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Journal de celle-là

Par Rezia 21 Août 2018 - 22:45:58
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Sobrina Lisy Garda
5 Descendre 976 

  Ma mère me fascine. Certains jours je pense en être une copie ratée, d'autres jours je me considère comme une version supérieure. Finalement, nous sommes juste différentes, et ressemblantes.

  Ma mère est toujours calme. Même ses colères sont calmes, et ça les rend d'autant plus terrifiantes. Mais ses joies sont très expressives, tout en étant assez contenues. Grossièrement ma mère est facile à vivre, et je l'ai admiré pour ça. J'ai essayé. J'ai vraiment essayé à m'en couper la langue. J'ai fais des efforts considérables pour être facile à vivre, mais je n'ai pas réussi à tenir. Faut que ça sorte, faut que je démolisse la pyramide de cartes. Je vis pour rompre l'équilibre qui dure trop longtemps, même le mien. Ça me démangeait de voir ma mère réussir là où j'échouais. Je faisais mon maximum pour la pousser à bout, visant ses points faibles, relativement différents de la plupart des mères, mais elle résiste, et a toujours résisté.
  J'étais l'enfant unique, je ne devais pas la décevoir et elle devait me mettre la pression : c'était nos rôles définis. Elle a même réussi à contourner ça, sa pression ressemblait plus à des conseils. Applique ou applique pas, ça me fait une belle jambe ! Disait-elle avec son air détaché. Détaché. C'est le mot qui lui convient le mieux. Elle est constamment détachée. Ses euphories le sont, ses coups durs le sont aussi. Même son détachement est détaché, elle arrive à ajouter une double dimension à ses instants où elle se donne l'impression d'être ailleurs là où nous, simples mortels, on le fait lourdement, avec de grands panneaux lumineux qui montrent que notre esprit est bel et bien ailleurs.
  J'essaye de faire comme elle, mais elle le fait mieux. Elle fait toujours mieux.

  Elle est romantique, comme moi. Toujours un bouquin à la main, elle touche à tout : histoires d'amour, enquêtes, horreur, essais. Elle lit trop. J'avais toujours cette image de ma mère, recroquevillée sur son lit, un livre dans une main, l'autre posée sur la cuisse de mon père qui était à la recherche de nouveaux accords de guitare. Complètement en décalage avec les autres femmes de sa communauté, autant au milieu des femmes sulfureuses et pulpeuses de Macheville qu'au milieu des robes bouffantes et des corsages serrés des femmes de sa famille.
  Elle tirait sur la corde, repoussant mon père jusque dans les retranchements du mariage en continuant de s'accrocher à son bras comme une adolescente, quand j'étais moi-même une adolescente. Elle faisait le travail pour deux : elle restait digne, classe et charmée par mon père, tout en vantant des qualités qu'il n'avait plus depuis longtemps, s'autorisant quelques fois des allusions sexuelles avec l'agilité qu'elle a. Calme, intelligent, beau, sportif, talentueux.
  Je détestais la voir se comporter comme une gamine persuadée qu'elle était mariée à son âme sœur : ses cheveux en bataille, son rire spontané que seules les jeunes muses ont le talent. Aucune garde-robe des plus élaborées et des plus coûteuses contrairement à sa fille, son activité préférée était de terrasser les autres femmes dans les tenues les plus indignes qu'il soit. Avec ses chemises à carreaux trop grandes, ses pantalons abîmés, était-elle prête à bricoler ? Pas du tout ! Elle se pointait comme ça à différentes réceptions, attirant l'attention dés son arrivée, pas par la pauvreté de ces vêtements mais par la richesse qu'elle leur avait donné en les portant. Imaginez un peu quand elle osait faire un effort.

  Contrairement à d'autres enfants, je n'avais pas de quoi avoir honte de ma mère, c'était plutôt l'inverse. Là où je me trouve ennuyeuse en essayant de mettre le paquet pour vivre la vie la plus romanesque possible, à mon âge sa vie était remplie de rebondissements sans avoir besoin de lever le petit doigt. De la colère, de la jalousie, oui, mais pas de honte. Jalousie ?
  J'ignorais que tu avais une sœur !  C'était cette phrase lourde que j'étais destinée à entendre à longueur de journées, venant d'hommes plus âgés voulant séduire ma mère. Mais non. C'était à elle qu'on demandait si j'étais sa sœur, et sans aucun désir de séduction derrière. Pour la simple et bonne raison que si on ne m'avait pas dit que cette femme était ma mère, j'aurais tout autant cru qu'il s'agissait de ma sœur. Certains se questionnent sur la naissance du Krosmoz, d'autres sur l'invulnérabilité d'Ogrest. Moi, je voulais juste savoir pourquoi ma mère paraissait si jeune. Dix-sept ans d'écart. C'est à la fois peu et beaucoup, mais ça fait tout de même un sacré trou (une manière plus gracieuse d'évoquer le mot "trou" le jour du méryde des "trous") de presque vingt ans. Vingt ans. A la regarder, on dirait qu'elle est la pouffe écervelée avec qui mon père, presque grand-père à côté d'elle, a décidé de s'envoyer en l'air après avoir enfanté, puis jeté la génitrice. Mais non. Le pire c'est que contrairement aux Causes Désespérées qui se frottent les mains à l'idée qu'on puisse les trouver jeunes, ma mère faisait face à cette question avec une indifférence plate. Pardon ? Non, c'est ma grande fille, Sobrina. A être jalouse d'une femme, ça aurait dû être d'une grande sœur plus belle, plus intelligente, plus aimée. Pas d'une mère plus belle, plus intelligente et plus aimée.

  Pourtant, à nous regarder au-delà du physique, on se ressemble vaguement. J'ai mes petites variantes, mais on est presque les même. Comme des sœurs. Donc, en vouloir, être en colère contre quelqu'un qui vous ressemble c'est assez problématique j'imagine ?
  C'est sûrement la différence avec cette fille avec qui le tout-Astrub me compare. Je ne l'aime pas, car on ne se ressemble pas, outre quelques vêtements. Mais ma mère c'est moi. Donc je me pose une question existentielle : si je peux parfois lui en vouloir, la détester, en fait-elle autant ? La logique dirait non, car une mère blabla aime son enfant, mais est-ce que je suis une certaine logique ? Non. Ma mère non plus, ainsi.
  J'ai vu tellement de gens dépensaient une énergie démesurée pour essayer de comprendre ma mère en vain. Comme j'ai vu tout un tas de gens essayaient faire la même chose avec moi, en vain. Étrangement, j'estime avoir le privilège de comprendre ma mère, grâce à ce petit lien. Et j'ai la certitude qu'elle émet régulièrement les mêmes pensées que moi, mais j'ai aussi la certitude que derrière ses livres, sa légèreté et ses idées d'amour niais, sa colère et ses ressentiments sont bien moins superficiels et plus complexes que les miens.
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Tout simplement magnifique, darling, ma-gni-fique !
Plus sérieusement j'aime le style d'écriture ainsi que les sentiments brutaux et tranchants qu'on peut ressentir dans tes phrases.

Ah et je voulais te renvoyer l'ascenseur pour notre rencontre en prison. C'était plutôt amusant et je suis finalement contente d'y avoir fait un (très) bref séjour.

Ceci dit, quel manque de classe que de s'évader par la porte... Dans notre clan, on entre par la porte principale et on ressort par celle de service et non l'inverse.
Enfin... il ne doit pas y avoir grande différence entre deux trous de passoires quand on en sort, mmh ?

Avec toute ma malveillance,
Théthys
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Merciii !
Quelle rencontre épique ceci dit, enfin presque. o/

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Sobrina Lisy Garda
11 Descendre 976

  Une seconde adolescence. C'est l'expression que je cherchais depuis des mois, en vain. Puis l'autre soir, alors que j'étais tranquillement entrain de m'assoupir dans un bain rempli de bulles, un verre de vin blanc à la main, mettant en scène ma propre vie de luxe fantasmée, il est venu. Comme ça. Paf ! J'étais entrain de me dire à quel point je devais être atteinte pour prendre un bain moussant avec un peu d'alcool, sachant que je déteste cet effort inutile qu'on fait pour créer de la mousse, ça colle, ça salit le parquet, et que je ne bois pas seule, du moins rarement. Je remarquais à quel point je me comportais comme une adolescente voulant réaliser ses fantasmes, ses petits plaisirs, puis l'expression seconde adolescence est venu d'un coup !
  Tout s'explique. Le journal, moi. Vraiment, tout.
  Je vis ces dernières années comme la version adulte des années d'adolescente que j'ai en partie loupé à trop vouloir les contenir. Ainsi, ce n'est pas vraiment une seconde adolescence, plutôt une adolescence retardée, plus mature.

  Sans pour autant partir dans des fantasmes délirants. C'est même le principal problème : mon imagination a une limite, une frontière à ne pas franchir. Une fois franchie, j'ai envie de transformer cette petite histoire que je me suis inventée en réalité, et une fois que c'est fait, je suis soudainement répugnée. J'annule tout, je recommence.
  J'ai un exemple pour illustrer ça : il s'appelle Réginald.
  Bon, ce type je le connais depuis quelques années, et ces derniers mois nous voilà proches. Très proches. Trop proches. Voilà qu'on passe du temps ensemble, à la plage, dans une grotte, on se sourit, il me sort ses plus belles phrases. Je m'amuse à jouer une fausse séduction, pour satisfaire son ego. Puis moi, j'émets l'éventualité que ce type pourrait me plaire. Puis soudain, je nous imagine, étant ce fameux couple « cool », « second degré », qui se moque des autres couples standards, en riant fort. On pleurerait de rire, ce serait très drôle tout ça. Alors, j'imagine, j'imagine, j'imagine. Ni une ni deux, j'embrasse ce type. Puis c'était fini.
  A l'instant où mes lèvres ont touché les siennes, je l'ai détesté. Je ne voulais plus être un couple en dehors de la norme, je voulais être le genre de couple dont on se serait volontiers moqué. Je me suis imaginée lassée face à son humour, son goût vestimentaire qui laisse à désirer, sa réputation d'infidèle, sa roublardise, sa barbe rousse, son machisme caché sous une couche de flatterie, son côté clown, farceur, beauf. Je serai devenue une amatrice de bières bon marché, de matchs de Boufbowl. Son humour, son goût aurait dépeint sur moi. Mais moi non, je n'aurais pas réussi à lui donner un peu de moi. Je serai devenue la chose malléable d'un objet rigide. Ma pauvre fille, tu mérites mieux. Ni une ni deux, adieu Réginald.
  
  Jusque là j'y voyais trouble, puis tout m'a semblé plus clair. J'essayais jusque là de justifier ma vie de célibataire endurcie, de batifoleuse, qui picore ici et là, qui se régale du désir qu'elle procure sans jamais s'offrir. Finalement, j'ai compris, qu'inconsciemment, désormais consciemment, je ne m'autoriserai jamais à être en couple avec quelqu'un qui me plaît. J'ai franchi la limite avec Réginald car je savais que le dégoût qui en découlerait juste après ne me ferait ni chaud ni froid. Mais les hommes qui me plaisent vraiment, jamais je n'oserai franchir le pas avec eux, de peur de ressentir ce dégoût qui me rongerait la bouche, me brûlerait les yeux à m'en faire pleurer de rivières. Ce fameux goût d'encre écœurant qui irrite la gorge. On s'invente une fiction, et une fois en bouche on la recrache.
  Il semble plus judicieux de sauvegarder un amour inaccessible que de prendre le risque de le voir s'envoler en un contact buccal.
  Si vous voulez savoir si vous me plaisez, quels sont les signes qui ne trompent pas ?

a) Je ris très fort à vos blagues, surtout les moins drôles. Même celles visant les minorités, du moment que vous vous persuadez juste après que c'est seulement de l'humour.

b) Je vous parle d'un ton neutre. Un ton très mystérieux, sensuel, charmeur et dont vous êtes certain qu'il signifie « Je suis très secrète. Es-tu prêt à tout découvrir de moi ? », mais qui veut en réalité dire « Je m'ennuie fermement avec toi ».

c) Je ne vous ai pas encore embrassé. Ni fait le coup du décolleté plongeant ou des « malheureux accidents » de robes trop courtes, de ceintures égarées, de jambe cassée où je fais comme si je n'étais pas au courant. Non, rien de tout ça. Pourtant, je suis là, bien présente, avec vous.

d) Je vous fais des reproches que vous méritez en permanence et je vous appelle Malahiel.

(Réponse C. Totalement. Si je fais une des trois autres avec vous, l'aventure s'arrête ici.)
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Sobrina Lisy Garda
19 Descendre 976

  L’arrivée imminente de Nowel me rend un chouïa nostalgique de l’été. L’été est loin d’être ma saison préférée. A vrai dire, c’est même celle que je déteste le plus. Cette saison où l’on passe ses journées à ne rien faire sous un soleil de plomb. Cette saison où l’on a l’impression qu’une musique tourne en boucle derrière chacune de nos actions. Cette saison où on se couche à pas d’heures, où la nuit semble aussi vivante que le jour et le jour semble aussi beau que la nuit. On passe les journées à rire, à flâner, à gaspiller notre temps précieux pour finalement regretter, pour finalement d'être nostalgique de nos regrets estivaux. J’aurais dû… Trop tard. L’été fait toquer à notre porte des personnes formidables qui disparaissent dés la fin du mois de Fraouctor. Gigotant nos jambes sur une piste de danse rigide et éclairée par des lanternes colorées pendant que dans l’ombre, des langues saliveuses s’entremêlent au goût de la fumée des paradis artificiels et des pensées philosophiques qui les accompagnent, récitées dans un langage cru, abrupt, estival.
  J’adorerais l’été si il ne me rendait pas aussi triste.

  Mon été dernier a été rythmé par un Armie. Un homme avec qui j’étais censée me marier dans la foulée. Robe blanche, traîne, voile, bouquet, la totale.
  Je m’étais résignée à m’essayer au mariage arrangé. Je voulais m’essayer au sacrifice, me marier pour faire de la vie de mes parents un long fleuve tranquille où ils n’auraient plus eu à subir les coups de pression permanents de ma famille pour que je me marie finalement. J’avais pas choisi le plus moche. J’avais tout un catalogue. Puis je suis tombée sur ce charmant type. Armie. Mâchoire carrée, peau bronzée, yeux bleus, muscles saillants, fesses rebondis.
  Il était vraiment beau. Plus beau que la majorité des gens. Il était finalement assez beau pour ne pas être comparé. Il était drôle, vaguement. Il me plaisait. La triste chose c’est que je suis nulle pour me sacrifier. Mon été a été rythmé par Armie, notre mariage et notre annulation de mariage, tout ça en quelques semaines.
  
  Puis j’ai erré. J’ai beaucoup erré sur ces fameuses pistes de danses estivales pour profiter de cet été qui s’était présenté comme catastrophique. Puis j’ai vu l’envers du décor de ces pistes. Là où jusque là j’étais celle qui dansait, éclairée par ces lanternes, j’ai finalement rejoint l’envers du décor. Ces fameux décors sur lesquels on fantasme en secret. Des baisers volés à l’ombre de la lune, des discussions avec des inconnus sur des plages, des soirées alcoolisées, des ballets de langues.
  Je devais évacuer Armie, il m’avait cassé. Je ne pouvais pas séduire un autre, me laisser aller au plaisir sans entendre cette petite voix dans ma tête qui me rappelait que je l’avais abandonné comme le plus inflexible des bourgeois, alors que ce malheureux avait pleuré quand j’avais décidé d’annuler ce fameux mariage. Je m’étais sous-estimée, j’étais vraiment tombée en empathie avec ce type, j’étais tombée en empathie avec un type que je connaissais à peine et avec qui je devais réaliser un mariage arrangé là où j’étais incapable de tomber en empathie avec des types comme Réginald ou Ekan. Sans doute car Armie a toqué à ma porte en plein été, pour finalement disparaître, sachant que je ne le reverrai jamais. Armie était en réalité mon amour d’été, que je le veuille ou non. On perd toujours ses amours d’été, alors on essaye de les oublier, en vain.
  Où que tu sois, je te souhaite sincèrement du bonheur dans ta vie Armie.
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Sobrina Lisy Garda
23 Descendre 976

  Cent pages ! J'ai réussi à rempli avec ma grosse écriture cent pages de journal ! Enfin, techniquement, il devrait en faire moins. J'écris gros, comme toutes les femmes, contrairement aux pattes de moomouches masculines, et mon écriture est plus ou moins inclinée, comme toutes les femmes supposées être matures. Ça a été très dur pour moi de lâcher prise, calligraphiquement parlant. Toujours rigide, lente, appliquée. Un beau jour, j'ai pris une feuille et j'ai crée l'alphabet de Sobrina, écrivant des dizaines de fois la lettre R pour qu'elle me soit propre. J'ai changé mon écriture de A à Z (c'est le cas de le dire) et je me suis efforcée d'y donner un air « écrit à la va-vite », « décontractée » alors que même la décontraction de mon écriture est contrôlée. Bref ! Tout ça pour dire que j'ai écris cent pages de journal. Une assez grosse partie d'un roman palpitant, il m'en faudrait encore un peu le double ou le triple et ça sera bon.
  Enfin, je vous avoue qu'en ce moment ce n'est pas trop la joie pour écrire. Je ne suis pas comme ces filles faussement spirituelles, véritablement chiantes, qui chaque soir, se munissent de leur journal pour y raconter leurs malheurs et leurs ressentis dans l'espoir de se sentir mieux. Ô mon cher journal ! C'est un journal idiote. Je veux dire, si vous me lisez un jour ou l'autre et que vous l'aviez oublié, la fonction première de ce journal était de me prouver à moi même que je savais écrire. Évidemment, personne ne peut me le confirmer, à ma part moi. Je confirme.
  Alors, oui, oui, j'y ai pris goût. C'est plaisant, mais quand je ne trouve pas le mot juste je n'écris pas, et à contrario, parfois j'écris alors que je n'ai rien à raconter. Surtout en ce moment, je n'ai rien à raconter. Absolument rien. R-I-E-N.

  J'en suis même venue à jauger le côté palpitant de mes journées à coup de petits symboles : un carré quand c'est ennuyeux, un cœur quand c'est un minimum intéressant, une étoile quand je vis une véritable épopée. Vous l'aurez deviné, aucune étoile dans le ciel, j'enchaîne les carrés.
  Depuis l'apparition soudaine de ces nouvelles nations du jour au lendemain, je ne croise plus personne. Enfin, j'ai vu Esdras, rapidement, puis j'ai vu Laté, rapidement, et Conteur, rapidement. Je suis allée au Vall aussi, mais j'ai pris la fuite, j'ai sauté du balcon, l'ambiance était morose, mais je venais d'arriver, je ne pouvais pas sortir aussitôt (d'ailleurs j'y ai vu Kyuti, j'avais oublié jusqu'à l'existence même de cette gosse, qui, dans mes souvenirs, était la gosse de Yushia il y a fort-fort-fort longtemps, avant de disparaître du jour au lendemain, pour désormais traîner avec des types plus ou moins étranges). Sobrina se sent donc seule, sans histoire à raconter, abandonnée. Où sont passés les gens que j'appréciais ? Partis, visiblement.
  
  Finalement, ce journal me rend triste. Écrire noir sur blanc le vide actuel de ma vie me fait doublement mal. C'était censé être la face cachée de Sobrina, la fille qui n'a jamais une minute à elle. L'idée de la femme célibataire contenant son désir et sa haine dans son journal me plaisait bien au début. Maintenant j'en suis venue à un stade où j'hésite à inventer. Qui pourra me contredire ? Ici, personne. Ma parole contre la leur. Bien sûr que si, machin a un champignon a tel endroit. Bien sûr que si, j'ai vu truc faire des galipettes avec bidule. Bien sûr qu'il m'a battu, qu'il m'a agressé. A défaut d'avoir une vie palpitante, imaginer les péripéties des pages de mon journal le serait.

  Cent pages. Une bonne entame d'un roman. Mais bon, je veux mieux qu'un roman. On sous-estime le potentiel d'un journal intime.
  Déjà je vous avoue, que le feuilleter et voir autant de pages remplies, voir le temps qu'une femme peut perdre à raconter une seconde fois sa vie est fascinant, et le pire c'est que ça rend bien. Tous ces mots alignés, cette écriture décontractée, c'est beau à regarder.
  Puis ensuite, franchement, existe-t-il vraiment des gens qui écrivent des journaux intimes sans avoir l'espoir que quelqu'un qu'on connaît tombe dessus par maladresse ? Évidemment qu'on fait mine de le protéger, on a notre dignité. On va pas dire à la personne « Va-y, je t'autorise à découvrir à quel point je suis détestable ! ». Bah non, jamais. Bien sûr qu'on veut que quelqu'un qu'on connaît tombe dessus. C'est pour ça qu'on y révèle pas réellement tous nos secrets. On nuance. Je vais pas coucher sur du papier toutes mes coucheries. Je veux que le lecteur entretienne une relation amour-haine avec moi, je veux le passionner, le faire se questionner, le remettre en question. Pas qu'il me résume en un mot de quatre lettres commençant par un P comme n'importe quel beauf le ferait en lisant les mésaventures nocturnes d'une Ecaflip imberbe.
  On cherche à faire voler des vérités en éclats, malgré nous. Montrer un visage totalement différent de celui du journal est encore mieux, la personne tombe des nues. Pas forcément un personnage détestable, enfin si. Détestable, mais adorablement détestable. Ce que je m’efforce d'être dans ce journal. J'espère que j'y arrive.
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[HRP]

Hello !


Je suis rendu à la lecture du 3ème d'Octalliard et franchement... J'ADORE ! Le texte est très simple à lire (malgré quelques petites fautes d'orthographe, de conjugaison) et je trouve les Sobrinas très intéressantes et très bien construites ! C'est l'une des meilleures lectures que j'ai pu avoir sur ce forum, sincèrement.

Je trouve même dommage de ne pas avoir croisé Sobrina avec Soda-Pop, sûrement l'un de me sseuls personnages qui pourrait éventuellement devenir ami avec elle, enfin bref.

J'ai hâte de lire la suite, je tiens aussi à dire que la variation des thèmes et ce que tu as à dire dessus est très pertinent (le mariage, l'amitié, la famille, etc.).

Très beau travail !

Sympathiquement,
Katze~

[HRP].
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17 Flovor 977
Sobrina Lisy Garda

  La plaisanterie a assez duré. J'avais écris ça à la fin d'une entrée il me semble. Bon bah, nous y sommes, la plaisanterie avait largement assez duré.
  
  J'ai voulu tuer Sobrina. J'étais à deux doigts. Enfin, le terme exact serait mettre au placard Sobrina. J'étais (et je suis) sincèrement épuisée. J'estimais avoir des amitiés sincères, certes peu, mais j'estimais en avoir. Depuis que les nations ont décidé de changer de tête du jour au lendemain, devinez combien d'amis j'ai croisé ? Zé-rooo. (Enfin si, j'ai vu Laté, très vite, et Esdras, très vite aussi. Il y a des mois. Coucou si vous passez par là.) J'ai cherché pourtant. J'ai beaucoup cherché, retourné la terre, les cieux, les mers. Rien.
  Dans un premier temps je suis partie bouder. Dans un second temps j'ai dis que j'allais me tuer.

  Sobrina semblait être devenue légèrement inintéressante, je me devais lui procurer quelques vacances, le temps qu'elle manque suffisamment à ses amis pour qu'ils daignent revenir vers elle. Mais moi, je n'avais aucune envie de vacances. Ainsi, j'ai décidé de changer.
  Qui a décrété que c'était impossible ? Des imbéciles de toute évidence.
  Je me suis imaginée toute blonde, avec une immonde coupe à la garçonne, des yeux bleus, l'air vulgaire. Renommée Edith, en clin d’œil au prénom que j'étais censée avoir à la place de Sobrina. Munie d'un faux passeport fait sur-mesure, j'aurais développé un accent Amaknéen. Ni vue ni connue, mes talents d'actrice se seraient au moins renouvelés.

  Voilà où j'en suis arrivée. Vouloir changer d'identité comme s'il s'agissait de la plus habituelle des coutumes. Ça paraît fou, hein. Avant de me juger, peut-on s'arrêter cinq minutes sur les raisons qui font que j'en sois arrivée là ?  

  Peut-être que certains le supportent facilement, mais ce n'est pas mon cas. Je ne peux pas être ignorée de la sorte. Ça m'est devenue insoutenable. Si les gens cessent de s'intéresser à moi c'est que je suis devenue obsolète, un défaut de fabrication, un rouage coincé, une partie du plan qui n'a pas été suivie. Il faut tout recommencer. Ainsi, un soir, après quelques verres de vin, on se retrouve face à son miroir en se demandant Qu'est-ce que tu veux être ma jolie ? Le monde s'offre à toi.
  
Je pouvais décider de mon passé qu'on m'a tant reproché. Si je voulais, je pouvais devenir mystérieuse. Me créer à mon tour un passif qui me permettrait de justifier mon asociabilité. Alors Sobrina ? Qu'est-ce que tu as vécu ? Je pouvais avoir vu mes parents mourir sous mes yeux à l'âge de dix ans. Avoir été recueillie par une secte qui vénère Rushu. Avoir une jumelle maléfique. Être une riche héritière en fuite qui tente de vivre la vraie vie des pauvres. Pirate, poseuse de bombes, criminelle au cœur tendre. Tout ce que n'est pas Sobrina, vu que par définition je n'étais rien. Je ne pouvais (peux) pas justifier mon mauvais caractère, ma tristesse intérieure par un quelconque argument qui se trouvait dans mon passé, à part ma terrible envie d'embêter mon petit monde.
  
  Postuler chez les Affranchis, devoir se présenter en quelques lignes. Sensation de dégoût perdue au milieu d'une page. Se décrire comme ordinaire. Sensation de dégoût, puis de colère trouvée au milieu d'une autre page. Ordinaire ? Mais voyons, comment veux-tu percer de cette manière ? On veut des larmes, des choses à faire pleurer dans les chaumières. Même pas un petit traumatisme à exploiter ?  Être reléguer au second plan. Accepter ça.
  Je me suis sentie comme le personnage secondaire de la vie d'Efflis, sans histoires en dehors de son cadre, j'étais son personnage intermédiaire qui la faisait avancer. Tout comme j'avais ce sentiment, fût un temps avec Razielle.
  Je suppose que mon ego a l’autorisation d'être surdimensionné après l'avoir fait taire pendant toutes ces années.

  Être une femme et un personnage secondaire. Voilà quelque chose qui craint. Alors oui, c'est vrai, se plaindre de sa condition de femme douzienne, voilà quelque chose de déjà vu. Il y a toutes ces femmes fortes, qui cultivent le mystère qu'elles ont toutes, qui tabassent des gros monstres avec une facilité déconcertante en étant mince comme ces petites piques qu'on plante dans les olives. Ces femmes sont terriblement indignes. Elles jugent sévèrement les autres femmes, plus traditionnelles, plus conformes au rôle que les hommes leur ont attribué malgré elles (sauf si elles sont attirées par les femmes, dans ce cas elles viendront bien vous roucouler aux oreilles). Un peu comme moi. Je me complais depuis toujours dans cette superficialité, cette coquetterie que j'exerce volontairement. Le regard de ces femmes a même réussi à me rendre anxieuse.

  Quant aux hommes, ils sont tellement fiers en vous voyant. Comme s'ils vous avaient parfaitement modelé, comme un artiste. Ils sont persuadés que vous sentez leur supériorité, votre infériorité. Ils s'autorisent même quelques fantaisies. Tu te sens à ta place, hein ? Murmuré sous les draps, mêlé à leur excitation masculine. Besoin d'humiliation pour être totalement stimulé. Oui. Un oui qui veut souvent dire beaucoup choses, mais sûrement pas oui. Un oui gêné, embarrassé, pour leur faire plaisir.
  J'ai trop souvent été contrainte à dire oui quand je voulais absolument dire non. Aujourd'hui je m'efforce de dire non même quand je meurs d'envie de direoui.
  
Ce journal ne devrait même pas exister. L'idée m'est venue quand j'en ai eu assez d'être dans mon coin, pour stimuler ma « personnalité ». Mettre à plat cette colère, ce dégoût qu'on m'a presque forcé à ressentir depuis tout ce temps.

  Mais finalement… Non.
  Sobrina n'a pas été mise au placard pour être remplacée par une blonde mystérieuse, kidnappée très jeune, probablement violée, sûrement pas hétérosexuelle. Quel gâchis. Quel gâchis d'avoir vécu toutes ces choses, de ruminer, pour ne pas l'exploiter. Sobrina ne mérite pas le placard, ne serait-ce que temporairement. Je ne mérite pas de m'efforcer à mentir, me créer une nouvelle identité. Toute l'excitation de ce plan ingénieux est retombée comme un soufflet. Je traîne des pieds, un peu triste. Je verse souvent quelques larmes ces temps-ci. J'attends. J'attends un changement quelconque. Ça vaut mieux.
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27 Martalo 977
Sobrina Lisy Garda
 
  Mon père va mourir, je ne sais pas exactement quand. Bientôt j'imagine.
  C'est ce que Kobreck, l'Eniripsa qui s'occupe de ma famille depuis des années, a dit à ma mère. C'est ce que ma mère a dit à mon père. C'est ce que ma mère m'a dit.
  Il n'est pas si vieux pourtant. Il contracte quelque chose, il ne sait pas exactement quoi, que personne n'avait vu venir. Ou plutôt que tout le monde avait imaginé sans jamais le voir venir. Mauvaise alimentation, aucun efforts physiques, dépression et j'en passe. Il cumulait les petits tracas qui réduisaient son espérance de vie à vue d’œil, qui allait un jour ou l'autre le faire tomber malade.

  C'est bizarre. J'avais déjà commencé à écrire cette entrée puis je l'ai finalement recommencé. En me lisant, j'ai eu la sensation que j'écrivais comme si il était déjà mort. Pire, comme si il était un souvenir lointain.
  Je déteste cette situation à laquelle je suis pourtant habituée. Cette situation où vous savez que vous allez avoir mal, mais vous ne savez pas exactement quand, et vous n'avez rien fait pour anticiper la chose auparavant. Comme quand vous aimez terriblement une personne, que vous avez des raisons de penser que cette personne ressent peut-être la même chose, sans pour autant en être sûre. Et un beau jour elle débarque. « Voici ma fiancée ! 
- Ah. Enchantée. »
  Un beau matin je vais débarquer et il ne sera plus là. Et je n'aurais pas pu lui dire les choses que je voulais lui dire.

  Peut-être que j'écris parce que je n'ai rien à lui dire.

  A une époque, quand j'étais encore enfant, je m'imaginais rentrer chez moi et découvrir que mon père était mort. J'imaginais le taux d'attention incroyable que je recevrai alors. Je serais alors devenue le centre de l'attention, suffisamment de temps pour réaliser des choses importantes que je ne pouvais pas accomplir avant et que je ne pourrais pas accomplir après ce laps de temps. Ce laps de temps où les gens vous adorent pour combler votre tristesse, plus personne n'a le droit de vous détester.
  Aujourd'hui je ne suis pas prête à basculer du côté des centaines d'orphelins pour qui c'est une simple banalité. Certes, ce sera arrivé tardivement, mais ça aura fini par arriver.

  J'ai surtout peur de ce qu'il va se passer après, l'enterrement, tout ça. Je sais d'avance que je ne vais pas réussir à pleurer, du moins véritablement, et que je ne serai que partiellement triste. Je devrais m'efforcer de contenir une certaine joie dans le choix de ma garde robe de deuil, choisissant avec des yeux qui pétillent les différents dégradés de noir que je vais utiliser. Quoi qu'au fond, il aimerait ça.
  Il aimait aime ma coquetterie, même si il est constamment à côté de la plaque.
  Je connais les femmes moi, si vous vous faites belles c'est que vous voulez plaire à quelqu'un. Alors ? Tu fais ça pour qui ? L'éventualité que j'ai toujours voulu me faire belle pour moi-même ne lui a jamais effleuré l'esprit. Il a toujours voulu un garçon pour l'élever au rang où lui a échoué. Il en aurait fait une rock star de Macheville qui aurait fait frissonner les midinettes.
  Mais je suis bien contente qu'il n'est pas eu de garçon. Il aurait été le plus toxique des pères. Le genre de père qui dit à son fils « Sois un homme ! ».
  J'ai toujours détesté cette phrase, « Sois un homme ! », venant des hommes dans un premier temps, mais surtout des femmes quand elles s'adressent à leur mari, ou bien leur fils, leurs amis. Je déteste cette phrase pour le sens qu'elle sous-entend à la phrase « Sois une femme! ».
  Quoi qu'il en soit mon père ne sera bientôt plus un homme, ni rien du tout, et ça me rend triste. Un peu. Suffisamment pour satisfaire le poids social de la tristesse imposée lors de la mort d'un proche.
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Sobrina Lisy Garda
9 Juinssidor 977
 
   Je me suis faite «agressée» aujourd’hui.
  Je sais c’est un petit abrupt comme retour après des mois d’absence, mais on touche là un problème majeur qui me pousse à revenir vers toi : je vais probablement devoir en parler à des gens, et avant que mon esprit soit pollué par leurs insupportables voix, je devais en parler à quelqu’un à qui je ne mens pas, du moins rarement. Toi.
  
  Tout s’est passé très vite ! Je n’ai pas vraiment compris. J’étais tranquillement à Astrub. Une laideronne vient me voir, me dit qu’elle me trouve belle, qu’elle adore comment je m’habille et me demande de l’accompagner pour que je lui donne mon avis sur ses tenues. Comment j’étais censée dire non ? Evidemment que je tombe dans le piège. Ni une ni deux, je la suis dans une maison qu’elle prétend être la sienne, elle me présente son placard. Vide. Je n’ai même pas eu le temps de la traiter de menteuse qu’elle me pose une dague sur la gorge, et que son acolyte débarque dans mon dos, pointant son pistolet en direction de mon cou. Ils sont repartis avec l’argent que j’avais sur moi, équivalent à une Panoplie Bouftou d’une qualité correcte. Ils semblaient avoir remportés le pactole.

  Je suis censée faire quoi désormais ? Evidemment que je suis légèrement sous le choc, sans pour autant en faire des caisses car j’ai un don certain pour relativiser. Un scénario tout tracé est supposé se produire désormais, en plusieurs étapes.
  
1) Je mime une dépression. J’arrête de me maquiller pour que cela soit bien voyant. Je cesse de m’habiller de manière richissime. Je tire la gueule. Je m’entraîne à pleurer.
2) Je réunis mes amis (qui ont tous disparu comme les lâches qu’ils sont, à part Zavgon que je vois une ou deux fois par ci par là, quand il n’est pas avec Rossenthal entrain de s’envoyer en l’air sur un tabouret ou de faire des jeux de rôles déguisé en buisson avec elle) pour leur annoncer la terrible nouvelle de manière tragique.
3) Je mets finalement mon entraînement pour pleurer parfaitement en pratique dans un récit absolument standard de la fille qui s’est faite agressée. «C’était horrible. C’était comme si… J’ne saurai pas l’expliquer. J’en-J’en tremble encore… Le pire dans tout ça, ce n’était pas l’acte en lui même, le pire c’est… Reniflement grossier ...C’était ce sentiment d’impuissance. J-Je me suis sentie si faible. Si vulnérable. Je ne veux plus jamais vivre ça.»
4) Mes amis (donc ces temps-ci Zavgon, s’il n’est ni recouvert de feuillage, ni recouvert par sa femme) me consolent comme il se doit. Avec un bonus si ils promettent de me venger. «T’inquiètes pas, on va retrouver ces enflures Sobrina».
5) Un soir, je saisis la première paire de ciseaux que je trouve, et je me coupe les cheveux à la garçonne.
6) Je pars m’entraîner toute seule dans un endroit perdu pour devenir forte et «ne plus jamais vivre ça».
7) Je reviens comme une rock star, avec un visage qui sera la moitié du temps sévère, car faut que ça se voit que j’ai évolué.

  Mais non ! Mais pas du tout ! Je ne veux pas de ce développement de personnage ridicule. Je sais bien que des gens qui se trouvent absolument ennuyeux tueraient pour se faire agresser et accentuer leur capital d’importance aux yeux des gens, mais ce n’est pas mon cas. Pourtant, ces derniers temps l’univers entier me pousse à devenir ce que je n’aime pas.
  Père décédé ? Je coche. Amis envolés ? Je coche. Déception amoureuse ? Je coche. Agression ? Je double coche.
  Les gens sont censés parler de cela lorsque ça leur arrive, puis les gens s’apitoient sur leur sort, ils font des efforts pour surmonter ça après un torrent de larmes, et passent d’un personnage vide d’intérêt ennuyeux à personne vide d’intérêt courageux.

  Mais moi je ne parle pas de ces choses là. Je n’ai pas besoin de ça. Vouloir surmonter ces épreuves sous entend qu’on a été faible à un moment ou un autre. Et ce n’est pas mon cas. Je n’ai pas été faible, on ne m’a pas laissé le choix de l’être. Chose différente.
  Puis se confier de manière intime aux gens, ça craint.

  La plupart des personnes apprécient ça, car ils sont logiques. Ils ressentent et réagissent de la bonne manière. Quand j’ai le malheur de me confier aux gens, j’ai droit à des grands discours qui se persuadent de ce que je ressens réellement.
  Non, Zavgon, ton «je t’aime d’amitié» ne m’a absolument fait aucun effet, du moins pas autant que tu ne voudrais t’en persuader. Non, chers membres de ma famille, la mort de mon père ne m’a pas particulièrement affectée, aussi bonnes qu’ont pu être nos relations. Et j’ai des tonnes d’exemples similaires. 
  Ce que je ressens réellement est tellement à des kilokamètres de l’attendu social, que je ne peux que vous laissez avoir raison quand vous rassemblez vos meilleurs efforts pour vous persuader de me comprendre.

  Au passage, mes pseudo-agresseurs voulaient mes bottes. Un modèle unique qu’on ne trouve plus sur le marché. Dans un ultime élan de désespoir, j’ai réussi à les convaincre de prendre plus d’argent que prévu, à défaut de prendre mes bottes. C’est une des rares choses que les gens qui me «connaissent» pourraient aisément deviner me concernant, et je ne les contredirai pas là-dessus.
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