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[Journal] Le Livre de Razielle.

Par Lathyl01 17 Avril 2015 - 01:57:11
Réactions 144
Score : 654
Entrée 109 : 19/01/977
Assise dans l'herbe, entourée par une grande armée de petits bonhommes, j'ai un peu de temps pour t'écrire. La copine de Syrano a pris un sale coup à la tête. Ca ne saigne pas, mais elle est patraque, alors on la laisse se remettre.

L'armée des Wabbits a toujours suscité en moi un intérêt particulier. Chacun des soldats qu'elle contient est parfaitement au fait de ce qu'on attend de lui, et les unités travaillent dans une remarquable synergie, et surtout, une efficacité redoutable. Tu me diras, et ce sera une bonne question; que penses-tu de celle des Chuchoteurs ?
Eh bien, je l'apprécie non-moins, mais la manière dont ils subjuguent et exploitent les craqueleurs me rend malade. Leur île entière est faite de craqueleurs déconstruits; je n'exagère pas : quand on marche sur le domaine du roi Chuchoku, on marche sur des craqueleurs. Ils ont même laissé quelques têtes encore bien vivantes ici ou là, pour parfaire la sinistre plaisanterie. Leur armée est certes efficace, mais un brin trop monstrueuse à mon goût.

Mais Razielle, t'entend-je protester, les Wabbits ont envahi la terre natale des Lenalds ! Ils les torturent et les persécutent. 
Vrai. Les Wabbits sont cruels également, et ce n'est pas sans raison que la guerre civile se poursuit. C'est probablement même pour cette raison que j'ai emmené Syrano et notre fine équipe ici. Pour qu'il voie et apprenne de ses propres yeux, que l'aventure ça peut être franchement malaisant, révoltant, et mortellement dangereux. Pour qu'il apprenne face à des guerriers redoutables et coordonnés. Je veille sur eux, je les dirige, et occasionnellement j'abat un punition vengeresse sur un soldat un peu trop proche de porter un coup fatal. 

Et mon frangin étant un garçon passionné, sa copine de même, ils ont embrassé également ma cause, qui est celle de faciliter un brin la vie des Lenalds en portant de faibles coups dans les rangs Wabbits. Ils gagnent en expérience et aident une noble cause à la fois. Même Era, toute noire de peau qu'elle est (Vraiment noire, c'est rare, mais je ne te mens pas, ça lui va bien), a pâli de rage quand je leur ai conté les atrocités de l'invasion Wabbite. 
Nobles et justes causes à part, ce sont des soldats, et en bons soldats, ils sont bien équipés. Et j'ai toujours eu un amour particulier pour les trophées issus de cette île. 
En une simple phrase, j'ai tout à gagner à être ici. 

Era commence à se remettre. Il est temps de reprendre le mouvement, avant qu'ils nous tombent dessus. La bonne bise à toi, Journal !
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Score : 7297
Entrée 110 : 24/01/977

Il n'y a encore pas si longtemps, ami journal, je te disais que le monde n'attend pas. Il change comme il le décide et quand il le décide, et tant pis pour ceux qui ne sont pas prêts.

Les Nations se sont débarrassées de leurs avant-postes, les remplaçant par de véritables villes fortifiées, un peu à l'image d'Astrub, et je dois dire.. Ca fait étrange, de voir qu'il n'y a plus besoin d'aller fureter hors du monde pour trouver une vraie ville. Et ces villes sont un message. J'y reviens dans quelques lignes, à ça.

Tofu me disait tantôt que la construction de temples aux Divins était prématurée, et témoignait d'une trop grand confiance en eux-mêmes face à une force qui a jadis mis tout le Panthéon en déroute. Nous avons débattu un peu sur cela, mais dans le fond.. 
Dans le fond, je crois qu'il s'agit du même message que portent les capitales; Nous sommes encore là. Le Chaos n'a pas suffi, nous reconstruisons, et reconquérons les terres et leur faune, leur flore. Le monde. Il s'agit de l'espoir et de la formidable volonté de perdurer des Douziens, contre tous les obstacles, même un ogre qui a douze Dieux et de nombreux héros des temps jadis sur son tableau de chasse. Arrogants, nous sommes, mais la foi porte les coeurs, embrase les esprits, et je te le dis, nous avons foi en nous-même, parce que personne d'autre ne nous aidera.

Bien que l'épaisseur des murs sache être rassurante, elle sait également attirer la convoitise. Dans l'ombre des murailles se murmurent des plans de trahison. On entre le visage caché dans des arrière-boutiques éclairées à la chandelle. Ou alors, on est un Riktus. Avant de poursuivre, permet-moi de te donner une petite pikouze de rappel historique. 
Les Riktus sont des bandits tirant leur nom de leur symbole; un cyclope avec un immense sourire malsain, généralement peint sur leur capuche. Des siècles et des siècles en arrière, ils n'étaient que des saltimbanques sans le sou. Les détails me sont nébuleux, mais, de mémoire, après des essais ratés en musique, ils ont inventé un spectacle martial qui a fait exploser leur popularité. De bande à troupe, de troupe à clan. Le reste... Le reste, je me plongerai dans un livre d'histoire, et reviendrai te conter comment ils sont devenus des bandits mondialement célèbres à partir de là. Mais passons.

Il est de notoriété commune que, pendant bien des années, les Riktus se tenaient relativement à carreau. L'on entendait des rires au fond des mines, l'on voyait le bout d'une capuche gambader derrière un rocher. Tu sais que j'ai grandi à la futaie trouée, et j'en voyais parfois, mais uniquement de très loin.
Un beau jour, ils se sont rassemblés, des quatre coins du monde, pour créer une base flottante au milieu de la mer, au triangle des Bermudas. Ca a duré un moment. Ils ont bâti leur petite nation maritime, et, en dehors de rares excursions sur les nations, on en entendait assez peu parler. Mais c'est terminé, ça.

Hier soir, j'ai rencontré sur un coin de comptoir un certain mercenaire, du nom de Duncal. Nous avons parlé de sa volonté de créer une organisation, de comment se faire connaître. De mon côté, je lui ai parlé des problèmes du monde et surtout de ceux qui pourraient lui faire un nom.
Evidemment, les Riktus étaient sur la liste. Pourquoi est-ce évident ? Attend donc un peu.

Ils ont traîné leur île-nation jusqu'à Amakna et débarqué sur les plages du Sud. Des centaines et des centaines, sur le pied de guerre, leurs canons pointés vers les murailles. Ils ont des bombardes flottantes leur permettant de frapper n'importe où sur l'île, deux navires de guerre, des mines maritimes..
Je n'en croyais pas mes yeux la première fois, après que Tofu m'en ait parlé, quand j'étais partie m'en assurer. Duncal était sceptique aussi. Alors je l'ai emmené. Je l'ai emmené voir.
Cette nuit, sous couvert du ciel nocturnes, nous nous sommes faufilés le long des palissades, entre les patrouilles, au coeur de leur camp. Je lui ai montré les navires, les canons et la force colossale qu'ils représentent. 
Ils ont établi leur position sur toute la longueur de la plage Sud, au pied des murailles. Mon ami mercenaire n'en revenait pas.
Moi-même, j'avais encore du mal à réaliser. Encore des bandits. Encore sur ma terre natale. Il va de soi qu'entre ça, et l'agitation récente des craqueleurs, j'ai fais évacuer d'urgence les miens du manoir familial. Il est désormais vide, contre son flanc de falaise. Mes frères et soeurs sont chez d'autres frères et soeurs. Je demeure, installée en ville près de la taverne.
Et je bous intérieurement, à que fois que mon regard se pose au delà des murailles, vers le Sud. Je vois leur position, leur barge de guerre, et je fantasme à l'idée de les transformer en un colossal brasier. Amakna est ma nation, et les miens ont suffisamment souffert de malfrats en tous genre.
Peut-être que Duncal, s'il assemble sa troupe.. Lui et moi, peut-être qu'on peut..
Je ne sais pas.

L'armée et les bandits se font face dans un status quo qui durera... les Dieux savent. Aucune des deux forces n'est assez brave ou nombreuse pour lancer un véritable assaut la première. Moi non-plus, je ne suis pas assez brave. Je sais que les Riktus ne sont pas spécialement puissants, individuellement, mais ils ont l'écrasante force du nombre. Et moi ?.. Moi, je ne suis que moi.

Je suis partagée entre une rage brûlante et un calme désarroi. Parce que je hais la situation et que je sais que.. dans l'immédiat, je n'y peux rien.
Alors je réfléchis.
Alors je complote.

Alors.. je te dis à bientôt.


 
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Score : 654
Entrée 111 : 05/02/977
 
Mon ami journal, si l'on remonte dans tes pages, -assez loin, je te l'accorde-, l'on trouvera quelque part que je suis la gérante du cabaret de Mâcheville. Eh oui, encore aujourd'hui. Si je te parle de ça, c'est parce que j'ai été contactée à ce sujet par un certain Jack. Lui même souhaite acheter l'endroit pour le remettre en activité, avec l'aide de son groupe, la Kurozado. De toi à moi (et de moi à lui), je ne souhaite pas vraiment vendre le bâtiment; il fait partie de mon patrimoine, et j'aime savoir mon argent sous forme de terres, de constructions et autres formes dormantes. Je l'ai rencontré sur place, et nous avons longuement discuté. Il semble motivé, et je n'ai pas de raison de douter de ses intentions. Ainsi, je lui ai fais une offre de location, plus que généreuse, si je puis le dire moi-même. 

Ce cabaret a été instrumental dans ma croissance en tant que personne, et j'y suis attachée. C'est pourquoi je ne veux pas m'en séparer, mais aussi pourquoi je serais ravie qu'il se remette en activité. Monsieur Jack doit soumettre ma proposition à son organisation. J'aurais bientôt de ses nouvelles, sans aucun doute. S'ils font du bon travail et me prouvent qu'ils sont capables, qui sait, peut-être qu'une cession définitive n'est pas hors du champ des possibles.

Voila donc une chose. Une autre qui a attiré mon attention est le bruit d'un Enutrof râlant à qui veut l'entendre, à Bonta, qu'il y a.. des roublards dans les égoûts ? Je ne suis pas sûre à quel point le bouche à oreille a déformé ses dires, mais il semble convaincu que la ville va s'effondrer sur elle même. Et je suis allée voir, figure-toi, par pure curiosité. Je n'ai rien trouvé. Juste des égoûts, avec leurs odeurs d'égoûts. Karzale a entendu quelque chose de similaire, et lui non plus n'a rien trouvé en allant voir. Je lui ai dis qu'il s'agit sans doute des divagations d'un homme un brin sénile. Ce ne serait pas le premier. Mais je vais tout de même garder un oeil sur la rumeur, de loin, par précaution, et parce que je suis régulièrement à Bonta.

En parlant de Bonta et de roublards, il y a une semaine ou deux, j'ai rencontré un Sram, que je pense être inspecteur de la garde locale. Il posait -entre autres- des questions sur une "roublarde bontarienne", sans plus de détail, et, évidemment, j'ai tout de suite pensé qu'il parlait de Tofu. Sa rare compagnie m'est précieuse, et  je feins l'ignorance. Mais je ne peux m'empêcher de me demander si elle est liée aux râlages de l'Enutrof, elle qui m'a affirmé dormir dans les égoûts avant que je ne lui offre une chambre. Manigances-tu dans les égoûts, mon Tofu ? Hmm..

Dernière chose pour aujourd'hui; longtemps, l'accès à tes pages, et donc, à mes secrets et à la fresque de ma vie, a longtemps été interdit par un cadenas. Cela change aujourd'hui. Plus de cadenas, tu seras désormais scellé par magie. Ma magie. Et ce sort sera bien plus difficile à déjouer qu'un simple cadenas. 
Tu comptes à ce point, pour moi.

Un baiser sur ta dure couverture, mon attentif ami.
2 -1
Score : 7297
Entrée 112 : 07/03/977
Sans être ce que je pense, j'ai tendance à croire -ou à espérer ?- que parce que je pense, je suis.  L'on doute rarement de sa propre existence et ce n'est pas le doute, qui me pousse à te gaver de mes réflexions alcoolisées. J'ai un peu bu, que veux-tu, je n'ai plus l'habitude.
Je me sens légère. C'est mon verre et son niveau en baisse constante, qui me pousse vers toi. A lui la faute.

Je me sens.. donc.. je suis ? Affirmer "être" est un acte conscient, et je m'interroge sur la conscience, précisément. Comment dire ce qu'est la conscience ? Où part-elle quand on est inconscient ? Et où se trouve la nuance entre la conscience d'être, et la conscience des actes ?
Je sais que ma conscience ne se limite pas à ma certitude d'être, car, comme tout pratiquant des arcanes, j'ai souvent besoin d'étendre cette conscience pour manipuler le monde autour de moi. Et c'est dans ces moments là, que je dois faire abstraction de moi pour me concentrer sur le reste. Je ne pense plus, je n'ai plus conscience de moi-même, et pourtant, j'existe toujours. J'existe autrement, par et à travers d'autres moyens. J'existe dans un torrent de flammes, dans une légère brise, dans le craquement de la glace dont, en trichant, je l'avoue, j'emplis mon verre. Comme si je voulais mieux évaluer son vide. Son vide..

Car j'ai conscience du vide, également. Ou est-ce une illusion ? Est-ce que le Vide nous apparaît non-par évidence, mais par contraste.. par contraste avec ce qui est ? Avoir conscience des espaces négatifs, par élimination ? J'ai conscience du Vide, du moins, je crois. Mais.. Peut-on avoir conscience de ce qui n'est pas ? Est-ce que cela suffit à le faire exister ? A la manière d'un Dieu, il n'existe que si l'on croit en lui. Si l'on y croit pas, on ne le voit pas, si on ne le voit pas, il n'existe pas. Comme ce que nous ignorons ne peut nous blesser, la détresse existentielle du simple fait qu'une chose telle que le Vide puisse exister, son appel lugubre et envoûtant.. Ne nous atteint pas. Par extension.. Est-ce que je ne "suis" que parce que je crois en ma propre existence ? Ou est-ce la volonté des autres, qui m'on vue et croient en mon existence.. Le vide existe par l'absence d'existence qui le compose. Et moi, moi, comment et par quoi j'existe si ce n'est ma simple conviction ? 

Exister par son contraire, en voila, une idée.. Pas si saugrenue. Assez évidente, même, maintenant que j'y pense. Si tout le monde est riche, personne ne l'est, parce que la fortune n'existe que par son contraire, son contraire n'existe que par elle. Effacez l'un, et l'autre disparaît. 
...
Ai-je un contraire, qui m'emportera avec lui si jamais il disparaît du monde ?  Je ne veux pas disparaître. C'est une idée terrifiante, l'oubli. Et voila autre chose.
"J'ai oublié" veut dire "j'ai conscience de cette chose dont je n'ai pas conscience, son absence d'existence est là, je ne sais pas ce que c'est, mais c'est là.. parce que... parce que c'est pas là."

Je me sens idiote, Journal. Idiote car je n'ai pas conscience de ce qui fait que ma conscience est conscience. Répète assez un mot, et il perd tout son sens, il commence à sonner étrange, faux.. autre. Qu'est-ce que la...?

Le vide de mon verre alourdit ma plume et mes sens. Et je pense que c'est l'occasion parfaite pour me resservir une grande dose d'oubli. Non que j'aie envie d'oublier, mais je suis curieuse de savoir jusqu'où mes réflexions vitriolées peuvent trébucher.

Je ne t'infligerai pas la suite.

Avec affection, ami Journal.



 
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