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[Journal] Le Livre de Razielle.

Par Lathyl01 17 Avril 2015 - 01:57:11
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                                                                                    Entrée 93 : 14/02/975

Joyeuse Saint Ballotin à moi...

Un petit stickman tout triste est dessiné dans le coin de la page.
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C'est si tristeuh. Qui aurait cru que ça finirait de cette manière ? sad

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                                                                       Entrée 94 : 23/02/975

Je ne suis pas exactement sûre de vouloir t'écrire aujourd'hui.. Mais tu es mon confident, pas vrai ? Mon plus proche confident..

Je suis tombée sur Esdras hier. Elle m'a invitée à boire un coup chez elle. Il y a un bon moment que je n'avais pas parlé (que c'est dur d'écrire correctement) toutes les deux. Il faut dire.. Les choses ont été houleuses depuis qu'elle m'a quittée. C'est sûr que sur le coup ça m'arrangeait, mais.. J'en ai été vexée quand même. Simplement par égo.

Elle m'a permis de vider mon sac. Je ne l'ai fait qu'à moitié, bien sûr, car il est hors de question que je pleure devant qui que ce soit. Mais elle m'a prêté son attention, et j'en avais réellement besoin. Juste.. qu'on m'écoute, qu'on fasse attention à moi. Que je me sente un peu importante.. Ridiculement égoïste, hein ?

On a aussi parlé un peu de nous deux, quand nous étions ensemble. Notre vie de couple, notre chez-nous dans cette maison de Sufokia.. On avait une belle petite vie sans souci. Elle allait bien, j'allais bien, on était heureuses ensemble. Et pour le temps que ça a duré, j'en garde un bon souvenir. La fin fut abrupte, bien que certainement en partie de ma faute. Ma faute, la faute de mon petit coeur de pute qui voulait aussi Yushia. Qui ne m'a.. toujours pas donné d'autre signe de vie.

Alors je fais ce que je sais faire de mieux; je fuis, je me cache des soucis. Comme la truche cache sa tête dans le sol, je cache mes émotions dans le travail et l'étude. J'ai cette obsession de rester occupée pour ne pas penser à ce qui ne va pas.. Pour ne penser à rien. Le travail détourne mon attention de ces choses que je m'efforce de refouler.
Oh, j'ai craqué, plus d'une fois, à m'effondrer en larmes au milieu de documents comptables ou de livres impassibles à ma détresse, abattue par cette oppressante sensation de solitude. Je suis digne devant les enfants, digne devant Maliwan qui pourtant lit en moi sans effort. Elle sait que ça va mal, elle sent ces choses là. Mais elle ne me force pas à en parler, parce qu'elle respecte ma fierté. J'ai l'impression que les enfants le sentent aussi. Même Gribouille est incroyablement sage dernièrement. Cette petite peste de Céleste s'est murée dans un silence indifférent. Syrano a essayé de me pousser à parler.. Lui que je vois si peu. Il s'en sort déjà plutôt bien, il travaille, il prépare sa petite vie. Je suis fière de lui. C'est un bon garçon. Ils sont tous de bons enfants qui ont grandi dans les mauvaises conditions. Aussi, pour ne pas déranger le cadre stable que j'ai installé pour eux, je me dois de rester forte face à eux. Parce que je suis celle qui règle les soucis, qui conseille, qui sait quoi faire. Je suis la grande soeur autant que la mère. Bienveillante et inébranlable.

C'est dur, mais j'y parviens. J'élude les questions sur ma fiancée. Ils ont tellement envie de la voir. Moi aussi, j'aimerais bien la voir.. Tellement..

Ironiquement, je n'ai rien dis de tout ça à Esdras, qui m'a pourtant offert son épaule. J'ai trop de fierté pour y pleurer, mais ça m'a fait un bien fou. Je ne lui dois rien, je n'ai pas besoin de faire la forte face à elle. Elle m'écoute, et même si j'en dis peu, ça suffit à alléger le poids qui s'est installé sur mes épaules.

Elle m'a offert de passer la nuit chez elle. Je n'ai pas eu la volonté de refuser. Le réconfort qu'elle m'a offert m'a réellement soulagée. Je vais un peu mieux, maintenant.

Merci, Esdras. De toutes les personnes que je connais, c'est toi qui m'a tendu la main.
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                                                                  Entrée 95 : 06/03/975

Dieux merci, l'hiver s'achève. Et par hiver, j'entend celui d'environs une semaine, comme toutes les autres saisons, depuis que le monde a pété un câble.
Je n'aime pas beaucoup ça. Les journées et nuits de deux heures qui se succèdent en boucle.. J'aimais bien les longues nuits. Ca ne m'empêche pas de dormir, mais une promenade perd beaucoup de son intérêt quand elle change de clarté toutes les deux heures. On ne peut plus non plus se dire "Déjà la fin de l'été ? Mon Dieu je ne l'ai pas vu passer". T'inquiètes, il revient dans trois semaines.

J'ai rencontré hier un enseignant de l'Académie (tu sais, les joyeux huppermages), en me réfugiant dans la taverne de Brutas pour échapper à la pluie glaciale qui douchait la ville. Un homme mûr, dans les... Mince. Quelque part entre trente et quarante. Je l'avais déjà vu, mais pas sur l'île de Rok, c'était.. il y a assez longtemps. De nuit -vraie nuit-. Je crois que j'avais trouvé Yushia et lui en train de discuter. Je n'arrive pas à remettre son nom, et ça m'agace. Toujours est-il qu'en homme courtois, il m'a offert un thé et un brin de conversation. Il m'a confié entre autre, que sa paie ne lui est pas versée aux bonnes dates, et je trouve ça intéressant. Ne pas être capable de payer ses employés à temps est un signe de structure instable ou de comptabilité mal gérée. J'en sais quelque chose.
Ainsi, j'éprouve une soudaine curiosité quant au pourquoi du comment. Je doute de pouvoir postuler tant que je suis étudiante; il n'auront pas confiance, et c'est normal. N'importe qui pourra témoigner que je discute bien peu avec les autres étudiants, en dehors du nécessaire. Ou pour faire rougir un étudiant plus jeune et flatter mon égo, à l'occasion. Mais je cumule travail, famille et études, donc je quitte l'île dès que j'ai assisté à mes cours ou exercices pratiques.
Je suis contente en tout cas, que monsieur l'enseignant ait qualifié ma progression de "fulgurante". Mon premier cycle est validé depuis longtemps, et je suis en position de valider le second. J'ai tout ce qu'il me faut.
Mais je vais attendre encore un peu. Que l'évaluation se révèle parfaite ne me suffira pas. Il faut qu'elle soit plus que parfaite, que je dépasse de loin toutes les attentes qu'on peut avoir envers un aspirant cycle deux. Une discipline et une rigueur sans failles, une maîtrise démontrée avec humilité et pragmatisme. Je veux qu'ils soient impressionnés. Surpris.
Bien sûr, il y a longtemps que je pratique en dehors des murs de l'Académie. Tout ce que j'ai pu apprendre a été testé et rectifié par les dangers du monde. L'avantage que j'ai sur la moyenne des étudiants, c'est que j'étais aventurière longtemps avant de commencer à apprendre. Mais là n'est pas vraiment la question.

Quand l'enseignant à mentionné qu'il pourrait appuyer une éventuelle candidature de ma part à la comptabilité de l'Académie quand j'aurais validé mon troisième cycle, ca m'a surtout rappellé que cette agrégation permet autre chose; être reconnu comme huppermage sérieux et fiable. Et recevoir enfin ma robe, pas l'uniforme banal, mais celle qui montrera à tous et à toutes que j'ai réussi, affronté toutes les épreuves avec succès et démontré aux enseignants que mes aptitudes pouvaient servir le bien de l'équilibre Krosmique.

Evidemment, toi, je ne te trompe pas. Je ne fais pas ça pour servir la Balance Krosmique. Du moins, ce n'est pas mon but premier. J'ai soif de puissance et de connaissances. Mais je ne rejette pas le concept pour autant, pour la seule et bonne raison qu'il est profondément sensé.
J'ai cessé de vouer ma foi à Sram, qui m'a déchue depuis si longtemps. Ce n'est plus utile. Je me contenterais de respecter le Panthéon comme je l'ai toujours fais. Je ne suis plus une disciple. J'embrasse la magie du monde pour forger mon avenir dans le feu, le figer dans la classe  glace (mais classe aussi !), le graver dans le marbre, et répandre sa grandeur par le vent. Je serais bientôt une élémentaliste confirmée. Les sorts courants n'ont plus guère de secrets pour moi. Même les éléments bruts obéissent de mieux en mieux à ma volonté. Ooh oui, le chemin est encore long, et très nombreux sont ceux qui ont une maîtrise cent fois supérieures à la mienne. Je les rattrappe pas à pas.

Ce qui... J'y pense maintenant que je l'ai écris de cette manière.. J'ai passé ma vie à rattraper les autres. Il y avait toujours une autre personne à dépasser. Faire mieux, faire toujours mieux que tous les autres. L'on m'a dit quelques fois que c'est caractéristique de mon signe de naissance. Je suis Dopeul, du dernier jour du Dopeul. Et le doziak dit que les Dopeuls souffrent généralement d'un profond complexe d'infériorité.
C'est vrai. Je ne l'admettrais jamais à personne, mais je ne supporte pas d'être inférieure. D'être moins intelligente, moins rapide, moins belle, moins forte. Et je me suis souvent haï pour mon infériorité. Si l'on ne regarde qu'à mon historique amoureux, toutes mes compagnes étaient de loin plus puissantes que moi. L'on dit ça au sujet des Dopeuls; qu'ils ont besoin d'un modèle à suivre. Evidemment, je n'aime pas si follement Yushia uniquement car elle est si puissante. Mais je ne peux nier que ça fait partie de l'attrait que je lui trouve, et c'est un point commun retrouvé chez Jack et chez Esdras.  Je n'aime que les puissants. Je ne parviens à m'attacher qu'à eux, et je finis toujours par vouloir être avec eux. Ils sont ce que je veux être. Ils sont supérieurs.

...
J'ai déjà commencé à m'égarer. Il faut impérativement que je m'empêche de faire le pas de trop.

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Blerp, j'ai une apparition dans un giornal! Waaaah! Ouais je vois ça méga-tard. Prout.

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                                                                   Entrée 96 : 06/04/975

J'ai encore rêvé d'elle. Mais je ne t'en parlerais pas, pas tout de suite, car les larmes me montent au seul souvenir fracturé de ce rêve. Fracturé, fendu, comme un mirroir brisé. Ses bords sont tranchants et me blessent, quand mon esprit cherche à les atteindre dans les brumes de ma mémoire.

J'aurais... Beaucoup d'autres choses à te raconter. C'est difficile, en vérité, de raconter, de penser, d'évoquer autre chose qu'elle. C'est un mal en dent de scie, qui me frappe ponctuellement avec plus d'insistance. Le répit n'est jamais long, ni la douleur assez intense, pour qu'elle ne juge plus utile de revenir. Ce n'est pas grave. Je tiens. Je tiendrais le temps qu'il faudra.

J'ai rencontré une ou deux personnes qui valent d'être mentionnées. Je commencerais, d'ailleurs, par l'anonyme. Non qu'elle ne m'ait pas donné son nom, c'est que je l'ai oublié.
Une roublarde aux cheveux rouges, Amaknéenne, dans laquelle j'ai entrevu mon propre reflet quelques deux ou trois ans en arrière; elle ne connaît rien du monde que sa petite vie tranquille. Tu aurais dû la voir, quand je l'ai emmenée combattre des abraknydes. Silencieusement fascinée par l'écart de puissance entre elle et moi. Fascinée par mon élégance en combat. Fascinée par l'île flottante dans le ciel des Tofus Célestes. Fascinée encore que de telles merveilles existent juste au dessus de son chez-elle, et qu'elle n'en ait jamais entendu parler. J'avais commencé à l'apprécier, cette anonyme, de ces aventuriers débutants qui peuvent encore s'émerveiller et se surprendre de tout. Qui ont tout à apprendre. J'aurais aimé faire connaissance plus avant avec elle, mais après ces quelques heures passées ensemble, elle est rentrée chez elle, et je ne l'ai plus revue depuis. Ca fait pas loin d'un mois. Dommage.

J'ai rencontré également une seconde personne.. Dont le nom m'échappe aussi, décidément. Elle prend des notes sur un peu tout et tout le monde, au parc d'Astrub. Une drôle de lubie, si tu veux mon avis, mais on s'occupe comme on peut, n'est-ce pas ? Elle semble maléable, cette jeune personne. L'ancienne moi aurait bien sûr tenté d'en profiter. Mais j'ai changé, dit-on.

De quoi voulais-je encore te parler ?  De l'Ordre du Coeur Vaillant, bien sûr. Ou l'Assemblée des Joyeux Niaiseux, comme je préfère les nommer. Leur honoré niaiseux en chef, Yamagata, m'a fait part d'une jeune femme qu'ils ont arrêté dans le cadre d'un infanticide, et qui leur aurait dit que j'aurais moi-même commandité le crime. De là, deux choses intéressantes; la première est que cette personne, je n'ai pas pu la rencontrer quand ils la détenaient, ne serait-ce que pour essayer de savoir pourquoi elle a mentionné mon nom. La seconde est que c'est, selon eux, tout ce qu'elle leur a dit, avant qu'ils ne l'envoient en prison. Et ce fait est très représentatif d'à quel point ce pseudo-ordre et sa justice des bacs à sables sont une blague; ils n'ont absolument pas cherché de mon côté. Malgré que je sois la seule chose à sortir de la bouche de cette infanticide, pas la moindre suspiscion sur moi. Je n'ai rien à voir dans cette affaire, évidemment. Si je te dis ça, c'est uniquement pour te démontrer quel danger ils sont, à s'octroyer un faux droit de justice qu'ils appliquent sans même enquêter.

Ils sont comme la sylphydre. Des parasites qui se croient dans leur bon-droit, et cachent leur médiocrité derrière un faux-semblant de bonnes intentions.

J'ai passé un peu de temps avec Sobrina, également. Un peu.. Quelques heures, ce qui n'était plus arrivé depuis longtemps. Et ça m'a fait du bien, de pouvoir parler de tout et de rien avec elle, comme on le faisait avant. Elle organise ponctuellement un jeu qu'elle appelle "Le Mulou Garou". Je me suis promis d'y participer un jour.

Ah, j'en ai oublié une rencontre. Une jeune femme qui se fait appeler Etoile, étudiante en huppermagie. Nous partageons le même cours particulier donné par le professeur Asendal. Nous avons discuté un peu après le cours, qui m'a fait remonter une réflexion que je me faisais il y a longtemps. Une réflexion de comptoir, vraiment.

Le Bien, le Mal, et la Chance, n'existent pas. Ils ne sont que des idées, aux déclinaisons aussi nombreuses que leurs interprêtations. Il n'y a ni chance, ni bien, ni mal. Il n'y a que des actes, et des conséquences, qui joueront en faveur ou défaveur de ceux qui les nomment autrement, qui correspondront à leurs idéaux, ou non.

Et je conclurais cette entrée sur cette simple phrase que j'aurais au moins voulu lui écrire, ne serait-ce qu'une fois.

Je t'aime. Tu me manques.
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Toujours aussi agréable à lire, ce journal. 

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Agréable, et triste !

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                                                                Entrée 97 : 22/04/975

J'ai passé de longs moments à regarder mon alliance, dernièrement. De bien longs moments, passés à scruter son éclat coupable. A quoi me sers-tu, alliance ? Toi qui ne veut plus rien dire. Tu es annonciatrice d'un mariage qui n'arrivera jamais, et qui n'était probablement jamais fait pour arriver. Tu représentes l'amour et la dévotion, le don de soi et la fidélité, la confiance, la construction commune... Et surtout, surtout, l'absence. La disparition, la douleur, le sentiment de délaissement. Tu es devenue mon symbole de souffrance au point que j'ai de plus en plus de mal à te porter. Ton anneau jadis si doux à mon doigt me pèse désormais terriblement. Ton éclat que j'aimais tant scruter à la lueur d'une bougie me meurtrit les yeux, tout autant que le coeur.

"Comment va Yushia, d'ailleurs ?"
Je ne sais pas. Je n'en sais rien, et plus le temps avance, plus je suis convaicue que je ne le saurais jamais plus. Six mois, sept ? J'ai perdu le compte, à force de détails dont je ne souhaite pas me souvenir. J'aurais dû m'en douter.
Il y a toujours quelque chose avec elle. Toujours quelque chose qui fait mal, qui blesse ou entrave. Toujours quelque chose. J'avais accepté de l'aimer en connaissance de cause. D'étreindre tendrement la boule d'acier hérissée de piques qu'elle était, de la chérir jusqu'à l'adoucir.. Ca a marché un temps.
Un temps.. L'année que nous avons partagée. Pour un an de bonheur relatif, six mois de douleur.

Je n'arrive pas à me faire une raison. Je n'y arrive pas. Depuis le temps, elle est sûrement morte et.. Et ils n'ont pas eu le coeur à me transmettre la nouvelle.

Est-elle morte ? Je ne sais pas. Et je ne saurais probablement jamais non-plus.
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                                                                Entrée 98 : 27/04/975

L’Ordre et le Chaos sont les deux plateaux de pesée de la Balance Krosmique. La Lumière, et les Ténèbres. C’est une notion fondamentale. Fondamentale aussi est la vérité que pour que l’Equilibre soit gardé, la présence des deux forces en égales proportions est nécessaire. Quand l’esprit simple associerait l’Ordre au bien et le Chaos au mal ; l’histoire et le bon sens nous donnent une autre version des choses.L’Ordre représente la loi, la hiérarchie, la tradition, le respect des valeurs, la droiture, la justice, la recherche du bien collectif. Que de bonnes choses, n’est-ce pas ? Mais une trop forte présence de l’Ordre mène au conservatisme, à la stagnation, voire à la dictature.Le Chaos représente l’abolition de l’ordre établi, la révolte, la rupture des codes.. Mais également la liberté individuelle, le changement, l’accomplissement de soi, l’indépendance. Comme quoi. Rien n’est jamais tout noir ou tout blanc.  Et les deux forces sont rigoureusement nécessaires à un monde qui sait évoluer sans s’oublier. Des nuances de gris. Une infinité de nuances de gris.L’huppermage accompli accepte cette notion et l’applique de son mieux. Il sait qu’il n’existe ni bien, ni mal. Seulement des causes, des conséquences, et un Equilibre à maintenir.Dans tout ce qu’on juge mauvais, il y a de bonnes choses. Dans tout ce qu’on juge bon, il y a du mauvais. Et aujourd’hui, aujourd’hui.. Je maudis ce simple fait, je hais cette vérité universelle de tout mon être. J’ai envie de hurler, de lui cracher à la figure. Mais comment crache t-on à la figure du Krosmoz ? Les lois fondamentales de l’univers ne se soucient pas de nos douleurs, ne s’émeuvent pas des croix que nous portons. Elles n’ont cure de nous laisser toujours incertains, insatisfaits. Toujours dans le gris. Elles restent de marbre face à nos victoires, insensibles face à nos échecs. Pourquoi en serait-il autrement ?  Chaque jour qui passe rappelle, à ceux qui observent, la petitesse de leur être et leur terrible insignifiance dans l’ordre des choses. Tout comme l’imminence de la mort, et la certitude que notre temps passé à errer sur le monde n’aura, au final, pas eu la moindre importance.Hmpf.
Ecoute-moi donc, à vouloir blâmer tout mon malheur sur le Krosmoz. Je me contredis. La vérité est que je suis idiote. Idiote et en colère, et il faut bien une cible à cette colère. Mais sa cible ne saurait être celle qui l’a suscitée chez moi.Si tu pouvais soupirer, tu le ferais, j’en suis certaine. Et qui t’en voudrait ? Tu sais de quoi je vais te parler, hein ? Tu sais surtout de qui. Evidemment. Encore et toujours.Elle m’est revenue. Et je sens ta perplexité quant à ma colère. Attend un peu.
Si elle était abîmée avant, maintenant, c’est encore pire. La brûlure qu’elle avait à la joue s’est étendue drastiquement. Son œil gauche a viré à un gris maladif. Et elle a cette chose dans le dos.. Ces plaques métalliques qui recouvrent tout-..
Une grosse tâche d’encre encadre une plaie dans le papier.Eh bien, j’ai cassé ma plume.
Je suis sujette à des sentiments contraires. Heureuse qu’elle soit à nouveau là, bien sûr, mais.. A quel prix ? Elle est bien plus mal en point qu’avant. Et je souffre de la voir ainsi. Pourtant c’était tout ce que je voulais, tu sais ? La revoir, l’avoir pour moi, et qu’on reprenne où nous avions arrêté. Mais non, hein. C’aurait été bien trop simple que ça se passe si bien.Je lui trouvais un charme certain, avant. Mais son corps a franchi un pas de plus vers le monstrueux, et malgré l’amour que j’ai pour elle, il me faudra du temps pour m’y faire. Du temps pour accepter l’idée que c’est peut-être irréversible. Du temps pour envisager des solutions. Je te vois sourire en coin. Des solutions ? Mais quel bien as-tu jamais accompli, Razielle ? Toi qui mens, qui détruit et qui trompe. Rien n’est trop sacré à tes yeux. Toi la parjure, toi l’infidèle, toi qui n’a d’intérêt que le tien. Toi qui en vient à te sentir lésée, oui, toi, ta petite personne égoïste, quand ta fiancée te revient meurtrie.Eh bien tu verras. Je trouverais quelque chose. La Lumière peut soigner. Je n’ai pas validé mon troisième cycle, non, mais je vais le faire au plus vite. Plonger dans le savoir des âges. La Lumière est la bannière de l’Ordre, de la manière dont les choses devraient être. Elle corrige, elle répare et purifie. Il DOIT exister un moyen de purifier son corps du mal qui la ronge. De lui offrir, enfin, une existence normale, sans la peur de pouvoir s’évaporer à tout moment, ni sans avoir a ressembler  à un FOUTU SCORPIQUE pour survivre. Bien sûr, les forces du monde ne devraient pas être employées dans un but personnel, mais.. Si mes raisons sont mauvaises, au moins, mes intentions sont pures.Et si ça ne fonctionne pas, je chercherais ailleurs. La magie Eniripsa. Il doit exister un de ses disciples assez puissants pour la libérer de son fardeau. Pour réparer sa peau et son œil, remettre son sang en état.. Une greffe, je ne sais pas, il doit y avoir quelque chose.

Je refuse obstinément de me trouver dans une situation sans issue. Je ne souffrirai pas de l’avoir retrouvée uniquement pour la voir souffrir au quotidien.…Je te dis tout et son contraire, n’est-ce pas. Evidemment. Tu te souviens ? Je suis idiote. Et en colère.
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                                                                  Entrée 99 :  04/06/975

Ce qui suit va être composé de réflexions de comptoir et de divagations personnelles. Es-tu prêt ?


L'identité est une étrange petite bête. Une bête subjective, d'ailleurs. Qui suis-je ? Qui sommes-nous ?  Le problème de l'identité s'aborde de concert avec le problème du soi. J'aimerais dire que je suis ce que je crois être, mais... Si.. Et si j'étais plutôt celle que les autres disent que je suis ? Mes yeux pourraient me trahir quand je me regarde dans le mirroir, influencés par ce que les autres disent et pensent de moi.

A vrai dire, le concept d'identité en tant qu'entité unique et inaltérable est une idiotie sans nom. Car nous nous adaptons a ce qui nous entoure. Ainsi, Journal, permet-moi de me présenter.

Je suis Mademoiselle Razielle BlackWing, responsable financière de la Compagnie BlackWing. Je suis rigoureuse, organisée, attentive et prévoyante. J'aime transmettre mes connaissances, j'aime que mon travail soit carré et irréprochable. Je prends parfois des raccourcis peu légaux, mais je m'assure d'être intraçable quand je le fais.

Je suis Razielle BlackWing, agent d'élite et commandante de la division Enclave de la Compagnie BlackWing. Je sais faire preuve d'autorité, sans être autoritaire, et commander une unité. Je suis réactive, déterminée, ouverte aux options stratégiques. Ma loyauté à la mission ne s'arrête qu'à l'échec inévitable.
Je couvre mes agents les plus loyaux quand ils fautent, en truquant les rapports ou en fournissant de faux témoignages, quand c'est possible, et sans conséquence pour moi.

Je suis Razielle, la grande soeur. Je sais mêler douceur et pédagogie, je sais faire preuve de fermeté sans être agressive. J'aime transmettre, je suis joueuse, et partisane de l'effort collectif. Je suis créative et aimante. Je mens parfois, mais uniquement sur des choses peu importantes. Parfois, je perd patience.

Je suis Razielle BlackWing, étudiante en huppermagie, Cycle 3. Je suis attentive et studieuse, constante dans mon travail. Je n'hésite pas à sortir des sentiers battus pour en apprendre plus, je fais preuve d'humilité et recherche la sagesse et les connaissances de ceux qui ont une maitrise supérieure à la mienne. Je suis une élève modèle devant mes professeurs, mais quand je pratique seule, je fais rarement quoi que ce soit comme on me l'a enseigné.

Je suis Razielle, l'amante. Joueuse et attentionnée, tendre au possible. Je me sacrifie quand il le faut pour rendre ma moitié plus heureuse. J'ai du mal à m'affirmer, et j'ai tendance à mentir.

Je suis Razielle, la femme. J'ai tendance au découragement, je me surmène. Je mens, je trompe et je me joue des autres. Je persuade, je convainc et je corrompt pour servir mes intérêts. Tant pis pour ceux que je laisse derrière. Ma femme et ma famille passent avant le reste du monde.
J'aide des inconnus, parfois, mais uniquement parce que j'y vois un bénéfice potentiel. J'oscille entre l'enjoué et l'indifférent.

Vois, Journal, ces quelques identités que j'étale sous tes yeux. Une identité ne saurait être unique, car ses  composantes varient constamment. C'est l'essence même de la chose. L'identité est divisée, mais forme un tout qui parvient à garder une certaine cohérence. Car, quelque soit l'identité que l'on adopte, certaines composantes ressortent. Ces composantes sont les plus importantes, et les plus fiables, quand il s'agit de déterminer quel genre de personne quelqu'un pourrait bien être.

De toutes ces identités, sujettes à contexte, des tendances générales ressortent; la tendance à la malhonnêteté, le plaisir de transmettre. Je favorise ceux que j'aime bien et laisse tomber les autres. Je n'ai pas peur de travailler dur. En prenant les variantes constatées le plus souvent, on obtient un semblant de résultat. Mais ces variantes ne sont constatables que dans des situations

Voila qui je suis, à travers mes propres yeux. D'aucuns disent que l'on existe qu'à travers les autres. Sais-tu ce que ça veut dire ?
Si quelqu'un venait à m'observer dans toutes les situations que je t'ai décrites avant, il aurait une analyse différente. Car pour avoir une identité fixe, il faudrait définir très rigoureusement le soi; être toujours exactement la même personne dans toutes les circonstances, et avec tous les publics. C'est tout à fait impossible. Je ne peux pas materner mes subordonnés comme mes petits bonhommes à la maison, tout comme je ne peux pas traiter ma femme avec la fermeté à laquelle les agents de ma division ont droit.
L'on entend parfois "Je n'étais pas moi-même", et, bien que cette phrase puisse passer pour une excuse facile, elle est profondément sensée. J'irais même jusqu'à dire que l'on n'est jamais soi-même, car le soi comporte trop de variantes pour être efficacement défini. Et si on cherchait à le définir consciemment, le soi deviendrait un rôle à temps plein, car il faudrait prendre garde à s'y tenir toujours.
L'on n'est pas soi-même si l'on doit se forcer à l'être. Ca n'aurait aucun sens !

Je suis fermement convaincue que certaines choses ne sont ou pas expliquables, ou pas définissables. L'identité en fait partie. Toute la démarche est basée autour de l'obsession que nous avons de connaître et comprendre ce qui nous entoure. Quelle heure est-il, combien sont-ils, qui est-ce.. Tout se base autour de la même stupide lubie.

Et sur ces réflexions de bas étage, je repose ma plume.
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Score : 7457

                                                                      Entrée 100 : 15/06/975Il existe tous types de relations, des passionnées aux indifférentes, des infiniment tendres aux terriblement violentes..Si je devais m’exprimer honnêtement, je dirais que Yushia et moi sommes destinées à être séparées. Le temps que nous avons passé loin l’une de l’autre, pour diverses raisons, s’accumule et s’accumule, et finira par former une année complète, tantôt. Six mois de sa part, deux ou trois de la mienne.. Tu comprends, ça va vite. Et plus le temps avance, plus j’ai l’intime conviction que la durée de notre relation se base en partie sur ces temps d’absence, où nous n’avons pas été ensemble, n’avons pas parlé, n’avons pas dû nous occuper. Evidemment, moins on voit une personne, moins vite on se lasse d’elle.
Il y a également cette étrange coïncidence qui veut que quand l’une de nous deux sera disponible, l’autre ne le sera pas. Amusant, n’est-ce pas ? Sur les deux dernières semaines, j’ai eu six jours de libre. Je n’ai pu en passer que un avec elle. Mais, que veux-tu..  C’est comme ça. C’est la vie.Alors, pour occuper mon temps, mes nuits solitaires, je me consacre à ce qui n’est pas réellement la vie ; le Rêve. Car dernièrement, mes rêves m’ont paru de plus en plus liés entre eux. J’entends depuis des semaines un tintement éthéré résonner au sein de mes songes. Lointain, si lointain, et pourtant si net.. Et il m’est impossible de te décrire à quel point prendre le contrôle de soi dans un rêve est dur, mais j’y travaille. Je repousse le réveil de mon mieux, je me concentre sur ce son mélodieux, enivrant, obsédant, mes oreilles s’y accrochent comme on s’accroche à la vie, car je sais qu’il a un sens, et je suis persuadée de pouvoir le découvrir. Rien n’est jamais aussi persistant sans avoir de sens. Parfois, j’ai l’impression de l’entendre quand je suis éveillée aussi. Distant comme l’horizon, mais quand je tourne la tête pour capturer sa provenance.. Plus rien.Je rêve également de cartes, d’anciennes cartes surnaturelles datant d’avant le monde. Des sentiers sinueux de perdition, des chemins d’oubli, que les cartes me murmurent comme on murmure un secret. Ces routes anciennes et voilées.. Anciennement, les cartes informaient ; « Danger. Ici rôdent les dragons. » Bien sûr, ces routes n’existent plus… Mais, les dragons gardent toujours leur spectre. Je sais que toutes sont mauvaises, que toutes mènent au non-retour, je le sens.. Leurs murmures sont menaçants. Mais elles aussi reviennent, parfois de concert avec ce son aigu qui m’obsède. Durant mon sommeil, je me bats pour les voir un peu plus longtemps, pour m’abreuver de ce qu’elles chuchotent.. Mais rien n’y fait.Le réveil est inévitable. Glacial et tremblant. Il me laisse, chaque matin, avec la certitude de n’avoir pas su garder entre mes mains quelque chose d’éminemment important.Alors chaque nuit, je m’entraîne à mieux rêver. Plus clairement, de manière plus contrôlée. C’est un exercice de volonté qui m’échappe encore majoritairement.Qu’importe le temps que cela prendra.. J’y consacrerais le temps qu’il faut. Je comprendrais ce qu’on essaie de me dire.

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Score : 742

                                                                        Entrée 101 : 18/07/975J’ai longuement hésité avant de me décider à finalement noircir ton papier à nouveau. Les mots me viennent difficilement, et ils peinent à être bons, positifs, réconfortants..Mes mots sont de moins en moins joyeux, à ma propre image, et c’est dans cette déprime que je décide de me confier à toi à nouveau. Ce n’est que passager de toute façon. Tout finit toujours par passer, n’est-ce pas ?Je suis rattrapée par l’ennui. L’ennui avec un grand E, même, l’ennui ultime, celui de la vie. Ne te méprend pas, je ne souhaite pas mourir. Je n’ai simplement plus le désir de vivre.  J’ai du mal à en déterminer toutes les raisons.Mes études avancent à leur rythme. C’est facile. Apprendre, applique et démontrer, en boucle, à chaque fois. Je finirais par être une huppermage reconnue, mais cette perspective ne m’apporte plus aucune joie. Je serais exactement la même personne à la fin. Je saurais juste faire quelques bricoles brillantes. Super.Le travail est ce qu’il est. Un moyen de ne pas penser de trop. La pression augmente, mais peu importe. Je connais, j’endure.J’ai décidé de passer toutes mes certifications d’expertise en récolte et en artisanat. J’avance bien, du moins, de ma perspective. J’en ai presque déjà la moitié. Mais de là non-plus, je ne tire aucune satisfaction. Je ne ferais pas fortune avec mes confections, et même si c’était le cas, je ne saurais pas quoi faire de cet argent. J’ai assez pour vivre et faire vivre ma famille. C’est suffisant.Je suis toujours aussi incapable de progresser d’un point de vue personnel. Trop faible. Toujours trop faible.Puis il y a Yushia. Evidemment.Cette femme qui peut-être est la mienne. Qu’en sais-je encore ? Elle ne descend plus de sa montagne, la maudite montagne nommée Zinit. Je l’ai vue quelques heures en un mois ou deux. Je ne lui en veux pas. Du moins, pas tout le temps. Elle travaille pour les disciples d’Otomaï sur le terrain, c’est son rôle d’être là bas. Le temps passe, mais pas elle. Ce grand manoir que l’on partage dans le havre-monde de sa guilde n’est plus qu’un immense rappel du vide qu’elle laisse. Il me rappelle que je suis fiancée à l’absence. Je n’aime plus y dormir. Seule dans toute cette pierre, avec toutes les pensées pluvieuses qui rôdent dans ma tête, prêtes à sauter sur le moindre moment de faiblesse.  Il y a autre chose aussi, et j’en ai le cœur noué à simplement y penser.. J’ai dû en arriver à lui promettre un peu de bon temps, si tu vois ce que je veux dire, pour qu’elle daigne prendre le temps de me voir. Est-ce que notre relation en est là ? Est-elle strictement intéressée, pour elle ? J’en viens à me demander si ses remords sont sincères, ou si elle souhaite juste me garder sous le coude pour assouvir ses pulsions..Non, non, je deviens parano.. C’était un hasard, assurément, qu’elle puisse se libérer uniquement ce jour là. Faites que ce soit juste le fait du hasard..
J’ai toujours eu ce fantasme (et celui-ci est décent) qu’on puisse un jour progresser main dans la main, à un niveau égal, avancer et découvrir ensemble.. Mais le fossé entre elle est moi est trop immense. Dès que quelque chose de plus puissant, de plus dur, apparaît, elle saute dessus et le saigne à blanc. Encore que je ne lui reproche pas, car je la comprend dans plusieurs sens ; le premier est qu’elle en a tout à fait les capacités. Elle est véritablement puissante. Le second est que.. Je suis de mauvaise compagnie face aux obstacles. Du moins je l’étais, mais c’est trop tard maintenant. Ce simple fait m’a poussée à réfléchir sur, plus loin que la personne que je suis, ou pense être, sur l’image que je renvoie. Elle est terriblement inconstante, en vérité.Au travail, je travaille, point. Je fais tout ce qu’il y a à faire, sans rechigner, sans chercher à me débiner.
En famille, je délègue une partie au plus grands et assume les tâches les plus pénibles et compliquées.Mais qui suis-je en couple ? Et en combat, d’ailleurs, puisque les deux sont demeurés longtemps liés.Le constat n’est pas fameux, en rétrospective. Je suis une découragée décourageante. Définitivement une suiveuse. Et.. Et je ne sais pas exactement comment formuler ça, mais je décline très souvent l’aide dont j’ai réellement besoin par sentiment de ne plus la mériter. Ce qui.. n’encourage personne à vouloir m’aider, logique. C’est un cercle aussi vicieux qu’idiot. J’y travaille, tu sais ? J’essaie de me faire d’autres connaissances, ou au moins relations, qui pourraient m’aider à progresser. Mais aux yeux du monde, je ne suis qu’une huppermage. Une femme qui manipule une magie très longtemps isolée du monde, et qui n’y est plus très adaptée. J’arrive à  m’en sortir, mais ce n’est pas exactement suffisant.Yushia avait avancé le fait que d’autres huppermages se sont attaqués au seul dragon prismatique connu. Je ne sais pas à quoi ressemble un dragon prismatique, ni même si ça existe (je soupçonne qu’elle désirait simplement me rassurer), mais j’ai du mal à le concevoir. Et puis, si c’est arrivé, ils n’ont probablement pas gagné. On en aurait entendu parler.…J’écris de manière décousue. Je ne sais plus si je l’aime ou la hais. Les deux, j’imagine, en fonction de sa présence. Je devrais me trouver quelqu’un à qui parler. Ca me ferait du bien. Même avec toi, je passe du poolay à la moogrr.…Je me sens un peu mieux à avoir vidé mon sac sur ton papier. Il faut que je reste concentrée sur mes activités afin de ne pas me disperser. J’ai obtenu le sceau des compagnons, et mon expertise de tailleuse, que je viens de repasser (les requis ont changé). Il reste tant à faire. Tant d’absence à combler. A tantôt, Journal. Merci de ton attention.

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Score : 7457
Entrée 102 : 15/03/976
La nuit dernière est vaporeuse, dans ma tête. Une nébuleuse d'échos et de lumières, qui ne m'a laissé comme souvenirs tangibles qu'une douleur à la tête, à la poitrine, et le sentiment d'avoir une enclume derrière la tête. J'ai une vague idée de tout ce que je peux avoir consommé. Mon teint pâle et cireux, et les noirceurs qui embrassent le contour de mes yeux en témoignent. Je ne sais pas quand, ni comment je suis rentrée.
Au réveil, j'avais toutes mes affaires, tous mes vêtements, et mes lunettes étaient posées sagement, quoi qu'un peu de travers, sur ma table de chevet. 
J'espère que je n'ai rien fait d'idiot.

De tous les réveils difficiles, il fallait bien que j'en choisisse un pour revenir vers toi. Après l'excès et la débauche, je me sens étrangement lucide. Comme si j'avais besoin de me détruire pour me sentir exister. J'ai passé de longs moments, allongée, à fixer mon plafond. Mes pensées errant entre une recherche forcenée de ce que j'aurais bien pu faire la veille, et un examen approfondi de ma vie sur les dernières années. Les choix et les erreurs, les moments de ténacité et d'abandon. Le constat final ne m'apporte qu'une demi-fierté.

La ténacité.. Il est temps d'y avoir recours.

J'ai toujours ri à ceux qui babillent, devant leur marmot : "Grands Dieux ils grandissent si vite !". Ils ont toujours eu raison. Ils grandissent foutrement vite. Hier encore, je décrochais Gribouille des poutres du plafond avec un balai. Aujourd'hui, malgré son énergie inépuisable, j'arrive à l'asseoir et la concentrer, à lui apprendre l'alphabet et les chiffres. Je me souviens de son premier mot écrit entièrement. Ca lui a pris un peu de temps, mais elle ne s'est pas découragée, sous mon regard bienveillant, et celui, si profondément approbateur, de Maliwan, accoudée silencieusement à un coin de table. Quand elle a levé les yeux sur moi alors que la petite bataillait avec les lettres, j'ai pu voir à quel point elle était fière de sa petite soeur. Au moins tout autant que je l'étais de la mienne. Et je pleure en écrivant ces lignes. Comme je le suis pour Gribouille, elle est la plus proche d'une mère que j'aie eu dans ma vie. Enfin, elle approuve. Enfin, elle est fière de moi et de la personne que je suis devenue. Je sais que je lui cause encore du souci parfois. La pauvre, elle s'inquiète tant.
Le premier mot de ma plus jeune soeur; Razielle. Avec un coeur dessiné d'un trait tremblant juste à côté. Elle l'a écrit "Rasiel", mais ça n'a aucune importance. Mon coeur a chaviré.

Syrano est déjà un homme. il a fêté récemment son dix-huitième anniversaire. Je lui ai offert cent-cinquante-mille kamas pour qu'il puisse emmener sa petite amie dans un bel endroit, une belle île, que sais-je. C'est un bon garçon, enjoué et toujours prêt à tendre une main secourante. Plein de vie, n'hésite jamais à faire la fête. Sa petite amie est une Iop, un peu rustre et à l'intellect équivalant à ce qu'on pourrait espérer de quelqu'un de son culte, mais elle est de très bonne volonté, curieuse de tout ce qu'elle ne comprend pas. Ils forment un couple charmant. Ca fait déjà un an, et leur relation semble profondément ancrée dans la bienveillance mutuelle. Je les emmène avec moi, voir le monde. Ils n'étaient jamais partis à l'aventure avant, et ils adorent ça. C'est un véritable plaisir d'être suivie par leur bonne humeur et leur positivisme. Je te parlerais un peu des autres une autre fois, car il y en a beaucoup.
Je suis heureuse des progrès que chacun à fait, et je ne lâcherais rien tant qu'ils ne seront pas tous des être épanouis et stables. Je les aime. Ils méritent au moins ça.



Maintenant. L'abandon.. Il est temps d'y avoir recours.

J'abandonne mon aimée, ma fiancée, qui n'a pas fait grand chose de plus que de m'abandonner moi, pour le plus beau de l'année passée. Sa foutue montagne était plus importante que moi. Soit. Je respecte la dévotion au devoir. Je lui dirais en personne, quand et si je la revois un jour. Car malgré les longues périodes où j'étais seule, je lui reste reconnaissante de tous les efforts qu'elle a fait pour moi. Je l'aime encore follement, mais l'état des choses semble se prolonger encore et encore. J'en souffre trop pour continuer. J'ai été véritablement heureuse, avec elle. Je me souviens des débuts, où je me meurtrissais le coeur et les doigts à défaire la coque de piques tranchantes dont elle s'était entourée. Ca a fini par marcher. Je ne suis pas sûre de l'impact que j'ai eu dans tout ça, mais elle est une toute autre personne, maintenant. Bien plus saine, bien plus honnête.. Probablement bien plus heureuse. Je soupçonne qu'elle ait pris une amante. Kira, une Ouginak qu'elle prétend avoir rencontré lors de son exil dans le désert, des années en arrière. Elle ne m'aime pas, cette boule de poils, c'est évident. Si elles sont ensemble, j'espère sincèrement pour Yushia que ça se passera mieux pour elles deux que pour nous deux. 
Je ne lui reproche pas ça, non. Qui serai-je pour lui reprocher, avec mon coeur infidèle ? Je te hais pour ton absence. Je t'aime à la déraison pour tout ce qu'on a vécu de bon. Je t'aime pour m'avoir aidée et comblée, pour avoir été là, dans ma vie, durant plus longtemps et surtout plus fidèlement que tous les autres.
Je t'aime. Je te quitte. Et surtout, je te souhaite le meilleur pour la suite.

Mon silence ne sera pas si long cette fois, Journal. Car je te place où je saurais te retrouver.
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Score : 742
Entrée 103 : 23/03/976
Comme promis, mon plus fidèle ami, me revoilà devant toi. Assise dans l'herbe du Havre-Monde qui me sert à demi de domicile, je me questionne. Et sur bien des choses. Nouvelle pour moi, l'absence de l'attente. Seule je suis et je demeure, à demi par choix, à demi par défaut. Car j'ai besoin de temps pour collecter mes pensées. 
Au loin se dresse ce manoir, qui était le sien, puis le nôtre. Est-il maintenant le mien ? J'en doute, mais tout de même, j'y habite. Ca fait beaucoup d'espace juste pour moi. Alors, le plus souvent, le repos de mes nuits est gardé par le manoir familial, si plein de vie, en comparaison. Si plein de sons.

Je fais le tri dans mes souvenirs, méthodiquement. Et je chéris les souvenirs heureux, qui finissent par être nombreux. Je collecte les mémoires et les objets qui, souvent, y sont liés. Je garderais mon alliance. Par pure valeur sentimentale. Par respect pour l'effort entré dans son obtention, pour sa valeur exorbitante quand elle fut passée à mon doigt, mais surtout en mémoire de ce qu'elle symbolisait, et symbolise, qui sait, peut-être toujours. Un souvenir éminemment heureux. Avec précaution, je range dans un coffre ce qu'elle m'a offert, pour tout préserver du temps. La peluche, l'alliance, l'arc. Le casque de Gawde. Ces épaulettes que je porte encore y auront leur place quand leur service sera terminé. Et à chaque objet que j'ajoute, je me demande; qu'ai-je jamais fait pour elle ? Est-ce que mes efforts valent les siens ? Je sais que l'amour n'est jamais affaire de valeur, mais, en regardant en arrière, j'aimerais pouvoir me dire que c'était mérité. De tous mes regrets, le plus grand est de n'avoir pas son visage, fidèlement reproduit sur un support quelconque. Il ne me reste que la mémoire, et sa fragilité. Mais mon deuil se fait. Nous ne nous sommes pas dis aurevoir. Peut-être, en fait, qu'elle reviendra demain. Mais au fond de moi persiste le sentiment que je ne la reverrais, si ce n'est jamais, que dans bien longtemps. Ce n'est pas grave. Mon deuil se fait, avec bienveillance et reconnaissance.

Cette épée de bois, qu'elle m'avait offerte pour un anniversaire.. Je la porte, pour la première fois. Un discret coeur est gravé sur sa poignée. On le sent à l'effleurement du pouce. C'est un des plus beaux cadeaux que j'aie reçu d'elle. Ca, et le jouet Wobot avec lequel, plus qu'à mon tour, je m'amuse encore. 

Maintenant que je ne peux plus habiter dans son sac -qui fût le nôtre pendant longtemps- et que tout ce que j'y avais laissé est perdu pour un temps indéterminé, je dois penser à refaire le mien. Je m'y suis attelée plusieurs fois ces derniers jours, et chaque nouvel essai me rappelle à quel point mon oeil pour la décoration est mauvais. Je persiste. J'y arriverais. Et en attendant, j'ai toujours deux autres manoirs où déposer mon chapeau.

Je me faisais dernièrement une réflexion, au sujet de la marque qui accompagne ma naissance. Le Dopeul. Je n'ai jamais trop accordé foi au Doziak, mais force m'est de constater, en regardant vers le passé, que j'ai bien l'attitude d'un Dopeul. Je ne me suis jamais amourachée de quelqu'un de moins puissant, de moins riche ou de moins intelligent que moi. Je fus le Dopeul de Jack, d'Esdras, de Yushia.. tour à tour, elles furent mon modèle, mon ambition, et surtout, mes compagnes de vie. Et me voila maintenant seule, sans personne à Dopeuler. Un terrible sentiment de vide, au début, je l'avoue. Mais si je ne peux suivre un exemple présent, je suivirais des souvenirs. Je m'entraîne sérieusement, avec le temps que le reste de ma vie m'accorde. Je m'améliore. Avec retard, je marche dans les traces de ceux qui sont mes modèles. Ceux que j'admire. Et je suivrais ces empruntes fantomatiques jusqu'à ce que d'autres, issues du royaume du réel, les remplacent. Si ce jour finit par arriver. Car j'avais oublié à quel point je suis sélective dans mes fréquentations. J'ai le sentiment que personne n'est assez exceptionnel pour mériter que je m'y intéresse. Quelle arrogance, me diras-tu. Et je serais bien d'accord. Mais on ne choisit pas qui l'on veut autour de soi.

J'ai toujours eu un compagnon de vie. Enfin, pour le moment, une compagne. Quelqu'un qui, à la fois, était un modèle, un amant, et surtout, mon meilleur ami. Me voila dépourvue des trois. Je ne sais que faire de cette pensée. Elle ne me rend pas triste. Simplement, elle m'embête.

Alors, pour me distraire et renouveler mes idées,  je voyage sur mon île favorite, parmi les Lenalds et les Wabbits. Je me replonge dans leur culture que j'aime tellement. Et, armée de ma fidèle épée de bois, je défie les plus grands Lenalds, grimée comme l'un d'eux. J'étudie au Dojo des Glands Clans, les techniques ancestrales de Lin Kuei et Shilay Liu. J'ai vaincu le puissant Lenaldix. Traqué et confronté l'évasif Lenald Glis. Et même le Chevaliew Noiw. Ces personnages folkloriques et hauts en couleur se sont inclinés face à moi et au personnage que je me suis créé. Un Lenald renégat, muet comme une tombe. Je n'ai pas fais tout ça sans mal, bien sûr que non. La maîtrise des éléments n'aide en rien quand il s'agit de se battre contre des maîtres de leur art avec une épée en bois. Mais j'ai vaincu, dans la droiture. J'en tire une excessive satisfaction. Je n'ai pas osé confronté le Loi, et encore moins l'Empeleul. Je ne pourrais jamais gagner, face à eux. Ou peut-être un jour.. Qui sait.
Je ne sais pas comment m'est venue cette lubie. Mais elle a eu le mérite d'occuper pas mal de mon temps et de m'apporter le sourire et la joie de vaincre à nouveau.

Mais je regarde plus loin. Je lève les yeux vers le Mont, la marche ultime. Je lève les yeux et je souris, car, à nouveau, je me sens capable de vaincre le monde.

Et je le ferais avec une épée en bois.

 
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Score : 7457
Entrée 104 : 30/04/976

Journal, mon ami, jamais je n'aurais cru t'abreuver si longtemps des insignifiances de ma vie. Je t'ai donné vie, quelques temps en arrière, sans grande conviction, et pourtant, te voila aujourd'hui à nouveau entre mes mains. Notre coopération m'aide à mettre les choses à plat, et pour ça, je te suis reconnaissante.

Je suis excessivement exigeante avec les gens, tu le sais. Je ne tolère pas l'idiotie. Et pourtant, je me suis liée d'amitié avec une Iop. Laisse moi t'expliquer.

Il y a pas loin d'un mois, je rencontrais un petit souillon de Iop, une jeune fille nommée Taby, qu'on aurait crû élevée par une bande de gliglis. Bête et bruyante, sale, impulsive. Tu le sais peut-être, je n'ai que peu d'amour pour les Iops. Mais elle recèle d'une étincelle d'exception, d'une formidable curiosité envers le monde et ce qui l'emplit, d'un optimisme inébranlable. Je ne saurais te dire comment j'en suis arrivée là, mais elle est devenue ma protégée. Je lui apprend à mieux se tenir, à être propre sur elle, à réfléchir. Je défie son esprit d'énigmes et de questions, et m'émerveille de l'effort qu'elle met à en déceler la réponse. Je me suis prise d'affection pour elle comme elle pour moi. En témoigne l'indescriptible tendresse que j'éprouve à la vue de cette enfant, en témoigne son immense sourire et le bonheur sincère dans ses yeux blancs et vides quand elle me voit. En témoigne notre bienveillance mutuelle.

Toute Iop qu'elle est, elle parvient à apprendre et comprendre. Son esprit est ouvert. Elle combat la faune du monde et progresse à un rythme surprenant. J'ai fini par lui aménager une chambre dans mon havre-sac pour qu'elle puisse enfin habiter quelque part, qu'elle ait de quoi manger, se laver, dormir à l'abri, puisqu'elle n'habitait nulle-part. Il m'a une fois ou l'autre effleuré l'esprit que, peut-être, il s'agit la d'une manière semi-consciente de combler la terrible solitude que j'éprouve. Avais-je besoin d'adopter la première venue pour enrayer ce vite béant ? Je ne sais pas, je ne pense pas. 

Son insatiable curiosité me rappelle la petite amie de Syrano, Iop également, et j'en suis venue à la conclusion qu'il s'agit bien de la seule qualité qui permettra à un Iop de trouver grâce à mes yeux. Si naïve, mais si curieuse. C'est un trait que je sais apprécier chez n'importe qui. 

Je lui parle, et elle m'écoute avec fascination. Je lui parle des dangers du Mont Zinit, des sauvages blerox et des centenaires dragoeufs. Je lui parle des choses de la vie, de tout, de rien. Elle m'écoute.

J'ai fais également connaissance d'un homme qui prétend être un émissaire royal Sadida. Il s’interrogeait sur la mort subite de certaines plantes que même sa magie ne pouvait ramener à la vie. J'ai rarement vu de Sadidas, et encore moins de si haute importance. Le roi Sheran Sharm doit prendre ce phénomène au sérieux, voire y déceler une sérieuse menace pour envoyer quelqu'un enquêter dans le monde. Je suis curieuse de sa quête, et j'espère en apprendre plus tantôt. 

J'avais encore bien des choses à te dire, mais il me faudra les garder pour plus tard; une plume hésitante sait être chronophage, et  d'autres obligations m'appellent. 

A tantôt, Journal.
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Score : 742
Entrée 105 : 01/05/976
Souvent je pense aux autres, car, tu sais, il y a toujours quelqu'un à qui penser. Une soeur, un frère, un ami qui a dit quelque chose qui nous trotte en tête, le marchand qui a fait une quelconque remarque ou plaisanterie, l'inconnu malpoli qui nous a bousculé au marché sans s'excuser.
Sur ma vie, je vais réduire son monde en cendres

Étrangement, quand on pense à une chose, on finit bien souvent par penser, par extension à une ou plusieurs personnes à qui elle est liée. Exemple bête; je pense à acheter du chou-chou. Je pense à ce que je compte en faire, à savoir, une gratin de chou-chou, et soudain fait irruption dans ma ligne de pensée la petite Gribouille qui va râler sans fin parce qu'elle déteste le chou-chou, et Jak qui déteste les choses gratinées.
Soit ! j'achèterais des cawottes, petites pestes. 

A force de laisser errer ma pensée sur sa propre nature, j'en suis venu à m'interroger sur la mémoire et le souvenir, car j'ai le sentiment qu'ils sont intimement liés.  Peut-on vraiment penser à quelque chose qu'on a oublié ? Et je parle de véritable oubli, pas de simple étourderie. Chaque personne que j'ai en mémoire est associée à un ou plusieurs souvenirs, comme des petites notes collées sur leur front, qui me renseigne au premier coup d’œil sur ce qu'ils m'inspirent et mon avis global à leur sujet. En soi, chaque personne qui n'est pas là quand j'y pense n'est qu'un ensemble de souvenirs et d'émotions persistantes, une image fixe, altérable uniquement par un défaut de ma mémoire au sujet de ce que je sais à son propos. Les petites notes s'effacent avec le temps, ou se réécrivent, jusqu'à ce qu'on revoie ladite personne, et qu'elles soient toutes remises à neuf et soigneusement remplacées. Parfois, quand quelqu'un a beaucoup changé par rapport à ce qu'on a comme souvenirs sur eux, il faut tout réécrire, et c'est de là que vient la surprise ou la déception.
Du moins, c'est comme ça que j'imagine le fonctionnement de ma mémoire, et je serais éminemment curieuse de savoir comment les autres perçoivent la leur.

Tu te doutes, fidèle confident, que je ne peux penser à mes souvenirs des autres sans me questionner sur les souvenirs que les autres ont de moi.

Est-ce que pour eux aussi, je suis un portrait avec plein de petites notes collées dessus ? Eh bien, je pense que oui. Tu sauras, mon ami, qu'il ne reste dans le monde, famille exclue, que trois personnes que je connais depuis trois ans ou plus et que je vois encore. Les autres ont disparu, ou quitté notre monde. Et pour appuyer mon histoire de petites notes (j'aime écrire ça), je vais prendre deux d'entre eux, à savoir, Esdras et Zavgon.

J'ai vécu un temps avec Esdras, et ce sont des souvenirs heureux, qu'il est toujours plaisant de revisiter. Et bien que je désapprouve de sa conduite absolument dévergondée depuis que j'en ai conscience (quelques mois), je ne l'apprécie pas moins pour autant. Ou peut-être un peu, mais nous n'avons plus rien au commun, donc je diras que c'est normal.

Zavgon.. a su susciter des sentiments contraires en moi, au fil du temps. Disons que je ne l'aime ni ne le déteste. Il est une connaissance, il existe, et ce  fait m'indiffère désormais, pour des raisons dont la pertinence est inexistante pour mon exemple.

Donc, ces deux là, je les connais depuis longtemps. Ils ont donc des souvenirs de moi qui remontent à plusieurs années, comme moi d'eux.  
Ils m'ont tous les deux récemment reproché de n'être plus qu'une pâle copie de mon ancienne personne, de n'être plus aussi pleine de relief. Evidemment, je l'ai d'abord mal pris, avant de développer une certaine curiosité à l'égard de ce changement de perception. Alors j'ai comparé; qui était Razielle d'il y a trois ans, et qui est Razielle maintenant. J'ai essayé d'être objective, autant qu'on peu l'être quand on se juge soi-même. Permets-moi de reproduire sur ta délicate page la liste qui m'a permis du voir plus clair. Voici.

Razielle d'il y a trois ans : 
-Vantarde
-Egoïste
-Majoritairement malveillante avec un soupçon de bonté ponctuelle
-Indiscrète
-Intrusive
-Sang brûlant dans tous les sens du terme
-Agressive
-Froide et désagréable
-Irresponsable

Razielle d'aujourd'hui : 

-Humble
-Partageuse
-Majoritairement bienveillante avec un soupçon de cruauté ponctuelle (que veux-tu)
-Respectueuse
-Capable de tact et de discrétion
-Responsable
-Calme et mesurée dans ses rapports aux autres
-Ni avenante, ni fermée
-Aimante de ses proches

En gros, j'ai grandi, et c'est ce qu'ils me reprochent. Leurs vieilles notes ne correspondent plus à ce qu'ils voient, et la déception se produit. Pourtant, bien d'autres personnes, qui me connaissent depuis un peu moins longtemps, disent que je suis devenue une bien meilleure personne. Les souvenirs d'Esdras et Zavgon ne sont pas faux non-plus, car j'ai les même.
Ce qui me mène à la conclusion qu'ils ne sont pas, ou du moins, plus des amis, puisqu'ils me reprochent de devenir une personne meilleure.

Et c'est dans ce genre d’occurrences que le souvenir joue un rôle intéressant; celui du juge. Il va comparer les petites notes stockées en mémoire, les confronter aux informations les plus récentes, et émettre un jugement; je suis satisfait de ce changement, je suis déçu de ce changement. 

Et je tiens à te rassurer, mon cher volume, je t'aime toujours autant qu'au premier jour. Si le changement doit s'en prendre à toi, sois assuré que ce ne sera que de ma main.

A tantôt, mon ami.
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Score : 16

Génial

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Score : 7457
Entrée 106 : 18/12/976
Que de promesses manquées, n'est-ce pas ? Surtout celle de continuer à noircir ton papier à l'encre de mes pensées. Je t'ai relu quelques fois ces derniers mois, redécouvrant qui je fus et ne serais plus. J'ai passé ce temps majoritairement avec ma famille. Les enfants sont assez grands maintenant pour s'autogérer durant mon absence. Je suis fière de chacun d'entre eux. Même cette petite peste de Céleste s'est calmée, et ce n'était pas gagné. Ils le savent, ils le sentent quand j'en parle à ne plus pouvoir me taire; l'aventure me manque. J'aime ma famille à en mourir, mais maintenant qu'ils sont responsables, je peux sereinement retourner me mesurer aux dangers du monde. Ce monde qui change à n'en plus finir. J'ai tellement à rattraper. J'ai hâte.

J'ai finalement réussi à parler de la disparition de Yushia à Maliwan. Elle a compris dès le début que j'aurais du mal à en parler. Elle n'a pas insisté. Les enfants étaient plus pressants, ils voulaient voir cette personne dont, durant si longtemps, je les bassinais sans fin avant un abrupt silence, avant de changer de sujet quand les questions arrivaient. Je leur ai dit aussi. Que je ne savais pas où elle était, si, au moins, elle était encore. Que malgré des sentiments conflictuels et des émotions contraires, je l'aime toujours. Ils comprennent. Ils comprennent que tout n'est pas toujours simple. Un peu déçus, les bouts d'chou. Ils comprennent aussi mon envie de retourner me confronter au monde.

Syrano me tanne pour que je l'emmène à nouveau avec moi aux quatre coins du monde. Hinatéa a toujours, toujours des questions. Elle est trop timorée pour être aventurière elle-même. C'est une artiste dans l'âme. Jak est impatient de s'acheter un équipement basique et se lancer lui-même à l'aventure.

J'ai finalement réussi à trouver un équilibre sain entre mon travail et le reste. Trop tard, me diras-tu. Eh bien.. Oui. Mais qu'importe.

Il me semble que Taby également est portée disparue. Elle m'a manqué pendant tout ce temps, et continuera de me manquer. C'est une bonne gamine, et je n'ai aucun doute qu'elle trouvera son chemin dans la vie. Je me demande si elle pense encore à moi, parfois ? Si elle se souvient comment prendre soin de ses cheveux, comment s'habiller correctement. J'ai failli à ma promesse d'arranger sa dentition. Une de plus. Une nouvelle croix sur mon dossier.

Karzale. T'ai-je déjà parlé de lui ? Un Sram courtois et éduqué, qui, a tant de reprises a eu la patience de m'écouter parler pendant des heures. De bonne compagnie de bout en bout. Je ne sais pas si je le reverrais un jour. Plus le temps passe, moins j'arrive à trouver des visages familiers. A croire qu'ils font comme moi. Je n'ai jamais été une très bonne amie pour qui que ce soit, n'est-ce pas ?

Sobrina qui a été présente pour moi sans faille à l'instant précis où j'en avais vraiment besoin. Elle a une personnalité bien spéciale. Mais le temps nous a séparées également.

Etoile, étudiante huppermage avec qui j'ai une affinité que je ne peux pas expliquer. Un respect mutuel et compréhensif. Je l'ai rarement vue, mais je sais que je l'apprécie. Puisses-tu trouver ton équation universelle au bout du compte, Etoile.

Quant à toi, Razielle, le monde change, les gens partent, et rien ne t'attendra. Il est temps, à nouveau. De voyager, de rencontrer, de découvrir. Tu repars à zéro dans certains domaines. Tant mieux. La découverte est si exaltante.

Bon courage à toi, Razielle.

A bientôt, Journal.

 
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Score : 742
Entrée 107 : 26/12976

Le bonheur est une drôle de petite bête atteinte de bougeotte, toute ronde et glissante. Une bulle de verre enduite de savon, tout juste trop grosse pour être tenue dans la paume, tout juste assez petite pour vous glisser des mains et se cacher à peu près n'importe où. Il paraîtrait évident que tout le monde souhaite être heureux dans la vie, chacun a sa manière. L'un dans le silence méditatif et l'odeur si caractéristique d'une immense librairie, l'autre, glaive en main et chargeant vers l'ennemi en brandissant la bannière de ses idéaux. 

Je me suis longtemps posée une question de la mauvaise façon; comment puis-je être heureuse ? Le comment, j'imagine, se base simplement sur la compréhension de "pourquoi ceci en particulier me plaît", qu'est-ce que cet objet, qu'est-ce que ce moment, fait vibrer en ma personne. Il est important de comprendre ce qu'on aime et pourquoi. Mais le bonheur est une bulle glissante.

Personne n'est heureux en permanence. Comme dit Syrano après quelques dizaines de chopes, quand la philosophie vient s'installer au comptoir; quand tout est parfait rien n'est parfait.
Absolument, frangin, attend, laisse-moi te resservir. 

Le bonheur est ponctuel, et heureusement. On a tendance à ne plus vraiment regarder ce qu'on voit en permanence. Et surtout, il n'y a pas de recette infaillible, de rituel pour l'invoquer, ni de marchand qui le vend, bien que les voix tendres et suaves de certaines alcôves promettent le contraire en des mots qui savent convaincre. Je ne peux pas être heureuse sur commande.
Mais je peux me pousser à adopter une perspective plus positive, et les Dieux savent que regard positif sur le monde est une douce caresse persistante au moral.

De tous les changements que je me suis forcée à subir, au niveau de ma personne, je pense qu'il est le plus important. Accepter que le monde est monde, et saisir la brève opportunité de mon existence pour faire au mieux. Regarder les travers et détours de la vie comme un défi plutôt qu'un obstacle, apprendre à apprécier les choses insignifiantes, et surtout, sourire.
Les mots me manquent pour t'expliquer l'importance de ce simple fait. Sourire. On me reprochait très souvent de faire la gueule, dans ma jeunesse (pas que je sois déjà une ancienne, on se comprend), ce qui n'est qu'à moitié vrai. Je ne souriais pas, mais j'ai aussi et surtout un visage froid, peu expressif et fermé; au naturel. Pas ma faute, je ne l'ai pas choisi. En soi, on me reprochait juste de ne pas sourire. Et penses-y un peu, mon ami, à l'importance de cette simple tension des muscles faciaux.

C'est un drapeau abritant de nombreux sens possibles, que seul le contexte pourrait éclairer. On sourit pour remercier, pour séduire, sauver la face, paraître sûr de soi. On sourit pour apaiser, pour sous-entendre, pour remercier. On sourit pour provoquer, pour insulter, pour humilier.
L'on sourit des yeux autant qu'on sourit des lèvres. Un regard ou un silence peuvent tant dire à eux seuls, et la coopération des dans dans un sourire chargé de sens est un outil de plus pour approfondir la communication et ouvrir la voie a des interactions plus poussées.
Je ne pensais pas à tout ça, bien sûr, quand j'ai commencé à sourire. Je me forçais pour qu'on me foute la paix. Et ça a fini par venir tout seul, naturellement, et ça sonnait de moins en moins faux.

Mes réflexions de comptoir -je sais que tu les adores- ne m'aideront pas à comprendre le lien entre une attitude positive et le fait de sourire. Je sais juste, je le sens, que les deux travaillent en un cercle vertueux qui, bien sûr, ne suffit à lui seul, mais aide à créer un espace assez grand et accueillant pour que le bonheur vienne s'y loger.

Ne serait-ce que le temps d'un sourire.
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Score : 7457
Entrée 108 : 11/01/977

Nouvelle année, nouveau moi, dirons certains. Passées les festivités, les repas et les journées entières avec les bien-aimés, la vie reprend son cours, et autant que j'aime profondément cette période d'amour et de partage, le retour du calme est bienvenu.

Je voulais explorer ce que j'ai manqué du monde avant de te revenir, et je t'assure, cher ami, qu'il m'a fallu faire un notable effort pour ne pas te griffonner la bouille à chaque nouvelle découverte, à chaque nouvelle rencontre. Il faut bien faire preuve d'un brin de retenue, n'est-ce pas ?

J'ai pris le temps de revisiter les tavernes du monde, en quête de tout et de rien. Celle de Bonta est rapidement devenue ma préférée, puisqu'elle est littéralement à un escalier du port, et permet de conjuguer le pavé propre de Bonta avec un juste-assez d'air iodé qui me rappelle, à demi-mot, mon temps passé à Sufokia. Je gagerai que j'aurais pu m'éprendre de la taverne de Brakmar aussi, car son ambiance me renvoie de délicieux souvenirs corrompus. Le problème, c'est la compagnie qu'on y trouve. N'ont qu'ils soient particulièrement détestables, ces rôdeurs de sous sol tamisé, non-non. C'est qu'on m'a dit là bas quelque chose de singulier; il est interdit d'y dire "malsoir".

Je te jure que j'ai éclaté de rire, sans pouvoir le contrôler. Mais, l'amusement passé, j'ai surtout réalisé que des brâkmariens pure-souche ne verront pas d'un bon oeil quelqu'un qui veut aller à l'encontre de la culture nationale dans un des lieux qui la représente le mieux. Et je n'ai pas grand amour pour les bagarres de taverne, de toi à moi. Je me rend dans ces endroits sur mon temps libre, et je préfère ne pas occuper ce temps à ce genre de niaiseries.
Dommage.
Ces carrés exclusifs me faisaient bien de l'oeil.

Ainsi, Bonta est ma favorite, pour sa position, disposition, ainsi que sa fréquentation. C'est là que je retrouve de nombreux visages familiers, de la bonne compagnie de mon cher Karzale, à celle que je nommerais Tofu car son nom doit rester secret. Enfin.
Le secret n'est jamais un souci entre toi et moi. J'aime surtout l'appeler Tofu, ça c'est une chose, et l'autre est que je ne sais pas bien comment son nom s'écrit.
Mais passons. J'ai eu grand plaisir à retrouver Karzale et sa compagnie attentive après tout ce temps, lui qui a juste l'air trop parfait pour être un vrai Sram. Ce qui en fait, me diras-tu, le Sram parfait. Il est talentueux et cultivé également. En soi, une personne que j'aime beaucoup avoir avec moi. Le seul défaut que je lui connais, c'est sa fidélité douteuse.. Mais je suis à moitié responsable de ça. Oups, comme on dit.

Tofu est une jeune femme nerveuse, vive et toujours à lancer des regards prudents aux alentours. D'où son surnom. Un peu comme Taby, elle n'avait pas de chez-elle, alors j'ai offert de l'accueillir. Tu sais que j'ai un faible pour les désemparés. Je la vois bien peu, toute occupée qu'elle est, mais ce n'est pas grave. Le départ de ma petite Taby avait laissé un vide dans mon sac, et je suis heureuse de retrouver la compagnie, même si elle doit être aussi discrète que celle de Tofu. Je prend soin de toujours laisser mon sac au même endroit. Je ne pense pas qu'elle vienne y dormir tous les soirs, non, mais j'étire toujours un doux sourire quand son pas discret me réveille, la nuit.

Je viens de jeter un oeil à ma pendule, et je suis contrite de constater que l'heure mettra fin à cette entrée. J'avais encore des choses à dire..!

Ne t'en fais pas, je te reviens bientôt avec la suite !
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