiffeuse rudimentaire. Mina laissa la jeune fille dans la chambre. 
Allez Midvak. Ce n'est pas le grand luxe mais nous aurons au moins un toit et à manger pour deux semaines. En plus d'une petite paye.
Le Gobgob gazouilla comme s'il comprenait.
Après ça, il faudra trouver quelqu'un qui en sache plus sur cette recette alchimique dont Den a parlé. Et si on ne trouve personne ici, nous ferons toutes les nations.
Midvak gazouilla à nouveau. Tinavell regarda la cicatrice, se remémorant cet épisode douloureux. Elle avait la même, au même endroit. Ce n'était pas tout à fait habituel, à moins que la morsure ne se passe pendant une symbiose. Dans ce cas-là... cela peut arriver. Tinavell retira tous ses vêtements, fit couler dans le bac de l'eau chaude et se mit en boule dedans. Elle était si maigre qu'elle rentrait sans soucis dans le petit bac. Elle resta là jusqu'à ce que l'eau soit froide. L'albinos alla se regarder dans le miroir ensuite. On voyait ses côtes, ses clavicules étaient bien creuses et elle n'avait presque pas de poitrine ou même de formes féminines. On pouvait aisément la prendre pour une petite fille très grande, ou une adolescente de treize ou quatorze ans. Elle regarda ses mains, ses poignets, ses bras tout minces. Elle ne ressemblait pas à grand-chose dans cet état. Debout là, elle se mit à sangloter. Papa Durn devait être si inquiet... Et Tonton Sin ? Et Urgholl ? Et le Vall' tout entier ? Que penseraient-ils de sa disparition ? Ils l'oublieraient sûrement avec le temps. Peut-être qu'ils avaient déjà arrêté de s'en faire et la croyaient morte. Avait-elle une tombe à son nom quelque part, ou bien avaient-ils...? Non. Elle ne devait pas penser à cela. 

- - - -
Deux semaines déjà. La dernière journée de travail de Tinavell touchait à sa fin. L'auberge ne servait plus que des chambres et éventuellement un repas pour les arrivants nocturnes. Le tenancier donna sa dernière paye à l'adolescente. Elle était en un peu meilleure forme : moins peau-sur-les-os mais toujours aussi... maigre. 
Et que vas-tu faire, petite ?
Je ne sais pas encore.
Elle mentait. Ce n'était pas brillant mais personne n'était là pour le lui reprocher, à part sa conscience. Et elle n'avait pas à redire en ce moment.
Fais bien attention à toi, jeune fille. Les landes sauvages sont dangereuses pour qui ne les connaît pas.
Ca ira.
Elle salua Mina et le tenancier et alla passer sa dernière nuit dans cette ambiance chaleureuse.

Le lendemain, elle visita la ville dans ses moindres recoins. A chaque fois qu'elle voyait une boutique d'alchimie, elle entrait et posait quelques questions. On lui indiquait parfois une personne "assez folle pour faire ce genre de potion" ou bien "trop stupide pour y avoir pensé". La nuit tombait et elle n'avait pas avancé d'un pouce. Personne ne connaissait une potion pouvant guérir la folie. Elle était fatiguée et avait mal aux pieds à force d'avoir marché.

Elle n'avait rien à perdre, alors l'albinos alla au Sanctuaire d'Osamodas. Elle l'avait vu en pensant devant, en fin de matinée. Une bâtisse en bois sombre surmontée d'une statue de dragon en pierre. Elle n'était pas entrée mais, alors que les rayons écarlates embrasaient le ciel, elle se dit que le moment n'était pas mieux choisi. Elle resta néanmoins quelques instants devant ce sanctuaire. Son coeur battait vite. Tinavell ne s'attendait pas à un miracle mais appréhendait qu'il y en ait un. Il se disait sans cesse que les Dieux étaient avaient disparu, qu'ils avaient abandonné leurs disciples. Quelle qu'était la vérité, Tinavell avait peur de devoir supporter seule quelque chose dont elle ignorait la teneur. 

Une fois son courage prit à deux mains, elle entra. Elle ne fit pas deux pas qu'elle vit, agenouillé devant l'autel, un Osamodas. Il était voûté et sa canne était posée à sa droite. Il priait dans un marmonnement chantant, mains jointes. Ses longs cheveux blancs descendaient en cascade dans son dos et ses sur haillons. Elle émit l'hypothèse d'un vieillard sans toit priant un miracle. Puis elle se mit dans un coin, se mit sur les genoux et joignit ses mains. Elle n'avait jamais prié Osamodas. Et maintenant qu'elle était là, elle ne savait même pas quoi dire, quoi faire, ni comment ou même pourquoi.
Il est rare d'avoir des visiteurs.
La voix tremblotante semblait sortir de nulle part. Le vieil Osamodas se redressa pour se tourner vers Tinavell. Malgré son apparence, il avait l'air... paisible et épanouit. C'était d'une étrangeté frappante.
Je ne t'ai jamais vue ici.
C'est la première fois que je viens.
Ah, je vois... Prise par des doutes de foi ?
On... peut dire ça.
Il se tourna complètement vers Tinavell, un sourire bienveillant aux lèvres.
Je m'appelle Olgor. Et toi, jeune fille ?
Tinavell.
Tu as l'air tourmentée, Tinavell. Pourquoi venir prier notre Dieu ?
Elle baissa les yeux, comme prise d'une vague de honte. Il faisait nuit noire dehors quand elle termina son récit : Astrub, sa famille adoptive, ses problèmes de symbiose, son manque de maîtrise de ses pouvoirs... Olgor l'avait écoutée sans l'interrompre, ni pour des "Je vois" ou autres. Il avait simplement écouté, sans bruits. Le silence était pesant malgré un poids libéré pour l'albinos. Il se leva alors en prenant appui sur sa canne et lui fit signe de le suivre. Tinavell, mue par la curiosité, emboîta le pas au vieil homme, gardant tout de même une distance de sécurité et sur ses gardes. Après tout, on ne sait jamais qui on rencontre. Mais il l'emmena chez lui, une petite maison modeste à un étage à quelques minutes du port. Il n'avait pas dit un mot depuis le Sanctuaire.
Installe-toi, Tinavell.
Elle s'assit à un fauteuil près d'un feu de cheminée qu'il alluma lui-même. Elle écarquilla les yeux et observa le vieil homme s'affaler lourdement dans un autre fauteuil, une tasse de thé à la main. Le Gobgob d'Olgor donna l'autre tasse à l'adolescente.
Je comprends ce que tu ressens.
Elle regarde Olgor, tasse en main.
Il n'est pas aisé d'apprendre seule, et si jeune, des pouvoirs que nul ne peut apprendre sans maître. Je suis vieux et sans famille. Peut-être que Osamodas a fait que nous nous rencontrions, jeune fille.
Tinavell cligna doucement des yeux.
Il n'y a qu'un seul moyen pour parvenir à tes fins : maîtriser tes pouvoirs. Et je peux t'aider. Mais le choix te revient. Quel qu'il soit, profite de mon hospitalité pour la nuit.
Il se leva après avoir bu son thé et monta les escaliers pour l'étage. Elle devina qu'il était parti se coucher. Tinavell regarda son thé puis les flammes dans l'âtre. Après tout... pourquoi pas ?
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Amakna

Quels sont les éléments liés à notre peuple ? demanda Olgor.
Le feu, la terre et l'air.
A quelles nations correspondent ces éléments ?
Euh... Brâkmar pour le feu, je suppose. Terre pour Amakna et air pour... Bonta ?
En effet.
Tinavell sourit. Deux mois étaient passés. Deux mois qu'Olgor répondait à toutes ses questions et lui faisaient avaler de la théorie et de l'histoire sur les Osamodas et leurs pouvoirs. Et il avait décidé de la faire passer à l'action.
Nous allons nous rendre à Amakna en premier. Les pouvoirs sur la terre sont les plus simples à maîtriser, et il te faut au moins ça avant de contenir tes pouvoirs sur le feu.
Elle hocha vivement de la tête. Il était difficile de savoir ce que ressentait le vieil Osamodas mais quitter un peu Sufokia ne semblait pas lui déplaire. Tinavell ne se souvenait pas si elle avait déjà été dans cette Nation de fermiers, paysans et artisans en tout genre. Elle se figurait une terre verte et dorée, parsemée de champs et de moulins. 
Nous irons aux Champs qui Chantent.
Elle haussa un sourcil.

[suite à venir]
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