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Journal de celle-là

Par Rezia 21 Août 2018 - 22:45:58

[HRP] Je tente un truc. Et, et, et. C'est tout. Mais n'hésitez pas à me donner des retours j'imagine ! Ce serait adorable, j'espère trouver la foi de continuer. [/HRP]

Sobrina Lisy Garda
21 Fraouctor 976
 
  J’ai honte de moi. Je me vois encore (et toujours) entrain de critiquer ces trucs-là, les «journaux intimes» (soit dit en passant, j’ai jamais mis ce mot au pluriel, fichue grammaire ! En plus, pourquoi je dis grammaire, c’est pas ça la grammaire ! Syntaxe ? Orthographe ? Exception à la règle ? On s’en fiche.). C’est vraiment un truc de gonzesse, et même pour une gonzesse, c’est sacrement cliché, notez sur moi (oui, je vous vouvoie, si vous me lisez) que j’adore rapporter tout aux clichés et aux stéréotypes qui nous entourent, pour vouloir les contredire oralement, et mettre les deux pieds, les mains, le corps entier dedans quand j’agis.
  C’est tellement – insérez tout ce que vous voulez ici – pour moi, toi, quelqu’un comme toi, qui vous voulez.

  Pourquoi j’écris ces choses ? Je ne sais pas vraiment. Enfin si, je veux me persuader que je sais écrire. Je sais écrire ? Je sais écrire. Personne ne me l’a dit, mais j’apprécie me dire des choses que je sais (pense) vraies. Donc, évidemment, j’y mets les formes. Par exemple en commençant bien par un large paragraphe pour vous dire quelque chose que j’aurais pu aisément résumer en deux lignes. Mais c’est comme ça ! Et bientôt je vais vous faire des descriptions complexes, langoureuses, torrides sur des détails ennuyeux, oubliables, pour me conforter dans l’idée que je-sais-écrire. Parce que toute personne qui prétend savoir écrire, allonge en beauté.
  Le lecteur apprécie, ça lui donne l’impression de lire quelqu’un qui sait écrire, et l’écrivain apprécie car ça lui donne le sentiment qu’il sait écrire. Oh oui ! Va-y regarde tous ces mots ! Même dans tes rêves les plus fous tu ne les avais pas vus assemblés de cette façon ! T’aimes ça, hein ? T’aimes ça.
  Tout ça pour qu’un jour, un vrai écrivain, qui peut se qualifier d’écrivain se pointe pour me dire :
  «Tu es incapable de voir l’importance de ce dont tu te moques, ce n’est pas fait pour ça. Tu passes complètement à côté. Tu es ignorante et tu le resteras, sale pouffe.»
  Sale pouffe toi-même mon gars !

  Quoi qu’il en soit, il est temps de m’introduire à vous.
  Alors (pourquoi dit-on toujours alors ?), je m’appelle Sobrina. J’ai vingt-cinq ans, bientôt vingt-six, détail important. Je suis brune. J’ai la peau pâle. Je suis grande, plus grande que la moyenne (pas la moyenne des femmes, la moyenne normale, je dirais même la moyenne des hommes). Je suis mannequin. Je suis mince. Je suis une Ecaflip. Imberbe. Pas de questions. J’appartiens à une guilde dont je tairais le nom car il briserait le charme sérieux et brut de ces phrases courtes et sèches. Je suis célibataire. Je suis une femme (rajouté en retard). Je suis mannequin, je vous l’avais précisé ?
  J’aime insister sur ce point, pour voir la réaction des gens, qui se découpent en plusieurs options :

a) Le brutal : «Sérieusement ? Et t’as pas honte ? Je veux dire, il y a carrément un Chaos, des gens sauvent des vies tout les jours, et toi t’es payé pour marcher en tirant la gueule ? Le pire c’est que t’en es fière. Je suis sûr que t’as la peau sur les os. J’ai pas ton temps.»

b) Le facile : «J’aime bien ça. Tu pourrais me montrer deux-trois trucs ?» suivi d’un clin d’oeil grossier.

c) Le réaliste : «Et ? Je suis censé faire quoi de cette information ? J’ai bien vu que t’as insisté sur ce fait, tu voulais visiblement que je rebondisse là-dessus. Bah, je le fais. J’en ai rien à foutre que tu sois mannequin, archaologue ou bijoutière. T’as tant besoin que ça de reconnaissance pour vouloir qu’on réagisse là-dessus ? J’espère que t’attendais une réaction, et que la mienne était pas ce que tu prévoyais et que tu l’as bien dans le cul.»

d) Le réaliste gentil : «Ah» ou pas de réactions.

(Je vous certifie que la bonne réponse est la D, mais que j’adorerais qu’on me réponde la C, que j’ai inventé car personne ne m’a encore dit ce que j’ai besoin d’entendre.)

  Et autre détail, très important me concernant : je suis fière de moi. Pas pour les raisons habituelles qui poussent à la fierté, je ne vis pas ma meilleure vie, quoique. Je suis pas une mère mariée comblée. Je ne suis pas une femme forte capable de se vanter de démolir les plus gros monstres. Je suis fière d’avoir réussi à devenir une femme parfaite. Alors, oui, j’imagine des gens qui me connaissent sourire en lisant ça si un jour, par mégarde ils lisent ça. Je ne me considère pas comme la femme parfaite au sens où on peut l’entendre, mais comme ma propre image la femme parfaite, qui est paradoxalement assez imparfaite.
  J’ai réussi à le devenir en comprenant, et en acceptant que j’étais un personnage. Si je voulais devenir cette femme, je devais m’imaginer être ce personnage secondaire, transparent, qu’on pense mener par le bout du nez qui se déploie finalement, pas par transformation, simplement parce qu’il est ainsi. La femme parfaite est un personnage avec de la profondeur, un personnage dont j’aimerai lire les récits selon mes critères.

  Une femme drôle, qui fait rire et qui rit en retour, parfois involontairement, mais souvent volontairement. Qui plaît aux hommes, par son physique, mais par son esprit. Son rire. Avec le besoin de contrôler la vie de tout un chacun. En vain. Ou pas. Avec le besoin de rendre fous les hommes et jalouses les femmes (en vain-ou pas). Une fille cool. Qui sait être agacée, capricieuse, froide, cassante, glauque. Qui peut écrire des niaiseries et des phrases à vous faire froid dans le dos, à vous faire demander A-t-elle vraiment écrit ça ? Je me considère comme féministe, pour autant (je devrais dire «et justement»), les femmes ressemblent plus aux hommes qu’on ne le pense. Les femmes ont leur propre jeu de «Qui a la plus grosse» lorsqu’elles montrent aux autres femmes les sacrifices plus ou moins gros que leurs hommes ont fait pour elle.
  Les bons personnages doivent montrer qu’ils ont différentes facettes. Vous pensez n’en avoir pas tant que ça ? Nuancez-vous ! Un peu de rouge par ci, du vert, du rose, du noir. Vous êtes malléable. Vous ne devez pas stagner trop longtemps sur la même facette -si vous estimez en avoir plusieurs-. Si vous avez le malheur, comme toute personne sensée de venir à vous énerver, à vous agacer après avoir montré au monde extérieur votre visage d’ange adorable, vous aurez droit à un florilège de phrases toutes faites : Elle a ses règles ou quoi ? C’est qu’elle prend du caquet celle-ci, tu t’es levée du pied gauche ? 
Non idiot – et au passage misogyne- , je ne me contente juste pas d’être définie par ce que j’ai bien voulu vous montrer de moi jusqu’ici.

  Certains pourraient penser que j’essaye de me donner un côté sombre. Je ne suis pas de ces gens lugubres, qui ne montrent aucune expression, à part dans leur cercle d’amis très privés, et encore, tout en étant toujours très paralysé du faciès, qui attendent de trouver l’amour de leur vie, ou de s’attacher à un enfant, souvent une petite fille ou un petit garçon niais, très niais, trop niais, dont je douterai de la présence d’intelligence, pour montrer leurs faces «moins-blasées». Certains sont réellement comme ça mais beaucoup sont comme ça pour être comme ça. Comment je le sais ? Je le sais. Je suis agaçante ? Je suis une vraie conne.
  Je deviens le genre de femme que je déteste, et j’adore ça, à petites doses. J’aime pouvoir placer un pseudo questionnaire à choix multiples dans un journal intime où je me défoule secrètement, dire des bêtises en permanence, agacer les gens, sans pour autant se reposer sur ses lauriers. Etre capable de se décrire comme une femme parfaite en se décrivant comme horripilante aux yeux de beaucoup de gens, sachant que mon avis est biaisé depuis longtemps.

  Je suis accessoirement une grande romantique.
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Réactions 30
Score : 765
Sobrina Lisy Garda
24 Fraouctor 976
 
   L’existence soudaine de ce journal m’autorise à utiliser la quantité mirobolante de crayons que je possède. Vraiment mirobolante. A un point, que vous n’imaginez pas. J’en ai un tiroir rempli, un tiroir très fifille, qui lorsqu’on l’ouvre, dégage une multitude de couleurs. Mais en dehors des couleurs, ils sont tous plus farfelus les uns des autres ! Certains avec un bouftou au bout, d’autre une touffe de plumes, des très longs et flexibles. Il y en a pour tout les goûts !
  Celui que j’utilise en ce moment est d’un blanc immaculé, dont la mine noire tranche avec le reste, et sur lequel une petite mariée aux cheveux blonds dans une robe bouffante est assise au sommet d’un air royal. Je l’avais piqué, j’étais censée l’emprunter pour écrire un mot doux dans le livre d’or d’un mariage. Je m’en souviens très bien, c’était le mariage de Cassie, une de mes cousines. Une de mes lamentables cousines au milieu de tant d’autres. Je m’efforce toujours de comprendre pourquoi m’avait-elle invité, c’est l’usage, entre cousines. Elle peut se le mettre où je pense son usage, elle peut toujours courir pour être invitée au mien. Avec sa fichue robe vulgaire qui prenait toute la place, son rire carnassier qui mettait tout le monde mal à l’aise, le mari compris. Un mari qu’elle avait visiblement dressé, elle lui avait appris à être parfaitement dans son ombre.
  J’apprends auprès des gens, et à chaque fois que j’entrevois le bonheur à deux à travers des couples comme Cassie et son homme, je me promets de ne pas devenir comme eux. Vous vous souvenez de quand j’ai évoqué l’équivalent féminin des concours d’égo des hommes ? Cette chose en fait parti, tenter par tous les moyens de se rassurer d’être aimé en disant à «sa moitié» quoi faire, comment agir, pour balancer aux autres cet amour impropre, falsifié.

  Et comme tout mariage de qualité, lorsque vous recevez une belle invitation, avec le nœud et tout le train-train, qui contient elle-même une seconde invitation pour l’élu de votre cœur, et que, surprise ! Vous venez seule, l’enfer commence.
Je suis la cousine de la mariée ! Si je suis contente pour elle ? Evidemment, je suis ra-vie.
Oui, je suis célibataire, effectivement.
Mes talons ? Dans une boutique à Bonta, mais, vous ne devez pas connaître.
Non, je ne suis jamais allée dans les mines de Sidimote, mais ça m’a l’air très noir.
Je suis célibataire, ouioui.
Non ! Ne vous asseyez pas a côté de moi, je garde la place pour quelqu’un. Je suis sincèrement désolée.
Non, ma grande taille ne m’handicape pas dans ma vie sentimentale.
Oui je suis célibataire, laideron va.
J’ai déjà surpris ma cousine s’envoyer en l’air avec un de nos cousins éloignés lors du mariage d’une de nos tantes. Quoi ? Haha ! N’écoutez pas ce que je dis, je suis déjà à mon quatrième verre !


  Alors oui, mon célibat a souvent soulevé des questions. Les gens disaient que j’avais tout pour moi, un esprit, un corps, des centres d’intérêts riches et variés. C’était un des mystères familiaux -qui allait au-delà du cercle de la famille- les plus étranges. Du coup, les hypothèses sont nés. Certains parlaient d’un trouble mental sévère, d’autres d’un problème d’hygiène. Je vous assure que tout ça est faux !
  Puis, pour conclure la soirée en beauté, j’ai cru vomir en lisant toutes ces niaiseries sur ce livre. «Plein de bonheur à vous deux», «Votre amour est à l’image de votre beauté : splendide», «En route pour le couple de l’année» ou encore «Votre amour fera chuter Ogrest de sa montagne». Me concernant, je me suis contentée d’y dessiner un pénis et de m’enfuir avec le crayon.

  Je m’efforce de rester un tant soit peu mystérieuse, assez pour se faire questionner les gens. Se faire questionner les hommes. Qu’au cours d’une discussion, ou simplement au milieu de nul part, ils se demandent à quoi je peux bien penser, et à quel point ils aimeraient bien le savoir.
  A quoi est-ce que tu penses ? Bon sang, à quoi est-ce que tu penses Sobrina ?
  
Comme si ils chercheraient à trouver en moi une boîte qui contiendrait ce rouleau de ruban, qu’ils saisiraient à pleine main et qu’ils commenceraient à dérouler calmement, lisant au travers mes pensées, puis soudainement, ils deviendraient incapables de s’arrêter de dérouler ce fichu ruban, incapables de lever les doigts de la douceur du tissu, cherchant à en savoir plus, à découvrir la vérité.
  Dis-moi à quoi tu penses.

 Est-ce que Jackal voulait savoir ce à quoi je pensais ? Je ne sais pas. Je ne pense pas. Peut-être bien que oui, mais pas de la façon dont je l’aurais voulu. Je prétendais être quelqu’un d’autre avec Jackal, pas spécifiquement avec lui, avec toutes les personnes avec qui je me dis «Ça pourrait peut-être le faire» avant que je me rende compte que je ne peux pas être avec quelqu’un sur la durée en prétendant être une autre (si vous avez saisi le raisonnement, je finirai ma vie seule à écrire des horreurs sur les autres dans un journal).
  Pourtant, j’envisage d’être en couple. Avec ceux qui arrivent à franchir l’étape de la Fausse-Sobrina. Sur la durée, je ne peux être qu’avec une personne qui arrive à me connaître sous toutes mes coutures, du moins celle que j’ai bien voulu lui montrer. Une personne qui, même si il est complètement a côté de la plaque, arriverait à émettre une hypothèse dans sa tête, avant de me regarder et de me dire :
  Je sais à quoi tu penses Sobrina. Je sais exactement à quoi tu penses. 

  Parfait, alors embrasse-moi sur le champ.
7 -2
Score : 626

[HRP] J'aime bien ! Alors, que je m'explique, j'ai l'impression (c'est plus qu'une impression)que Sobrina se contredis elle même
"[...]entrain de critiquer ces trucs-là, les «journaux intimes»" pour que au final elle devienne ce qu'elle déteste, et en plus elle apprécie! Il y'a ça que j'aime bien mais aussi, le côté défouloir du texte. Et aussi la façon avec laquelle tu écris, excellent tout ça! Si tu fais une suite, je serais ravi de la lire ! [HRP]

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Score : 3792

[HRP] Merci du retour ! C'est encourageant de voir que des gens en redemande (un peu !) :p [/HRP]


Sobrina Lisy Garda
27 Fracouctor 976
 
  Je me surprends un peu plus chaque jour à omettre de modaliser mes propos concernant les hommes. Au point que j’ai même pensé hier soir «Je déteste les hommes». Je n’ai pas dis que je détestais les hommes qui portaient des chemises à fleurs. Je n’ai pas non plus dis que je détestais les hommes lorsqu’ils commençaient à employer leurs expressions débiles. Je n’ai pas dis que je détestais certains hommes. J’ai dis que je détestais les hommes.
  Un conflit qui existe depuis la nuit des temps lorsque, ce qui est censé ressembler au début d’une relation naissante se prend les pieds dans le tapis, et que les femmes reprochent aux hommes d’être «trop stupides», et que les hommes reprochent aux femmes d’être «trop complexes». Les plus grands cerveaux de ce monde se sont penchés sur ces questions pour définir qui avait raison, qui avait tort, et si il existait un juste milieu entre ces deux problématiques. Quant à moi, je répondrai par une autre question : vaut-il mieux un esprit stupide qu’un esprit complexe ? Répondez à votre guise, mais je vous assure qu’une réponse est plus valorisante que l’autre.

  Le 4 Novamaire 950, j’ai vu le jour. Moi, Sobrina. Comme un symbole d’amour, après des années d’échecs à donner la vie, mes parents m’ont finalement eu. Grâce à moi, ils ont accédé au sommet du bonheur, le but ultime de la vie selon de nombreuses personnes : fonder une famille.
  J’étais censée m’appeller Edith. Edith. Un prénom qui en dit long, rare et à la fois courant, qui semble s’accorder à toute une palette de professions. Mais, biip-biip ! changement d’emploi du temps, je me suis appelée Sobrina. Pourquoi ? Ma mère voulait Edith, mon père lui avait accordé Edith, mais finalement Sobrina, c’était mieux. Ça lui remémorait ses doux souvenirs de sa mère, criant «Sobrriiinaaa !» à longueur de journée durant ses vacances d’été, dans les vieux quartiers de Brâkmar, à pourchasser sa nièce. Car, dans ce vieux dialecte qu’employait ma grand-mère, Sobrina signifait nièce. Et là vous vous dites que je m’appelle Nièce et que c’est complètement débile d’appeller sa fille Nièce, et je vous donne raison (un point pour vous, un !). Mais surtout – argument ultime – ça sonnait bien, avec un nom comme ça notre fille ne pourra être qu’une beauté.
  Alors oui, j’avais un prénom qui sonnait bien, à défaut d’avoir un vrai prénom.
  Et comme un écho à ce coup d’état paternel sur le choix de mon prénom, au fur et à mesure que moi, Sobrina, grandissait, la fleur de l’amour se fanait chaque jour un peu plus.
  Mes parents jouaient le jeu, ça les rendait heureux de pouvoir prétendre au bonheur. Petites attentions, balades en amoureux, pique-nique avec leur fille adorée, vie dans la chambre à coucher active. Puis un jour mon père a cessé de jouer le jeu, et ma mère faisait un solitaire, jusqu’à ce qu’elle décide d’envoyer valser le plateau.
  Plus aucune intensité dans les regards, des banalités échangées, certes des confidences, mais rien de très palpitant. Comme deux amis qui s’étaient promis de se marier au bout d’un certain temps si ils n’avaient toujours trouvé personne, et que même l’amitié n’avait pas survécu au prétendu amour.
  Ma mère, modérément grosse, grandement amoureuse s’amincissait un peu plus chaque jour où mon père l’aimait un peu moins. A quarante ans on a le visage qu’on mérite. Ma mère avait un visage parfait. Plus belle que jamais, elle continuait de faire tourner les regards dans sa direction, sans pour autant aller jusqu’au bout. Simplement comme une menace au bout d’une pique : «Tu ne veux plus m’aimer ? Très bien, mais ne croit pas que ma vie sentimentale s’arrête quand tu l’as décidé».
  Mon père n’est jamais parti, il espérait sans doute qu’elle le ferait, mais elle tenait tête. On pourrait rire de mes parents, de ce que leur fierté les poussait à s’infliger, mais je les admire pour ça. Mon père a voulu garder le beau rôle (ils veulent toujours garder le beau rôle), ma mère ne voulait pas le lui donner.

  Et j’en suis donc arrivée à un point où je pense détester les hommes. Pas à cause de mon père, mais à cause de leur domination incessante sur nous. Pas dans le sens où vous le pensez. La culture masculine nous domine, nous, pauvres femmes, et on se laisse dominer avec plaisir. Même moi.
  «Ajoutez de la nuance à votre personne» ai-je dit. Souvent, ces fichues nuances n’existent que dans le but de ne pas finir sa vie seule, sans personne à aimer, qu’on s’en rende compte ou pas. On cherche à plaire mais de la mauvaise façon.
  Je vais me montrer plus libre, sexuellement parlant. Génial ! Je vais boire de l’alcool, faut que je me décoince. Pas bête du tout. Ça ne me dérange pas d’embrasser une autre fille, je suis en accord avec moi-même. C’est vrai que c’est drôle. Je fais régulièrement des expéditions à Moon, je sais me défendre. Toujours utile.
  Mais, la plupart des femmes ne font pas ça parce qu’elles aiment vraiment ces choses, en se disant «Ça c’est vraiment moi !», mais plutôt en se persuadant de les aimer car il faut aimer ces choses. Tout le monde devrait pouvoir aimer ce qu’il désire, mais qu’on se le dise, on est encore dans un monde où les hommes font ça, et les filles font ça. Parler sexe, boire de l’alcool, embrasser une autre fille, montrer ses muscles, c’est typiquement des choses masculines, ou bien que les hommes apprécient. Donc, quand est-ce que la roue tournera ?
  J’attends toujours de pouvoir lâcher un petit «Eh ! Tu vas quand même bien prendre une petite tisane de Kamamille, faut se détendre du string un peu !», de regarder deux hommes s’embrasser avec désir, et non pour la blague, devant des femmes que ça émoustilleraient autant que la scène inversée, ou bien de dire «Sous prétexte que t’es un homme, tu peux pas essayer le tricot ?». Vraiment, j’attends.

  De plus, on parle constamment de cette fichue solidarité entre filles. Mais c’est pire que tout. Les hommes s’entraident à maintenir leur cap, tandis que les femmes se mettent des poids. Incapables de retourner la tendance. On pense toutes être des femmes fortes, indépendantes, parce qu’on est capables de mettre un grand coup de pied dans l’entrejambe de ce Roublard à moitié ivre qui nous fait du rentre dedans lourd et insistant au bar, mais ça c’est pas l’exception qui fait de nous cette femme, c’est la norme. Je me laisse pas faire, je suis tellement au-dessus du lot ! disent-elles.

  Mais le pire, du pire, du pire. C’est que si quelqu’un tomberait sur ce texte, il serait sûrement inquiet de ma santé mentale, il froncerait les sourcils, le nez, tout ce que votre corps peut bouger pour mimer l’interrogation et l’inquiétude. Pourtant, son jugement serait moins sévère envers moi, que si il s’agissait d’un texte écrit par un homme, contre les femmes. On est tellement conscients de ces inégalités, qu’on justifie mieux qu’une femme puisse prétendre détester les hommes, qu’un homme puisse  prétendre détester les femmes. Et ça, c’est grave.
  Fichu Monde des Douze.
8 -1
Score : 765
Sobrina Lisy Garda
30 Fraouctor 976 
 
  La réalité empêche d’être parfait.
  Vous vous êtes déjà dit en lisant un bon livre quelque chose du genre «Il me faut un [Insérez le nom de votre fameux personnage] dans ma vie, il est tellement parfait» ? Si vous êtes persuadé que la perfection est sous votre nez, même si elle n’existe qu’à travers du papier, quelqu’un l’a bien rédigé. Quelqu’un sait ce que doivent avoir les gens pour être considérés comme parfaits, du moins par vous. Pourtant, si le personnage que vous trouvez parfait prenait vie, il deviendrait rapidement imparfait, contaminé.
  Dans les livres, tous les décors sont factices. Les personnages qui entourent l’être parfait réagissent de sorte à le rendre toujours plus parfait. Certes, il y a des drames, des choix difficiles à faire, et pourtant, son image reste impeccable. Car l’écrivain, le metteur en scène, peut diriger ses pions pour faire briller, ou au contraire faire sombrer qui il veut, quand il veut.
  Essayer d’être parfait dans votre vie quotidienne pour voir. Ça marchera un temps, avec les bonnes personnes, mais vous rencontrerez des incontrôlables, vous n’arriverez pas à les empêcher de salir cette aura scintillante qui vous entoure. Vous trouverez toujours la bonne réplique pour les enterrer en retard, une fois qu’on vous aura déjà blesse dans votre estime. Ridiculisé.
  Alors, quand on veut tenter de contrôler et d’influer sur qui bon vous semble, vous devez vous adapter.

  Les gens qui constatent par eux-mêmes qu’ils ont changé, le disent de manière à indiquer qu’ils n’ont eu aucune influence là-dessus. Du moins, que leur changement s’est fait malgré eux, sans qu’ils s’en rendent compte, à cause événements ou de rencontres X ou Y au cours de leur vie. Rares sont ceux qui affirment avoir changer volontairement, mais toujours pour des raisons qui ont fait que. Mais vous savez ce qui est rare ? Les gens qui changent comme ça.
  Si vous preniez un panel de différentes personnes que j’ai croisé à différents moments de ma vie, et que vous leur demandiez de me décrire, ils vont donneraient tous une description différente.
  Je peux entendre que j’ai changé dans ma vie à cause de certaines choses qui me sont arrivées, mais la plupart du temps, je change, car j’aime ça.
  Pourquoi autorise-t-on les gens à changer des tonnes de fois de coiffures ou de styles vestimentaires jusqu’à qu’ils se trouvent, mais pas à changer de personnalité ?
  Depuis toujours, je suis fermement persuadée qu’avec une tête bien faite et un peu de recul, on se rend tous capable qu’on est pas limité à certains traits qui nous définissent. Ces traits là nous sont venus comme ça, en fonction des gens qu’on a fréquenté au début, et on se sent incapable de les changer, par paresse ou parce qu'on est trop bête pour savoir comment faire. Changer de caractère, de personnalité demande de la force, du courage, de la discipline et de la patience. C’est pourtant pas sorcier.
  
  Quand j’avais cinq ans, mes parents remerciaient Ecaflip tous les jours de leur avoir offert une fille aussi sage. J’ai donc décidé de devenir insupportable pour leur compliquer la vie.
  A neuf ans, j’ai décidé de me transformer en enfant modèle, toujours coiffée avec cette queue de cheval parfaite, un sourire étincelant, des battements de cils semblables à ceux d’un papillon. Une vraie tête à claque.
  Treize ans, la rebelle. Je ne rentrais pas, j’éclatais des verres sous la colère, je claquais des portes, mais j’ai dû vite changer car les gens mettaient ça sur le dos de la crise existentielle d’adolescence, et ça faisait perdre de la crédibilité à cette Sobrina là.
  Quinze ans, la tueuse. Je bousculais, j’éclaboussais. Je faisais de la vie des gens que je n’aimais pas un enfer, je fréquentais les garçons de Brâkmar. Je traînais dans mes premiers bars seule. Vulgaire et provocante.
  A dix-huit ans, j’ai opté pour la maturité. Je rangeais, mais comme je pouvais. Je m’habillais bien, mais simplement. Je riais aux blagues dés qu’il y avait un effort dans la chute. J’avais les cheveux courts.
  Bref, vous saisissez le truc.

  Ces changements n’étaient pas là pour une raison précise. Enfin, quelqu’un qui s'intéresse au fonctionnement de la pensée me ferait m’asseoir, me questionnerait, jusqu’à que je lui dise ce qu’il veut bien entendre. Mon changement d’attitude est sûrement dû à, et il me lâcherait la grappe.
  On me reproche souvent d’être mauvaise actrice, mais c’est faux ! J’ai un vrai talent. On reproche juste à une grande actrice d’incarner un personnage qui joue très mal la comédie. Je change parfois par envie personnelle, et parfois pour les gens. Si quelqu’un m’intrigue, je veux bien changer pour lui. Prétendre être quelque chose, quelqu’un avec qui il pourrait s’entendre.
  Je ne saurais dire si la Sobrina du journal est la Vraie Sobrina ou simplement la Sobrina du moment. Une partie de moi voudrait dire que cette agaçante personne dont vous lisez les mots est la véritable moi, mais parfois, quand je me mets à penser à des choses qui me sont arrivées sous le régime d’une autre Sobrina, mon esprit s’égare et je mets à penser de la même manière que cette ancienne Sobrina.
  Exemple, en fouinant dans de vieilles affaires, j’ai retrouvé une des affiches de Nymotis pour sa campagne électorale à Sufokia. A cette époque, je jouais le rôle d’une jeune femme mature, légèrement en retrait, qui laisse briller les autres, toujours souriante, élégante mais simple. Qui fait de longs discours sur l’Amitié avec un grand A, niaise sur les bords, qui assène des phrases réconfortantes, si toi tu n’y arrives pas, je ne vois pas qui peut y arriver. Je me remémorais de vieux souvenirs, certains bons, d’autres moins bons. Je repensais à Efflis, à cette sensation de tout donner à une personne, et d’avoir l’impression de ne rien recevoir en retour, et je me sentais terriblement mal. Mes pensées paraissaient plus douces, plus attendrissantes. Avant que «Je» reprenne le dessus et me contrefiche de tout ça, malgré un léger pincement au cœur.

  Il existe de toute évidence une véritable moi, qui cohabite entre tous ces visages que j’ai bien voulu me créer. A chaque fois que je m’installais sur une chaise et me demandait comment tu veux être à partir de maintenant Sobrina ? je cherchais un visage dans lequel je me reconnaissais un minimum, où je voyais un point à exploiter pour créer le personnage.
  En devant adulte on attend de vous que vous vous définissiez enfin en tant que personne. De l’enfance à l’adolescence on justifie plus facilement vos changements d’attitudes. Elle se cherche. Je pense me trouver un peu plus à chaque fois que je change. A chaque fois que j’envisage de devenir totalement comme ça, c’est parce qu’une partie de moi est infiniment comme ça. Aimable. Hystérique. Sage. Pleine de reproches pour les autres. Élégante. Agaçante. Simple. Complexe. Tendre. Se persuadant d’être complexe alors qu’elle vide. Charmante. Vulgaire. Polie. Provocante.
  Bref. Je change quoi.
6 -1
Score : 3792
Sobrina Lisy Garda
3 Septange 976
 
  Je m’ennuie. Je m’ennuie vraiment.  Habituellement quand je dis ouvertement «Je m’ennuie» à mes amis, ils me regardent tous avec leurs yeux globuleux d’un air surpris. Pardon ? Mais voyons Sobrina, tu as toujours des choses incroyables à raconter, tu sais toujours tout, tu es au milieu de toutes les histoires. Non. Mais si vous voulez, ça me prouve juste que vous ne me connaissez pas. Je suis simplement capable de transformer une simple salutation avec un inconnu dans la rue en une aventure épique sans y ajouter le moindre mensonge, mais ma vie n’est pas si palpitante qu’elle n’y paraît.
  Mais là, je m’ennuie plus que d’habitude. Les signes ne trompent pas.
  J’ai lu trois livres en à peine deux semaines. Pas un. Trois. D’habitude trois livres c’est ce que je lis en une année, et je le fais comme une corvée pour tenter d’agrandir ma culture, tout en lisant d’un air détaché. Cette fois-ci j’étais à fond dedans ! Je me demandais avec qui allait finir Geneviève, j’en ai même rêvé un soir.
  Je me réveille en plein milieu de la nuit pour faire des biscuits, j’achète des couvertures, je tricote, j’accroche des stupides rubans décoratifs à des feuilles en papier, j’écris un journal. Je suis littéralement au bout du rouleau.

  Pour lutter contre l’ennui, j’ai une solution radicale : je me crée des problèmes. Je n’ai jamais saisi pourquoi les gens fuyaient les problèmes. Sans eux, vivez votre vie ennuyante seul ou à deux, à vous ronronner des banalités plus ou moins mignonnes à longueur de journée jusqu’à mettre un coup de pied dans le tabouret qui vous permet d’atteindre la corde placée autour de votre cou. Evidemment quand vous êtes embourbé dedans, vous faites semblant d’être perdu. Ohlala, les problèmes. Mais au fond, on adore ça. La dernière fois que je me suis crée des problèmes, ça m’a occupé pendant plusieurs semaines.
  
  Je vous plante le décor. On joue tous - consciemment ou pas - à la course à l’intérêt. On cherche à être intéressant et à côtoyer des gens intéressants. A part si vous voulez être ennuyeux et côtoyer des gens ennuyeux, mais c’est une autre histoire. Donc, quand vous faites le tour de la personne, celle-ci doit enchérir avec un rebondissement. Quoi ! Mais depuis quand t’es alcoolique ? Quoi ! Mais tu te drogues ? Tu nous avais jamais dit que t’avais une sœur. T’es enceinte ?! (évidemment, il faut bien écarter les jambes quand on a tout essayé). Mais toutes ces choses étaient beaucoup trop extrêmes pour moi, il me fallait un petit truc, tout petit, très léger, mais qui valait mieux que tous vos problèmes d’addictions, de liens de parentés secrets et de résurrection.
  Un soir d’ennui j’ai donc tourné la roue des problèmes existentielles et je suis tombée sur la case «J’ai besoin de me sentir aimée». Dring-Dring ! Jackpot !
  Il fallait bien que je me justifie. Ils étaient tous là, à me poser des questions. Qu’est-ce qui t’arrives ? On te reconnaît plus. T’es plus comme avant. Tu te comportes vraiment comme une pimbêche en ce moment. Bon bah, les cocos, je pouvais pas vous dire que j’avais juste envie d’être comme ça, j’ai donc sorti le fameux «Mon changement d’attitude est sûrement dû à» (voir la dernière entrée du journal) pour vous expliquer.
  Je n’ai pas menti en disant que j’avais besoin de me sentir aimée, de plaire aux hommes, de jouer la carte de l'ambiguïté quand je sentais qu’ils m’échappaient, comme je prétendais le faire avec Zavgon lorsque le décor était planté pour laisser entrer mon problème existentielle. C’était simplement la première fois que je le présentais comme un soucis, alors que jusqu’ici je voyais ça comme quelque chose de normal.
  Pour la majorité des gens, avoir le besoin de se sentir aimé est un problème, si vous avez le malheur de ne pas penser comme eux, on vous fait sentir que c’est vous qui avez un problème. Alors, comme la majorité des gens, vous faites comme si c’était le cas.
  Ainsi, cette révélation dramatique m’a valu des jours de discussions et de pseudo-thérapie auprès de mes amis pour tenter de saisir la nature de mon problème et de le résoudre. Alors que la réalité est différente. J’aime me persuader que je suis un test pour les hommes. Si je leur plais, que ce n’est pas réciproque, mais que je continue de leur montrer des signes d’intérêts, soit ils :

a) Comprennent finalement quel genre de garce je suis et arrivent à passer à autre chose, et me laisser toute seule comme je le mérite.

b) Ne comprennent pas, tirent sur la corde, forcent la serrure, tout ce que vous voulez. 

 Si vous avez coché la réponse A, vous avez réussi le test Sobrina, bravo ! Malheureusement, si il s’agit de la réponse B, votre faiblesse d’esprit ne mérite que l’accentuation de mes faux signes d’intérêts à votre égard pour essayer de vous montrer à quel point vous êtes stupide d’espérer.

  Pour autant, depuis que je suis passée aux aveux pour pimenter ma vie, je me suis rendue compte à quel point j’étais égoïste. Le problème n’est pas que je ne saisis pas la gravité d’avoir le besoin de se sentir aimé, c’est que je ne saisis pas la gravité de faire espérer des choses aux gens que je ne pourrais jamais leur offrir. Comme une succube qui se contente de se nourrir du désir de sa proie avant de jeter la carcasse.
  J’ignore si je me fais des histoires, mais j’ai le sentiment que Réginald est le suivant sur la liste, et pour la première fois seconde fois, je me sens coupable de faire espérer quelque chose à quelqu’un. Sans pour autant lui dire les choses, car je n’ai aucune preuve de ce qu'il ressent, j’essaye d’être cassante et distante à certains moments pour qu’il ouvre finalement les yeux sur l’abomination que je suis.
6 -1
Score : 765
Sobrina Lisy Garda
5 Septange 976

  Je suis fière de moi.
  Oui ! Je sais que je l’ai déjà dit dans la première entrée du journal, mais je me devais le dire une nouvelle fois.
  
  Je vous plante le décor (encore). Hier soir, Zavgon et moi avons préparé la liste des invités pour ma SSP (Super Sobrina Partie, retenez bien). J’avais sorti une veille bouteille de vin blanc de Bonta (dont j’ai omis de précisé la provenance, au risque de réveiller le pseudo-patriotisme de notre ami). Il coulait à flots (juste un peu en réalité) dans mes beaux verres à vins en cristal que j’ai sorti pour l’occasion (évidemment qu’ils n’étaient pas réellement en cristal). Une simple soirée jeu pour laquelle je devais trouver un nombre pair d’invités, qui sont censés être des amis récurrents dans ma vie. Or, j’ai des amis, mais peu d’amis récurrents, donc je me suis retrouvée avec une moitié d’amis, quelques connaissances, une inconnu et une Scrédilique (cette fille mérite sa propre catégorie).
  La soirée a pris une toute autre tournure quand Zavgon a voulu qu’on casse quelque chose et qu’on parte en courant (nous étions dans l’ambassade de Brâkmar à Astrub), rien de bien palpitant, mais ça avait l’air de l’être pour lui.
  Donc, je renverse une ridicule lampe à huile au sol, et nous voilà partis. Je pensais que ça allait s’arrêter là mais finalement, sans trop comprendre Zavgon a adoré me voir renverser cette petite lampe de manière désinvolte.
  Zavgon est une des rares personnes à savoir que j’ai été une garce pendant un moment (quatrième entrée, la période des quinze ans), et il semble avoir entrevu la Garcina (c’est le nom qu’il lui a donné) dans cette malheureuse chute de lampe. Et c’est à ce moment-là que j’ai su que j’étais vraiment fière de moi ! Pour la simple et bonne raison que ça me prouve encore une fois que je suis la Sobrina la plus complète de toutes celles que j’ai bien voulu interpréter, et celle qui me correspond le mieux.

  Si je devais résumer ma vie «Depuis que j’ai découvert Astrub» en une série de livres, il y aurait deux sagas. Une première saga composait d’un certain nombre de tomes, dont l’héroïne serait une Sobrina qu’on appellera l’Adorable Sobrina, et une seconde saga toujours en cours qui a pour héroïne Sobrina tout court, car sinon on va pas s’en sortir.
  Je n’ai eu aucun mal à passer de l’Adorable Sobrina à Sobrina. Je disais que ça demandait de la discipline et de la patience, mais en l'occurrence tous les gens que l’Adorable Sobrina côtoyaient ont disparu à mon retour. Plus d’Efflis, de Rubis, de Kael, d’Affranchis et j’en passe. Personne pour me mettre des bâtons dans les roues quand j’ai voulu devenir une autre.
  Comme son nom l’indique, l’Adorable Sobrina était la plus appréciable des personnes. Je l’avais vaguement décrite dans une autre entrée. Niaise, gentille, trop gentille, volontairement au second plan. Elle était incapable de pouvoir montrer un aspect de Garcina, contrairement à Sobrina (vous suivez ?). Elle avait déjà dû mal à avouer avoir voler un verre à un bar, alors avouer qu’elle avait été une garce, et se comporter un tant soit peu comme telle, c’était inconcevable.
  
  Quand j’ai débarqué à Astrub pour la première fois, je n’avais aucune idée de quel rôle j’allais vouloir interpréter. J’ai eu le malheur de tomber sur Rubis et Efflis dés le premier soir. Deux jeunes adorables Eniripsas. Elles avaient la peau aussi pâle que moi, l’une rousse, l’autre avait les cheveux rouges. Elles étaient réellement adorables, alors par automatisme je me suis comportée de la même manière avec elles, et c’est ainsi que l’Adorable Sobrina est née, et à perdurer des mois, des années durant.
  J’adorais être la meilleure des amies qu’on puisse rêver avoir ! J’ai même cru au karma un temps. J’étais gentille, et les gens me le rendaient. Puis un jour, sans prévenir, les gens cessent de vous rendre la pareille. Les blasés de la vie (ceux au passé douloureux qui deviennent subitement adorables auprès des enfants) vous tournent en ridicule. A force d’avoir été gentille, vous perdez la notion de la colère, et même quand vous la retrouvez, il est trop tard. Personne n’y croit.
  L’Adorable Sobrina devenait inutile, oubliable. Avec le temps, elle aurait sans doute trouvé l’amour. Sa gentillesse aurait fait basculer le cœur d’un homme qui l’aurait adoré avec ses kilos en trop (car oui, l’Adorable Sobrina était la plus grosse de toutes les Sobrinas, être gentille ça vous fait manger, sachez le). Elle n’aurait pas trop discuté le choix de son compagnon, du moment qu’il était tendre. Elle serait tombée enceinte car c’est ainsi que les choses devaient se passer. Elle n’aurait jamais retrouvé sa ligne d’antan. Elle aurait été gaga de son marmot. Elle aurait été cocue, car oui, prétendre aimer seulement la beauté intérieure ça marche un temps. Puis de toute façon, elle aurait été la plus ennuyeuse des épouses. Elle aurait mérité d’être cocue.

  
Sobrina est un bien meilleur rôle. C’est le meilleur rôle. Il me vaudra bien un prix un jour.
  Sobrina est tout ce que les gens recherchent et fuient à la fois. Les gens ont besoin de quelqu’un à aimer, mais aussi de quelqu’un à détester, je peux faire les deux.
  Qu’on accroche ou pas, elle crée des ressentiments. Elle ne laisse pas de marbre. Elle a un écho avec toutes les anciennes Sobrina, elle peut être l’Adorable, Garcina et bien d’autres. Je sais ce que les gens aiment, et j’arrive presque à leur servir sur un plateau.
  Sobrina ce n’est pas juste moi. C’est une idée. Beaucoup de personnes, beaucoup d’hommes cherchent une Sobrina. Les Sobrinas ont des longues jambes qu’elles savent mettre en valeur. Les Sobrinas rient souvent, un rire fin et faussement sincère, qu’on ne peut pas associer à un bruit animal pour s’en moquer. Elles ont une taille trente-six. Une garde-robe variée. Elle savent boire sans être excessives. Classes sans être snobs. Agaçantes juste comme il faut. Jolies sans être superficielles. Douées au lit sans passer pour une experte. Les Sobrinas sont drôles. Elles ont un sacré humour, souvent elles usent du sarcasme. Mais attention ! Elles savent être sérieuses. La nuance est légère, mais on sait quand elles rigolent, et quand elle ne rigolent pas. A la fois provinciales et urbaines. Un vocabulaire varié sans être pompeux. Plus, toute une palette de caractères. Les Sobrinas sont diaboliquement merveilleuses. Elles ne sont pas les cocues de service qu’on laisse dans un coin.

  Je ne me jette pas des fleurs. Je ne décris pas ce que je suis. J’ai crée ces Sobrinas-là avant d’en devenir une, je les ai créées à l’image de ce que je voulais être. Un rôle digne. Loin de la stupidité de l’Adorable Sobrina. Un rôle avec lequel on a souvent envie de partager la scène, et je me fais un plaisir d’empêcher qui que ce soit d’atteindre cette fameuse scène. Je leur fais miroiter l’escalier qui y mène sans jamais les autoriser à le franchir. A quoi bon prétendre être ce que de nombreuses personnes veulent, si ce n’est pas pour leur donner une bonne leçon ?
  Je suis fière de moi.
8 0
Score : 3792
Sobrina Lisy Garda
9 Septange 976

  J’adore les mariages et j’adore le mariage. De manière différente.

  Les mariages. Tout le monde aime les mariages. Surtout quand on a le beau rôle, celui de la personne assez proche des mariés pour ne pas se sentir exclu de leurs jérémiades durant la soirée, sans pour autant l’être assez pour être témoin, demoiselle d’honneur ou un de ces trucs qui demande beaucoup de rigueur (bien que me concernant, j’adorerai être demoiselle d’honneur). Se contentant de faire la pique-assiette, pouvant dénicher quelqu’un parmi la grande quantité de célibataires qui fourmille là-bas. Danser, s’extasier sur la robe de la mariée, critiquer les tenues des uns et des autres, tenter de casser la cheville de votre cousine Renée, toujours célibataire, au moment d’attraper le bouquet de la mariée.
  Le mariage, c’est une institution. Souvent, je me réveille en pleine nuit pour réfléchir sur ma relation amour-haine avec lui.
  Je crois au mariage, mais je ne crois pas aux personnes qui tentent d’appliquer le concept du mariage.

  Il faut reconnaître que c’est tout de même étrange qu’une même personne soit incapable de promettre des choses stupides, du genre garder un secret, penser à fermer la porte, ne pas faire de vagues (je te promets rien ! je te promets rien !) et puisse promettre d’aimer quelqu’un d’un amour inconditionnel et éternel.
  Quand on se marie, on se promet (pro-met, pas envisage, essaye, tente, veut bien faire effort) l’éternité à deux (et pas seulement parce que ça à l’air d’être une bonne idée sur le moment ou dans les deux prochaines années mais parce que ça l’air d’être une bonne idée jusqu’à votre mort). Finalement l’éternité ressemble souvent à entre deux et cinq ans si on tire très fort sur la corde. Inconditionnel et éternel.

  
Je suis fermement persuadée qu’aucune personne ne peut être éternellement intéressante sans faire d’efforts. Nous sommes tous destinés à devenir ennuyeux et à s’ennuyer si on décide de se laisser aller à la paresse. Dans la plupart des cas, on finit toujours par faire le tour de la personne avec qui on partage notre vie. Rares sont les cas où les époux découvrent que leurs épouses ont une vie secrète après des années de vie commune, et inversement. Personne ne naît avec le désir instinctif de combler d’amour quelqu’un. Ce désir s’invente pour tenter de trouver sa moitié, et disparaît quand la chose semble acquise.
  
  Heureusement que fonder une famille est une épreuve périlleuse qui s’étale dans le temps. Les bébés sauvent les mariages mais ça ne doit pas être leur fonction première. Il faut que l’enfant naisse car l’idée coule de source, qu’on en a envie. Pas quand il est trop tard et qu’il faut trouver un moyen de sauver les meubles. La famille, le cocon, voilà des choses qui permettent d’étendre la promesse. Pour autant, cela ne suffit toujours pas.
  Un mariage qui ne marche pas ne résulte pas forcément sur une rupture (prenez l’exemple de mes parents, entrée n°3). Mais un mariage qui marche, un mariage d’amour, d’un amour inconditionnel et éternel, ça c’est un défi.

  Le mariage, le vrai, n’est qu’une seule chose : un meurtre. En se mariant on invite dans notre esprit une personne qui est le meilleur de nous à l’égard de notre moitié. Une personne qui plaît, mais qui est destiné à disparaître au fur et à mesure du temps, à cause de la paresse et de l’ennui. Un vrai mariage, un mariage éternel est un mariage dans lequel le meurtre s’insinue. Il tue à petit feu notre ancien nous, qui tente constamment de resortir, pour ne garder que l’acteur qui fait semblant d’aimer surprendre sa moitié, de la complimenter, de lui répéter qu’il l’aime, d’être le meilleur parent, le meilleur époux. Et il faut que ça marche dans les deux sens. Deux meurtres doivent résulter pour un mariage parfait : le notre et celui de l’autre. A force de faire semblant d’aimer, on aime pour de bon. On en vient même à se demander si on a vraiment fait semblant lorsqu’on croyait qu’il fallait se forcer à aimer.

  Les mariages qui marchent n’existent plus, car les gens ne sont pas prêts à vivre cette vie d’assassin. De commettre le plus irréparable des crimes : le sien.
  J’aimerai croiser quelqu’un avec qui je ne me lasserai pas, mais j’attends toujours.
  Mais au fond, je pense que je préfère me lasser et voir si moi, et cette personne, sommes prêts à voir si nous nous aimons suffisamment pour nous sacrifier mutuellement pour que notre mariage tienne.

  Si tu promets de m’aimer, et que je te promets de t’aimer, je suis prêt à tout pour te faire tenir ton engagement. Même au pire.
5 0
Score : 765
Sobrina Lisy Garda
16 Septange 976

  Cher Journal (il fallait bien que je sorte cette phrase un jour),

  Je suis sincèrement désolée de ne pas t’avoir écrit depuis plusieurs jours (et voilà que je me mets à lui parler comme à une vraie personne, tuez moi) mais j’avais mes raisons !
  Quoi ? Eh ! Commence pas à prendre tes grands airs en m’accusant d’infidélité, je ne suis pas allée voir un autre journal en secret. Certes, tes pages m’irritent la peau, ta tranche est déjà toute fissurée et tu perds des morceaux de ta reliure, mais je te garde comme tu es. Tu es un objet – déjà – sentimental.

  Cependant, oui, j’ai rencontré quelqu’un. Un garçon.
  Non, ce n’était pas la raison de mon absence, j’étais juste en panne d’inspiration pour t’écrire et j’ai dû rester pendant des jours avec mes parents. Mon père était tombé malade. C’était passionnant, pour ne pas dire inintéressant. J’enchaînais les parties de tarot avec ma mère, accompagnée de Lily et Rose, ses deux copines plus âgées qu’elle qui tentent désespérément de paraître plus jeune. J’écoutais leurs ragots ennuyants sur les parties de jambes en l’air d’Arra, il paraît qu’elle se pointe tous les soirs à la Voie Martiale dans l’espoir de dénicher un aventurier à distraire. Elles ont fait du tricot, des tisanes. Ragots, tisanes, tricot, tarot, ragots, tarot, ragots, tisane, ragots, ragots. Bassine (pour mon père).
  Il fallait que je sorte de cette spirale infernale. C’était comme un voyage vers le futur où j’entrevoyais mes années de vieille fille. Alors, je partais balader. Pas à Brâkmar, il fallait balader loin pour être sûre qu’on ne vous propose pas une énième partie de tarot.

  Je me balade souvent à Sufokia, dans l’espoir de rencontrer quelqu’un. Car rencontrer quelqu’un au hasard, sur une plage, ça rend toujours la chose plus romantique. Evidemment, je prétends chercher des coquillages, les gens ne doivent pas savoir que je force un peu le destin, j’ai un minimum de dignité.
  Et il était là, il cherchait des coquillages, pour de vrai. Je vous assure, il avait un sac et il ramassait des coquillages, en plus ils étaient étrangement beaux. Je n’en voyais jamais des comme ça. Sûrement parce que je prétends être une experte en coquillage alors que lui en était véritablement un.

« C’est une fissurelle, m’a-t-il dit alors que je faisais mine d’enlever le sable qui était coincé dans mon coquillage. J’ai manqué de sursauter en entendant sa voix, puis j’ai baissé les yeux vers ma fissurelle.
— Je sais, c'est ce que je cherche, je lui ai offert mon plus beau sourire satisfait.
— Ça tombe bien parce que c'est une patelle. »

  J’ai baissé les yeux sur la fissurelle qui était devenue une patelle en un rien de temps. Je ne faisais plus la maline. Je me suis simplement contentée de m’approcher de lui silencieusement pour lui offrir ma patelle, il en ferait meilleur usage que moi. Tiens, prends ta patelle espèce de grgngrngr-
  Il s’est contenté de ranger le coquillage dans sa poche avant de me regarder en souriant. Pas un sourire tendre. Un sourire qui indique clairement que l’expert en coquillage se foutait ouvertement de ta gueule.

  Lorkas. Il a lâché son prénom sans crier garde alors que j’étais prête à prendre la fuite après avoir loupé le contrôle de connaissances des coquillages imposé par Monsieur Lorkas. Un zéro planté.
 
« J’ai pas la moindre idée de si il s’agit d’une fissurelle ou d’une patelle, je me contente de sortir cette phrase dans l’espoir qu’on me rétorque que c’est une espèce de coquillage dont j’ignore le nom. C’est les deux seuls noms de coquillages que je connais.
— Vous feriez un très mauvais criminel à vous dénoncer aussi finalement. »

  Et c’est là que tu sens un truc. Ce genre de discussion n’existe pas, elle sonne faux. Dans la vraie vie, on ne rend pas une discussion sur les coquillages aussi «électrique». C’est quand les phrases ont l’air surréalistes que tu sens ce truc.
  C’est une fissurelle. Ça résonnait dans ma tête comme le genre de phrases extrêmement banale qui allait devenir culte à mes yeux. Le genre de phrase qui allait devenir iconique.

  Lorkas n’aime ni la tisane, ni le tricot, ni les ragots. Il aime la chasse, la pêche, l’aventure, mais il ne veut pas être qualifié d’aventurier. Il préfère se dire explorateur. Et faussement expert en coquillages. Comment je le sais ? Il me l’a simplement dit, tout en trempant ses jambes bronzés dans l’eau, en me tournant le dos. On a échangé de nombreux mots, à la frontière entre banaux et intimes. Entre ta couleur préférée et plutôt culotte ou tanga. Rien de bien palpitant, mais ça commence toujours comme ça. Par quelque chose qui manque de rebondissements. De mordant.
  On marchait lentement le long de la plage, surjouant la scène, disant nos phrases au ralenti pour gratter chaque seconde qui nous rapprochait un peu plus du coucher de soleil pour avoir le parfait décor de la comédie romantique niaise gratuite et mal jouée dans un théâtre en plein air pour des vieux traînant leur corps comme on traîne un sac de sable. A la différence que lui et moi avions assez de recul pour nous rendre compte de la stupidité de nos actes. Surtout moi. Il se prenait au jeu, pas moi.
 C’est une fissurelle. Voilà quelque chose qui sortait de l’ordinaire. Je voulais plus de fissurelle, moins de plage crépusculaire.

  Sur le chemin du retour il m’a finalement offert mon coquillage mi-fissurelle mi-patelle comme cadeau avant de déposer un baiser sur mes lèvres. Les quelques grains de sable qu’il avait sur les siennes se sont retrouvés sur les miennes, comme un échange de bon compromis. Un coquillage inconnu en main, du sable sur les lèvres, j’empestais la poiscaille. Ma rencontre avec Lorkas ressemblait à une brève parenthèse qui s’annonçait bien, pour retomber comme un soufflé. En quelques heures j’avais vécu une représentation de mes relations amoureuses habituelles.

  Je suis finalement rentrée chez mes parents en plein milieu de la nuit, je m’étais attardée sur le retour à penser à tout et à rien. La maison était calme. Plongée dans le noir, plus personne ne jouait au tarot, ne racontait de ragots ou buvait de la tisane. Mes parents étaient au lit.
  Dans le noir, hésitante, j’ai avancé jusqu’à l’entrée de leur chambre, mes bottines craquant sur le parquet et j’ai posé mon front sur leur porte fermée. J’étais dans cette période où je me sentais mal. Ça m’arrivait de temps à temps, de manière irrégulière. Comme si quelqu’un grattait à l’intérieur de vous pour vous faire pleurer contre votre gré. J’ai pleuré. Je me suis dirigée vers ma chambre avant de devenir bruyante.
  Je me suis regardée une dernière fois dans le miroir, vêtue d’une vieille chemise à carreaux bleus et blancs, un pantalon noir et mes bottines. Simplement.
  Je ne pleure pas souvent, ou du moins, peu de choses me font pleurer. Je dirai même que la seule qui me fait pleurer est la nostalgie. Venez me prévenir que quelqu’un que j’apprécie énormément est mort, je ne pleurerai pas (enfin si, mais par usage, pour de faux). Pas parce que je ne suis pas triste, mais parce que ça ne coule pas, qu’est-ce que j’y peux ? La nostalgie ça par contre, ça me tue. Je crois que si je n’étais pas lucide, je serai devenue folle depuis longtemps à y penser constamment. Au passé. La nostalgie me procure un sourire amer qui se transforme rapidement en un énorme vide qui me fait pleurer à chaudes larmes. Un mélange de dégoût de soi-même, de regrets qui me ronge. Ce qui me fait pleurer c’est un vieil accord de guitare rock, une chemise à carreaux, une balade en plein jour au milieu des fougères, une chaussure égarée toute seule sur le chemin, un journal qui perd les morceaux de sa reliure.
  Engouffrée dans mon lit, serrant Nounou, ma peluche Mulou que j’ai depuis que je suis petite et qui m’attend sagement à la maison de mes parents quand je ne suis pas là, j’ai pleuré. Beaucoup. Beaucoup beaucoup. On doit se sentir affreusement mal pour pleurer, pourtant ça provoque un certain apaisement de pleurer. Je pleurais. Pas l’Adorable Sobrina, Garcina ou une autre. Bas les masques. Je pleurais. Je me suis rarement sentie aussi nulle et vulnérable. Rarement aussi moi.
5 0
Score : 106

[HRP] C'est cool de rencontrer Sobrina sous un autre angle! Le texte est très bon sérieusement, j'ai bien aimé. [HRP]
 

0 0
Score : 3792

[HRP] Han, trop mimi, et gentil. Je bosse sur la suite même si j'ai moins de temps à lui accorder en ce moment, je me surprends à aimer ça et j'ai vraiment envie de continuer à entretenir ce post. o/ [/HRP]

2 0
Score : 626

[HRP] Toujours aussi cool ! Super texte, et c'est intéressant de savoir comment est Sobrina, même hors RP c'est intéressant. J'ai juste pu regarder un peu ce qu'elle fait, mais sans plus, aucun de mes personnage ne   lui a parlé en RP. M'enfin, toujours aussi excellent ce journal, bon courage pour écrire la suite ![HRP]

0 0
Score : 3792
Sobrina Lisy Garda
3 Octolliard 976

  Je suis vivante.
  Je voulais entamer cette page de journal en écrivant quelque chose comme «Je suis entrain de mourir», «je meurs un peu plus chaque jour», mais l’idée me paraissait trop surjouée. J’ai donc directement mis les choses au clair, je suis bien en vie.  Reconnaissons que la conception qu’on a de la mort dans ce monde est étrange. Les gens n’envisagent l'idée que leurs proches soient morts uniquement quand ils sont extrêmement présents. Evidemment, quand tu as le corps, une preuve sous le nez, tu peux dire haut et fort «Ah ! Il est mort». Mais en revanche quand la personne disparaît des mois, des années, il suffit de tendre l’oreille pour entendre des «Il reviendra bien». Mais non ! J’envisage plus l’idée qu’un de mes proches soit mort si je ne le vois pas pendant des mois, voire des années, plutôt que si j’avais son cadavre sous le nez (au passage, c’est souvent signe de l’apparition soudaine de son sosie parfait avec un autre nom dans les jours qui viennent, c’est à se demander ce qu’il se passe). J’ai plus souvent entendu des rumeurs de résurrections que de retours miraculeux d’absents de longue date. Bref ! Je suis vivante, moi, c’est ce qui importe.
  J’ai cependant (sur quatre paragraphes, trois commencent déjà par je, me voilà mégalo) changé de recoin du monde. Je traîne jour et nuit sur la plage du bois de Gueule à Brâkmar. Je m’y suis posée un soir, au beau milieu de la nuit pour m’imaginer réfléchissant au sens cachée de la vie tout en regardant les vagues s’abattre sur le sable, de manière très poétique. Et au moment où je t’écris je suis dans cette position. Je continue de mentir au monde entier, appuyant sur le fantasme de l’écrivain dans sa mansarde, inspiré au clair de la lune par les fantômes de son passé, tissant son histoire fil par fil. La vérité étant que chacune de mes pages est un ramassis de je, je, je où je ne parle que de moi. Certes c’est le but d’un journal intime me direz-vous, mais les gens sont habituellement généreux dans leurs journaux intimes (encore ce fichu pluriel étrange), ils parlent des autres. Cher Journal, aujourd’hui j’ai passé la journée avec Malahiel (premier nom qui m’est venu en tête), repas avec Malahiel, Malahiel est vraiment adorable, mais je sens qu’il a le cœur brisé, Malahiel a fait ça au fait, ahaha, Malahiel par ci, Malahiel par là. Ici la seule personne qui compte c’est moi, et les seuls problèmes qui comptent c’est les miens.
  Mais voilà, les faits sont là : je me sens mal. Depuis le récit de la dernière entrée je stagne, je suis perdue. Mes périodes de blues irrégulières n’ont jamais été aussi longue. Je suis dans le ventre mou.

  J’ai retourné la question pendant des jours entiers pour tenter de percer le mystère de ce mal être avant d’entamer le processus d’acceptation. Je suis la seule responsable. Enfin, mon enquête me pousse à croire que le vrai coupable c’est toi, mon journal, mais je ne vais pas faire un procès d’intention à un objet. Ce serait ridicule. Quoique.
  Avant de coucher sur le papier mes idées, mes théories, les fameux personnages que je prétends avoir interprétés, je ne voyais rien de glorieux là-dedans. En l’écrivant je me suis persuadée que c’était une bonne chose. Une preuve de mon génie. Je me suis forgée un nouveau personnage à l’intérieur même de ce journal. J’étais certaine que mes talents sarcastiques, mes changements de personnalités, ma manière de voir le monde requéraient d’une complexité d’esprit qui va au-delà de celle du Douzien ordinaire. Ce que j’écrivais a influé sur moi. Quand je prétendais être fière, je devenais intérieurement fière, orgueilleuse. A travers ces pages de journal j’ai crée une Sobrina plus intelligente que la vraie, assez intelligente pour prétendre au titre de sociopathe. J’ai été incapable de faire la différence entre le papier et la réalité, au début je ne la voyais pas, avant de finalement me rendre compte que cette intelligence, cette malice ne débordait pas du journal. Elle n’existait qu’à travers les pages du journal.

  La réalité est bien plus dure. Ici je semble parfaite car personne ne peut me contredire. C’est littéralement mon monde. Mais je suis visiblement dotée d’un problème de fabrication que personne n’avait vu, ou voulu voir et qui m’empêche d’incarner cet être de papier au contact de vraies personnes. J’ai atteint ma limite. Des jours, des semaines durant je gagnais en assurance parce que je pensais être réellement la fille que je prétends être face au lecteur depuis le début du journal. De toute évidence je ne suis pas comme ça, je suis beaucoup plus faible que ça.
  Après avoir accepté l’échec de ma transformation en papillon, j’essaye de revenir à des choses plus fondamentales. Plus simples. Mais visiblement, j’ai littéralement poussé le bouchon un peu trop loin. A force d’avoir voulu être la plus sophistiquée et complexe possible, je n’arrive même plus à être simple, naturelle. Personne ne m’en croit capable, pas même moi. Simple Sobrina sonne comme un oxymore paraît-il.
  Je m’étais pourtant prévenue moi-même. «La réalité empêche d’être parfait», entrée n°4.
  J’attends donc silencieusement que la chose qui s’est brisée en moi après avoir foncé dans ce mur se répare. Je suis donc bien vivante, mais en convalescence.
4 0
Score : 765
Sobrina Lisy Garda
10 Octolliard 976

  Hier fut le jour le plus important de toute cette année 976. Vous l'avez aisément deviné (j'espère), je me suis effectivement coupée les cheveux. Dés que j'ose toucher à ma coiffure, c'est qu'il se passe quelque chose. Un alignement des astres, un événement qui dépasse largement la condition humaine et les barrières du Krosmoz.
  Tous les enfants ont un talent qui leur est propre. Certains ont des capacités sportives, d'autres intellectuels. Moi j'étais la fille avec des cheveux magnifiques. Et comme n'importe quel talent, ça s'entretient. Je mettais du vinaigre au moins une fois chaque semaine, un masque à base de miel une fois par mois, et ce depuis que j'ai 8 ans. Vous imaginez bien le travail considérable que cet entretien m'a demandé. Force et rigueur. Patience et discipline. Mais il n'y a aucun résultat sans efforts. Ainsi, je peux affirmer sans prétention aucune que je possède sans doute les plus beaux cheveux au monde.
  
Alors oui, je vous vois venir, avec vos moqueries sur l'hyperbolisation de l'importance de mes cheveux, mais c'est faux ! Mes cheveux ont participé à la création d'une de mes composites principales. Comme un écrivain développe sa plume, en tant que mannequin je me devais de trouver ma marque de fabrique. Mon petit truc à moi. Pendant un temps, on lui avait même donné un nom : le tourbina. Je vous plante le décor. Un, deux, trois. Marche avec détermination sans le montrer, un pied s’alignant toujours avec deux centikamètres de décalage avec la position du pied précédent. Anticipation de la fin du podium. Claque le sol subitement avec ton pied gauche, jambe à 42°. Clack ! Tourne sur toi-même, tes cheveux te suivent dans un mouvement de grâce divine. Claque le sol avec ton pied droit. Regarde la foule d'un air condescendant, avec un minuscule sourire dessiné à la frontière entre la moquerie et l'attendrissement envers le public. Coup de hanche. Demi-tour. Roule légèrement des fesses. Juste ce qu'il faut. Le tourbina.
  
  
  
Me voilà bien frustrée, ma nouvelle coiffure me prive de tourbina. J'ai opté pour un carré avec une raie au milieu. C'était tendance pendant un moment, mais tout le monde s'approprie vite les tendances et les transforme en banalités, et tout le monde laisse tomber les banalités ce qui les fait redevenir tendances. J'avoue n'avoir pas été très courageuse, j'étais partie pour tout couper. Repartir de zéro capillairement parlant, dans un élan d'engagement féminin contre la dictature des cheveux longs pour les filles. Échec. Cependant, je me réconforte en me disant que j'ai choisi cette coupe pour une raison symbolique, un peu comme beaucoup de choses.  Le symbole. C'est comme ça que je fonctionne. J'ai élaboré au fil des années dans ma propre mégalomanie mon propre langage vestimentaire et capillaire. Je vais vous donner quelques indices ! De vous à moi.
  Si je me suis fais une frange c'est que je suis d'humeur niaise et romantique. Si je mets du bleu sur mes paupières c'est que je vais en découdre avec quelqu'un. Si je porte des cuissardes c'est que je suis de mauvaise humeur. Queue de cheval ? Je m'ennuie. Bracelets en argent ? Humeur coquine. Tenue blanche ? Menstruations. Je pourrais continuer pendant des heures. Le fait est que chaque détail de ma tenue du jour a son importance.

  Pour revenir à mes cheveux (je sais que ça vous passionne secrètement), le côté symbolique de cette coupe-ci remonte au 4 Novamaire 972. C'était le jour de mon anniversaire, mes 22 ans précisément. L'anniversaire le plus triste de ma vie. Je vous plante de nouveau le décor.
  Je faisais la morte, comme tout le monde. L'Adorable Sobrina avait décidé de fuir, parce qu'elle n'avait pas la force d'affronter ses responsabilités. Elle avait rejoint la populaire guilde des Affranchis dans l'unique but de renouer un lien amical avec quelqu'un qui n'en valait définitivement pas à la peine. C'est d'ailleurs quand j'étais dans cette guilde, avec ces gens que je ne comprenais pas, qui parlaient de choses opposées à mes centres d'intérêts et avec qui je n'envisageais aucune amitié que j'ai mesuré le poids de la solitude. J'avais carrément passé une période d'essai pour rejoindre ces gens, et l'unique raison de ma présence n'était pas là, et quand elle était là, elle me regardait comme une étranger. Tous ces gens m'intimidaient, même si je les méprisais pour l'image que j'avais d'eux. Je n'avais pas la force de partir de moi-même, aussitôt arrivée, aussitôt repartie. J'ai donc décidé de disparaître, faire la morte comme la lâche que j'étais, et comme toute icône, tout le monde a suivi mon mouvement. Tout le monde a disparu juste après moi. Et nous voilà donc au 4 Novamaire 972, partie depuis X jours, j'attendais que les choses se tassent, dans un bar bontarien, toute seule pour mon anniversaire. J'ai connu mieux dans ma glorieuse vie. Et c'est là qu'après cet ennuyeux plantage de décor, la soirée a pris une toute autre tournure.

  Un moji-taure posé sur le comptoir, j'assistais à un défilé de garçons ennuyeux, plus beaux les uns que les autres, face auxquels je secouais ma tête de manière négative pour leur signifier mon refus de parler avec eux. L'insistance de certains m'a poussé à partir. Je déambulais dans les rues, dans le froid, toute seule avec ma nouvelle coupe de cheveux : un carré avec une raie au milieu. Je les avais coupés comme une pariât qui ne veut pas qu'on la reconnaisse, comme si j'avais commis le plus atroce des crimes. Il n'y avait aucune sophistication et aucun langage dans ma tenue. J'étais habillée avec ce que j'avais trouvé dans ma garde-robe, dans la plus grande paresse. J'étais la fille la plus banale et simple qu'on aurait pu croiser ce soir-là.
  Finalement, un artiste peintre que les gens regardaient avec légèrement d'empathie en refusant de se faire tirer le portrait m'a fait un chouïa de peine. C'est toujours honteux de ressentir de la peine pour quelqu'un qui n'a rien qui devrait vous faire de la peine, on se trouve honteux de se sentir supérieur à cette personne qui est notre égal. Bref. Le fait est que je lui ai demandé si je méritais quelques coups de crayon. J'allais m'acheter mon seul et unique cadeau d'anniversaire (phrase la plus triste que j'ai écrite de ma vie). Fallait voir !
  Quasiment personne n'a vu ce tableau.
  J'étais fière de ce tableau. J'étais fière de cette simplicité et de ce naturel que j'émanais. Je ne le montrais pas, je ne l'accrochais nul part. Quelque chose qui m'était propre. Moi, Sobrina, déambulant dans cette ruelle au naturel, sans le moindre trait de maquillage, perchée sur mes petites bottines, un vieux pantalon noir que je n'utilisais même pas comme pyjama, une chemise à carreaux qui n'était sans doute pas à moi, mes cheveux courts.
  Aujourd'hui c'est moi qui ne voit plus ce tableau.
  Il est en lieu sûr, dans le bureau de quelqu'un qui m'est cher. Je me questionne souvent sur ce que les gens doivent penser de ce tableau quand ils entrent dans ce bureau ? Se demandent-ils qui je suis ? Me remarquent-ils au moins ? Ou est-ce que j'appartiens au décor ? Oubliable. Inexistante. Mais je me demande d'autant plus souvent si le propriétaire de ce bureau se tourne-t-il vers ce tableau, et si oui, qu'est-ce qu'il pense.
  A quoi penses-tu ?

  J
e suis navrée, je ne peux pas vous rembourser le temps que vous avez perdu à lire ce récit, si un jour vous trouvez mon journal, et si vous l'avez trouvé ennuyeux. Je voulais juste vous parler un petit peu. Du moins vous écrire. 
 
  Un ridicule cœur est dessiné en bas de la page.
3 0
Score : 3792
Sobrina Lisy Garda
12 Octolliard 976
 
  Quand je regarde autour de moi, je me trouve terriblement chanceuse puis affreusement banale. Mes amis, tous sans exceptions, ont connu des drames, ont un lourd passé et des histoires à raconter. Ils sont pour la plupart orphelins, ils ont perdu un de leurs parents, voire les deux. Ils ont des frères et sœurs avec qui, la plupart du temps, les relations sont complexes. Certains même n'ont jamais connu leurs parents. Et au milieu de toutes ces connaissances avec de lourds passifs, des secrets à garder, il y a moi. Comme une plume encore blanche, tourbillonnant avec toutes ces plumes noires, entachées par les drames de la vie. Malheureusement pour moi, même si je me considère comme banale à cause de cela, ça fait plutôt de moi quelqu'un d'étrange, de différent. Une anomalie. Dans un monde où un Ogre menace de noyer les peuples à n'importe quel moment, où les gens se font justice eux-mêmes et où chaque individu trempe un minimum dans les eaux troubles des complots, je débarque comme une fleur sans le moindre bagage émotionnel à déballer.
  Fille unique d'un mariage qui semblait bien parti, des parents toujours en vie et toujours ensembles. La normalité (du coup l'étrangeté) de ma situation est terrifiante. Je n'ai jamais été kidnappé, violé, traîné de force dans une secte. Ma vie fut un long fleuve tranquille.

  Pourtant, mes parents, puis la majorité des gens, m'ont toujours mis sur un piédestal que je ne méritais sûrement pas tant que ça.
  Quatre. Quatre fausses couches. C'est ce que ma mère a enduré avant de finalement m'avoir. J'ai toujours trouvé ça glauque. Des sortes de grands frères et de grandes sœurs qui ont échoué là où moi j'ai réussi. Les grossesses de ma mère ont toutes été compliquées, la mienne étant la pire selon elle. Chaque jour de plus était une bouffée d'espoir et d'appréhension en même temps, et ce jusqu'à la fin. Ma mère m'a raconté que le jour de ma naissance, j'avais le cordon ombilical qui était enroulé trois fois autour de mon cou, ils ont cru que ça allait se finir là (écœurant). Que j'allais rejoindre les dépouilles de mes frères et sœurs, dans un endroit étrange où tous les bébés comme moi finissaient, avant de voir ma mère tentait une sixième tentative, sans vraiment comprendre, à peine consciente de la vie et de la mort, je me serai vue remplacée. Mais au lieu de ça j'ai survécu.
  C'était dans cette idée là qu'on m'avait éduqué et qu'on m'avait mis sur un piédestal. J'étais celle qui avait survécu. J'étais la survivante. Le sang qui coule dans mes veines est censé être le même que celui qui coule dans les veines des grands héros de notre histoire. J'avais réussi à survivre dans un corps qui aurait dû m'abandonner des mois auparavant. Je m'étais accrochée contre cette malédiction qui s’abattait sur ma mère et ce, jusqu'au dernier moment. Et une fois que j'avais passé les épreuves de l'enfer, mes parents ont estimé que ma vie devait ressembler au paradis sur terre. Un inglorium que je traverserai de long en large avant de m'endormir paisiblement à la fin de ma vie. Il n'y avait personne avant et il n'y aurait personne après moi. J'étais l'unique enfant.

  J'ignore si la théorie de la survivante tient debout, mais je me sentais réellement différente des autres enfants (que c'est cliché). Pour la plupart des enfants c'est un véritable drame de se rendre compte que nos parents ne sont pas aussi parfaits qu'on le pensait. Ça survient souvent à partir de la fin de l'adolescence. On se rend compte que finalement, nos parents sont assez ordinaires, ils ont des idéologies snobs, ils sont fermés d'esprit et deviennent complètement imbéciles avec l'âge. Pour ma part, je n'ai jamais idéalisé mes parents, j'ai tout de suite vu leurs imperfections, bien avant que la détérioration de leur mariage ne me le prouve. J'ai tout de suite vu qu'ils avaient confondu le désir avec l'amour lorsqu'ils ont décidé de se marier puis d'avoir un enfant, qu'ils ne s'aimaient pas réellement, qu'ils avaient inventé les qualités l'un de l'autre avant de s'en rendre compte.
  Aucun grand frère ou grande sœur pour veiller sur moi, aucun petit frère ou petite sœur sur qui veiller, et mes parents ne me donnaient pas de l'amour mais de l'admiration. J'étais seule face à ce monde dans lequel je m'aventurais à tâtons avant de m'accoutumer à ses codes.

  La vie ne m'ayant infligée aucun drame duquel j'aurais pu tirer une leçon de vie, j'analysais les erreurs des autres pour ne pas subir la même chose. A commencer par mes parents. Je ne voulais pas faire comme eux, confondre désir et amour. Ils ont forgé en moi une exigence amoureuse que je ne soupçonnais pas. A quoi bon être avec quelqu'un si ce n'est pas pour être la plus heureuse possible ? J'ai essayé de me contenter, de me dire « Au point où j'en suis » mais ça n'a jamais abouti. Pourtant, ma mère n'était pas mal partie. Elle fut la première femme de sa famille à ne pas accepter un mariage arrangé mais à choisir un musicien de Macheville qui semblait à l'époque avoir le potentiel pour devenir une véritable célébrité (échec). Beaucoup de membres de ma famille estimaient que cette série de fausses couches était une punition divine pour ne pas avoir suivi le fonctionnement habituel, les fausses couches n'ont jamais été monnaie courante dans ma famille avant celles de ma mère. Si Maman fut la première femme de sa famille à réaliser un mariage de désir, je pourrais bien être la première à réaliser un mariage d'amour.
  
  Je ne veux pas d'un homme rasoir, barbant. Je veux un homme qui soit un homme car il est né homme, mais qui ne soit pas prisonnier de ses stéréotypes d'homme. Je ne veux pas passer mon temps à le dompter, à le forcer à sacrifier des choses pour moi, car il m'aimera de sorte qu'il n'aura pas à choisir. Ça peut paraître paradoxale après avoir lu ma théorie du meurtre dans le mariage, mais cette théorie s'applique pour la réussite du mariage des autres. Si je suis bel et bien la survivante je devrais une nouvelle fois réussir là où les autres échouent, là où toutes ces femmes et tous ces hommes sont piégés dans leur ennui recouvert d'une couche de vernis scintillant qui les persuade de l'inexistence de l'orage qui approche pour dévaster leurs rêves et leurs idéaux. Ils tombent tous des nues, ils nous font des dépressions, des tentatives de suicide. J'ai tous envie de les prendre à part et de les prévenir, de les secouer, de leur expliquer qu'ils ont été bercé par des histoires terriblement stupides, écrites probablement par des hommes nés hommes prisonniers de leurs stéréotypes d'homme et qu'ils essayent en vain de les calquer sur la réalité sans même tenter de comprendre, d'y ajouter leur propre touche.
  …!
  Faut vraiment que je me calme-moi, mais avouez que, vous voyez que j'ai raison quelque part, hein ?
5 0
Score : 765
Sobrina Lisy Garda
24 Octolliard 978

  Ma grand-mère me répétait constamment que si il y avait bien une période de l'année où il fallait bien se comporter c'était pendant la période d'Halouine. Selon elle, notre monde et celui des morts sont si proches durant cette période que les défunts peuvent aisément passer d'un monde à l'autre. Elle pensait également que les morts savaient absolument tout sur nous, ce qui expliquait pourquoi nous devions nous tenir à carreau si nous ne voulions pas qu'ils nous fassent la même chose que ce qu'ils leur étaient arrivés. Nous devions être bons et généreux, pardonner et s'améliorer. Ça doit bien être la seule tradition familiale que je respecte encore.
  Ces derniers temps j'étais colérique. A maintes reprises, je me suis assise devant mon bureau, munie d'un de mes crayons, prête à déverser ma haine sur Réginald, sur les hommes, de les accuser, de faire des généralités, puis je me suis ravisée. En partie parce que je pensais à ma grand-mère, mais aussi parce que j'avais peur de regretter d'avoir donné vie à mes pensées, de changer d'avis, de me sentir honteuse et d'avoir été aussi clichée. Ah ! Les hommes ! Suivi d'une série de noms d'oiseaux. J'ai finalement retrouvé la paix.

  Deux mois déjà que j'ai entamé ce journal, de manière hasardeuse. Je voulais m'inventer des qualités d'écriture dont je ne connaîtrai jamais la vraie nature puisque je cache, et je continuerai sûrement de cacher ces quelques pages, utilisant l'autosatisfaction. Bien sûr que j'écris bien ! Mais, qui sait, c'est peut-être vrai. D'ici quelques décennies, je referai surface à la période d'Halouine, morte. Je me faufilerai un peu partout, découvrant qu'un Roublard aura vendu mon journal à un groupe de vieillards sourcilleux qui, éblouis par le bouleversement des codes esthétiques que j'ai créée dans la littérature Douzienne, le publieront, et pouf ! Roman à succès diffusé partout dans le Krosmoz (d'ici que je serai morte, ils auront sûrement découvert un moyen pour), je me réjouirai de voir des intellectuels s'attarder à trouver des sens cachés, ou des techniques d'écriture que je n'avais même pas remarqué moi-même et publier d'immenses pavés nommés « Sobrina, renouveau du personnage féminin dans les années 970 », imaginez. Imaginez !
  Calmons-nous.

  Revenons à la flânerie. Vous êtes-vous déjà demandés comment serait votre vie si vous aviez été du sexe opposé ? Me concernant, constamment. Et à chaque fois que j'essaye, je me retrouve face à un mur. J'aimerai me persuader que si j'avais été un homme j'aurais eu les mêmes idéaux, les mêmes combats que je mène aujourd'hui, mais j'ai la certitude cachée que j'aurais été un homme tout à fait ordinaire, un homme que j'aurais adoré critiquer.
  Je ne suis pas de ces femmes qui clament à la supériorité de l'esprit féminin, qui disent constamment « Tu ne peux pas comprendre, t'es pas une fille » tout en vomissant des discours généraux sur les hommes (en fait, si je le fais, mais pas à Halouine dirons-nous). Je suis fermement persuadée qu'il y a des voix masculines que notre Monde des Douze fait taire. Des voix que les hommes font taire, mais que les femmes font également taire (trop tard).
  La voix d'un homme à qui on a fait sentir toute sa vie qu'il avait un problème car, touché par un souffle divin à sa naissance, son esprit à résister à une sorte de formation.
  Cet homme qui a entendu toute sa vie des hommes dires à d'autres hommes Sois un homme !  et des hommes dire à des femmes Arrête de faire la fille !  et qui se sent perdu, égaré, car il ne se sent pas comme un homme.

  
C'est presque un réflexe de vouloir s'élever quand on vous a si longtemps fait sentir inférieur. C'est ce qu'il se passe avec les femmes, elles se dissocient de cette image qu'on leur a si longtemps collée à la peau, malgré une parité des sexes dans l'Inglorium. Femme sur le champ de bataille, femme qui viole, femme qui tue, femme qui dégomme Norgord. Elles s'associent ce qu'on a si longtemps offert aux hommes : courage, force, violence.
  En résumé, les hommes restent sur leurs positions d'hommes avec leurs qualités d'homme, les femmes veulent devenir des femmes avec des qualités d'hommes pour prouver que ce ne sont pas juste des qualités d'hommes. Tout le monde devient des hommes. On nous fait nous sentir mal quand on est une femme qui préfère rester avec ses qualités de femmes qu'on nous a si longtemps persuadé de l'inutilité. Et donc, qu'advient-il des hommes qui ne se sentent pas hommes car ils ont des qualités de femmes ?
  On les fait taire de force, car les femmes, les hommes, au lieu de mettre sur un pied d'égalité leurs qualités respectives et de les universaliser pour cesser de leur donner un genre, ils se rangent tous derrière un genre en particulier. Il n'y a eu aucune conséquence naturelle. Au moment où les femmes ont brisé les codes en prouvant qu'elles pouvaient être semblables à des hommes, trop peu d'hommes ont fait de même pour prouver qu'ils pouvaient être semblables à des femmes.
  Les femmes évoluent, pas leur genre.

  Imaginons que depuis des siècles, les hommes utilisent leurs pom's pour faire une gigantesque tarte aux pom's tandis que les femmes ont toujours fait avec leurs pom's une multitudes de petites tartes aux pom's. Des années durant on a cessé de nous faire croire que faire une gigantesque tarte aux pom's était la meilleure idée, et que les femmes étaient incapables d'en faire comme les hommes. Dans une rage monstre, la majorité des femmes ont cessé de faire plusieurs tartes, mais une seule grande tarte pour prouver le contraire, regardant avec dédain les femmes qui continuaient d'en faire plusieurs petites, comme une espèce sous-évoluée. Au lieu de mettre sur un pied d'égalité les deux idées, tout le monde s'est mis d'accord pour accepter la supériorité de la tarte gigantesque, continuant de dénigrer le concept des petites tartes, faisant des femmes et des hommes souhaitant utiliser la seconde formule des parias, des hérétiques.
  Cette histoire de tartes était interminable.

  C'est terrible d'avoir conscience de ça (du moins de penser ainsi, libre à vous de penser comme moi) et pourtant, dans un certain égoïsme, de réclamer un homme, un vrai. Comme si il y en avait des vrais, des faux. Des hommes qui font des grosses tartes et des hommes qui en font plusieurs petites. Traquant les faux, ceux à qui on fait croire qu'ils sont d'affreux pâtissiers.
  J'ai des nausées rien qu'à l'idée de penser à toutes ces tartes gigantesques que j'ai mangé durant ma vie, négligeant le potentiel des bouchées individuelles dont certains ont le secret. Je suis prête à me tourner vers vous, après tant de temps à vous avoir fait sentir oubliables, j'ai compris, j'arrive.

  Joyeux Halouine.
4 0
Score : 3792
Sobrina Lisy Garda
26 Octolliard 976

  ...ope !
  
  Souvent, je ne dis pas les choses à voix haute. Malheureusement, je devrais.
  C'est pour cela que je t'ai toi. Je cadenasse mes mots, je les enferme, je les étouffe en toi. Et comme n'importe quel contenant, nous sommes incapables d'y stocker indéfiniment nos babioles. Un jour ou l'autre, elles vont sortir, se déverser sur le monde, et j'appréhende ce jour. En attendant, j'accumule. Comme une poussiéreuse cave à vin, où tout fermente et s'améliore avec le temps.
  Ma promesse de paix fut de courte durée, comme le sera sûrement cette entrée-ci. Mais je n'y peux rien, j'ai été confronté à ma hantise. Ce n'était pas juste une hantise que j'ai regardé de loin et que j'ai contourné, les poils que je n'ai pas tous hérissés. Elle est venue à moi, elle m'a côtoyé, on s'est confrontées, elle m'a percuté. Foutant un bordel improbable dans ma cave à vin, notre percussion a fait tomber quelques bouteilles que je me dois de ranger à nouveau.

  J'ai dû rester a côté de cette fille pendant quoi, dix minutes ? Elles sont instantanément rentrées dans mon top dix des dix pires minutes de ma vie.
  Vous vous souvenez quand j'évoquais les gens blasés qui passent leur temps à utiliser leurs mots pour se donner le sentiment de planer sur une sorte de supériorité que vous n'avez pas et qui, expriment exceptionnellement un semblant d'émotion et de fausse tendresse auprès des enfants, et surtout d'un enfant en particulier ? C'était elle. Ce n'était pas un peu elle. Ce n'était pas presque elle. Ce n'était pas juste deux-trois traits en commun. C'était purement et simplement elle.
  Je n'ai pas retenu son nom, j'ai simplement retenu que c'était une amie d'Esdras, et accessoirement l'incarnation même de mon enfer personnelle. Vous savez ? Certaines personnes disent qu'il n'y a pas un enfer, mais des enfers, différents selon chaque personne. Pour le mien, vous prenez cette fille, vous la multiplier par plusieurs dizaines, vous me foutez avec elles pour l'éternité, et là je sombrerai dans la folie. Je ne pourrai pas me tuer, étant déjà morte, je ne pourrais pas me repentir, étant déjà en enfer. Je me tairai et je subirai cette abomination pour l'éternité, jusqu'à ne plus pouvoir bouger, penser, ressentir.

  Outre le fait que c'était prévisible à des kilokamètres qu'elle était ce genre de personnes, de ses mèches de cheveux jusqu'à l’extrémité de ses orteils, elle aurait pu s'arrêter là, mais non, elle m'a parlé. A moi. Elle ne m'a pas parlé de manière normale, elle m'a parlé de la même façon que parlent les gens comme ça. Elle a commencé par me qualifier d'ennuyeuse, parce que j'ai refusé de boire, puis elle m'a surnommé gamine, j'ignore pourquoi. Enfin si ! Je lui paraissais assez inexpérimentée, sachant que les seules mots que j'avais dû prononcer face à elle devait être un « Bonjour », et un « Non merci », pour la boisson. Puis là, quand elle a annoncé avoir un gosse, j'ai cru m'évanouir. C'était elle. C'était vraiment elle. Cette personne dont je vous rabâche l'existence depuis le début de ce journal, ces personnes qui m'ont effrayé toute ma vie, car je les déteste, et en même, tu as l'impression que les mots remplis de haine que tu veux exprimer à leur égard ne sortent pas, ces personnes qui ont tué l'Adorable Sobrina, ces personnes qui vont finir par me tuer tout court.
  Cette race inconnue qui vous malmène pour se sentir secrètement mieux, car leur supériorité n'est qu'illusion, basée sur le rabaissement des autres, et qui traîne uniquement avec leurs semblables copies ennuyeuses au possible, qui se retrouvent subitement débloquées du faciès quand ils parlent avec leur enfant. Pas forcément le leur, mais un enfant, qu'ils ont trouvé et dont ils ont besoin pour exploiter le potentiel empathique de leur caractère. Ils cherchent tous un enfant pour qui ils donneront tout, avec qui ils cesseront exceptionnellement d'être blasés, comme on cherche un objet à l'Hotel de Vente, cherchant le plus niais possible. Un objet tendance.

  Mais le pire dans tout ça c'est que cette fille n'existe pas. Enfin, j'espère ? Je veux dire, ça n'a pas de sens, ça n'a pas de vie, ça. Jusqu'ici j'avais simplement rédigé l'idéal de mon enfer, basé sur les caractéristiques communes de tous ces gens, que j'appellerai désormais les BISAEN (Blasés Inexpressifs Sauf Avec Enfants Niais), mais c'était la première fois que je rencontrais la matérialisation parfaite de mon cauchemar. Cette fille, elle n'existe sûrement pas (enfin si vu qu'Esdras la connaît, mais peu importe). Les Dieux ont dû lui donner vie une heure avant que je la rencontre et l'ont fais disparaître une heure après, simplement pour me punir pour quelque chose que j'ignore. Soit dit en passant, j'aimerai ne plus être dans l'ignorance. Dites-moi vraiment ce que j'ai fais dans une autre vie, ou dans cette vie, pour subir de telles atrocités ? Je ne suis pas un ange, mais il y a pire que moi, regardez autour de vous.
  Ce genre de personnage remue en moi tellement de mauvais souvenirs, je m'interroge vraiment sur ce qui peut pousser des gens à choisir ce comportement comme ligne directrice de leur vie ? Un excellent sujet de discussion à aborder avec Conteur quand j'irai le voir. Tellement de possibilités pour se contenter d’un choix aussi décevant.

  Je la déteste. Je la déteste. Je la déteste. Je la déteste. Je la déteste. Je la déteste .Je la déteste. Je la déteste. Je la déteste. Je la déteste. Je les déteste.

  Sur ce, maintenant, mes bouteilles de vin remises en ordre, je m'éclipse, la rage au ventre rien qu'à l'idée de penser à cette personne et à ses semblables.
2 0
Score : 765
Sobrina Lisy Garda
31 Octolliard 972
 
  Je suis d’humeur à m’humilier aujourd’hui.
  En fouillant un peu dans ma chambre chez mes parents, j’ai retrouvé ça Ça, c’est vraiment les lettres de la honte. Quand je les ai lu j’ai eu de la nausée, sans exagérer. J’aurais voulu traverser le papier, saisir la Sobrina qui avait écrit ces conneries et l’étrangler à mains nues. Je déteste cette garce. Je me déteste d’avoir écrit CA !
  
Travaillons ensemble. Lettres en main, je vais les réécrire mot pour mot, corrigeant toutes ces terribles fautes que je faisais (je dois toujours en faire, mais là, je ne me supporte pas), laissant quelques commentaires avant de conclure par une envolée lyrique dans laquelle je vais faire remonter à la surface ces terribles souvenirs pour vous expliquer mon ressenti actuel.

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6 Martalo 972

  
Salutations à vous, chers membres Affranchis. («Salutations», tuez-moi. On dirait le début d’une entrée dans une secte.)

  
Je me nomme Sobrina Lisy Garda, j'ai dix-neuf vingt et un ans (j’avais étrangement menti sur mon âge. J’ignore pourquoi, ce n’était pas mon genre), je suis une femme et je vénère Ecaflip (Sans aucune transition. On remarquera le verbe «vénérer», que j’étais sérieuse.). Je suis une vague aventurière, j'explore le monde, je rencontre des gens, j'adore vivre des aventures extraordinaires et avoir de bons souvenirs de voyages (Déjà je ne me félicite pas de me décrire comme ça, et bon sang Sobrina, où sont tes connecteurs logiques ? Virgule, virgule, virgule.). Je sais quelque peu un petit peu me battre, je m'entraîne, mes puces et mes griffes sont mes armes (J’avais vraiment un problème dans ma manière d’écrire. Virgule, virgule ♫). Vous l'aurez compris, la présentation personnelle est loin d'être mon fort. (Je n’aurais jamais deviné très chère.)

  
Concernant mon passé, j'ai toujours vécu à Macheville depuis mon enfance, une vie simple et paisible en famille, à mes seize ans j'ai quitté le cocon familial pour voyager et vivre une aventure (C’est même pas vrai, je suis parti bien plus tard, mais de toute évidence je voulais me donner un côté moins ordinaire que ce que j’étais réellement, et pourtant… J’y reviendrai plus tard). C'est tout ? He (Et ?) bien oui, en réalité je vais un peu essayer de m'ouvrir mais je crois que c'est de là que viens mon envie de vivre des aventures (pluriel) extraordinaires, d'avoir des souvenirs, j'ai eu une vie simple (cette phrase est longue), je me suis toujours considérée comme une fille banale, c'est loin d'être une preuve d'un manque de confiance en soi, loin de là mais dans le monde des Douze (très longue), les gens ont vécu des choses folles, j'ai été peut-être privé de ça, je n'insinue pas que j'aurais voulu avoir une vie difficile mais vivre de bons moments aurait été bien… (Même pas fichue de mettre un point à ce stade là ?) Aucune vie n'est simple, chaque vie est semée d'embûches mais il y a des embûches plus grosses que d'autres. (ENFIN ! Je vous assure, j’ai des frissons de dégoût rien qu’à lire cette prose. Ce n’est pas catastrophique, mais ça sonne tellement faux. Ce n’est pas moi, et ce n’était pas non plus moi pour la Sobrina de l’époque. Elle se mentait également à elle-même.) C'est un peu ce qui m'a amené à rejoindre votre guilde, le jour de l'élection de Miss et Mister Brâkmar et sufokia Sufokia (Majuscule), loin de ressortir me remémorer cet événement pour me rappeler que j'ai perdu (Me regardez pas comme ça, vous voyez bien que j’avais des raisons atténuantes qui justifient mon échec à un concours de beauté de très mauvaise qualité), j'ai souvenir d'une Brâkmarienne qui avait raconté une anecdote concernant CherrySteel, c'est vague dans mes souvenirs mais quand j'ai appris que cette dernière était membre de votre guilde, (Je crois que je ne savais pas ce qu’était une phrase courte à l’époque, et que les virgules m’obsédaient) j'ai tout de suite pensé que vous étiez plus qu'une guilde avec des membres (PAR), mais une guilde, avec des amis (ECAFLIP), des ennemis peut-être pas, mais des gens qu'on apprécie moins, et surtout qui vit des aventures. (J’étais sûrement consciente de ma niaiserie à ce stade-là. J’étais vraiment déterminée à rejoindre cette guilde on dirait. Bah j’ai bien fais, tiens.)
  
Je souhaite vous rejoindre pour les raisons cités citées plus haut, je tiens beaucoup aux mots "Amis" et "guilde"(Sobrina, tu arrêtes TOUT DE SUITE), une guilde pour moi n'est pas ce n’est pas comme un chef et des avec ses gardes, c'est un meneur et des amis, des souvenirs, tout ça, toutes ces choses qu'on oublient oublie pas (… J’ai honte, mais j’ai honte.). Si cette guilde me permet de faire des rencontres incroyables et rendre mes rêves réalité, c'est l'idéal, mais c'est donnant donnant, intégrer une guilde demande un investissement qu'il ne faut pas négliger! Lors de mes expériences passés passées je faisais partie d'une petite guilde nommée "L'Astre", on s'est bien amusés dedans ! Dans une guilde, j'essaye d'aider le plus possible, même si c'est ce sont des petits gestes, ça fait toujours du bien de se sentir utile, mais parfois je me fais discrète quand  je suis perturbée, je dois travailler sur ça. (… Terriblement honte.)

  
Je vous remercie d'avoir lu ma présentation, j'attends avec impatience une réponse de votre part. (Merci, au revoir.)
  
Cordialement, Sobrina.

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  Vous savez c’est quoi le pire ? Il y a une seconde lettre.
  On y va ? On y va.

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  8 Martalo 972

  
Salutations à vous, chers membres Affranchis. (Encore ce fichu «Salutations».)

  
Je vous écris pour répondre à la dernière remarque que j'ai remarqué. (… Cette phrase. Cette phrase n’a strictement aucun sens. Je la retourne dans tous les sens, je. Je ne comprends pas. Vraiment.)
  
Je pense que il qu’il est mieux d'y répondre plutôt que de rester dans le silence pour progresser (même là, je saisis à peine mes mots.), cependant ce message sera de taille réduite comparé à ma candidature précédente puisque c'est une réponse à de vos attentes.
  Je vais commencer à répondre à votre question qui consiste à savoir ce que vous pourriez m'apporter.
  Je ne peux que approuver que me faire des amis c'est une chose que n'importe quelle guilde pourrait m'aider à entreprendre. Je pense que vous pouvez m'apporter l'expérience qui qu’il me manque, dans le mot "Affranchi" je comprends les sans frontières, qui ont brisé les chaînes pour s'envoler. (Poésie quand tu nous tiens.)
  
C'est à dire que comme Comme je l'ai écris, ma vie d'avant était si étroite, toutes les guildes ne sont pas unis unies au point de se considérer ensemble comme une famille, un de vos membres a même insisté sur ce mot "famille".
  Je cherche des gens fidèles qui pourraient m'aider à franchir les limites qu'on m'a fixé, bien que je suis sois partie à l'aventure, on est nous ne sommes jamais vraiment libres.
  Tiens en parlant d'aventure, (J’ai vraiment lâché un «Tiens, en parlant de...»?) vous m'avez proposé d'exploiter ce mot.  Je vais m'appuyer sur ce que j'ai vécu dans mon ancienne guilde pour ça, on visitait plein d'antres de créatures, on s'amusait bien, il est vrai que ça («ça» quoi ? Ah, au temps pour moi, j’ai compris où elle voulait en venir en lisant la suite) c'est toutes les guildes qui peuvent fournir ça (...) mais je recherche quand tout de même ce genre d'aventure, des explorations, des réunions...

  Pour conclure, j'ai eu la chance de découvrir où se trouvait votre domaine. De plus vous m'avez dit qu'il est mieux de se voir que de s'écrire, c'est vrai, alors je vais essayer de suivre les activités Brâkmariennes pour vous rencontrer car j'ai cru comprendre qu'on pouvait voir assez de nombreux d'Affranchis dans cette nation, si je ne trouve pas, j'essayerai de vous contacter pour créer un entretien.

  Cordialement, Sobrina.

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  J’ai probablement loupé quelques fautes, j’en ai peut-être commis des nouvelles. Peu importe.

  «Cracher dans la soupe», «Etre mauvaise langue»… Employez l’expression que vous voulez, mais je m’en veux d’avoir été comme ça, et je suis contente d’être aussi condescendante avec cette fille qui a l’air toute mimi, adorable. Comme si j’étais une version améliorée d’elle même, ce que j’estime être. Je ne suis pas condescendante envers ses faiblesses que nous sommes censés vaincre avec l’âge, mais cette fille me met en colère.
  Quatre ans. C’était il y a quatre ans. Pas quinze ou dix, quatre. Je suis en colère contre l’existence même de ces lettres. Je ne voulais pas rejoindre cette guilde pour les raisons évoquées ci-dessus, ce sont des subterfuges. Je voulais simplement rejoindre cette guilde pour être avec Efflis que j’estimais être mon amie. Une amie qui m’obsédait. Le genre d’amitié que vous pensez réciproque, puis vous vous apercevez finalement que l’une donne plus que l’autre. Et que l’autre ne donne plus rien, vous regarde à peine, se souvient tout juste de vous. Deux étrangères. Et vous êtes là, piégée dans une guilde que vous avez rejoint pour elle, après avoir passée une période d’essai traumatisante durant laquelle vous aviez l’impression d’avancer dans l’obscurité, dans un monde qui n’est pas le votre. J’avais le sentiment d’être une marchandise inutile qu’on délaissait, qu’on stockait. Un objet inutile pour lequel on ne prend même pas la peine de le revendre. Un objet dont on reprochait la banalité, la simplicité, d'où la ligne "Concernant mon passé" de la première lettre, comme si tu devais être digne d'avoir un passé complexe, sombre pour eux. Je ne l'étais pas.
  Le peu de temps que j’ai passé dans cette guilde m’a paru horrible. Je souffrais d’une solitude sévère. Peut-être qu’aujourd’hui je trouverai cette guilde tout à fait ordinaire, simple à vivre, et j’y aurais fais de belles rencontres. Mais pour cette fille que j’étais c’était un enfer. Aujourd’hui je ne me sens pas coupable de me défaire d’un engagement, mais à cette époque c’était le cas. Jusqu’au beau jour où je suis partie, j’ai disparu sans dire un mot, espérant qu’on m’oublie. Qu’ils m’oublient tous, Efflis comprise.

  En ce moment, je prétends me moquer doucement de ma syntaxe de l’époque mais quand j’ai lu ces lettres, ce n’était pas des rires qui me venaient, mais vraiment un mélange de haine et de tristesse. Surtout de tristesse. Comme à chaque fois que j’évoque le passé, le passé qui vous fait souffrir évidemment. Ces souvenirs-ci ne me paraissait pas si atroces à l’époque, ils me paraissaient même agréables au début. Je voyais les couleurs joviales du domaine des Affranchis dans ma tête, j’en étais presque sentimentale. Le temps nous rend sentimental. Peut-être, en définitive, est-ce à cause du temps que nous souffrons.
  J’ai essayé de changer, peut-être que ce changement peut sembler être une régression aux yeux de certains quand on entrevoit la douceur et la niaiserie que j’évoquais à l’époque, mais c’était un changement nécessaire celui-ci, plus qu’une envie de renouveau. Car j’ai saisi quelque chose de très important après ça. La culpabilité de faire souffrir les autres est beaucoup plus supportable que la souffrance elle-même. Alors, je m’entraîne.
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Score : 3792
Sobrina Lisy Garda
4 Novamaire 976

  Joyeux anniversaire moi-même.
  Vingt-six ans et toutes mes dents
  Allons voir ce que cette journée me réserve.
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Score : 765
Sobrina Lisy Garda
5 Novamaire 976

  Il est minuit passé. Ma journée n’est officiellement plus ma journée. Il s’agit désormais d’une journée ordinaire. Il est exactement trois heures vingt-sept du matin. Je ne trouvais pas spécialement le sommeil, et si on ajoute à ça la respiration bruyante de l’inconnu qui partage mon lit une place de célibataire endurcie, je ne pouvais que me réveiller. J’ai même assez peur qu’à mon retour dans mon lit, il n’y ait plus aucune place, parce que ce type se sera étendu de tout son long.
  Evidemment, j’ai méticuleusement veillé à ce qu’on procède à l’acte une fois minuit passé. Pour la simple et bonne raison que le sexe a tendance à salir la pureté des événements. Le sexe n’est pas sale, mais les gens le rendent sale. Vous avez beau tenter de l'exécuter de manière très poétique et romantique, l’un des deux finit toujours par rendre la chose sale (c’est rarement moi). J’ai donc attendu minuit, car si cela avait eu lieu le jour même, ça aurait complètement démystifiée ma journée, il fallait le réserver pour une journée ordinaire. J’ai usé de quelques stratagèmes, j’ai traîné le pas quand il a proposé de me raccompagner, j’ai fait mine d’être soudainement passionnée par les étoiles et je l’ai attaqué de toutes parts à coup de questions inutiles et ridicules pour gagner du temps. Tout ça pour ne plus jamais le revoir après ce soir.
  
  Et là, seule devant mon bureau, au beau milieu de la nuit, désormais âgée de vingt-six ans, je suis troublée.
  Il me manque quelque chose. Il me manque quelque chose que je n’ai jamais trouvé. Une satisfaction complète de moi-même. Une satisfaction amoureuse.
  Plus de cinq ans que j’ai mis les pieds à Astrub pour la première fois, et je n’ai jamais autant évolué que ces cinq dernières années. Aussi critiquable que soit cette ville, elle est irréfutablement le début de quelque chose pour n’importe qui. Ces cinq dernières années j’ai rencontré tout un tas de personnes. Des femmes. Des hommes. Et j’ai appris ne serait-ce qu’un petit quelque chose auprès de chacune de ces personnes. J’aimerai parler des hommes qui m’ont inspiré pour mes vingt-six ans. On réserve le droit d’avoir des muses aux hommes, mais moi aussi j’ai eu mes muses, même si la plupart d’entre eux ne m’ont pas suffisamment inspiré pour avoir ce titre. Je suppose que nombreux m’ont oublié, n’ont pas conscience qu’ils ont pu me marquer, participer à mon évolution, me pousser à la réflexion. Je leur rends en quelque sorte hommage ce soir.

  Jack m’a rappelé l’essence même de l’amour. Vous connaissez cette joie de voir votre amie réussir sa vie amoureuse sans aucune jalousie ? C’est ce que je ressentais pour Rubis et Jack. Aussi vagues que soient mes souvenirs que j’ai de lui, son histoire d’amour m’avait inspiré. Ils étaient la preuve que l’amour véritable peut exister. Tout ça saupoudrer d’une fin tragique : Jack est mort. Les rares fois où Rubis me rend visite avec Agathe, leur fille, je ne peux m’empêcher de pleurer le soir même. J’ai toujours préféré les histoires d’amour tristes. La fin tragique rajoute toujours une dimension iconique au couple. Rubis et Jack sont mon couple iconique, ils m’ont fait rêver et pleurer.
  Nymotis m’a rappelé mon besoin de pouvoir. Quand il m’a entraîné avec Kael et Efflis dans sa campagne électorale de Sufokia, à une époque où la politique avait encore un sens et une importance, je jouais le rôle de la fausse modeste qui doute de ses capacités pour le travail qu’on lui demande. J’en venais même à me persuader que c’était vrai. Nymotis a réveillé cette furie en moi, ce besoin d’avoir un minimum d’importance, de participer, d’organiser, de diriger, de gagner.
  Trouh m’a rappelé mon besoin d’aventure. Il était le méchant que je n’avais jamais eu. Ce grand méchant de livre qu’on met douze tomes à éliminer avant que tout se finisse bien. Trouh était l’incarnation même du fantasme du méchant. Probablement faussement méchant, mais c’est comme ça que je veux m’en souvenir. Un ennemi comme on en fait plus, qu’on pourchasse, qu’on emprisonne, qui s’évade, qui a un équipage, un vrai chapeau pirate, qu’on juge devant un tribunal, qui s’échappe de nouveau. Le personnage qu’on fait mine de détester, mais qui donne le piment qu’il manque à notre vie. L’ennemi public n°1 qui mérite son titre d’ennemi public n°1. L’Ogrest de mon microcosme.
  Wanupo m’a rappelé ma fragilité. C’était si agréable d’être l’oiseau blanc vulnérable. Mais à quel point ? Il y a toujours ce petit frisson, ce sentiment d’excitation et de privilège inexistant quand on a l’impression de fréquenter et de fantasmer sur quelqu’un qu’on vous déconseille d’approcher. On rêve toutes d’être la Belle prête à percer les sombres secrets de la Bête, en vain. On apprécie tellement ce jeu qu’on s’agace même à être la fragile du duo. On veut devenir épineuse, peindre ses plumes en noir. Passer du cygne au corbac. S’assombrir.
  Le Conteur m’a rappelé l’intérêt des secrets. Et à quel point il est bon de confier les secrets en toute confiance. Parler de soi, être écoutée, ne pas se sentir barbante est la meilleure sensation au monde. Et là où j’aurais dû être égoïste, je ne l’ai pas été. J’ai écouté en retour quelqu’un de passionnant, cultivé, intéressant, regorgeant de mystères et de secrets à percer. Une énigme sur patte mais qui, finalement, est très bien avec ses secrets gardés. Je ne ressens pas le besoin de découvrir de toute urgence ce qu’il cache car je l’aime avec ses cachotteries.
  Zavgon m’a rappelé l’espoir. L’espoir qu’il y a malgré tout ça. Je me répète constamment que j’aurais pu ne pas rencontrer ces hommes, en rencontrer d’autres, à d’autres endroits, à d’autres moments de ma vie et d’évoluer d’une manière totalement différente qui m’aurait permis de devenir une fille que j’apprécierai plus. Une fille plus captivante, studieuse et naturelle. Coincée et décoincée. Simple et émouvante. Mais je suis Sobrina, et je me déteste d’être Sobrina malgré que je prétends en être fière. J’aurais voulu être cette fille joviale et enjouée, mais je me sens comme la traînée qui ramène un inconnu dans son lit le soir de son anniversaire. Et je culpabilise de ça. Et il y a Zavgon qui me dit de ne pas culpabiliser. Que ce que je n’aime pas en moi, il est prêt à l’aimer pour moi. Que là où je vois des défauts, il voit des qualités. Là où je vois une certaine fille, il voit Sobrina. Zavgon n’est pas simplement entré dans ma vie pour me rappeler quelque chose. Il s’est déployé. Je ne l’ai pas vu venir et un beau jour il est devenu essentiel, propre à mon équilibre. Il me fait sourire, rire, espérer. Espérer qu’après tout ça il y a quelque chose d’autre, quelque chose de meilleur, de plus beau, de plus paisible. Un nouveau souffle que je suis prête à respirer.
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Score : 3792
Sobrina Lisy Garda
28 Novamaire 976
 
  Je déteste Malahiel. Cette personne insipide qui ne mérite même pas que je l’appelle Malahiel. C’est pourquoi je vais l'appeler Anchois parce que je déteste les anchois, tout comme je déteste Malahiel.
  Je déteste ce que Malahiel (après mûre réflexion, je vais continuer d’utiliser son vrai nom, Anchois aurait détruit le potentiel dramatique de cette entrée-ci) est devenu. Une personne qui prétend ne pas avoir changé alors que si, sous ses airs d’enfant de cœur, c’est le pire. C’est le pire. Il joue à la victime constamment alors que c’est celui qui m’a fait le plus de mal. Evidemment, contrairement à lui, je ne lui balance pas ma colère en permanence. Enfin, si vous l’écoutez, il vous dira que c’est ce que je fais en permanence.
  Depuis plusieurs mois désormais, si ce n’est une année, ou plus, il joue à être terrifié par moi. Comme si c’était ma nature profonde. Je l’ai sûrement terrorisé un jour et c’est resté, dans ma bonne foi je l’aide à approfondir son personnage tourmenté et traumatisé par Sobrina en jouant le rôle de la fille possédée par le malin, par Rushu, prête à réduire son monde en cendres et en lui lançant en permanence des reproches que je ne pense pas réellement. Si c’est drôle ? Evidemment que c’est drôle. Mais comme on dit, les meilleures blagues sont les plus courtes.

  Je ne suis plus capable de lui parler sincèrement, en tant qu’amie, car c’est ce que nous sommes censés être l’un pour l’autre, sans qu’il remette sur le tapis cette blague lourdingue. Je suis supposée être explicite à quel point ? Pouce Malahiel ! Je te parle sérieusement, donc on peut arrêter notre jeu de rôles deux minutes s’il te plaît ? Voilà, donc très bien, je suis Sobrina et toi Malahiel, et je ne suis plus Rushu incarnée et toi tu n’es plus le mauvais comédien qui surjoue la terreur. Merci.
  
Evidemment que c’est une blague, et qu’aussi persuadé qu’il a l’air que je suis l’apogée de la monstruosité humaine, il sait que c’est un jeu de rôles entre nous, bien qu’il soit devenu incapable de prétendre le contraire. Quant à moi je fatigue, je deviens cette fille chiante à qui on dit «Ça va, on rigole» parce qu’elle excédée qu’on lui sorte la même plaisanterie encore et encore à toutes les sauces pour finalement se vexer.
  Il m’insupporte de constamment se cacher derrière ce jeu ridicule. Car même si c’est un jeu, j’en veux à Malahiel car il est devenu ridicule, il est devenu pathétique à mes yeux, et j’essaye en permanence de retrouver un Malahiel pour lequel j’avais autrefois de l’admiration. A chaque fois que j’arrive à entrevoir l’éventualité qu’il soit de nouveau celui que j’appréciais, il se cache derrière ce jeu. Il prend la fuite, mime la peur, l’inexpréssivité, fait le blasé.

  Remettons les choses en place, si il y en a une qui devrait te haïr, c’est moi.
  Au tout début, j’aimais Malahiel, quand il avait un semblant de classe, qu’il jouait les chevaliers à pourchasser la Doles, percer les mystères d’Astrub et conquérir le trône de Bonta. Je lui sautais au cou quand j’étais rassurée qu’il soit sain et sauf, je lui souriais, je le charmais sans le dire. Et il me rendait la pareille sans me le dire. Il a même avoué hier soir que nous étions bel et bien destinés à être des âmes sœurs, avant qu’il ne dérape.
  Quel dérapage ? L’inceste.
  Quel homme fait espérer une fille, lui fait miroiter le fantasme du chevalier blanc pour s’engouffrer dans une histoire aussi glauque ? Impardonnable. Doublement impardonnable qu’il n’a jamais été fichu de se justifier auprès de moi, à part de se complaire dans cette pratique écœurante.  
  Sa transformation en femme ? Impardonnable.
  Malahiel n’était plus. Il ne pouvait plus me faire fantasmer ou chercher le pardon car il n’existait plus. Il avait vendu son âme à un monde de ridicule, d’absurdité, où il se plaisait profondément, tout en jouant la victime. C’est pas ma faute ! C’est pas ma faute ! Evidemment que ça l’est.
  Evidemment que Malahiel est drôle, à défaut de ne plus pouvoir espérer le voir comme avant, j’ai accepté son envie de ridicule, alors nous sommes restés amis. Le genre d’ami avec qui tu parles constamment au second, voire troisième degré, d’où la naissance de ce jeu entre nous. Mais Malahiel est incapable de voir la fin du tunnel, il ne cesse jamais de jouer, aussi innocent qu’il veuille paraître. Comme si il avait brisé le quatrième mur et avait pris connaissance d’une vérité sur le monde qui lui permettait de se comporter comme quelqu’un d’insensé pour le restant de ses jours.
  Et je lui en veux pour ça. Moi je n’ai pas conscience de cette information qui l’autorise à se comporter comme le plus Iop des Iops. Moi j’ai le droit de parler à quelqu’un de sensé.

  A force de se persuader qu’il est innocent, il pense l’être, et à force qu’on me persuade que je suis un monstre, je pense l’être. C’est la raison pour laquelle une étrange fille apparue il y a deux jours, qui copie mon style vestimentaire et dont tout le monde est gaga sauf moi ne tardera pas à me remplacer. Je me suis cassée le derrière à avoir ma marque de fabrique pour que volontairement ou non, une fille soit prête à prendre ma place devant les visage vides et abrutis des clampins. Je refuse d’être Nom de cette fille insipide n°2. J’existe et j’ai besoin d’être rassurée. Et personne ne le fait, si ce n'est sur le ton de l'humour. La plaisanterie a assez duré.
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