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[Oneshot] Oeil.

Par yawn03 23 Février 2019 - 00:54:18

Œil. La main est un outil fascinant, et au même titre que la magie, ce cadeau des dieux a forcément à avoir avec le génie douzien. Le nombre de choses que l’on peut faire avec deux mains est tout simplement impossible à compter, impossible à imaginer. Création comme destruction, de la jonction du poignet jusqu’au bout de chaque doigts. Mais à quoi pourrait bien servir tout cela sans yeux pour le voir ? Le contre est rapide et vient de lui même. « Et les aveugles ? » A cela je répondrais, et les manchots ? Quoi qu’on en dise, sans yeux pour s’extasier devant les couleurs, la perfection des formes et la perspective, nous restons des animaux, tâtonnant des mains sur le sol pour marcher. L’

Œil. Il est totalement imparfait, et c’est exactement ça qui lui donne, de mon point de vue, un attrait tout particulier. Imaginez que l’on puisse voir « parfaitement ». Quelque soit la distance, sans flou. Quelque soit la lumière, sans diffractions, sans ombres ou éclat picotant la cornée. Quel ennui. Notre œil est une ouverture creusée par les dieux pour s’extasier devant une fraction du génie de leur création. Et lorsque nous leur donnons le culte qu’ils méritent, pour s’extasier devant la notre. Et c’était exactement ce que j’avais poursuivi toute ma vie. Du plus jeune âge, j’ai vu les héros traverser la ville à dragodindes, les miliciens joindre le fer, les déflagrations des combats de mercenaires, le sang des bandits étinceler au soleil. Je ne suis ni un héros, ni un bandit. Si je devais choisir entre épée ou bouclier, sans hésitation, je choisirais

Œil. Je veux voir. Je veux voir plus, plus encore. Lorsque j’ai finalement compris le concept de la mort, je dois l’avouer. J’étais terrifié, cloué au lit pendant des jours. Mon temps est limité. Un jour ou l’autre, je ne verrais plus. Perdre la vue est certainement ce qui me terrifie le plus dans le concept de la mort. Mes yeux, toujours ouverts, levés vers le ciel. Mais pas d’image. Rien. Noir. Noir pour l’éternité, et lorsque mon âme aura quitté mon corps, mon temps sera écoulé. La conclusion logique aurait été de choisir Xélor, n’est-ce pas ? Même jeune, je n’étais pas le genre à choisir sans réfléchir et sans explorer toutes les possibilités. Mon père était un formidable mage, un précurseur, assurément. Les discussions avec lui sont mes meilleurs souvenirs d’enfance. Le temps n’était pas mon véritable problème, et il le savait. Après tout, contrairement à moi, il avait l’

Œil. Féca. Pourquoi Féca ? Je veux protéger mon corps, je veux protéger ce que je vois, je veux protéger le monde autour de moi et en moi. Celui qui est assez stupide pour penser qu’allonger son sablier de quelques grains pourrait lui permettre de voir plus est déjà aveugle. Mon rêve n’était pas aussi égocentré. Si je protège ce qu’il y a autour de moi, alors je ne perdrais tout simplement pas les choses que je veux observer. Le bonus de temps que tous les disciples de Xélor cherchent en vain à courir après est futile. Alors qu’ils perdent leur temps à rassembler leur corps tombant en poussière, je ramasse derrière eux ses poussières. Je ramasse ses poussières, et je les rassemble. Grain par grain. Tas par tas. Je serais là pour les voir, entier, attentif, alors qu’ils disparaîtront. Je protégerai leur image pour à jamais pouvoir l’observer, l’examiner, comme une statue de pierre. Non, comme un corps dans la glace. Idéaliste ? Utopiste ? Illuminé ? On me dit que de nouveaux puissants magiciens seraient la volonté des dieux. Mon

Œil. Comme un flash dans ma vision, l’image d’une lumière éblouissante à jamais marquée dans ma rétine. J’ai fait tant de chemin depuis les prémices de mon rêve. Je le confesse, je n’ai peut-être pas toujours été du bon côté. M’allier avec cet éliotrope dément n’était peut-être pas la meilleure idée du siècle. Mais c’est là que je l’ai rencontrée. Quelque chose de bien pire que la mort. Un esprit corrompu, un mal insidieux. Cette femme, cette cooleuvre, cet irritant poison qu’elle est. Maudite soubrette. Si j’avais vraiment ouvert les yeux au bon moment, j’aurais peut-être pu voir depuis le début qui tirait les ficelles. Depuis combien de temps déjà, était-elle derrière cette organisation ? Tout n’est plus que brume, brouillard. Rougeau était juste un camarade de travail, un coéquipier. Je dois l’avouer, avec sa chevelure rousse, nous nous complétions. Je n’ai jamais eu de sentiment pour lui, juste un respect silencieux. Je n’ai pas vu quand elle a versé le poison dans son verre. Mais pour le mien, croyez moi, grand ouvert était mon

Œil. C’était l’affaire d’une seconde lorsque nos regards se sont croisés. Ses pupilles de serpentin, traversant ma tête, pénétrant mon crâne, cherchant à y déceler mes pensées. Un regard dégoûtant, dépravé. Voilà les yeux d’une personne à l’opposé de ce que je recherche ? Elle n’ouvre pas les yeux pour voir. Elle ouvre les yeux pour effacer. Les individus qui pensent tout savoir sont au moins aussi ennuyeux que ceux qui ne savent rien. Alors que le couteau fusait vers mon

Œil. Le choix n’était plus qu’une question de secondes. Rapide coup d’

Œil. La machine. Un saut. Froid. Puis noir. J’ouvre un

Œil. Combien de temps ? Un mois ? Mauvais

Œil. Plus jamais. Cette fois, j’ouvrirais l’

Œil.

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