16 Mai 2009 - 12:50:57 |
#1
L'Harmonica Sramesque.
« Le Wakfu, avec un grand « W », est constitué de deux wakfus mineurs. Le wakfu constructeur, et le wakfu destructeur. On les appelle également wakfu positif et wakfu négatif. La plupart des habitants du Monde des Douze pensent que le wakfu négatif est source de mal, et que le wakfu positif est signe de bonheur. Ce n’est ni tout à fait vrai, ni tout à fait faux. Le Wakfu, étant un élément naturel, crée et détruit. Il peut tout aussi bien faire pousser un arbre, utilisant rayons de soleil et pluie fine, ou bien détruire, faisant tomber foudre et pluie orageuse. On peut interpréter la chose de cette façon. Néanmoins, il n’y a aucune question de bien ou de mal, de la même façon qu’avec la confrontation du Wakfu contre la Stasis. Le wakfu destructeur peut tout aussi bien servir une bonne cause, que le wakfu constructeur, défendre des idéaux machiavéliques.
Dans le Monde des Douze, selon les actes d’une personne, son wakfu intérieur peut basculer d’un côté ou de l’autre de ces deux wakfu. Mais, certaines personnes arrivent à équilibrer leur wakfu positif et leur wakfu négatif. C’est en atteignant cet Equilibre qu’une personne peut devenir forte. Très forte. »
- Rendez-vous !
L’ordre était intimé de telle façon qu’aucune réplique n’était possible. L’homme ne s’arrêta tout de même pas, filant dans la taverne vide. Le Milicien entra.
C’était un disciple de Sram. Un masque, représentant un visage de squelette, était plaqué contre sa figure. Ses yeux étaient inexistants, laissant toute la place pour deux cavités oculaires vides, débouchant sur un noir profond. Il était vêtu de l’habituelle tenue moulante des Srams, une pièce unique, ornée de symboles Sramesques sensés représenter la constitution osseuse de la personne. Une cape Tofu, d’un jaune vif, était accrochée à son dos. On pouvait voir que de multiples poches étaient tricotées à l’intérieur, gonflées à point.
Personne ne répondit. La taverne était inhabitée. Des marques de sang étaient présentes partout où l’on posait les yeux, preuve de la terrible bagarre qui s’était déroulée ici. Des toiles d’Arakne recouvraient le lieu. Les tonneaux de bière étaient vraisemblablement plus poussiéreux que le Monde lui-même, et des chopes traînaient par-ci par-là, comme si quelques sinistres fantômes s’amusaient dans le coin.
Le Milicien parcourut rapidement la salle des yeux, et son regard s’attarda sur l’escalier en marbre. Il vérifia tout de même si l’homme ne s’était pas réfugié derrière le comptoir, et s’avança vers les marches. Chaque pas provoquait un craquement sinistre, renforçant l’atmosphère effrayante du lieu. Numac remarqua alors que le palier donnant accès au premier étage était inaccessible, barricadé par des planches. Le Sram s’arrêta devant la grossière construction de bois pourri, et se concentra un instant. Celui d’après, les planches gisaient en morceaux sur le sol, morceaux évités par les Araknes qui s’enfuyaient.
Un bruit de course précipité retentit à la gauche de Numac, dans le couloir. Il s’élança alors, d’une démarche svelte, quasi-silencieuse sur le bois branlant. Une porte était entrouverte, et un mince rayon de lumière s’échappait par celle-ci. Il s’approcha, et en franchit le seuil.
Le criminel qu’il recherchait était là, assis sur le lit de la chambre. Malgré sa respiration saccadée, il semblait déterminé à en découdre. Numac récita d’un ton norme :
- Au nom de la milice d’Etsav, je vous arrête. Veuillez-vous rendre calmement, et aucun mal ne vous sera fait. Si vous résistez, je serai obligé de recourir à la force.
Le criminel rit, d’un rire crissant, nerveux.
- Un Sram milicien ? Qu’est-ce que c’est que cette blague, hein ?
Numac haussa un sourcil. Il ne s’attendait pas à cette tirade à ce moment.
- Combien on te paye, dis-moi ? J’espère plus que tu ne voles, n’est-ce…
Il fut brutalement coupé dans sa phrase. Le disciple de Sram était apparut derrière lui, et tirait sa tête par les cheveux de son crâne, libérant l’espace entre sa poitrine et son visage pour plaquer sa dague contre sa gorge.
- On m’a déjà fait la leçon plus d’une fois, monsieur le criminel. J’ai eu ma dose. Le problème, c’est que les hors-la-loi qui osent dire ça me supplient directement après, me promettant rémunération contre leur libération. Pitoyable.
Les yeux exorbités, le criminel balbutia :
- Je… Vous en… Supplie… Epargnez…
Numac soupira et assomma l’homme d’un coup sec sur la nuque. Celui-ci s’affala sur le lit, et le Milicien s’en empara.
***
- Waaaah !
L’hurlement avait été poussé par le hors-la-loi. Il ne s’attendait pas du tout à la brusque descente.
Numac était à dos de sa Dragodinde volante, Torkala. Elle était d’un bleu marine foncé, et possédait des yeux qui pouvaient à la fois refléter une sagesse absolue, ou une bêtise monumentale. Elle n’était pas très chargée, seulement deux ou trois sacs se balançaient sur ses flancs. Ses ailes étaient largement déployées, fendant le ciel bleu, sans oublier d’éviter un ou deux nuages. Une corde effilochée était fermement attachée autour du corps de la bête, au bout de laquelle pendait l’homme, verdâtre.
La Dragodinde amorça la remontée, et se dressa de nouveau dans l’océan aérien. Le criminel franchit un nuage, et en ressortit trempé.
- Hé ! Fais attention, bougre de…
Il s’interrompit, se souvenant à qui il avait à faire. Numac ne tint pas compte de l’avertissement, et fit faire un nouveau salto à Torkala, arrachant un cri à l’homme.
- Pourquoi t’es-tu réfugié à Astrub ?
La question avait fusé sans qu’il se retienne. Il se demandait vraiment pourquoi ce type avait quitté l’île Etsav pour rejoindre celle des Mercenaires, dans un trou perdu nommé Tromperdu, dans la taverne tant redoutée des Astrubéens. L’homme répondit :
- Je… Je déteste cette île. Je déteste toutes les îles, d’ailleurs. Ce Gouverneur… Florac, dirige tout, et impose des règles stupides comme quoi les gens pas assez intelligents doivent s’exiler ! La région vit dans la misère… La seule île qui ne soit pas encore sous son joug, c’est Astrub. J’avais dirigé les rares qui cherchaient à se rebeller pour faire une manifestation devant la bâtisse du Gouverneur, mais les Miliciens nous sont tombés dessus… J’ai du m’enfuir.
Numac ferma les yeux. Il savait très bien de quoi cet homme parlait. Lui aussi détestait ces îles, gouvernées par un dénommé Florac. Personne ne faisait quoi que ce soit pour arrêter le dictateur. Ceux qui faisaient exception se faisaient anéantir. Numac n’avait vraiment pas envie de réagir. Il soupira.
- Bon, écoute… La route qui mène à Etsav passe par une petite île nommée Emelka.
- Comment ?
La surprise se peint sur le visage du chef des manifestants.
- Je veux bien t’y déposer. Cache-toi chez un dénommé Landsteiv, il t’hébergera le temps que tu te fasses un nom. Il n’y a pas de gouverneur là-bas, ajouta Numac sous le regard inquiet de l’homme.
Celui-ci ne savait quoi dire sur ce brusque changement d’attitude. Il crut déceler un allié potentiel à se rebeller.
- Merci beaucoup ! Ca te dirait de…
- Non.
- Mais pourquoi ?
- Je préfère continuer ma vie comme ça.
- Mais, commença l’homme, tu sais, tu pourrais l’améliorer ! Tu es fort, aide-moi !
- J’ai dit non, coupa Numac.
Prévoyant une nouvelle tentative de l’homme, Numac secoua brièvement les cordes attachées à la muselière de Torkala, qui descendit en piqué. L’homme coupa immédiatement sa phrase. Retenant un jet buccal de nourriture déjà avalée, celui-ci régurgita, et dit, après quelques minutes :
- Je m’appelle Tipoda Rifkin. Merci encore. Quel est ton nom ?
- Je m’appelle Numac Rirquitu, du clan du même nom. Enchanté.
Tipoda sourit. Il était persuadé que ce n’était pas le cas.
***
Dans un léger dérapage, la Dragodinde atterrit. Numac descendit de la bête, la déchargea d’un sac qu’il attacha à sa taille, et lui donna un morceau de sucre. Torkala dévora immédiatement le carré blanc, trépignant de plaisir.
- C’est bon, tu peux y aller, Torkala.
Dans un cri aigu, elle s’envola dans le ciel.
Numac se retourna, contemplant Etsav, la vaste.
L’île flottait dans les airs. Pas à la façon d’Incarnam, qui échappait au cours du temps et de l’espace du monde, mais reliée à des mongolfières immenses. De forts courants d’airs balayaient l’île flottante, mais les habitants, depuis longtemps habitués à cela, ne s’en préoccupaient pas, laissant seulement leurs cheveux hors de contrôle.
Il n’y avait aucune végétation sur cette île. Pas de terre, ni d’herbe. Seulement des pavés, constituant les routes et le sol. Sous l’île, des morceaux de roche gigantesques pendaient, tels des stalactites.
Des maisons encadraient les rues, construites avec des toits en tuiles, et des murs en briques. Des enfants jouaient dans celles-ci, et des animaux se promenaient nonchalamment. Parmi la population, il y avait beaucoup d’adeptes de classe.
Les mongolfières étaient attachées par des centaines de cordes qui les reliaient au sol. Au nombre de cinq, elles submergeaient la ville.
Il ne fallait pas croire qu’elle était petite. Au contraire, elle était immense, pouvant dépasser en taille deux îles telles que Mork et Sevamor.
Numac, adossé à la barrière de métal qui entourait le contour de l’île, se redressa. Il s’avança alors dans la rue principale.
Sans prêter attention aux divers panneaux, le disciple de Sram regardait plutôt les gens. La plupart étaient certainement enfermés chez eux, occupés à étudier. Il ne fallait pas qu’ils ratent le test mensuel. Perdu dans ses pensées, Numac arriva devant la demeure du Gouverneur.
Elle était somptueuse. Les haies, des arches dorées, encerclaient un grand périmètre, le jardin. L’allée principale, des pavés de pierre brute, était dépourvue de taches, certainement lavée et récurée tous les jours. De part et d’autre de celle-ci, de grandes pelouses vertes, certainement les seules de l’île, sentaient la fraîcheur. Elles étaient bien découpées, formant des carrés parfaits. Au centre d’entre elles, il y avait une fontaine d’eau claire et pure. Il n’y avait pas de statue dans leurs eaux, mais juste une sculpture de pierre. Un Rouage, représentant le Savoir.
Les portes, elles aussi d’or, présentaient une inscription. « Le Savoir y parviendra ». Tels étaient les mots qui figuraient dessus. En pierre blanche, l’abri qui protégeait de la pluie la terrasse principale, était soutenue par des piliers de même matériaux.
Numac franchit les barrières, traversa l’allée d’une rapide démarche, monta les quelques marches qui menaient à la terrasse, et poussa les battants des portes en or.
L’intérieur était à l’image de l’extérieur.
Le hall d’entrée était très vaste, avec un plafond très haut. Des carreaux d’un blanc de neige recouvraient le sol. Devant les portes d’or, un paillasson, doté de la même inscription que celles-ci. Au loin, un escalier très large, d’un blanc immaculé, aux rampes ouvragées à la perfection. De part et d’autre de cet escalier, deux grands tapis, qui devaient certainement être restaurés tous les jours, histoire d’éviter l’usure. La devise de l’établissement était également brodée sur eux. Contre le mur auquel était collé l’escalier, celui en face de Numac, au-dessus des deux tapis, il y avait deux portraits identiques, et symétriques. Ils représentaient le chef tout puissant du monde. Le dirigeant des Disciples d’Otomaï. L’homme aux cheveux roses et aux lunettes rafistolées au papier collant. La célèbre canine dépassant de sa bouche. Le regard sûr de lui et l’étincelle qui brillait dans ses yeux. Florac Sertis.
L’escalier donnait accès au palier, parcourant la salle dans toute sa largeur. Des balustrades, elles aussi ouvragées, empêchaient quiconque de tomber par mégarde. Sur les murs de gauche et de droite, d’autres tableaux, avec pour contenu, « le Savoir y parviendra ». Deux portes d’or étaient également présentes sur ces murs. Du plafond, pendait des lustres, éclairant de leurs bougies le hall.
Numac, toujours aussi pressé, parcourut la salle, et après avoir grimpé les escaliers quatre à quatre, bifurqua à gauche, sur le palier. Un long tapis rouge étouffa le bruit de ses pas, ce qui fit que l’homme qui arrivait alors ne sentit pas sa présence.
BÔM !
Tombé dans le tapis face contre terre, Numac poussa un grognement. Il se redressa, se préparant à se battre contre celui qui l’avait bousculé, habitué au tempérament colérique de certains Miliciens. Il reconnut alors son ami, un disciple Pandawa.
- Maco Tsunami… marmonna le disciple de Sram.
- Numac ! Tu es revenu de ta mission !
Numac saisit la main de Maco, et la tira, aidant ainsi son ami à se relever.
Le poil soyeux, Maco était blanc et noir. Quelques mèches rebelles se dressaient au sommet de son crâne, et il portait un short marron, accompagné d’une simple veste de la même couleur. Des sandales assorties, aux lanières vertes, préservaient ses pieds de la froideur et de la dureté du sol.
- Mais… Je ne vois pas le criminel ? Où est-il ? Il est… (Maco sourit malicieusement.)… encore tombé de la corde ?
Numac soupira, exaspéré, et regarda derrière lui, de gauche à droite.
- Bon, écoute… J’ai refais une chute.
- Encore ? s’exclama le Pandawa.
- Chut ! Moins fort, voyons ! Il menait une manifestation pour faire bouger les choses, et ces trucs de Savoir… Je l’ai libéré et l’ai confié à Landsteiv.
- A Landsteiv ? Sa maison va bientôt devenir une auberge ! ricana Maco.
- Bon, c’est bon, on a compris ! chuchota Numac. Bon, je dois aller voir le Rapporteur et lui présenter une excuse. Tu n’as pas une idée ?
- Euh… Ce type se serait suicidé, une fois coincé ? Hmm… Jurant de se venger de l’institution du Savoir ? ajouta-t-il, après avoir réfléchi.
- Ca me paraît une bonne idée, avoua Numac. Bon, je dois y aller. Souhaite-moi bonne chance.
- Bonne chance. J’ai une mission à Bonta. Je vais enfin descendre de cette maudite île !
Guilleret, Maco descendit rapidement les escaliers, ravi à l’idée d’enfourcher sa Dragodinde.
Numac, tout en essayant de ne pas penser à ce qui se passerait si le Rapporteur du Gouverneur ne le croyait pas, emprunta de longs couloirs tout aussi richement décorés, jusqu’à arriver à une porte, portant la phrase habituelle, ainsi que : « Bureau du Rapporteur ».
Avant qu’il ait eu le temps de mettre la main sur la poignée, celle-ci s’ouvrit. Trois enfants en sortirent, chaînes autour des poignets, des chevilles, et même, un anneau autour du cou.
Ils avaient raté le test mensuel. Un test forcé sur les connaissances des habitants du monde. Un test raté, à cause d’une petite faute faîte. Un test, instauré par Florac Sertis.
Des Exilés.
-----------------------------------------------
Voilà le tome deux de ma fanfiction. C'est la suite de l'Honneur d'Iop ! Si vous avez envie de lire, je vous conseille de lire d'abord le tome un, ou vous risquez de ne pas comprendre grand chose. Vous pouvez même continuer à poster des commentaires sur le topic du tome un , faîtes comme bon vous semble !
Bon, je vous laisse. Bonne lecture !
Prologue
« Le Wakfu, avec un grand « W », est constitué de deux wakfus mineurs. Le wakfu constructeur, et le wakfu destructeur. On les appelle également wakfu positif et wakfu négatif. La plupart des habitants du Monde des Douze pensent que le wakfu négatif est source de mal, et que le wakfu positif est signe de bonheur. Ce n’est ni tout à fait vrai, ni tout à fait faux. Le Wakfu, étant un élément naturel, crée et détruit. Il peut tout aussi bien faire pousser un arbre, utilisant rayons de soleil et pluie fine, ou bien détruire, faisant tomber foudre et pluie orageuse. On peut interpréter la chose de cette façon. Néanmoins, il n’y a aucune question de bien ou de mal, de la même façon qu’avec la confrontation du Wakfu contre la Stasis. Le wakfu destructeur peut tout aussi bien servir une bonne cause, que le wakfu constructeur, défendre des idéaux machiavéliques.
Dans le Monde des Douze, selon les actes d’une personne, son wakfu intérieur peut basculer d’un côté ou de l’autre de ces deux wakfu. Mais, certaines personnes arrivent à équilibrer leur wakfu positif et leur wakfu négatif. C’est en atteignant cet Equilibre qu’une personne peut devenir forte. Très forte. »
Chapitre 1 : Où l'on découvre un disciple Sram pas comme les autres...
- Rendez-vous !
L’ordre était intimé de telle façon qu’aucune réplique n’était possible. L’homme ne s’arrêta tout de même pas, filant dans la taverne vide. Le Milicien entra.
C’était un disciple de Sram. Un masque, représentant un visage de squelette, était plaqué contre sa figure. Ses yeux étaient inexistants, laissant toute la place pour deux cavités oculaires vides, débouchant sur un noir profond. Il était vêtu de l’habituelle tenue moulante des Srams, une pièce unique, ornée de symboles Sramesques sensés représenter la constitution osseuse de la personne. Une cape Tofu, d’un jaune vif, était accrochée à son dos. On pouvait voir que de multiples poches étaient tricotées à l’intérieur, gonflées à point.
Personne ne répondit. La taverne était inhabitée. Des marques de sang étaient présentes partout où l’on posait les yeux, preuve de la terrible bagarre qui s’était déroulée ici. Des toiles d’Arakne recouvraient le lieu. Les tonneaux de bière étaient vraisemblablement plus poussiéreux que le Monde lui-même, et des chopes traînaient par-ci par-là, comme si quelques sinistres fantômes s’amusaient dans le coin.
Le Milicien parcourut rapidement la salle des yeux, et son regard s’attarda sur l’escalier en marbre. Il vérifia tout de même si l’homme ne s’était pas réfugié derrière le comptoir, et s’avança vers les marches. Chaque pas provoquait un craquement sinistre, renforçant l’atmosphère effrayante du lieu. Numac remarqua alors que le palier donnant accès au premier étage était inaccessible, barricadé par des planches. Le Sram s’arrêta devant la grossière construction de bois pourri, et se concentra un instant. Celui d’après, les planches gisaient en morceaux sur le sol, morceaux évités par les Araknes qui s’enfuyaient.
Un bruit de course précipité retentit à la gauche de Numac, dans le couloir. Il s’élança alors, d’une démarche svelte, quasi-silencieuse sur le bois branlant. Une porte était entrouverte, et un mince rayon de lumière s’échappait par celle-ci. Il s’approcha, et en franchit le seuil.
Le criminel qu’il recherchait était là, assis sur le lit de la chambre. Malgré sa respiration saccadée, il semblait déterminé à en découdre. Numac récita d’un ton norme :
- Au nom de la milice d’Etsav, je vous arrête. Veuillez-vous rendre calmement, et aucun mal ne vous sera fait. Si vous résistez, je serai obligé de recourir à la force.
Le criminel rit, d’un rire crissant, nerveux.
- Un Sram milicien ? Qu’est-ce que c’est que cette blague, hein ?
Numac haussa un sourcil. Il ne s’attendait pas à cette tirade à ce moment.
- Combien on te paye, dis-moi ? J’espère plus que tu ne voles, n’est-ce…
Il fut brutalement coupé dans sa phrase. Le disciple de Sram était apparut derrière lui, et tirait sa tête par les cheveux de son crâne, libérant l’espace entre sa poitrine et son visage pour plaquer sa dague contre sa gorge.
- On m’a déjà fait la leçon plus d’une fois, monsieur le criminel. J’ai eu ma dose. Le problème, c’est que les hors-la-loi qui osent dire ça me supplient directement après, me promettant rémunération contre leur libération. Pitoyable.
Les yeux exorbités, le criminel balbutia :
- Je… Vous en… Supplie… Epargnez…
Numac soupira et assomma l’homme d’un coup sec sur la nuque. Celui-ci s’affala sur le lit, et le Milicien s’en empara.
***
- Waaaah !
L’hurlement avait été poussé par le hors-la-loi. Il ne s’attendait pas du tout à la brusque descente.
Numac était à dos de sa Dragodinde volante, Torkala. Elle était d’un bleu marine foncé, et possédait des yeux qui pouvaient à la fois refléter une sagesse absolue, ou une bêtise monumentale. Elle n’était pas très chargée, seulement deux ou trois sacs se balançaient sur ses flancs. Ses ailes étaient largement déployées, fendant le ciel bleu, sans oublier d’éviter un ou deux nuages. Une corde effilochée était fermement attachée autour du corps de la bête, au bout de laquelle pendait l’homme, verdâtre.
La Dragodinde amorça la remontée, et se dressa de nouveau dans l’océan aérien. Le criminel franchit un nuage, et en ressortit trempé.
- Hé ! Fais attention, bougre de…
Il s’interrompit, se souvenant à qui il avait à faire. Numac ne tint pas compte de l’avertissement, et fit faire un nouveau salto à Torkala, arrachant un cri à l’homme.
- Pourquoi t’es-tu réfugié à Astrub ?
La question avait fusé sans qu’il se retienne. Il se demandait vraiment pourquoi ce type avait quitté l’île Etsav pour rejoindre celle des Mercenaires, dans un trou perdu nommé Tromperdu, dans la taverne tant redoutée des Astrubéens. L’homme répondit :
- Je… Je déteste cette île. Je déteste toutes les îles, d’ailleurs. Ce Gouverneur… Florac, dirige tout, et impose des règles stupides comme quoi les gens pas assez intelligents doivent s’exiler ! La région vit dans la misère… La seule île qui ne soit pas encore sous son joug, c’est Astrub. J’avais dirigé les rares qui cherchaient à se rebeller pour faire une manifestation devant la bâtisse du Gouverneur, mais les Miliciens nous sont tombés dessus… J’ai du m’enfuir.
Numac ferma les yeux. Il savait très bien de quoi cet homme parlait. Lui aussi détestait ces îles, gouvernées par un dénommé Florac. Personne ne faisait quoi que ce soit pour arrêter le dictateur. Ceux qui faisaient exception se faisaient anéantir. Numac n’avait vraiment pas envie de réagir. Il soupira.
- Bon, écoute… La route qui mène à Etsav passe par une petite île nommée Emelka.
- Comment ?
La surprise se peint sur le visage du chef des manifestants.
- Je veux bien t’y déposer. Cache-toi chez un dénommé Landsteiv, il t’hébergera le temps que tu te fasses un nom. Il n’y a pas de gouverneur là-bas, ajouta Numac sous le regard inquiet de l’homme.
Celui-ci ne savait quoi dire sur ce brusque changement d’attitude. Il crut déceler un allié potentiel à se rebeller.
- Merci beaucoup ! Ca te dirait de…
- Non.
- Mais pourquoi ?
- Je préfère continuer ma vie comme ça.
- Mais, commença l’homme, tu sais, tu pourrais l’améliorer ! Tu es fort, aide-moi !
- J’ai dit non, coupa Numac.
Prévoyant une nouvelle tentative de l’homme, Numac secoua brièvement les cordes attachées à la muselière de Torkala, qui descendit en piqué. L’homme coupa immédiatement sa phrase. Retenant un jet buccal de nourriture déjà avalée, celui-ci régurgita, et dit, après quelques minutes :
- Je m’appelle Tipoda Rifkin. Merci encore. Quel est ton nom ?
- Je m’appelle Numac Rirquitu, du clan du même nom. Enchanté.
Tipoda sourit. Il était persuadé que ce n’était pas le cas.
***
Dans un léger dérapage, la Dragodinde atterrit. Numac descendit de la bête, la déchargea d’un sac qu’il attacha à sa taille, et lui donna un morceau de sucre. Torkala dévora immédiatement le carré blanc, trépignant de plaisir.
- C’est bon, tu peux y aller, Torkala.
Dans un cri aigu, elle s’envola dans le ciel.
Numac se retourna, contemplant Etsav, la vaste.
L’île flottait dans les airs. Pas à la façon d’Incarnam, qui échappait au cours du temps et de l’espace du monde, mais reliée à des mongolfières immenses. De forts courants d’airs balayaient l’île flottante, mais les habitants, depuis longtemps habitués à cela, ne s’en préoccupaient pas, laissant seulement leurs cheveux hors de contrôle.
Il n’y avait aucune végétation sur cette île. Pas de terre, ni d’herbe. Seulement des pavés, constituant les routes et le sol. Sous l’île, des morceaux de roche gigantesques pendaient, tels des stalactites.
Des maisons encadraient les rues, construites avec des toits en tuiles, et des murs en briques. Des enfants jouaient dans celles-ci, et des animaux se promenaient nonchalamment. Parmi la population, il y avait beaucoup d’adeptes de classe.
Les mongolfières étaient attachées par des centaines de cordes qui les reliaient au sol. Au nombre de cinq, elles submergeaient la ville.
Il ne fallait pas croire qu’elle était petite. Au contraire, elle était immense, pouvant dépasser en taille deux îles telles que Mork et Sevamor.
Numac, adossé à la barrière de métal qui entourait le contour de l’île, se redressa. Il s’avança alors dans la rue principale.
Sans prêter attention aux divers panneaux, le disciple de Sram regardait plutôt les gens. La plupart étaient certainement enfermés chez eux, occupés à étudier. Il ne fallait pas qu’ils ratent le test mensuel. Perdu dans ses pensées, Numac arriva devant la demeure du Gouverneur.
Elle était somptueuse. Les haies, des arches dorées, encerclaient un grand périmètre, le jardin. L’allée principale, des pavés de pierre brute, était dépourvue de taches, certainement lavée et récurée tous les jours. De part et d’autre de celle-ci, de grandes pelouses vertes, certainement les seules de l’île, sentaient la fraîcheur. Elles étaient bien découpées, formant des carrés parfaits. Au centre d’entre elles, il y avait une fontaine d’eau claire et pure. Il n’y avait pas de statue dans leurs eaux, mais juste une sculpture de pierre. Un Rouage, représentant le Savoir.
Les portes, elles aussi d’or, présentaient une inscription. « Le Savoir y parviendra ». Tels étaient les mots qui figuraient dessus. En pierre blanche, l’abri qui protégeait de la pluie la terrasse principale, était soutenue par des piliers de même matériaux.
Numac franchit les barrières, traversa l’allée d’une rapide démarche, monta les quelques marches qui menaient à la terrasse, et poussa les battants des portes en or.
L’intérieur était à l’image de l’extérieur.
Le hall d’entrée était très vaste, avec un plafond très haut. Des carreaux d’un blanc de neige recouvraient le sol. Devant les portes d’or, un paillasson, doté de la même inscription que celles-ci. Au loin, un escalier très large, d’un blanc immaculé, aux rampes ouvragées à la perfection. De part et d’autre de cet escalier, deux grands tapis, qui devaient certainement être restaurés tous les jours, histoire d’éviter l’usure. La devise de l’établissement était également brodée sur eux. Contre le mur auquel était collé l’escalier, celui en face de Numac, au-dessus des deux tapis, il y avait deux portraits identiques, et symétriques. Ils représentaient le chef tout puissant du monde. Le dirigeant des Disciples d’Otomaï. L’homme aux cheveux roses et aux lunettes rafistolées au papier collant. La célèbre canine dépassant de sa bouche. Le regard sûr de lui et l’étincelle qui brillait dans ses yeux. Florac Sertis.
L’escalier donnait accès au palier, parcourant la salle dans toute sa largeur. Des balustrades, elles aussi ouvragées, empêchaient quiconque de tomber par mégarde. Sur les murs de gauche et de droite, d’autres tableaux, avec pour contenu, « le Savoir y parviendra ». Deux portes d’or étaient également présentes sur ces murs. Du plafond, pendait des lustres, éclairant de leurs bougies le hall.
Numac, toujours aussi pressé, parcourut la salle, et après avoir grimpé les escaliers quatre à quatre, bifurqua à gauche, sur le palier. Un long tapis rouge étouffa le bruit de ses pas, ce qui fit que l’homme qui arrivait alors ne sentit pas sa présence.
BÔM !
Tombé dans le tapis face contre terre, Numac poussa un grognement. Il se redressa, se préparant à se battre contre celui qui l’avait bousculé, habitué au tempérament colérique de certains Miliciens. Il reconnut alors son ami, un disciple Pandawa.
- Maco Tsunami… marmonna le disciple de Sram.
- Numac ! Tu es revenu de ta mission !
Numac saisit la main de Maco, et la tira, aidant ainsi son ami à se relever.
Le poil soyeux, Maco était blanc et noir. Quelques mèches rebelles se dressaient au sommet de son crâne, et il portait un short marron, accompagné d’une simple veste de la même couleur. Des sandales assorties, aux lanières vertes, préservaient ses pieds de la froideur et de la dureté du sol.
- Mais… Je ne vois pas le criminel ? Où est-il ? Il est… (Maco sourit malicieusement.)… encore tombé de la corde ?
Numac soupira, exaspéré, et regarda derrière lui, de gauche à droite.
- Bon, écoute… J’ai refais une chute.
- Encore ? s’exclama le Pandawa.
- Chut ! Moins fort, voyons ! Il menait une manifestation pour faire bouger les choses, et ces trucs de Savoir… Je l’ai libéré et l’ai confié à Landsteiv.
- A Landsteiv ? Sa maison va bientôt devenir une auberge ! ricana Maco.
- Bon, c’est bon, on a compris ! chuchota Numac. Bon, je dois aller voir le Rapporteur et lui présenter une excuse. Tu n’as pas une idée ?
- Euh… Ce type se serait suicidé, une fois coincé ? Hmm… Jurant de se venger de l’institution du Savoir ? ajouta-t-il, après avoir réfléchi.
- Ca me paraît une bonne idée, avoua Numac. Bon, je dois y aller. Souhaite-moi bonne chance.
- Bonne chance. J’ai une mission à Bonta. Je vais enfin descendre de cette maudite île !
Guilleret, Maco descendit rapidement les escaliers, ravi à l’idée d’enfourcher sa Dragodinde.
Numac, tout en essayant de ne pas penser à ce qui se passerait si le Rapporteur du Gouverneur ne le croyait pas, emprunta de longs couloirs tout aussi richement décorés, jusqu’à arriver à une porte, portant la phrase habituelle, ainsi que : « Bureau du Rapporteur ».
Avant qu’il ait eu le temps de mettre la main sur la poignée, celle-ci s’ouvrit. Trois enfants en sortirent, chaînes autour des poignets, des chevilles, et même, un anneau autour du cou.
Ils avaient raté le test mensuel. Un test forcé sur les connaissances des habitants du monde. Un test raté, à cause d’une petite faute faîte. Un test, instauré par Florac Sertis.
Des Exilés.
-----------------------------------------------
Voilà le tome deux de ma fanfiction. C'est la suite de l'Honneur d'Iop ! Si vous avez envie de lire, je vous conseille de lire d'abord le tome un, ou vous risquez de ne pas comprendre grand chose. Vous pouvez même continuer à poster des commentaires sur le topic du tome un , faîtes comme bon vous semble !
Bon, je vous laisse. Bonne lecture !

