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[Fragments Retrouvés] Il se fait appeler le Conteur...

Par osalinvocateurdetofus 17 Mai 2015 - 16:23:04
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Score : 64
 Le Plan Nemesis.  
 


 Il y a longtemps, bien avant qu'Osamodas ne jette son dévolu sur le Monde des Douze et ne le crée, Sram eut l'idée de créer un monde à son image. Mais il n'avait pas les bons matériaux. Il a trouvé une planète inhabitée, et l'a explorée depuis son atmosphère jusqu'à son noyau. C'était une planète gelée,  dont le sol était riche en silice, ce minerai réflecteur. Mais à part ça, il n'y avait rien pour l'aider à peupler son monde.  Mais Sram était malin, il eut une idée. Dans les tréfonds de la planète, il construit une caverne de silice poli et, se tenant au centre de la caverne, il pouvait admirer des centaines de reflets de lui-même. " Maintenant nous sommes légion. " se dit-il. Il insufla de sa magie dans les parois miroitantes, et ses reflets prirent vie.  Des reflets imparfaits cependant, il n'étaient pas tout à fait comme lui. Et ils étaient profondément lui. Ils étaient l'exact opposé de Sram, et en même temps tellement similaires à lui.  Ils étaient aux antipodes.  Ils étaient aussi de la même trempe que Sram : des dieux. Des dieux capables d'être infinis en nombre. Sram y vit là une opportunité de conquérir l'Ingloriom. Mais Enutrof veillait. Gardant jalousement son trésor, le Dieu doré avait toujours un oeil sur le fourbe Sram, et il vit ce que Sram faisait, et sévit sans plus de délai. Il déferla son souffle divin et réduisit la planète de Sram en poussière, anihilant tous les Reflets. Sram perdit tout ce jour-là. Sa planète, ses créations, et la méfiance de autres Dieux envers lui s'était accrue. Mais il avait réussi à arracher à sa planète, juste avant qu'Enutrof ne la détruise, un fragment miroitant. Une éclat, tout juste une écharde.  Il la sculpta, la perfectionna, et la cacha. Il avait créé le Miroir d'Ontypod. Une légende à dormir debout, n'est-ce pas ? Mais qu'imprte ce qui s'est passé, nous avons la preuve de l'existence du Miroir d'Ontypod, car il est entre nos mains. Nous avons passé les derniers mois à l'étudier, à le réparer, à préparer le piège. Et à présent, il est prêt. Notre chef d'oeuvre, notre tableau de maître.  Nous sommes prêts à attirer le Conteur, et à le confronter à lui-même.

 Et il n'y survivra pas. Nous vous devons tout, et votre grandiose revanche approche, ma Reine.

Lettre du Grand Marionettiste à sa Reine.
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De l'extinction à l'élévation, histoire élémentaire.



" ... Et la créature sombra à nouveau dans les abysses. Mais plus que jamais, le peuple vit sa confiance envers les Huppermages s'étioler. Trop forts. Trop dangereux. Trop longtemps ces mages élémentalistes ont dirigé Bonta la Blanche. Que ça cesse.C'était là les paroles les plus douces, les moins belliqueuses ... Léorictus, un homme puissant et cruel, suivi par de nombreux et extrémistes sujets, était le plus virulent à l'égard des Huppermages, car ceux-ci soutenaient le roi Grimaçant de Bonta, et Léorictus voulait l'évincer. Il menait des campagnes anti-mages dans la cité, et les alentours, partout, il parlait, criait, clamait, instillait la crainte et surtout la haine dans le coeur des hommes envers les Huppermages. Plus les années passaient, plus les mages élémentaires étaient détestés, et plus Léorictus gagnait de sujets. Mais malgré la haine, les Huppermages restèrent fidèles à la Cité Blanche. Et ils payèrent sévèrement le prix de leur loyauté ...Un jour de ciel rouge et noir, le monde civilisé éclata, tomba en morceaux nauséabonds. Les hommes prirent les armes, et ce fut le temps des Mulous, et des chasses aux sorcières. La sombre période des Persécutions. Menés par l'affreux Léorictus, ses sujets battirent les campagnes et montagnes, les ruelles et tous les hôtels. Partout où ils passaient, les Huppermages tombaients, exécutés sur-le-champs. Un massacre sanglant qui dura longtemps, trop longtemps. Beaucoup d'Huppermages perdirent la vie, les quelques survivants se terraient, comme de vulgaires Wapins, comme des criminels fugitifs. Les raids anti-mages étaient toujours plus fréquents, toujours plus violents, et petit à petit, la caste des Huppermages s'éteignait, traînée dans la boue et le sang ...Mais si un trait cractérise les Huppermages plus qu'un autre, c'est bien leur conviction, et leur détermination à faire ce qui leur semble juste. Les derniers Huppermages de l'ère sanglante se réunirent en secret aux sources de leur existence, dans la main du géant qui avait accueillie le premier Huppermage, Prosperus Elementor. C'est là qu'ils avaient bâti leur temple de l'Equilibre. Là, ils prirent leur destin en main.
C'était comme si tous les orages de tous les temps s'étaient réunis pour frapper au même moment ! La terre tremblait, le monde entier semblait rugir de fureur ! Les pavés des rues de Bonta se fissuraient, s'éventraient, s'écartelaient. Les arbres tombaient, les toits venaient embrasser le sol mugissant. La terreur régnait dans la ville, alors que le sol ondulait comme la surface d'un lac géant, sur lequel on aurait jeté un caillou de la taille d'une montagne ... Et le soleil lui-même s'éteignit.
Dans un grondement fou, un morceau entier de la terre s'éleva dans le ciel, plongeant Bonta dans l'ombre. Il s'éleva, toujours plus haut, jusqu'à ne devenir plus qu'un point dans le ciel, et s'éloigna vers l'est, dans les nuages noirs.
 De l'emplacement intial du temple de l'Equilibre, il ne restait qu'un immense cratère. Les Huppermages avaient fui les persécutions en trouvant refuge dans les nuages. Et ils avaient emmené leur héritage avec eux ! L'île de Rok, monceau de roche suspendu dans les cieux, refuge ultime des Huppermages. Là, les derniers Huppermages firent un voeu. Le voeu de ne plus laisser les hommes d'en bas s'imiscer dans leur quête de l'Harmonie. De ne plus montrer envers eux que méfiance et distance, mais sans exclure le pardon, car toujours l'Equilibre ils viseraient.


Pendant des siècles, les Huppermages restèrent à l'abri dans leur demeure de pierre, au milieu des nuages, entraînant et étudiant, jusqu'à devenir des légendes, jusqu'à tomber dans l'oubli.Ils ne daignèrent redescendre que bien plus tard, ne dévoilant au monde leur île flottante que lorsque l'un d'eux, l'Huppermage Jed Reivrepel, prit le poste de conseiller de Roi Beldarion de Bonta. Mais leur retour ne fut pas simple, malgré le temps passé ... Vous en saurez plus au prochain cours, surveillez les panneaux d'affichages pour les prochaines dates. Ou les pots de fleurs, nous verrons bien ! "

 
Cours magistral du professeur J. Smisse,
retranscription prise d'une élève de second cycle.
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[Hrp]
Ça faisait longtemps ! Continue, c'est toujours aussi agréable à lire !
[Hrp]

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[HRP] Merci ! J'avais prévu la suite du déroulement du rp pour réécrire, mais j'étais inspiré hier, héhé [/HRP]

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Inspiration.


 La chaleur de la flamme avait croqué la moitié de la bougie.

Elle n'avait pas vu les heures passer et en même temps, il lui semblait avoir voyagé un millier d'années. Il était enfoncé dans son fauteuil rouge aux coutures usées, elle était assise sur un tabouret de bois dur et froid. Ce n'était pas grave. Il suffisait qu'il dise que le tabouret était confortable, et le tabouret était doux comme un coussin de velours. C'était le test. Si vous croyiez que le bois était velours, alors il acceptait de vous conter une histoire. Alors il séparait ses lèvres fines, et murmurait les premiers mots.
Et d'un coup, le bois et le velours disparaissaient. Les murs sombres devenaient forêt baignée de la lueur des rayons du soleil d'hiver. Le parquet laissait place à la prairie, humide de la rosée du matin, dont la fraîcheur chatouillait les pieds nus - car les bottines avaient aussi disparues, confisquées par quelque tribu kanniboule, mécontente de voir deux étrangers sur leurs terres-.

Et la flamme descendait.
L'histoire du soir avait duré du crépuscule à la nuit noire. Dehors, torches éteintes et porches vidés et devantures rangées. La ville dormait, enfin. Seuls lui, dans son fauteuil, et elle, sur son tabouret de velours, étaient éveillés. Il s'était tu, mais la magie du voyage persistait et elle sentait encore l'herbe sous ses pieds, comme une image rémanante d'avoir trop regardé le soleil.  La comparaison était pertinente. Il était un soleil, et ses mots étaient les rayons éclairants. Ses mots, qui même une fois dissipés, restaient gravés dans les esprits.

Comme chaque soir, il la congédiait d'un geste de la main, en silence. Les mots étaient précieux et ne devaient pas être gaspillés, au risque de perdre de leur magie. Il lui avait appris ça. Alors tous les soirs, elle le remerciait d'un battement de paupières, invisible et immanquable, et s'en allait. Mais pas ce soir. Ce soir, elle ressentait le besoin d'user des mots pour le remercier. Au cas où les paupières auraient manqué quelques aspects.
- Merci. Vos histoires sont toujours aussi brillantes. J'aurais aimé voyager et avoir eu autant d'aventures que vous, manier les mots comme vous ... Vous êtes un modèle.
Il fronça les sourcils, darda son regard sévère sur elle à travers les verres de ses lunettes, prêt à la sermonner. Mais quelque chose le retint. Une lueur dans le regard, un pli au coin des lèvres, une tâche de rousseur plus affirmée que les autres, il n'aurait su dire. Mais il sentait que ce n'étaient pas là de simples remerciements. Il s'enfonça à nouveau dans son fauteuil, passa une jambe par-dessus l'autre, prit le temps de réajuster les manchettes de sa vieille chemise blanche. A nouveau, il offrit ses précieux mots :
- Il n'est pas trop tard. J'étais à peine plus jeune que vous quand j'ai commencé à voyager. Il ne faut rien de spécial, pour voyager. Même pas des jambes, pas nécessairement. Tout ce qu'il faut, c'est commencer. Puis plus rien ne vous arrête.
- Qu'est-ce qui vous a fait commencer ?
- La même chose que vous. J'ai eu un modèle.
Voyant la lueur dans le regard s'instensifier - c'était donc bien le regard, pas la tâche de rousseur -, il comprit qu'il n'aurait pas la paix avant d'en dire davantage. Très bien. Il prit son temps. Il faut toujours prendre son temps avant de délivrer une histoire qu'on ne conte pas souvent. Toujours réfléchir à qui on offre son histoire. Le tabouret était toujours en velours. Il pouvait poursuivre.
- J'étais à l'époque jeune, rêveur, mais surtout pas très aventurier. Mes aventures me suffisaient largement à l'état de rêves et de livres. Parce que j'étais un peureux, et pas bien courageux, pensais-je, et j'avais sûrement raison. Je n'avais rien de spécial, et mes mots peinaient même à sortir distinctement de ma bouche. Et puis j'ai rencontré cette femme. Elle avait mon âge, mais ce n'était pas une fille. C'était une femme. J'en étais convaincu, parce que si le maquillage, les vêtements pouvaient la déguiser en fille, ses yeux ne pouvaient se cacher  sous un artifice. Et son regard avait mille ans. Elle a croisé mon regard, fatigué et mélancolique. Elle m'a regardé, et elle m'a vu. C'était un choc. Peu de gens me regardaient. Encore moins me voyaient.  Mais elle, elle me voyait. Elle regardait tout le monde. Voyait presque tout le monde.
Nous sommes devenus amis, avec le temps. Elle était fascinante. Elle avait déjà vécu mille aventures, et en prévoyait le double. Elle était sensible à beaucoup de choses, issues de beaucoup de domaines, même les plus obscurs. Tout avait droit à sa curiosité et son attention. Elle ne savait pas tout. Presque tout, peut-être, ou en tout cas j'aimais l'imaginer. Mais ça n'avait pas d'importance, elle savait l'essentiel. Juste ce qu'il fallait savoir, plus quelques subtilités délicieuses. Elle était ces personnages de romans, à mi-chemin entre Lisa Bonnet et Inkama Jones. Ces aventuriers et personnages si spéciaux, qui je pensais ne vivaient que dans les lignes des livres, elle l'était, au quotidien, dans mon quotidien, dans mon monde réel, alors que je pensais que c'était impossible. A ses côtés, je me sentais à la fois minuscule et chanceux, privilégié. Soudain, je voyais l'intérêt de faire le tour du monde, si je pouvais partager le monde avec elle. Parce qu'elle voyait, et que nous pouvions regarder les mêmes choses, et les comprendre, et les apprécier ensemble. Tout ce que je suis maintenant, je le suis grâce à elle. J'agis toujours grâce à elle, car c'est elle qui m'a montré que tout ce qu'il fallait, c'était commencer. Le Conteur ne serait pas allé bien loin sans son modèle.
Sortez, maintenant, vous qui ne vivez qu'à travers mes mots et mes histoires. Sortez d'ici, prenez votre baluchon, et commencez. Marchez d'ici à la grand-place, puis de la place au port. Prenez un bateau pour Bonta et foulez les plaines de Cania. Traversez les forêts, les mers et les glaciers. Traînez vos bottes dans la poussière des landes souffrées et courez sur le sable des plages dorées. Inspirez. Sortez, osez commencer, et vivez.
Petits carnets d'une petite aventurière,
Premier extrait.
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[HRP] Serait-ce là une invitation à un retour ? [HRP]

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Ou Point Final.


  Dans l'ombre des lumières,
Dans les cales des bateaux de sirènes,
Dans la poussière perdue des sites de fouille,
Au fond des trésors engloutis,
Courant sur les toits du monde
Et brûlant sous les feux de la lune,
Murmure, sussure, chantonne
Dans les rêves et les oreilles et les  mégaphones,
Remplit le vide en silence,
Ouragan de rumeurs et déferlement de vagues secrets,
Dans les choeurs et les coeurs des tréfonds du monde,
Tribaux et perdus et cachés, on clame
Le Retour de l'Oublié,
Mais tout ne sera que cris et larmes.
De joie ou de douleur, nul n'en dit,
Mais chacun sait que tout chapitre doit s'achever
Pour qu'un suivant puisse commencer
Ou Point Final.
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Score : 64
Le Point Final.

J’ai cru que je ne te retrouverais pas. Les couleurs ont déserté ta couverture, qui elle-même tente de se désolidariser de tes pages. Les grains de poussière se sont glissés entre les feuilles, s’y sont collés très fort. J’ai cru que j’allais briser le bec de ma plume sur ces pages antiques en essayant d’écrire proprement les premiers mots.J’ai cru que je n’aurais plus besoin de toi. Onze ans se sont écoulés depuis la dernière fois que je t’ai ouvert, et vingt-et-un depuis la première tâche d’encre. Je t’avais choisi pour contenir les souvenirs d’une rencontre exceptionnelle. Je ne saurais dire si elle m’a fait plus de bien que de mal. J’étais une enfant en ce temps-là.Mais la rencontre ne s’est plus jamais manifestée et j’ai grandi.Je suis une femme maintenant. Une femme et une mère, deux fois. Deux fois mère. Deux fois femme aussi. Mon époux dit que je suis la plus femme des femmes. Aucune idée de ce que ça veut dire, honnêtement, et je suis persuadée que lui non plus ne comprend pas vraiment ses propos. Mais je comprends ce qu’il veut exprimer quand il le dit et c’est pour ça que je l’aime.J’aime aussi mes deux Moskitos d’enfants. Vivec, le plus grand, qui a dix ans. Il se renseigne avec obsession sur les différentes divinités et factions du monde. Dans deux ans, il devra choisir quel divinité il suivra. Il prend ce choix très au sérieux ( heureusement ). Je me garde bien de l’influencer, je veux que ce soit le choix de son coeur, même si je serais contente qu’il choisisse Crâ. En fait, honnêtement, le connaissant, je pense qu’il ne choisira pas de culte, et qu’il se tournera vers l’Huppermagie. Ce sera très dur mais mon p’tit a toutes ses chances.Et la petite, Nou, elle a neuf ans. C’est une grande rêveuse ! Sa tutrice s’arrache les cheveux pour lui apprendre à lire, elle est incapable de se concentrer ! Ca m’inquiète un peu, mais mon mari dit que je n’ai pas à m’en faire.



 Hier, c’était Nowel. Nous avons été réveillés par les cris des enfants à l’aube. j’ai regardé Luj, mon bel Eniripsa. Il m’a souri. Les petits monstres devaient s’être levés tôt et avaient dû trouver leurs cadeaux sous le petit Sapik. Une caissette de peinture pour Nou, un livre de magie pour Vivec.Nous nous sommes levés et les avons rejoint dans la cour.Le spectacle nous a laissé bouche bée sur le seuil.Notre petit Sapik avait été remplacé par un autre, trois fois plus gros, décoré de boules de Nowel lumineuses qui sifflaient des musiques de fête. Et au pied du Sapik, les enfants étaient occupés à déballer des dizaines d’énormes cadeaux. Luj et moi nous regardions sans comprendre, médusés. Le Père Nowel avait-il quitté son île pour finalement faire une tournée pendant la nuit ?
Vivec est venu vers moi en criant «  Maman maman ! Il y en a un pour toi aussi ! ». Nou s’est moquée parce que j’avais le plus petit des cadeaux.Moi je ne bougeais plus. J’étais tétanisée. Dans mes mains tremblantes, mon cadeau. Une carte bleue, avec deux mots écrits. Au recto, mon prénom et mon nom. Au dos, « pelle ».
Pelle.
Un coup de tonnerre. De mon crâne à mes orteils, brisant tout sur son passage.
Pelle.
J’ai couru, j’ai quitté ma maison, j’ai abandonné mon mari et mes enfants le jour de Nowel, sauté sur une Dragodinde et filé sans rien leur dire. Luj m’en a beaucoup voulu par la suite.


J’ai traversé tout l’île sans ménager ma monture et trois bonnes heures plus tard, j’étais arrivée. Je suis descendue de la monture et me suis écroulée, mes jambes se dérobant sous mon poids. Je n’étais plus faite pour des heures de cavalcade.


J’étais dans les champs qui chantent. Il y a environ vingt ans, j’étais venue me promener ici, venant d’Emelka. C’est là que j’avais croisé la route du Conteur pour la deuxième fois. Il avait disparu sans crier gare, ne laissant derrière lui qu’une pelle, une preuve de son passage.Et la pelle était là. Plantée dans le sol, une petite étiquette pendant du manche. Je me suis avancée jusqu’à l’outil en tremblant. J’ai dû m’y prendre à deux fois pour attraper l’étiquette.


 A la source du problème il faut retourner, Lorsque que quelque chose a été oublié.



 J’abandonnai la pelle, je remontai sur ma monture malgré les douleurs, je remontai le sentier vers le port d’Amakna, et je remontai notre histoire. Je remontai à la source.


 Après des heures de bateau dont j’ai profité pour récupérer de ma chevauchée douloureuse, je suis arrivée à Macheville. Incapable de monter à nouveau, j’ai abandonné l’idée des Drago Express et me suis intallée dans une diligence tirée par deux Bouftous. Lent, mais mon éprouvant.


Je suis finalement arrivée à la taverne de l’Eca Brûlé, là où tout avait commencé. Soudain, la porte me parut immense, lourde, l’entrée infranchissable.
Je l’ai franchie, souffle retenu. Le jeu commençait. Je n’ai regardé personne, j’ai filé droit à la table que j’avais occupé il y a des années de cela. Et j’ai regardé face à moi.Il était là, assis au comptoir, dos contre le mur. Il s’était coiffé et portait un costume neuf, ainsi que ses lunettes à engrenages. « Un magnifique cheveu doré sur une soupe impure » m’étais-je dit la première fois. Il recréait la magie. Je me retenais de pleurer de bonheur, c’était le plus beau des cadeaux de Nowel.

Il est venu et s’est assis à ma table.
- Bonjour, Mya Mosa.
« Bonjour, Conteur » a failli sortir de ma bouche, mais les mots se sont coincés dans ma gorge, ont fait demi-tour et son passé par le haut, en larmes que je ne pouvais plus contenir.
- Onze ans sans la moindre nouvelle.
-Joyeux Nowel.
Il sourit, penaud. Ce sourire maladroit d’excuse et de malice et de ce « je-sais-que-ça-ne-vous-plait-pas-mais-bon-sang-que-je-suis-fier-de-mon-coup » insupportablement adorable.
- L’heure est venue de vous dire la vérité, a-t-il repris. Nous sommes là, comme au tout départ, où j’ai fait l’horrible erreur de vous aborder. La boucle est bouclée.
- L’erreur de… ?
L’air me manqua. Que racontait-il ?
- Je vous ai menti, Mya. Tout du long, depuis le début. Je vous ai menti parce que l’idée me plaisait. Parce que vous étiez parfaite sujette.
- Menti ? Sujette à quoi… ?
Ma voix se brisait. Je m’en voulais de cette faiblesse, mais surtout je ne comprenais pas, et j’avais peur.
- Tout est faux, Mya. Etiob, moi, les aventures. Tout est faux.
- Non ! Arrêtez votre blague Conteur, on ne fait pas de vilaines blagues pendant Nowel.
- Je ne plaisante pas, Mya. Tout est en toc, comme dans Le Jeu.
- Le Jeu ?
- Oui, la pièce de théâtre avec Maïklas Douguel, quand il … Oh, peu importe. J’ai menti sur toute la ligne. Je ne suis pas spécial. Je n’ai pas de pouvoirs, pas de machine. Je ne voyage pas dans le temps, ni l’espace, ni l’histoire, et entre les nations seulement avec des faux papiers. Je ne suis qu’un homme, comme le disait Zavgon. Je ne suis qu’un homme, et un mauvais. Je vous ai dupé.
- Nos aventures étaient réelles, taisez-vous.
-Non, Mya. Je vous ai drogué. Une drogue de suggestibilité qui vous fait croire à tout ce que je raconte. En général, c’est utilisé pour arnaquer un client réticent. Ma spécialité à raconter des choses très précises m’a donné la capacité avec cette drogue de faire avaler des mensonges d’un niveau supérieur. Je vous raconte que vous êtes dans une prairie en l’an 530, et vous y croyez. Le Conteur n’est pas un titre noble que je me donne, c’est le nom de code que les autres criminels m’ont donné à cause de ma technique.

Je l’ai giflé. Je voulais qu’il se taise. Je n’avais pas abandonné ma famille pour entendre ce genre de choses. Je me suis rendue compte que j’avais crié ces mots, après coup. Ce à quoi il a répondu :
- Mais si, Mya, vous l’avez fait. Vous l’avez toujours fait. Vous avez toujours tout laissé tombé pour moi. C’était le comble, vous étiez devenue accro.
- Je ne vous crois pas.
J’étais en larmes, je tremblais et j’avais mal aux jambes. Je voulais le frapper encore, ne plus l’entendre, rentrer chez moi. Mais quand il a soupiré, s’est levé et m’a demandé de le suivre, j’ai obéi. En pleurant, en grognant, mais servilement. Nous avons déambulé dans les rues jusqu’à son Etiob. Son sac. A l’endroit exact où il se trouvait la première fois. Il avait tout mis en scène. Quelle cruauté. Tous ces souvenirs devenaient petit à petit un cauchemar, je ne voulais plus y penser, je voulais les rejeter. Les refouler, les abandonner. Et quand il a ouvert la bouche, j’ai arrêté de penser, encore.
- Très bien, mademoiselle Mosa, Puisque vous êtes sûre de vous. Rappelez-vous d’Etiob, décrivez la moi très précisément.
- Les parois sont en métal. Deux tubes luminescent bleutés longent les parois. Au centre se trouve la console se dégage un grand tube lumineux blanc vers le haut. La console et chargée de boutons et leviers et autres gadgets bizarres. Je m’accoudais toujours à la paroi à gauche, près du couloir qui donne sur les chambres.
Le Conteur m’a regardé avec un regard désolé, et il est entré dans le sac. Je l’ai suivi.
Ce n’était pas Etiob. Ca ne pouvait pas l’être. Les parois de tissus, la console, une simple table croulant sous du bric-à-brac. Pas de métal, pas de ronronnement de machinerie, pas de lumière bleue. Et juste une chaise, devant l’entrée.
- Vous vous asseyiez là, dit le Conteur en montrant la chaise. Vous restiez assise ici des heures et des heures, et je vous parlais, j’inventais des histoires auxquelles vous croyiez. En vous vaporisant la drogue de suggestibilité en même temps.
Il pointa l’entrée du sac et je pouvais voir accrochés au dessus de la chaises deux appareils ressemblant à des hélices. Les seuls vrais appareils de ce sac ?
J’ai crié :
- Pourquoi vous me dîtes ça si vous êtes un sale type ? Pourquoi vous révélez votre truc ? Je vais vous dénoncer, et vous faire arrêter, et que vous soyez torturé, et …
J’ai crié. Encore, jusqu’à n’avoir plus de voix à hurler, plus d’air à cracher, plus de larmes à pleurer.
Il a répondu :
- Parce que j’étais malade. J’étais vraiment un fou dans un sac. Mais bien conscient de ce que je faisais, je n’ai pas d’excuses pour ce que je vous ai infligé. Et je … Me rends, faute de pouvoir réparer. Ma rédemption.
Fou, il était fou. Probablement l’était-il encore. Comment savoir ? Tout n’était que mensonge. Simetra Ehik avait raison. Cette pensée m’a fait écarquiller les yeux. J’ai soufflé :
- Eniripsa Zyl …
- Etait réel, oui. Désolé.
La seule chose qui n’avait pas été un mensonge était les mois de torture dans l’institut. J’ai cru que j’allais mourir là-bas. Les chaînes qui avaient lacéré mes poignets, mon bras dardé de seringues, mon corps affaibli et maigre, les os tirant sur la peau comme un costume trop petit. Tout me revint comme une tornade. J’ai frissoné.

 Il ne s’est rien passé ensuite. La magie était morte. Brisée la magie, brûlée, écartelée, ils l’ont arrachée à mon coeur et lui ont mangé l’âme. Le Conteur, Emil Nosh, John Smisse. Le Menteur, L’Imposteur. Envolées, les vingt années de ma vie. Volées et violées les vingt années de ma vie. En vain les vingt années, envolée et volée la vie. J’ai envie de vie.

 Je suis partie, simplement, comme s’il ne s’était rien passé. Comme s’il n’y avait rien eu, jamais. Comme si l’homme face à moi était un inconnu. Comme s’il n’existait pas. Il n’existe pas.
 Je suis de retour avec ma famille. Je vis ma vie, je ne récupérerai jamais les années volées , mais je profiterai des prochaines. Mon mari, mes enfants.

Adieu journal d’un mauvais rêve.





 Ce sont les derniers mots de Mya Mosa sur ce journal. Mya Mosa passe le reste de sa vie avec sa famille, heureuse. Dans le traumatisme que j’ai pris soin de fabriquer en désacralisant brutale nos premières rencontres, Mya m’a totalement effacé de sa mémoire. Je ne suis plus qu’un rêve lointain et perdu. Elle n’est pas réparée, mais elle est sauvée. J’ai repris le journal qu’elle a jeté et remis en mains propres à ma chère Virasha Gosh, autre écartelée par moi, pour qu’elle l’ajoute aux Fragments Retrouvés, et que le monde sache enfin le fin mot de cette supercherie, de cette parodie de légende à laquelle tant d’entre vous avez cru. A tous ceux que j’ai dupé, à qui j’ai menti, à tous ceux à qui j’ai « conté », je m’excuse. C’est la fin de mes actes sournois et malsains, la fin de la criminalité et de la folie.


Le Point Final.
 Emil Nosh.
 
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Score : 2065

Je ne peux que répondre d'un simple "magnifique" tant les mots me manquent.

3 0
Score : 804
Dyrem Val.




 - Professeur ! Professeur ! On l'a trouvé !

 La voix s'échappait d'une cave naturelle que le temps avait creusé dans le flanc des ravines du domaine sauvage, entre les côtes du monde, pour plonger au fond de son cœur. Les échos de la voix ricochaient sur les parois friables, et chaque cri venu des profondeurs du caveau semblait les faire frémir comme les muscles d'une impensable gorge déployée qui hurlerait une complainte fossilisée depuis les éons. Le Professeur Amande rassembla ses affaires en toute hâte et se glissa dans la gueule de la cave. Gueule, songea-t-il, était une image plus qu'appropriée. Les parois tremblantes lui donnaient un air vivant et inquiétant ( sans doute parce que la galerie menaçait de s'effondrer à tout moment ), et les nombreuses stalactites qui tendaient leurs pointes vers leurs sœurs d'en bas donnaient l'impression de progresser entre deux mâchoires hérissées de dents. Il fallut une demi-heure à Djone Amande pour rejoindre Halanne Gronte, son apprenti. Le jeune archaologue au foulard rouge incontournable attendait son mentor au fond de la cave, éclairée par d'énormes champoules enracinés dans les murs terreux et des lampes à huile.

 - Ah, professeur ! Vous devez absolument voir ça, dit Halanne avec excitation alors qu'Amande pénétrait à peine dans l'antichambre. Je pense que c'est à vous de vous y pencher en premier.

 - Calmez-vous, monsieur Gronte, le réprimanda le vieil archaologue. Vous tremblez plus que les parois de cette grotte et j'ai peur que vous ne vous effondriez avant elle. Alors pour l'amour d'Enutrof, tenez-vous tranquille.

 Son sermon à peine achevé, Djone Amande ne put contenir lui-même le frisson d'excitation qui lui secoua l'échine quand ses yeux se posèrent sur la trouvaille de son apprenti. Il trottina pour s'en approcher. C'était une tablette de pierre aux inscriptions antiques que l'érosion avait presque entièrement effacé.

 - Vous pouvez la lire, professeur ?

 Amande secoua la tête.

 - Ces inscriptions sont antédiluviennes, Je serais bien incapable de les traduire d'un simple coup d'oeil, réfléchissez mon garçon ! Non, je ne connais qu'une personne capable de réaliser un tel exploit.

 - Vous parlez de …

 - Lui-même.

 Il y eut un silence perplexe qu'Halanne finit par crever :

 - Et pourquoi nous ne lui demandons pas de l'aide ?

 - Ha ! De l'aide, s'exclama Djone Amande avec mauvaise humeur. Vous le connaissez mal, monsieur Gronte. Il ne souffre aucune convocation, il est bien trop arrogant et …

 Un bruit dans la galerie qui menait à la cave l'interrompit. C'était le roulement de quelque chose, sûrement une pierre, qui dévalait le tunnel dans leur direction. Amande jeta un regard à la tablette posée au milieu de la cave. Si la pierre venait à la percuter, la tablette se briserait aussitôt, mais il était hors de question de la bouger !

 - Gronte ! Arrêtez cette pierre, par Enutrof !

 Halanne regarda son mentor avec des yeux ronds. Comment s'imaginait-il qu'il allait arrêter une pierre à pleine vitesse ?

 Mais avant qu'Halanne Gronte ne puisse faire un geste, la pierre roula dans l'antichambre. Elle ne percuta en revanche rien. Elle s'étala, puis se redressa. La « pierre » se tenait devant eux, en train d'épousseter son costume abîmé et son vieux haut-de-forme.

 - Vous .. !

 - Ah, mes fouineurs du passé préférés ! Professeur Amande, Halanne, salutations, répondit la pierre en réajustant ses lunettes de travers. Ooooh, vous avez vu la taille de ces champoules ? Saviez-vous qu'ils absorbent la chaleur pour l'expulser à leur pied ?

 - Conteur ! Mais que … Comment pouvez-vous être là ?

 - Eh bien, répondit-il à Halanne, je suis passé par l'entrée de la cavité, et je suis descendu. En trébuchant. Et vous ?

 - Mais, s'exclama Halanne, nous avons découvert l'artéfact il y a une heure à peine!Comment saviez-vous .. ?

 - Mah, je suis très bon.

 Des bruits de course résonnèrent alors contre les parois. Ils venaient aussi dans leur direction. Amande se tourna vers le Conteur, sa mauvaise humeur cédant peu à peu à l'inquiétude :
 - Vous avez amené votre amie ?

 - Paaas exactement, répondit le Conteur. D'autres passionnés d'archaologie. Je crois qu'ils veulent jeter un œil à votre trouvaille.

 Halanne allait s'en réjouir, mais le Conteur poursuivit :

 - Et vous la voler. Et la revendre, probablement.

 Comme Djone Amande ouvrait la bouche pour s'indigner, le Conteur acheva :

 - Oh, et je doute que leurs épées servent à gratter la terre, et je doute encore plus qu'ils ne s'en serviront que pour nous menacer, ils ne sont pas du genre subtiles, croyez-moi. On doit filer vite.Où est la sortie ?

 Les pas se rapprochaient, et les premières lumières éclairaient le tunnel.

 - Il n'y a que ce tunnel, répondit Amande en écartant les bras.

 Le Conteur fit une moue indignée :

 - Pourquoi ne faîtes vous jamais de sorties, vous autres archaologues ?! Vous espérez secrètement finirent ensevelis et être un jour déterrés par vos arrière-arrière-arrière-arrière-arri...

 - Conteur !

 Un groupe armé d'épées et de torches fit irruption dans l'antichambre. Celle qui menait le groupe, une disciple de Sacrieur au sourire cruel, pointa un doigt péremptoire sur la tablette :

 - Donnez-nous la tablette, minauda-t-elle. Donnez-nous cette tablette et nous vous épargnerons, archaologues.

 - Et moi, s'insurgea le Conteur. On ne m'épargne pas ?

 Les traits de la Sacrieur se déformèrent l'espace d'une seconde.

 - Ne faîtes pas d'histoires, archaologues. Donnez-nous la tablette.

 - Non, s'exclama le Conteur en s'interposant entre la tablette et les pilleurs de reliques, les sourcils férocement froncés. Cette tablette contient un secret dangereux, un secret longtemps enfoui, et il doit être gardé ! Vous ne l'aurez pas, voleuse. Pas tant que je me dresserai contre vous. Je suis le Conteur. Il y a une ligne tracée dans le sable et je suis ce qui se trouve de l'autre côté. Croyez-moi, vous ne voulez pas la franchir tant que je vis.

 Sa courageuse diatribe fut accueillie par une levée de lame pointée en choeur vers lui. Le Conteur loucha dessus, remonta ses lunettes et dit d'une plus petite voix en s'écartant.

 - Halanne, soyez aimable et donnez donc cette tablette aux gentils voleurs...

 Halanne Gronte, qui s'était figé de terreur, manqua de se liquéfier quand la disciple de Sacrieur posa son regard pressant sur lui. Le jeune archaologue, tremblant comme une feuille, céda et ôta la tablette de son socle. Au moment de la remettre à la Sacrieur, il croisa son regard et couina de peur. La tablette lui échappa des mains. Il y eut des exclamations d'horreur mais la Sacrieur la rattrapa de justesse.

 - On dirait que je fais bien de la séparer des te mains empotées, incapable, ragea-t-elle. J'ai envie de t'éliminer pour avoir failli me faire perdre mon temps. Oui, oui je crois qu'on va faire ça, pour l'exemple. Vous entendez ça, Conteur ? Je v-... Vous faîtes quoi là ?

 Profitant du micro-chaos généré par la maladresse d'Halanne, le Conteur s'était jeté sur un des énormes champoules accrochés au mur et l'en avait déraciné.

 - Halanne, reculez !

 L'homme terrifié obéit à l'ordre du chapeauté et se jeta en arrière, tandis que le Conteur jetait le gros champoule en l'air. Le champignon luminescent décrivit une élégante parabole et pendant d'interminables secondes, tout le monde regarda bêtement le champignon volant traverser la cave. Puis tout partit de travers.

 Le champoule retomba sur une des torches des pilleurs. Aussitôt, il vira au blanc et explosa ! Le groupe de pilleurs fut projeté contre les parois. Aucun ne se releva.

 - Non, cria Amande en voyant ce que le Conteur avait fait. La tablette !

 Il se jeta à genoux et ramassa, horrifié, les débris de l'artefact qui n'avait pas survécu à l'explosion.

 - Elle ne valait pas votre vie, professeur, répliqua le Conteur en le prenant par le bras pour le relever.Venez, la caverne ne va pas tenir longtemps après cette secousse …

 Comme pour lui donner raison, la terre trembla et le plafond commença à s'effondrer, leur bloquant l'issue. Le grondement de la terre s'intensifiait, menaçant de les ensevelir pour de bon.

 - Comment avez-vous pu faire ça, s'indigna Halanne, tout aussi horrifié que son mentor.

 - Je vous l'ai dit, ils absorbent la chaleur et l'expulsent. Un plan brillant !

 - Mais je ne parlais pas de ça !

 - On n'a pas le temps Halanne, on va mourir ici ! Vous me faîtes confiance ?

 - Non !

 - Parfait !

 Le Conteur empoigna une lampe à huile, et la projeta sur le mur recouvert de champoules qui explosèrent à l'unisson. Halanne se retrouva assourdi par le bruit des gravats et du tremblement de terre, et aveuglé par la poussière.Il suffoquait. Une main l'empoigna fermement et le tira en avant. Les roches tombaient autour de lui pendant qu'il se faisait entraîner, menaçant de tomber sur sa tête et de l'assommer. Avant qu'il ne saisisse ce qui lui arrivait, il émergea dans la lumière à l'air libre. Le ciel était gris, mais au moins il était là. Le Conteur les avait sortis à l'abri de l'éboulement sans qu'Halanne ne comprenne comment, mais c'était le cadet de ses soucis. Ils étaient saufs. Leurs agresseurs ne pouvaient pas en dire autant. La tablette non plus, d'ailleurs.

 - Pr-Professeur, haleta Halanne. Vous avez … Vous avez pu sauver quelque chose ?

 Le professeur, plus pâle que jamais, hocha la tête, les bras serrés contre son torse pour protéger les fragments de la relique.

 - J'ai ramassé ce que j'ai pu, je …

 Sa voix se brisa quand il ouvrit les bras. Il ne restait qu'un seul morceau.

 - Comment est-ce possible ?! Je suis sûr de n'avoir rien lâché, je les tenais .. !

 Pendant qu'il fouillait frénétiquement les plis de sa tunique, le Conteur s'éloigna de quelques mètres pour observer la mer. Ils avaient atterri sur une corniche nichée à flanc de falaise, tournée vers les eaux. Le soleil avait bien entamé sa course descendante, et ses rayons dansaient sur les vagues. Le Conteur avait retiré ses lunettes, un geste qu'il n'avait plus fait depuis longtemps. Il prit le temps d'admirer le paysage sans filtre, à nu.

 - A nouveau les fragments du secret se dispersent dans le monde, indéchiffrables. Sans doute est-ce mieux ainsi.

 Halanne rejoignit le grand phasme au haut-de-forme au bord du précipice.

 - Vous parlez d'un secret, demanda-t-il. Vous savez ce qu'était cette tablette ?

 Le Conteur acquiesça sans quitter l'horizon du regard :

 - Un secret d'un autre âge. Un secret au lourd passé, et aux plus lourdes conséquences encore. Un secret qui ne peut être dévoilé à n'importe qui.

 - Quel secret ?

 Halanne le pressait, avide de savoir.

 Pour toute réponse, le Conteur remit ses lunettes sur son nez, inspira et souffla, comme une confidence faite à la brise :

 - Dyrem Val.



 L'instant d'après, il partait, laissant sur la corniche deux archaologues avec plus de questions que de réponses. Et deux mots portés par les vents.


 Dyrem Val.
 


Récits Fragmentés du Secret, I.


 
4 -1
Score : -902

[HRP] Je n'ais pas encore tout lu, (malgrès les semaines depuis les quel le poste existe.. Chut.)
Mais le peut que j'ais lu, mais fait beaucoup penser a autre chose, pas dans le fond mais dans la forme.
On dirait une certaine série, autours d'un personnage enigmatique, qu'on suis a travers les ages, sans réellement apprendre de choses sur lui. Ouais, ça me fait pensez a Doctor Who.
surtout "Le voleur." avec la replique "Je suis le compter". 

Voila, j'avais envie, A pluche ! [/HRP]

0 -4
Score : 804

[HRP] Huhu, oui, le Conteur était à l'origine pensé pour être une blague parodique de Doctor Who qui ne devait durer que quelques jours ! 

Il a légèrement débordé depuis. Légèrement.[/HRP]

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