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L'Harmonica Sramesque., Suite de L'Honneur d'Iop. Qu'attendez-vous pour cliquer?
posté 16 Mai 2009 - 12:50:57 | #1
L'Harmonica Sramesque.
Prologue




« Le Wakfu, avec un grand « W », est constitué de deux wakfus mineurs. Le wakfu constructeur, et le wakfu destructeur. On les appelle également wakfu positif et wakfu négatif. La plupart des habitants du Monde des Douze pensent que le wakfu négatif est source de mal, et que le wakfu positif est signe de bonheur. Ce n’est ni tout à fait vrai, ni tout à fait faux. Le Wakfu, étant un élément naturel, crée et détruit. Il peut tout aussi bien faire pousser un arbre, utilisant rayons de soleil et pluie fine, ou bien détruire, faisant tomber foudre et pluie orageuse. On peut interpréter la chose de cette façon. Néanmoins, il n’y a aucune question de bien ou de mal, de la même façon qu’avec la confrontation du Wakfu contre la Stasis. Le wakfu destructeur peut tout aussi bien servir une bonne cause, que le wakfu constructeur, défendre des idéaux machiavéliques.

Dans le Monde des Douze, selon les actes d’une personne, son wakfu intérieur peut basculer d’un côté ou de l’autre de ces deux wakfu. Mais, certaines personnes arrivent à équilibrer leur wakfu positif et leur wakfu négatif. C’est en atteignant cet Equilibre qu’une personne peut devenir forte. Très forte. »





Chapitre 1 : Où l'on découvre un disciple Sram pas comme les autres...




- Rendez-vous !

L’ordre était intimé de telle façon qu’aucune réplique n’était possible. L’homme ne s’arrêta tout de même pas, filant dans la taverne vide. Le Milicien entra.

C’était un disciple de Sram. Un masque, représentant un visage de squelette, était plaqué contre sa figure. Ses yeux étaient inexistants, laissant toute la place pour deux cavités oculaires vides, débouchant sur un noir profond. Il était vêtu de l’habituelle tenue moulante des Srams, une pièce unique, ornée de symboles Sramesques sensés représenter la constitution osseuse de la personne. Une cape Tofu, d’un jaune vif, était accrochée à son dos. On pouvait voir que de multiples poches étaient tricotées à l’intérieur, gonflées à point.

Personne ne répondit. La taverne était inhabitée. Des marques de sang étaient présentes partout où l’on posait les yeux, preuve de la terrible bagarre qui s’était déroulée ici. Des toiles d’Arakne recouvraient le lieu. Les tonneaux de bière étaient vraisemblablement plus poussiéreux que le Monde lui-même, et des chopes traînaient par-ci par-là, comme si quelques sinistres fantômes s’amusaient dans le coin.

Le Milicien parcourut rapidement la salle des yeux, et son regard s’attarda sur l’escalier en marbre. Il vérifia tout de même si l’homme ne s’était pas réfugié derrière le comptoir, et s’avança vers les marches. Chaque pas provoquait un craquement sinistre, renforçant l’atmosphère effrayante du lieu. Numac remarqua alors que le palier donnant accès au premier étage était inaccessible, barricadé par des planches. Le Sram s’arrêta devant la grossière construction de bois pourri, et se concentra un instant. Celui d’après, les planches gisaient en morceaux sur le sol, morceaux évités par les Araknes qui s’enfuyaient.

Un bruit de course précipité retentit à la gauche de Numac, dans le couloir. Il s’élança alors, d’une démarche svelte, quasi-silencieuse sur le bois branlant. Une porte était entrouverte, et un mince rayon de lumière s’échappait par celle-ci. Il s’approcha, et en franchit le seuil.
Le criminel qu’il recherchait était là, assis sur le lit de la chambre. Malgré sa respiration saccadée, il semblait déterminé à en découdre. Numac récita d’un ton norme :

- Au nom de la milice d’Etsav, je vous arrête. Veuillez-vous rendre calmement, et aucun mal ne vous sera fait. Si vous résistez, je serai obligé de recourir à la force.

Le criminel rit, d’un rire crissant, nerveux.

- Un Sram milicien ? Qu’est-ce que c’est que cette blague, hein ?

Numac haussa un sourcil. Il ne s’attendait pas à cette tirade à ce moment.

- Combien on te paye, dis-moi ? J’espère plus que tu ne voles, n’est-ce…

Il fut brutalement coupé dans sa phrase. Le disciple de Sram était apparut derrière lui, et tirait sa tête par les cheveux de son crâne, libérant l’espace entre sa poitrine et son visage pour plaquer sa dague contre sa gorge.

- On m’a déjà fait la leçon plus d’une fois, monsieur le criminel. J’ai eu ma dose. Le problème, c’est que les hors-la-loi qui osent dire ça me supplient directement après, me promettant rémunération contre leur libération. Pitoyable.

Les yeux exorbités, le criminel balbutia :

- Je… Vous en… Supplie… Epargnez…

Numac soupira et assomma l’homme d’un coup sec sur la nuque. Celui-ci s’affala sur le lit, et le Milicien s’en empara.

***

- Waaaah !

L’hurlement avait été poussé par le hors-la-loi. Il ne s’attendait pas du tout à la brusque descente.

Numac était à dos de sa Dragodinde volante, Torkala. Elle était d’un bleu marine foncé, et possédait des yeux qui pouvaient à la fois refléter une sagesse absolue, ou une bêtise monumentale. Elle n’était pas très chargée, seulement deux ou trois sacs se balançaient sur ses flancs. Ses ailes étaient largement déployées, fendant le ciel bleu, sans oublier d’éviter un ou deux nuages. Une corde effilochée était fermement attachée autour du corps de la bête, au bout de laquelle pendait l’homme, verdâtre.

La Dragodinde amorça la remontée, et se dressa de nouveau dans l’océan aérien. Le criminel franchit un nuage, et en ressortit trempé.

- Hé ! Fais attention, bougre de…

Il s’interrompit, se souvenant à qui il avait à faire. Numac ne tint pas compte de l’avertissement, et fit faire un nouveau salto à Torkala, arrachant un cri à l’homme.

- Pourquoi t’es-tu réfugié à Astrub ?

La question avait fusé sans qu’il se retienne. Il se demandait vraiment pourquoi ce type avait quitté l’île Etsav pour rejoindre celle des Mercenaires, dans un trou perdu nommé Tromperdu, dans la taverne tant redoutée des Astrubéens. L’homme répondit :

- Je… Je déteste cette île. Je déteste toutes les îles, d’ailleurs. Ce Gouverneur… Florac, dirige tout, et impose des règles stupides comme quoi les gens pas assez intelligents doivent s’exiler ! La région vit dans la misère… La seule île qui ne soit pas encore sous son joug, c’est Astrub. J’avais dirigé les rares qui cherchaient à se rebeller pour faire une manifestation devant la bâtisse du Gouverneur, mais les Miliciens nous sont tombés dessus… J’ai du m’enfuir.

Numac ferma les yeux. Il savait très bien de quoi cet homme parlait. Lui aussi détestait ces îles, gouvernées par un dénommé Florac. Personne ne faisait quoi que ce soit pour arrêter le dictateur. Ceux qui faisaient exception se faisaient anéantir. Numac n’avait vraiment pas envie de réagir. Il soupira.

- Bon, écoute… La route qui mène à Etsav passe par une petite île nommée Emelka.

- Comment ?

La surprise se peint sur le visage du chef des manifestants.

- Je veux bien t’y déposer. Cache-toi chez un dénommé Landsteiv, il t’hébergera le temps que tu te fasses un nom. Il n’y a pas de gouverneur là-bas, ajouta Numac sous le regard inquiet de l’homme.

Celui-ci ne savait quoi dire sur ce brusque changement d’attitude. Il crut déceler un allié potentiel à se rebeller.

- Merci beaucoup ! Ca te dirait de…

- Non.

- Mais pourquoi ?

- Je préfère continuer ma vie comme ça.

- Mais, commença l’homme, tu sais, tu pourrais l’améliorer ! Tu es fort, aide-moi !

- J’ai dit non, coupa Numac.

Prévoyant une nouvelle tentative de l’homme, Numac secoua brièvement les cordes attachées à la muselière de Torkala, qui descendit en piqué. L’homme coupa immédiatement sa phrase. Retenant un jet buccal de nourriture déjà avalée, celui-ci régurgita, et dit, après quelques minutes :

- Je m’appelle Tipoda Rifkin. Merci encore. Quel est ton nom ?

- Je m’appelle Numac Rirquitu, du clan du même nom. Enchanté.

Tipoda sourit. Il était persuadé que ce n’était pas le cas.

***

Dans un léger dérapage, la Dragodinde atterrit. Numac descendit de la bête, la déchargea d’un sac qu’il attacha à sa taille, et lui donna un morceau de sucre. Torkala dévora immédiatement le carré blanc, trépignant de plaisir.

- C’est bon, tu peux y aller, Torkala.

Dans un cri aigu, elle s’envola dans le ciel.

Numac se retourna, contemplant Etsav, la vaste.

L’île flottait dans les airs. Pas à la façon d’Incarnam, qui échappait au cours du temps et de l’espace du monde, mais reliée à des mongolfières immenses. De forts courants d’airs balayaient l’île flottante, mais les habitants, depuis longtemps habitués à cela, ne s’en préoccupaient pas, laissant seulement leurs cheveux hors de contrôle.
Il n’y avait aucune végétation sur cette île. Pas de terre, ni d’herbe. Seulement des pavés, constituant les routes et le sol. Sous l’île, des morceaux de roche gigantesques pendaient, tels des stalactites.
Des maisons encadraient les rues, construites avec des toits en tuiles, et des murs en briques. Des enfants jouaient dans celles-ci, et des animaux se promenaient nonchalamment. Parmi la population, il y avait beaucoup d’adeptes de classe.
Les mongolfières étaient attachées par des centaines de cordes qui les reliaient au sol. Au nombre de cinq, elles submergeaient la ville.
Il ne fallait pas croire qu’elle était petite. Au contraire, elle était immense, pouvant dépasser en taille deux îles telles que Mork et Sevamor.

Numac, adossé à la barrière de métal qui entourait le contour de l’île, se redressa. Il s’avança alors dans la rue principale.

Sans prêter attention aux divers panneaux, le disciple de Sram regardait plutôt les gens. La plupart étaient certainement enfermés chez eux, occupés à étudier. Il ne fallait pas qu’ils ratent le test mensuel. Perdu dans ses pensées, Numac arriva devant la demeure du Gouverneur.

Elle était somptueuse. Les haies, des arches dorées, encerclaient un grand périmètre, le jardin. L’allée principale, des pavés de pierre brute, était dépourvue de taches, certainement lavée et récurée tous les jours. De part et d’autre de celle-ci, de grandes pelouses vertes, certainement les seules de l’île, sentaient la fraîcheur. Elles étaient bien découpées, formant des carrés parfaits. Au centre d’entre elles, il y avait une fontaine d’eau claire et pure. Il n’y avait pas de statue dans leurs eaux, mais juste une sculpture de pierre. Un Rouage, représentant le Savoir.
Les portes, elles aussi d’or, présentaient une inscription. « Le Savoir y parviendra ». Tels étaient les mots qui figuraient dessus. En pierre blanche, l’abri qui protégeait de la pluie la terrasse principale, était soutenue par des piliers de même matériaux.

Numac franchit les barrières, traversa l’allée d’une rapide démarche, monta les quelques marches qui menaient à la terrasse, et poussa les battants des portes en or.

L’intérieur était à l’image de l’extérieur.
Le hall d’entrée était très vaste, avec un plafond très haut. Des carreaux d’un blanc de neige recouvraient le sol. Devant les portes d’or, un paillasson, doté de la même inscription que celles-ci. Au loin, un escalier très large, d’un blanc immaculé, aux rampes ouvragées à la perfection. De part et d’autre de cet escalier, deux grands tapis, qui devaient certainement être restaurés tous les jours, histoire d’éviter l’usure. La devise de l’établissement était également brodée sur eux. Contre le mur auquel était collé l’escalier, celui en face de Numac, au-dessus des deux tapis, il y avait deux portraits identiques, et symétriques. Ils représentaient le chef tout puissant du monde. Le dirigeant des Disciples d’Otomaï. L’homme aux cheveux roses et aux lunettes rafistolées au papier collant. La célèbre canine dépassant de sa bouche. Le regard sûr de lui et l’étincelle qui brillait dans ses yeux. Florac Sertis.
L’escalier donnait accès au palier, parcourant la salle dans toute sa largeur. Des balustrades, elles aussi ouvragées, empêchaient quiconque de tomber par mégarde. Sur les murs de gauche et de droite, d’autres tableaux, avec pour contenu, « le Savoir y parviendra ». Deux portes d’or étaient également présentes sur ces murs. Du plafond, pendait des lustres, éclairant de leurs bougies le hall.

Numac, toujours aussi pressé, parcourut la salle, et après avoir grimpé les escaliers quatre à quatre, bifurqua à gauche, sur le palier. Un long tapis rouge étouffa le bruit de ses pas, ce qui fit que l’homme qui arrivait alors ne sentit pas sa présence.

BÔM !

Tombé dans le tapis face contre terre, Numac poussa un grognement. Il se redressa, se préparant à se battre contre celui qui l’avait bousculé, habitué au tempérament colérique de certains Miliciens. Il reconnut alors son ami, un disciple Pandawa.

- Maco Tsunami… marmonna le disciple de Sram.

- Numac ! Tu es revenu de ta mission !

Numac saisit la main de Maco, et la tira, aidant ainsi son ami à se relever.

Le poil soyeux, Maco était blanc et noir. Quelques mèches rebelles se dressaient au sommet de son crâne, et il portait un short marron, accompagné d’une simple veste de la même couleur. Des sandales assorties, aux lanières vertes, préservaient ses pieds de la froideur et de la dureté du sol.

- Mais… Je ne vois pas le criminel ? Où est-il ? Il est… (Maco sourit malicieusement.)… encore tombé de la corde ?

Numac soupira, exaspéré, et regarda derrière lui, de gauche à droite.

- Bon, écoute… J’ai refais une chute.

- Encore ? s’exclama le Pandawa.

- Chut ! Moins fort, voyons ! Il menait une manifestation pour faire bouger les choses, et ces trucs de Savoir… Je l’ai libéré et l’ai confié à Landsteiv.

- A Landsteiv ? Sa maison va bientôt devenir une auberge ! ricana Maco.

- Bon, c’est bon, on a compris ! chuchota Numac. Bon, je dois aller voir le Rapporteur et lui présenter une excuse. Tu n’as pas une idée ?

- Euh… Ce type se serait suicidé, une fois coincé ? Hmm… Jurant de se venger de l’institution du Savoir ? ajouta-t-il, après avoir réfléchi.

- Ca me paraît une bonne idée, avoua Numac. Bon, je dois y aller. Souhaite-moi bonne chance.

- Bonne chance. J’ai une mission à Bonta. Je vais enfin descendre de cette maudite île !

Guilleret, Maco descendit rapidement les escaliers, ravi à l’idée d’enfourcher sa Dragodinde.

Numac, tout en essayant de ne pas penser à ce qui se passerait si le Rapporteur du Gouverneur ne le croyait pas, emprunta de longs couloirs tout aussi richement décorés, jusqu’à arriver à une porte, portant la phrase habituelle, ainsi que : « Bureau du Rapporteur ».

Avant qu’il ait eu le temps de mettre la main sur la poignée, celle-ci s’ouvrit. Trois enfants en sortirent, chaînes autour des poignets, des chevilles, et même, un anneau autour du cou.

Ils avaient raté le test mensuel. Un test forcé sur les connaissances des habitants du monde. Un test raté, à cause d’une petite faute faîte. Un test, instauré par Florac Sertis.

Des Exilés.

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Voilà le tome deux de ma fanfiction. C'est la suite de l'Honneur d'Iop ! Si vous avez envie de lire, je vous conseille de lire d'abord le tome un, ou vous risquez de ne pas comprendre grand chose. Vous pouvez même continuer à poster des commentaires sur le topic du tome un , faîtes comme bon vous semble !

Bon, je vous laisse. Bonne lecture !


posté 18 Mai 2009 - 19:05:21 | #2
Bon on en apprend beaucoup. Et moi, bah j'aime bien ça =D.
Déjà, c'est dans le futur, et là tout de suite, ça le fait déjà plus.
Après on apprend ce qui est arriver à Florac. Ok, je suppose qu'on aura ( j'espère ) ce qui est arriver aux autres aussi. x)
Tu laisse du suspence. En plus, j'aime bien le caractère de ton sram ^^.
Un bon début, en toute évidence !!

Cassie


posté 18 Mai 2009 - 19:34:36 | #3
Merci pour ce gentil commentaire.

Si tu trouves qu'on en apprend beaucoup sur ce chapitre, attend le suivant, et tu seras comblée ! Moi aussi, j'ai pensé que projeter l'histoire dans le futur serait beaucoup plus divertissant, et que ça permettrait de voir les dégâts provoqués après "l'incident". (Surtout que ça fait classe. )On voit que Florac a prit le pouvoir, et surtout, qu'il est vivant ! Premier problème. Et Numac n'avait vraiment, mais vraiment pas envie de le déloger de son poste de maître du Monde (ça ne vous rappelle pas quelqu'un?)

Ce qui est arrivé aux autres? Et bien... Rendez-vous chapitre deux.

Numac Rirquitu n'est pas comme les autres Srams, non... On en découvrira plus dans... Oui, c'est ça, tu as deviné ! Dans le chapitre deux.

P.-S : Le chapitre deux est fini, il ne me reste plus que de revoir un peu la mise en page, de traquer les fautes. Mais j'attends encore quelques commentaires, histoire de voir comment les autres (marchlepuissant, Ohfors, et cecelacra) trouvent l'histoire. Je planche actuellement sur le chapitre trois. 'Y'aura de l'action, dans c'lui'là !

Et en avant première (surtout que tu m'as dit que tu aimais bien Nantua), je t'annonce qu'on en apprendra sur lui dans... Parfait ! Le Chapitre deux.


posté 19 Mai 2009 - 23:24:32 | #4
Un bon texte, on en apprend pas mal, j'aime la nouvelle tournure que prend l'histoire.
Les descriptions de lieux sont assez convaincantes et ça s'enchaîne assez bien.

Je continuerai à lire cette histoire.


posté 20 Mai 2009 - 16:52:23 | #5
Chapitre 2 : Espionnage.




- Encore ?

L’exclamation avait été poussée par le Rapporteur personnel du Gouverneur, alias Jon Caftheur. Apparemment, l’excuse fournie par Maco à Numac n’avait pas été à son goût.

- C’est la cinquième fois que vous échouez à une mission ! A cause de vous, des criminels défiant l’institution du Savoir sont en liberté !

Numac regardait ses pieds. Il n’était ni honteux, ni désemparé face à l’homme. Il attendait juste que l’orage passe.

- Si vous ratez encore une des missions que l’on vous confie, je veillerai personnellement à ce que vous soyez renvoyé !

Aie. Le disciple de Sram releva la tête, s’inquiétant pour la première fois de ce qui allait lui arriver.
Jon Caftheur était chauve. Il prétendait à qui voulait l’entendre qu’il se rasait lui-même pour plus d’hygiène, mais tout le monde sur l’île était au courant de la supercherie. Des lunettes rondes et cerclées d’or étaient ajustées sur son nez, une grosse patate. Ses sourcils et sa moustache étaient roux. Il était réputé dans Etsav pour dénoncer tout ce qui franchissait les lois d’un orteil, et ne laissait jamais rien passer. On avait l’habitude de le surnommer « la balance » (pas devant lui, bien sûr, personne ne voulait écoper d’un exil forcé.)

- Renvoyé ? balbutia Numac.

- Parfaitement ! Et maintenant, dehors !

Pataud, Numac sortit du bureau du Rapporteur, sans oublier de fermer soigneusement la porte. Il se demandait ce qu’il se passerait s’il refaisait une chute. Il était persuadé que dans son élan, Jon Caftheur le condamnerait également à l’exil. Que pourrait-il faire à ce moment-là ? S’enfuir à dos de Dragodinde Volante ? Se réfugier chez Landsteiv ? Non, certainement pas. Avec cinq criminels activement recherchés à ses côtés, il serait plus que facile de le retrouver, lui et ses compagnons.
A l’avenir, il devrait assumer ses conditions de Milicien et être irréprochable, même envers des innocents.

Perdu dans ses pensées, Numac n’entendit pas les bruits de pas, étouffés par l’épais tapis. Il reconnut la voix du Gouverneur, un Osamodas nommé Complexabilis. Si ce dernier le trouvait là, devant le bureau de son Rapporteur, il ne manquerait pas de demander des nouvelles de ses missions, et Caftheur n’hésiterait pas une seconde à tout lui avouer.
Numac chercha désespérément un coin à l’abri du regard, un charme d’Invisibilité étant trop facile à repérer vu la force de l’Osamodas. Il aperçut une alcôve, et se précipita pour se cacher derrière, veillant bien à ce qu’aucune partie de son corps ne soit visible. Les pas s’approchaient.
Numac remarqua que de sa position, il pouvait voir et entendre parfaitement. L’Osamodas était accompagné d’une personne de plus petite taille. Numac le reconnut immédiatement.

Florac Sertis.

Il retint une exclamation de stupeur. Que faisait-il ici ? Pourquoi quittait-il sa demeure encore plus magnifique que celle de Complexabilis pour parlementer avec celui-ci ? Il saisit une bribe de la conversation.

- Mais comment se passe cette conquête, Mr. Sertis ? demandait le Gouverneur.

Florac répondit avec un sourire en coin :

- Parfait. Petit à petit, mon emprise se resserre sur le Monde. J’avoue que l’idée du test du Savoir était parfaitement trouvée, sans me vanter. Mais quand Mazéco Asapi, mon conseiller…

- Un conseiller ? s’exclama Complexabilis, coupant Florac. De quel classe est-il ?

- Un Iop. Un Iop bien plus intelligent que tous les autres, à part peut-être une personne. Il était à mon service, auparavant. Il entraînait une armée Fécate avec une méthode de choc. Lui aussi, comme moi, est sensé être mort. Comme je le disais avant que vous ne me coupiez brutalement, c’est lui qui a trouvé la méthode de l’exil. Bien plus réjouissant qu’une banale peine de mort.

Complexabilis rougit brièvement, puis s’arrêta devant le Bureau du Rapporteur. Néanmoins, il n’entra pas immédiatement.

- Et… Au sujet des rebelles ?

Brusquement, Numac sentit son cœur s’affoler. Il était en train d’écouter un passage de la conversation relativement important.

- Hmm… grogna Florac. Nous n’avons toujours pas réussi à les repérer et encore moins à les éliminer, malgré nos efforts. Je me demande ce que ce Iop intelligent prépare…

- Comment ? Dois-je comprendre que c’est le Iop à qui vous faisiez allusion tout à l’heure qui manifeste autant d’acharnement à vous nuire ?

- Exact… Mais bon, ce n’est plus qu’une question de temps. Cette maudite bestiole m’a tuée… Mais je crois savoir comment en recréer une, et comment la contrôler. Espérons que ça aura plus de succès…

Le Gouverneur acquiesça et entra. Il se passa alors quelque chose de très étrange : Numac aurait juré que Florac s’était retourné vers sa cachette, et lui avait adressé un clin d’œil. Un clin d’œil étrangement… mécanique.

***

- Waouh… J’y crois pas…

- Maco, combien de fois devrai-je te répéter de parler moins fort ! vociféra Numac, à voix basse.

Cela faisait deux jours que Numac attendait de pouvoir raconter son aventure à Maco. Celui-ci était rentré sans encombre avec le criminel, en faisant beaucoup moins d’états d’âme que Numac. D’ailleurs, il ne s’était pas priver de le lui dire. Le Sram affirmait que ça n’avait aucun rapport, ce criminel était un assassin. Maco avait tout simplement haussé les épaules.

Réunis autour de cinq bières et d’un verre de jus de fruit, les amis bavardaient. Ils étaient à une taverne d’Etsav. Buvant sans relâche, Maco venait de finir sa quatrième bière, et en commanda une cinquième. Numac n’avait pas encore fini son jus de fruit, racontant ce qu’il avait entendu au Pandawa.

- Tu crois vraiment que Florac est aussi vil que ça ? demanda-t-il. Je ne suis pas vraiment sûr qu’il essaye de conquérir le Monde des Douze.

- Mais enfin, Maco, puisque je te dis qu’il l’a dit lui-même ! Complexabilis lui a demandé comment se passait la conquête, et Florac a répondu que tout se déroulait bien. Je l’ai entendu !

- Hmm… J’aurais bien aimé être là pour l’entendre…

Numac ricana doucement.

- Tu parles ! Avec ta discrétion, ils auraient eu tôt fait de nous repérer. De plus, le rideau n’était pas assez large pour nous camoufler nous deux… D’ailleurs, en parlant de repérer, il s’est passé quelque chose d’étrange…

- Plus étrange qu’un mégalo qui veut conquérir le Monde, déjà mort une fois mais pourtant en chair et en os, avec des acolytes prêts à tout pour l’aider dans sa quête ? Ca doit être vachement bizarre.

- Je crois qu’il m’a… vu, dit Numac sans relever la boutade. Quand le Gouverneur est entré dans le bureau de la balance. Il s’est retourné vers ma cachette, et a fait une sorte de clin d’œil. Et…

- Et ? l’encouragea le Pandawa, achevant sa cinquième chope d’un rot sonore.

- Tu te souviens de ma… capacité à percevoir le wakfu des gens ?

- Je me souviens. C’est toujours aussi bizarre, ça.

- Et bien… C’était comme si pour Florac, ce n’était ni l’un ni l’autre, lors de ce clin d’œil. Je veux dire, son être était bien sûr composé de wakfu, mais pas mobile comme les êtres vivants, ni constructeur, ni destructeur. Du wakfu figé.

Maco se figea lui-même, arrêtant par la même occasion de lever le bras pour appeler le serveur.

- De la Stasis ? demanda-t-il.

- Je vois que tu as bien retenu le contenu de nos petites escapades à la bibliothèque… Oui, c’est ça. De la Stasis.

- Mais… Ce n’est pas possible ! Cela voudrait-t-il dire que Florac n’est plus un être vivant à part entière ? Une machine ?

Numac fit brusquement signe à Maco de se taire. Des Miliciens venaient d’entrer dans le bar. Et pas n’importe quels Miliciens.

En fait, personne ne savait comment les appeler. Ils pouvaient tout aussi bien être des Miliciens, du fait de leur ardeur à défendre la cité, que des Assassins, tuant tout ce qui bougeait.
Le groupe était constitué de cinq personnes. Un Iop blond et idiot, un Crâ vantard aux cheveux longs, un Osamodas cuirassé et muet, un Sacrieur lèche-bottes, profitant de la moindre occasion pour brosser le chef de l’équipe dans le sens du poil, et le-dit chef, un autre Iop.
Il avait les cheveux d’un blanc clair, et portait d’épaisses bottes de Phorreur. Une grosse épée, sans cesse matérialisée, était accrochée sur son dos. Il portait sans arrêt des lunettes de protection, certainement volées à un forgeron, sur le front, et ne s’en servait que pour se protéger les yeux du sang qui giclait lors de ses combats. Numac sentait leur wakfu négatif. Il était noir comme de l’encre.

Le silence tomba comme un rocher dans la taverne. Personne n’osait reprendre la conversation le premier. Tous les regards étaient fixés sur le groupe. Les habitants connaissaient leur réputation, et personne n’avait envie de se frotter à eux. Le chef du groupe, Ivan Brotomagus, prit la parole :

- Alors ? Vous ne voulez pas nous faire profiter de vos discussions ? Nous (Son sourire s’élargit.) vous effrayons ? Parlez donc !

Petit à petit, craintives et discrètes, les discussions reprirent. D’une voix bruyante, Ivan fit au Sacrieur, Marcus :

- Voilà comment instaurer le respect.

Celui-ci ricana d’un air mauvais. Le Crâ, Eldet, lança :

- On veut une table !

Immédiatement, la table la plus proche, pourtant bien occupée, fut vidée. Se faufilant entre les membres du groupe, les personnes disparurent. Ricanant de plus belle, Marcus s’assit.

Maco serra les dents. Il n’avait toujours pas digéré sa défaite contre Ivan, la brute :

Maco tira sa jambe en arrière, puis la ramena en avant, dans un mouvement horizontal. Aussitôt, une vague d’eau surgit de nul part, fonçant à toute vitesse sur Ivan. Celui-ci sauta, tel un acrobate, esquivant la nuée d’eau tournoyante. Atterrissant derrière Maco, il se retourna vers lui. Il exécuta une série de mouvements compliqués, puis leva la main droite vers le plafond. Le sort Justice provoqua des flammes, surgissant du sol sous les pieds du Pandawa. Il sourit et sauta également dans les airs. L’eau qu’il avait projetée tout à l’heure était toujours en lévitation, et dans un mouvement gracieux du pied, il l’envoya sur le feu, l’éteignant dans un nuage de vapeur. Mais Maco n’avait pas dit son dernier mot ; il courut vers la brume, presque dissipée, et s’allongea sur le sol, dans la course. Glissant sur le corps, il dérapa juste face à Ivan, qui le dominait à présent de toute sa hauteur. Il utilisa le sort Fauchage ; dans un kung-fu élaboré, il imita la danse des voyous d’Astrub, le Hipe hope. Ivan riposta en plantant son épée dans le sol, bloquant par la même occasion les pieds du Pandawa. Il s’apprêtait à lui donner un coup de poing fatal, quand le sifflet retentit. Les épreuves étaient terminées.

- Il n’aurait pas du gagner ! marmonna Maco. Si ce maudit Caftheur n’avait pas sifflé, je…

- Il t’aurait dégommé, soupira Numac. Ce n’est pas si grave ! Au moins, la balance ne t’a pas condamné à l’exil pour manque de force. Je te l’ai toujours dit, ces combats organisés entre Miliciens sont une absurdité.

- Ouais… Mais en tout cas, je me vengerai !

Il se leva brusquement, et sortit de la salle, énervé. Numac soupira. Qui allait payer l’addition ?

La porte se r’ouvrit presque immédiatement. Le rose aux joues, Maco lança quelques pièces sur la table de Numac.

- … ‘Oublié de payer, balbutia-t-il, gêné.

Le disciple de Sram rit doucement. Ce Pandawa ne changerait jamais.

***

Numac et Maco étaient présents devant la porte du Rapporteur, attendant qu’on les invite à entrer.

- Tu crois qu’on va enfin avoir une mission à deux ? demanda Maco, calmé.

- Je ne sais pas… Certainement, vu le manque de confiance que la balance a envers moi, désormais…

- En tout cas, j’ai hâte de descendre !

Ca se passait toujours comme ça. Maco éprouvait un besoin démesuré de descendre sur terre. Lui aussi ne supportait pas l’air de cette île.

- Entrez ! aboya Jon Caftheur.

Franchissant le seuil de la salle, les deux amis se présentèrent côte à côte face au Rapporteur.

- J’ai une mission pour vous ! lança ce dernier. Une mission d’haute importance !

Maco se réjouit, et même Numac ne put s’empêcher de s’intéresser à la conversation.

- Une de nos équipe a repéré un camp de rebelles, à Sevamor. Nous avons besoin d’éclaireurs qualifiés, pour connaître leur nombre, leur situation, et leur position exacte. N’intervenez pas directement. Vous devrez me remettre votre rapport dans une semaine. Disposez !

Gai, Maco ne se le fit pas répéter et sortit. Malheureusement pour Numac, avant qu’il n’ait eu le temps de franchir l’encadrement, Jon Caftheur lui lança :

- Je le vous répète… Si vous échouez, vous serez renvoyé ! Et peut-être même que je pourrai vous faire condamné à l’exil… Dehors !

Numac, congédié, se retint de claquer la porte. Il remarqua que Maco avait déguerpi. Ne souhaitant pas revivre la scène d’il y a deux jours, il courut dans les longs corridors pour le rattraper.
Il le retrouva dans le hall, impatient.

- Alors qu’est-ce que tu attends ? s’exclama-t-il. Dépêche-toi !

Numac réfléchissait profondément. Ce qu’il avait entendu avant hier avait achevé de le persuader que la voie que le Monde prenait n’était pas la bonne. Néanmoins, c’était ça, ou sa condamnation à l’exil. Numac serra les dents.
Désormais, il lutterait pour l’institution du Savoir.


posté 20 Mai 2009 - 17:55:15 | #6
Trop bien !
C'est cool que le héros fasse pas ce qu'il veut, j'attend de voir comment il va se rebeller, lol.
La suite ! La suite ! ( cri du public, encouragement !!!! )


posté 22 Mai 2009 - 11:18:06 | #7
Waa Magnifique ! L'Harmonica Sramesque dépasse largement l'Honneur Iop ! Deux Fan-Fictions parmi les plus réussites !


posté 23 Mai 2009 - 17:48:19 | #8
Chapitre trois : Chute & Découvertes.




Le vol à dos de Dragodindes se déroulait très bien. Numac et Maco avaient quitté Etsav, et filaient dans le ciel, en direction de Sevamor. L’île était réputée pour sa jungle dangereuse, ses Scarafeuilles de mauvais poil, ses Bworks facilement irritables, et ses Plantes Carnivores démentielles. De ces faits, le Pandawa était extrêmement heureux, et le Sram, comme à son habitude, veillait à ne pas laisser transparaître trop d’émotions.

Les deux amis faisaient la conversation, esquivant les nuages à l’air trop menaçant, ou trop gris. Maco finit par demander :

- Hé ! Numac… Mon wakfu est-il toujours positif ?

Le demandé soupira. Il se doutait que la question finirait bien par être posée, mais il ne lui plaisait pas davantage d’y répondre. Depuis que, lors de leur dernière excursion secrète dans la bibliothèque de la Milice, alors qu’ils étaient en quête de renseignements sur le fameux don de Numac, Maco avait apprit que les actes que l’on faisait influençaient le wakfu, il ne ratait jamais une occasion de vérifier.

- Hmm… grogna-t-il. Laisse-moi vérifier…

Il regarda profondément Maco. Plongeant dans ses yeux, il lui sembla que le Pandawa était devenu une petite flamme. Une flamme d’un blanc éclatant.

- Toujours.

- Ouf ! Et quand Ivan est arrivé dans la taverne, comment j’étais ?

- Je te l’ai dit, Maco… Chaque pensée trouble le wakfu qui nous compose, comme une flamme. C’était infime, mais un peu de noir était présent, juste un peu… Ce n’est pas la fin du Monde des Douze, je ne t’aurais pas pensé humain si ta flamme avait toujours été blanche, ajouta Numac en voyant la mine déconfite du Pandawa. Quand arriverons-nous ?

En prenant bien garde à ne pas se déséquilibrer, Maco extirpa une carte d’un des sacs en cuir attachés à sa Dragodinde. Il la déplia, et lança :

- Mmm… Nous sommes presque arrivés. Nous devrions voir l’île, à l’heure qui l’est !

Numac plissa les yeux. Effectivement, il voyait une grande bande de terre se détacher de l’eau. Même à cette distance, la jungle était dissociable du reste de l’île.

- C’est vachement grand, quand même… dit-il. N’est-ce pas ?

Il évita un nuage.

- Maco ! N’est-ce pas ?

Toujours rien.

Il remarqua alors que son ami avait le regard fixé vers l’océan.

- Maco ! Qu’est-ce qu’il se passe ? s’exclama Numac, qui commençait vraiment à s’inquiéter.

Seulement à ce moment, le-dit Maco retrouva l’usage de la parole.

- La carte ! J’ai fait tombé la carte ! hurla-t-il, désespéré.

Immédiatement, Numac rebroussa chemin, suivi de près par Maco. Il plongea brusquement dans le ciel. Le vent agitait furieusement sa cape et ses vêtements. Il lui sembla même voir quelques pièces d’or s’échapper d’un des sacs. La vitesse lui donnait les larmes aux yeux.
Il voyait enfin la carte. Tourbillonnant doucement dans les airs, sa situation calme contrastait parfaitement avec celle du Sram et du Pandawa, agités par la vitesse vertigineuse qu’ils prenaient.
Numac se rapprochait de l’eau. A cette vitesse, impossible d’éviter le choc. Il allait prendre un bon bain.

A cinq mètres de l’océan, il tendit le bras, et saisit le morceau de papier. Souleva de toutes ses forces les lanières qui dirigeaient la Dragodinde. Malgré la puissance qu’il y mettait, cela ne suffisait pas. Torkala ne pouvait se redresser aussi vite. Il utilisa son dernier recours ; il concentra son énergie, son Wakfu de l’air, et le relâcha sous sa bête. Celle-ci utilisa le courant créé pour prendre appui, et réussit, in-extremis, à remonter dans le ciel. Aucune parole ne troubla le silence.

Une fois qu’ils furent calmés et qu’ils eurent repris leur souffle, Maco rigola nerveusement.

- On l’a échappé belle ! lança-t-il maladroitement.

Numac s’abstint de tout commentaire.

***

- Nous sommes enfin arrivés au-dessus de cette île… soupira Maco. Rien de plus engourdissant qu’une matinée entière à voler sur ces bestioles.

En effet, le soleil avait dépassé le zénith. Le ciel bleu rayonnait.

- On atterrit à la lisière de cette jungle ? demanda-t-il à Numac.

- Aucun problème.

Ils avaient atteint une très grande altitude, et le soleil commençait à les faire transpirer à grosses gouttes. Le Sram commença à amorcer une descente.

FWISH !

L’air souffla, alertant Numac. Il vit passer la flèche, qui disparut en un petit point noir au loin.

- Oh oh…

Il se retourna, et aperçut trois silhouettes, toutes encapuchonnées, qui les poursuivaient. L’une d’elle brandissait un arc, et se préparait à envoyer trois autres flèches. Maco fut le premier à riposter.
Il se leva, debout sur sa Dragodinde qui continuait de filer dans les airs. Les ombres ne semblaient pas impressionnées par l’audacieux Pandawa. Il bondit jusqu’aux ennemis, et donna un coup de pied latéral dans le vide. L’eau projetée gicla sur les ennemis, aucunement désappointés. Dans une parfaite synchronisation, Maco se laissa tomber dans le vide, et atterrit à pieds joints sur sa Dragodinde.

La silhouette à l’arc envoya ses flèches droit sur Numac. Celui-ci réagit au quart de tour. Matérialisant sa Dague, il dévia les projectiles. A la façon de son ami, il se leva, debout sur Torkala. Tandis qu’elle se chargeait d’esquiver les flèches et les ennemis qui fonçaient sur eux en essayant de les faire tomber, il sortit un Harmonica.

La plus grande partie était peinte d’un beau noir. Des symboles gracieux étaient scultés dessus, alors qu’au centre, le symbole des disciples de Sram était affiché. La partie buccale était dorée.

Et là, Numac joua. La mélodie résonna dans les tympans de ses ennemis, telle un chaos paisible. Une douceur brute, un véritable enfer de malédictions qui prenait possession des opposants. Le pouvoir de l’Harmonica. Il les déchira de sa suprématie, écartelant impitoyablement leurs pensées.

Se tordant de douleur, ils essayaient d’échapper à la musique en se plaquant les mains sur les oreilles. Ils semblaient souffrir horriblement. Une des silhouettes tenta de s’arracher à sa destruction, et ordonna à sa Dragodinde de se précipiter sur le Sram. Celle-ci fonça, comme immunisée du Chant de l’Harmonica Sramesque. Numac, qui avait fermé les yeux, n’aperçut pas le duo.

Le choc, terrible, le désarçonna. Il glissa de la Dragodinde assommée, et tomba dans le ciel. Par chance, il se rattrapa en s’agrippant à la lanière d’un des sacs. Désespéré, il contempla l’Harmonica chuter et disparaître dans les arbres.

- Non !

Maco se dirigeait vers lui pour essayer de le rattraper, tandis que de l’autre côté, les deux ombres restantes arrivaient vers lui pour achever la tâche de la première.

Les ennemis arrivèrent les premiers. Numac commençait à tomber. Il ne vit pas sa vie défiler devant ses yeux. Juste quelque chose, avant de sombrer dans l’inconscience. Le wakfu des attaquants était… d’un blanc étincelant.

***

Un affreux mal de crâne tourmentait le disciple de Sram. Il ne se souvenait plus du tout de ce qui s’était passé, ni pourquoi il était là. Ouvrant les yeux, il contempla l’environnement. Malgré le feuillage omniprésent des arbres qui bloquait l’accès à la lumière, il était évident qu’il faisait nuit. Des plantes exotiques, qui auraient pu réjouir les agriculteurs expérimentés, florissaient partout autour de lui. Des lianes tombaient des arbres, et comme animées d’une énergie mystérieuse, s’enroulaient lentement sur elles-mêmes, pour se déplier dans le même manque de vitesse. Les troncs des végétaux étaient incroyablement gros, et leur écorce drôlement colorée.

Numac décida de se lever pour quitter cet endroit. Au moment où il tentait de se redresser, une atroce douleur surgit de sa jambe droite, le clouant au sol, parmi les feuilles en décomposition. Il la tâta prudemment, et remarqua, à son grand désarroi, qu’elle était cassée. Heureusement, la blessure avait fait revenir les souvenirs de l’accident. L’attaque, l’Harmonica perdu, la chute… Et le wakfu positif des agresseurs.
Tout à coup, Numac entendit des bruissements dans des buissons proches, à environ cent mètres. Il devait se mettre en route immédiatement. Il ramassa le sac de cuir qui été tombé avec lui, et rampa péniblement jusqu’à l’arbre le plus proche. Il se hissa à son tronc, et commença sa route le plus vite possible, à cloche pied.

***

Ses poursuivants se rapprochaient, il en était sûr. Craquements de bâton, bruissements de feuilles, tout indiquait leur avance. Numac accéléra en désespoir de cause.

- Ah !

Devant lui, était située l’entrée d’une grotte, cachée parmi les arbres. De là, il ne pouvait rien voir. Il se retourna, comme pour se demander s’il devait l’emprunter. Un dernier bruit sonore le persuada qu’il devait passer par là. Avant de partir, il dessina de ses doigts un étrange symbole au sol. Ce piège devrait les retarder.

Il pénétra dans la caverne.

Immédiatement, il fut plongé dans le noir. Rien ne laissait deviner où il était. Comme si l’extérieur n’avait jamais existé. Il tourna la tête pour voir s’ils étaient là. La stupeur s’était certainement peinte sur son visage, mais personne ne pouvait le savoir.

Pas de sortie. Que se passait-il vraiment ici ? Etait-ce un charme ?

Tout à coup, la lumière intervint. Des centaines de lanternes, auparavant dissimulées par la terrible noirceur, s’allumèrent. Elles dévorèrent l’obscurité, et dévoilèrent un long couloir, creusé dans la roche, qui s’étendait des centaines de mètres plus loin. Son estomac gargouilla bruyamment. Depuis combien de temps, déjà, n’avait-il pas mangé ? Numac ouvrit son sac ; il contenait quelques poisons de sa confection. Après les avoir posés au sol, il secoua la bourse pour voir s’il ne subsistait pas quelques miettes. Miette.

Soupirant, il s’engagea dans le tunnel. A présent, sa jambe lui faisait moins mal, et il pouvait marcher à une assez vive allure. Un de ses pas l’alerta. Il avait marché sur quelque chose.

FWISH !

Les flèches se plantèrent dans la roche. Numac était allongé sur le sol, pas totalement sain, mais sauf.

Des pièges. D’abord un charme, et maintenant ça. La plupart du temps, lorsque l’on envoie des poursuivants à vos trousses, qu’on dissimule des choses, et qu’on place des pièges, c’est que l’on cache quelque chose de vraiment précieux. Un objet, ou un secret. Cet endroit était-il le repère des rebelles ?

Il devait se remettre en route, ou sinon, quelqu’un (de mal intentionné, cela va de soit) ne tarderait pas à le découvrir. Le disciple de Sram se releva précautionneusement, et recommença sa marche, de plus en plus prudent.

Les pièges ne tardèrent pas à essayer de lui faire comprendre qu’il n’était pas le bienvenu ; des immenses gouffres tentaient sans cesse de le faire chuter (avec, bien sûr, des stalagmites pour l’accueillir au fond…) ; les flèches se multipliaient, partout où elles trouvaient des angles morts ; et bien sûr, la fameuse pierre qui roule… Avec une jambe cassée, cela ne fut pas une mince affaire, pour le Sram.

Heureusement, il parvint à rester en vie. Jusqu’à ce qu’il parvienne à l’autre bout du couloir. Une porte en bois avait été installée là. Cloué dans celle-ci, un parchemin jauni présentait des inscriptions. Numac s’approcha pour lire :

Félicitations, à toi grand aventurier,
Dans le repère des rebelles, tu as réussi à t’infiltrer,
Néanmoins, tes tracas ne s’arrêtent pas là,
Car à présent, il est l’heure de l’énigme de la porte en bois.

Sous forme de charade, elle te sera présentée,
Mettant à l’épreuve ton esprit délaissé,
Si tu ne réponds pas, nous te laisserons fuir,
Mais si tu forces la porte, nous allons te détruire.

En cas de mauvaise réponse, c’est la fin pour toi,
Tu me serviras, comme tant d’autres, de succulent repas,
Car je suis un monstre, tapi derrière cette porte,
Prêt à te dévorer, si tu échoues de la sorte.

L’énigme est la suivante :
Mon premier est la première syllabe de ce qui te hante
Mon deuxième est ce que tu ne voudrais pas qu’on te tranche
Et mon dernier est la couleur de la chose dans laquelle tu te vautres, lorsque ton gosier est étanche.

Alors ?


Une énigme. Le disciple de Sram sourit. Les rebelles ne devaient certainement pas se douter de son intelligence. Dans la Milice, il était réputé pour être celui qui résolvait le plus vite les casses-têtes. On le surnommait : l’intello masqué.

Numac se concentra sur la première strophe ; l’affiche lui annonçait qu’il avait réussi à passer les pièges, et que cet endroit était bien le repère des rebelles. Le deuxième lui expliquait qu’il pouvait fuir ; c’était une solution à ne pas écarter, si l’énigme était trop difficile. Mais forcer la porte ? Avec sa jambe cassée, serait-il suffisamment puissant pour battre le montre de la troisième strophe ?

Quant à l’énigme… Une charade. Une simple charade. La réponse était simple : Découverte. Mais ce message ne cachait-il pas quelque chose d’autre à « découvrir » ? N’était-ce pas un piège ? Numac relut le texte. Une dizaine de minutes passa dans le silence le plus total. Puis il sourit. Trouvé.

Le premier mot commençait par un « F ». Dans le texte, les mots commençant par cette lettre étaient : « Félicitations », « forme », « fuir », « forces », « fin ».

Le premier mot du deuxième vers était « Dans ». Les correspondants étaient « délaissé », « détruire », « derrière », « dévorer ». Son esprit avait assemblé automatiquement ses mots.

Félicitations. Dans la forme, il délaisse la fuite. La destruction de ses forces, derrière la fin, le dévore.

Un piège dans un piège. Celui qui arrivait à déterminer ces phrases devait encore relever un dernier défi. Celui de la dernière strophe. « Mon premier » et « mon deuxième » n’étaient là que pour montrer qu’il ne fallait se préoccuper des mots que des deux premiers vers, puis se laisser guider en trouvant tout ceux qui commençaient par la même lettre. Mais la chose de couleur verte ? De l’herbe ? Etait-ce l’herbe qui pouvait détruire ses forces ?

Numac ne pourrait savoir que s’il tentait le coup. Il inspira profondément, et lança :

- C’est l’herbe.

Un rugissement suivit ses paroles. La porte coulissa doucement. Rien. Juste une salle. Il avait réussi.

Sans laisser échapper sa joie, il se précipita à l’intérieur. La roche était éclairée par des bougies, posées sur des étagères, contre un mur. L’espace restant était comblé par des dizaines de portes. Des portes et des portes. Nouveau défi. Laquelle emprunter ?

Numac décida de procéder avec prudence. Il allait les fouiller une par une. Il ouvrit celle à sa gauche, et pénétra dans la pièce.

WOARGH !

Un Gruglok. Un monstre plein de graisse, possédant quatre bras, et pouvant vous traîner les tripes sur 100 mètres de long. Ses yeux d’un blanc pâle fouillaient la pièce, à la recherche de d’une éventuelle victime. Ses dents étaient aiguisées comme des Dagues, et une ceinture, avec comme boucle, un crâne humain, cerclait sa taille.

Immédiatement, le disciple de Sram sortit de la pièce, et claqua la porte. La bête ne la défonça pas. Apparemment, son champ d’action était limité à la salle de l’autre côté. Il devait procéder autrement.

Fermant les yeux, il se concentra longuement. Il laissa son Wakfu baigner son corps, et son esprit. Une douce énergie s’empara de lui. Une sensation de bien-être total l’envahissait.
Lorsqu’il les r’ouvrit, sa vue avait changé. Il voyait en bleu. Chaque être vivant présentait une lueur océanique à présent, l’énergie mystique. Droit devant lui, il sentait comme des traînées de blanc. Du wakfu positif. Il suivit les traces, et ouvrit la porte.

Il n’eut pas le temps de se mettre en garde que quelque chose lui sauta dessus, le plaquant à terre. Sa jambe brusquement cognée lui arracha un faible gémissement. Du sol, il ne pouvait rien voir.

- Hé, doucement, Mortua ! Il n’a pas l’air bien vil.

Sans répliquer, une voix froide lui susurra à l’oreille :

- On va bien s’amuser…


posté 23 Mai 2009 - 18:12:23 | #9
L'aventure prend une place inattendu après de rudes combats... C'est magnifique, le meilleur chapitre jusque ici. Je vais peut-être me lancer dans le RolePlay....


posté 24 Mai 2009 - 00:14:44 | #10
Comme d'habitude, très bien !
On va enfin revoir les autres du 1er chapitre ^^ !
Dommage qu'il est déjà perdu son harmoniqua.
Les rimes était bien trouvée, et la charade aussi, ainsi que le sens. L'est ontellignet, moi j'aurai pas trouvé =X !

Cassie


posté 24 Mai 2009 - 21:11:09 | #11
Un bon chapitre, rien à redire, j'ai bien aimé l'énigme et les pièges à la indiana jones
Dommage qu'il lui ait pas défoncé sa face à ce *censuré* de Grulok ! Un bon coup dans les *censuré* puis il enchaîne en lui enfonçant sa dague dans l'*censuré* ensuite il l'aurait traîné par les tripes dans tout le repaire, ou utilisé pour passer les pièges (comme coussin amortisseur pour les fosses à stalactites, comme bouclier contre les flêches, comme airbag contre les pierres, tout en gardant le Grulok vivant pour que ses cris de douleur lui servent d'alarme pour signaler les pièges).


posté 25 Mai 2009 - 17:42:49 | #12
Merci bien pour vos commentaires, vous trois, ça fait très plaisir.
Je vais procéder un par un :

Ekiga : Le meilleur chapitre, tu dis? Je savais que vous aimiez l'action, et ça tombe bien, moi aussi.

Quant à Forever Cassie (l'espace est-il bien placé?) : Merci également. Oui, vous allez bien revoir une vieille connaissance... Mais bon, tel est le proverbe :

"Quand il y a deux Srams dans l'air,
Mais qu'une chose à voler,
Les gens désespèrent,
Ca va bastonner".

Et finalement, Ohfors... Tu ne serais pas descendant d'un Sacrieur?

Je vous remercie encore, sans vous, j'aurais eu beaucoup moins de motivation *s'en retourne plancher sur le chapitre 4 afin de les faire de nouveau rêver*


posté 26 Mai 2009 - 18:31:59 | #14
Waouh. Impressionnant. Sois-en sûr, un truc pareil, je le garderai dans mes documents !


posté 27 Mai 2009 - 02:54:56 | #15
Aucun problème, je l'enlève, je me suis un peu laissé emporté dans mon délire, de quelques lignes je suis passé à un bon paquet puis à un pavé .


posté 27 Mai 2009 - 06:37:28 | #16
Vive l'harmonica, vive les srams et bonne continuations !


posté 27 Mai 2009 - 11:40:34 | #17
Quoi de mieux quand on s'ennuie au boulot que de lire une fic telle que celle là ^^

Tu as trouvé une nouvelle fan !
Bien écrit, accrochant, et tout et tout. super !
La suite, la suite !


posté 27 Mai 2009 - 15:51:27 | #18
Merci ! Deux nouveaux lecteurs, ça fait énormément plaisir, ça. Cependant, j'ai une question. Avez-vous lu l'Honneur d'Iop? C'est le tome un. Sinon, il se peut que vous ne compreniez pas grand chose. Je pense que le chapitre suivant paraîtra vers samedi, ou plus tôt. Ca va être chaud ! (Si vous voulez, je peux vous prévenir comme je le fait avec Ohfors, Cecelacra-XD, Forever-Cassie, et Ekiga, à chaque parution de chapitre. C'est vous qui voyez !)


posté 27 Mai 2009 - 19:25:27 | #19
Pouet !
Oui je l'ai lue assez récemment, donc j'ai préféré poster directement sur cette fic là, vu que c'est la suite
Sinon comme tu veux pour me prévenir ^^ Pis sinon c'est pas bien grave, je passe régulièrement dans la partie fan fiction donc t'en fais pas
On verra ça ce week end alors pour le prochain chapitre ^^ mais bon, on est pas pressés !
(quoi que..... héhé)


posté 30 Mai 2009 - 20:01:41 | #20
Chapitre 4 : De nouveaux ennuis? Moi qui comptait dormir...




Finalement, peut-être que pénétrer cette fichue grotte n’était pas une bonne idée. Echapper à une obscurité dévorante, à des pièges mortels, à un monstre caché derrière une porte qui n’attend qu’une mauvaise réponse pour vous déguster, à un bon gros Gruglok vert comme il le faut, le tout avec une jambe cassée, était somme toute assez facile pour un disciple de Sram de la trempe de Numac. Mais il savait, au regard sans pitié de la fille qui le maintenait au sol, que se débarrasser d’elle serait tout aussi difficile que de répondre à la question : « Est-ce que tu dors ? » un franc « oui ».

Elle avait l’air de vraiment bien s’amuser. Une cascade de cheveux bleus tombait de son crâne, dressés impitoyablement par un masque également turquoise, fixé sur sa tête. Ses pupilles avaient la forme d’un masque Sram, qui vous épiait. Elle ne portait aucune armure ni arme, seulement sa tenue moulante, qui lui allait parfaitement. Un sourire machiavélique était plaqué sur son visage.

- Enfin un intrus, dit-elle. Ce n’est pas trop tôt. A croire que ces fichues protections marchent vraiment…

Malgré la douleur presque insupportable qui émanait de sa jambe, Numac se força à répliquer :

- C’est la première fois qu’on me cloue aussi violemment sur le sol. Est-ce mon charme irrésistible qui te pousse à agir de cette façon, disciple de Sram, ou es-tu aimantée aux dangers ?

La réflexion piqua au vif la fille aux cheveux bleus. Elle se retint de gifler son interlocuteur, et lança :

- Tu te débrouilles bien pour les répliques, lavette. Mais est-ce le cas pour le combat ?

Saisissant de sa main gauche le col de Numac, elle matérialisa une Dague dans l’autre. Lentement, sa Dague Deh’ja se constitua dans celle-ci. L’air torve, elle la contempla, effleurant son tranchant du pouce. Puis elle concentra son attention sur sa prise.

« L’Assassin vous regardera toujours dans les yeux, au plus profond de votre âme, avant de vous tuer. De cette façon, il gardera une empreinte de votre être dans son esprit. » La phrase avait jaillie immédiatement dans son cerveau, vieux souvenir de son passage à l’académie Milicienne d’Etsav. Il était certain que la Sramette allait passer à l’attaque. Il ne pourrait pas parer le coup. Elle brandit la Dague, et l’abaissa d’un coup sec, pour trancher son cou.

- Stop, Mortua.

Elle s’arrêta brusquement dans son geste, la lame contre la gorge de Numac. Elle se redressa, et lança en souriant :

- Quel chanceux…

Puis elle s’écarta.
La position de faiblesse de Numac l’inconfortait ; il se releva lui aussi, en s’efforçant de ne pas grimacer sous la douleur sourde de sa jambe.

La pièce n’était pas similaire aux autres. Elle était aménagée, avec un plancher, et des murs en bois poli. Devant lui, une table rectangulaire occupait l’espace, cerclée de quelques chaises brutes. Sur celle-ci, un plan gigantesque trônait, certainement celui de la galerie. Plus loin dans la salle, il y a avait même un tapis brodée d’argent, et deux canapés moelleux.

La voix provenait d’un grand homme, un peu ventru et mal rasé, aux cheveux coupés courts et bruns. Il portait un tee-shirt jaune, sale, et une grosse tâche était présente sur celui-ci.

- Tu sais ce qu’en pense Nantua… Il n’aimerait pas que tu élimines la moindre personne qui passe par la porte.

Mortua ne répondit pas. L’homme sortit une vieille boîte sculptée de sa poche, et déballa un vieux cigare. Il en mâchouilla l’extrémité, aspira longuement, puis le rangea, et reprit enfin la parole :

- Bonsoir. Je m’appelle Zeltaa. Juco Zeltaa.

- Numac Rirquitu.

- Pourrais-je savoir ce que tu fiches ici ? Tu as réussi à te dépêtrer des pièges et des énigmes placés là… plus ou moins, fit-il en désignant sa jambe. Es-tu de la Milice ? Es-tu venu nous tuer ?

L’homme plongea ses yeux dans ceux de Numac. Une chose étrange se passa alors, une sensation similaire à celle que l’on éprouvait lorsque le Sram jouait de l’Harmonica ; une sensation de bien-être total, ou de chaos perfide. Il ne pouvait pas mentir. Pas à cet homme. Contrôlé par une force inconnue, il obéit à la noirceur des iris de Juco, et récita :

- Je suis venu de la Milice d’Etsav, en éclaireur, pour débusquer votre cachette et renseigner le Gouverneur sur votre situation.

Mortua tiqua, mais Juco resta de marbre. Il continua :

- Et tu comptes le faire ?

- Je ne sais pas.

Il était comme hypnotisé.

- J’hésite. Je sais que le Monde des Douze prend la mauvaise voie. Mais je dois le faire. Je vais le faire.

- Alors, nous te tuerons.

Boum.

Soudain, le temps sembla se ralentir. Le bois craqua. Une simple, mince, petite fissure. Puis, de nouveau, un choc.

Boum.

La fissure s’élargit et s’agrandit. Mortua se retourna en sursautant, cherchant l’origine du craquement. Elle s’avança vers la fissure et colla l’oreille contre les planches.

Boum.

Nouveau choc. La fente était nettement visible à présent.

BOUM !

L’explosion sortit Numac de sa torpeur. Affolé, il lança des regards inquiets un peu partout. Le mur contre lequel était collée Mortua avait volé en éclats. Des débris et des gravats recouvraient une partie de la pièce. La disciple de Sram avait disparu ; elle était certainement sous l’avalanche. Juco gisait à sa gauche, la tempe salement amochée.

- Numac ?

Il était encore trop choqué pour pouvoir parler. Une silhouette se dessinait dans l’épaisse fumée grisâtre.

- Numac ! C’est moi, Maco !

La prononciation du nom le ramena à la réalité. Il regarda de nouveau autour de lui, et vit enfin Maco Tsunami, qui se tenait dans la brèche du mur. Il souriait, exhibant ses dents blanches. Numac comprit enfin qu’on l’aidait à s’échapper. Il récupéra son sac et rejoignit péniblement le Pandawa.

- Dépêchons-nous, dit celui-ci, ils pourraient se réveiller.

D’un même pas, ils s’éclipsèrent.

***

- Arrêtez-vous.

L’ordre était sans appel. Le disciple d’Eniripsa se stoppa, et tourna lentement la tête vers le Pandawa, comme effrayé.

- Approchez-vous.

De nouveau, le ton du panda ne permettait aucune réplique. Le brun s’avança vers eux, hésitant. Qui était donc ce Pandawa stricte et autoritaire ? Et ce Sram, derrière lui, assis sur un rocher en lisière de la jungle, avec l’air de souffrir le martyre ?

Artemis Edrabel était un soigneur de pur souche. Il exerçait les soins comme personne, et avait choisi de faire de l’Alchimie, sa voie. Au moindre problème, il vous murmurait des paroles réconfortantes (mais surtout magiques), et c’était comme si ce Craqueleur ne vous avait pas piétiné. Ou encore, il matérialisait une de ses quelques mille et une potions, puis en versait une goutte sur vous, et ce Boufrog n’était plus qu’un mauvais souvenir. Bref, ce disciple d’Eniripsa brun était le compagnon idéal, surtout pour les Iops intrépides (espèce qui serait certainement en voie de disparition si Artemis n’avait pas été là au bon moment).

Cependant, sous ses airs de fin soigneur, Artemis possédait un caractère bien trempé. Pas qu’il aimait le combat, au contraire, cela l’écœurait et lui donnait du travail, mais il ne laissait jamais personne lui dicter sa conduite, caractère hérité de sa mère, qui n’oubliait jamais de lui demander s’il avait lavé ses chaussettes.
Plusieurs fois, des Miliciens du Savoir lui avaient demandé de lui fournir antidotes et potions de soin, et il avait toujours fermement refusé. Et ceux qui osaient essayer de le convaincre en s’immisçant chez lui recevaient en bonus des lots de bras cassés.

Mais il se doutait bien que cette fois, la situation était différente. Ces deux individus, s’il suivait son instinct, étaient susceptibles d’être plus forts que les pathétiques soldats du Savoir qu’on lui avait envoyé.

- Soignez la jambe de mon ami, lança le Pandawa d’un ton dur.

Artemis s’arrêta, et dit :

- En quel honneur ?

- En le nôtre. Plus sérieusement, nous faisons parti de la Milice d’Etsav. Dépêchez-vous.

Peut-être que le disciple d’Eniripsa s’était trompé, finalement ; c’était des Milicens comme les autres. Artemis brandit les poings.

- Je refuse, répliqua-t-il, dents et poings serrés. Vous devriez faire attention en vous adressant de cette façon à moi, si vous ne voulez pas vous attirer des ennuis.

Le disciple de Sram rit. Avant que son camarade ne réagisse, il lui murmura :

- Laisse le moi.

La remarque parut vexer l’Eniripsa.

- Avec une jambe cassée ? Vous vous moquez de moi, c’est ça ?

***

- Fvoilà, f’est fini.

- Merci bien, Artemis.

Numac se leva, effectua quelques sauts, histoire de tester la validité de sa jambe. Elle était parfaitement guérie, et prête à exécuter les plus belles cabrioles. Il s’emmitoufla dans sa cape. Maco fit de même.

- Fvous-êtes fsûrs que je ne peux pas faire autre fchose pour fvous ?

- Ca suffira, merci. Nous partons.

D’un même geste, ils sortirent deux fioles et burent leur contenu. Ils disparurent de l’astral.

Artemis ramassa ses dents. Avec un peu de chance, il pourrait les recoller.

***

Numac et Maco atterrirent sur Etsav vers deux heures de l’après-midi. A cette heure, les rues étaient presque toutes désertes, rares étaient les enfants qui se couraient après. La plupart des adultes restaient enfermés chez eux.

Le Sram lança un morceau de sucre à Torkala qui l’avala directement. Elle rugit de plaisir, et se cabra. Puis, elle prit son élan, et s’envola dans le ciel, certainement partie rejoindre sa famille, suivie de la Dragodinde de Maco. Le voyage du retour ayant été silencieux, Numac ne put s’empêcher de demander quelques informations au Pandawa, notamment au sujet des silhouettes encapuchonnées. Celui-ci avait certainement attendu que l’autre lui demande, car dès qu’il posa la question, il répondit d’une traite :

- Au début, j’étais affolé. Je t’ai vu tomber, mais je ne pouvais pas te rattraper ! Et puis, une des personnes qui nous attaquaient m’a dit que si je me rendais, ils ne me feraient aucun mal. Tu me connais, j’ai immédiatement refusé, sans compter qu’ils t’avaient jeté dans la jungle. J’ai roué de coups l’un d’entre eux, et l’ai envoyé valsé un peu plus bas. A charge de revanche ! Les deux autres semblaient hésiter à m’attaquer, comme s’ils ne voulaient pas faire une victime de plus… Finalement, ils ont déguerpi, les lâches, et je suis immédiatement descendu pour te chercher. Apparemment, tu étais poursuivi, car j’entendais deux ou trois gens qui couraient. Je les ai suivi, puis je les ai rétamés, et je suis entré par la grotte. D’ailleurs, l’un de tes pièges m’a salement amoché ! J’ai eu du mal avec ceux des rebelles –je crois que c’était leur cachette, non ? - , mais j’ai réussi à tous les passer. Il y avait une énigme clouée sur une porte, mais celle-ci était déjà ouverte, je n’ai eu donc aucun problème. Je t’ai entendu dans la pièce d’à côté, et la suite, tu la connais.

Il semblait très fier de son exploit. Affichant un sourire immense, il guettait la réaction de Numac. Ce dernier répondit :

- Merci. Sans toi, je serai mort, à l’heure qu’il est.

- Aucun problème ! (Il se tut.) J’oubliais ! J’ai trouvé ça, sur le chemin !

Maco fouilla un de ses sacs, et sortit un objet noir. L’Harmonica Sramesque. Cette fois-ci, Numac ne dissimula pas sa joie :

-Waouh ! Tu l’as retrouvé ! Merci beaucoup ! Je te revaudrai ça, sois-en sûr !

Il s’en empara, et le rangea immédiatement dans son propre sac, qu’il ferma à l’aide d’un double nœud.

***

Le cœur à présent léger et serein, les deux amis se dirigèrent vers la demeure du Gouverneur, avec l’idée de faire un bon somme après avoir informé le Rapporteur. Tandis qu’ils passaient devant la taverne où ils avaient bu l’autre jour, une exclamation retentit. Interloqués, ils approchèrent la bâtisse.
Dans la taverne, une scène étrange se déroulait : il n’y avait que deux personnes. L’une d’entre elle était un enfant qu’ils ne connaissaient pas, mais l’autre semblait beaucoup plus familière : Eldet, qu’on surnommait le Crâneur des Landes, se tenait face à l’enfant, qu’il maintenait acculé contre un mur en bois. Séparé d’Ivan Brotomagus, il paraissait encore plus incontrôlable. Il n’avait pas remarqué l’arrivée des deux Miliciens.

- Tu es coincé, petit… Tu ne pourras pas m’échapper…

Le petit garçon blond semblait terrifié. Des larmes humidifiaient ses yeux, tandis qu’il essayait de trouver une issue ; malheureusement Eldet avait raison : il ne pourrait pas s’enfuir.

- Qu’est-ce que dit le manuel, déjà ? poursuivit le Crâ. Ah, oui… J’ai le droit de te tuer si tu essayes d’attenter à ma vie.

L’air de peur totale s’accentua sur le visage de l’enfant. Il balbutia faiblement :

- Mais… Mais… Je n’ai jamais…

- Qu’est-ce qu’ils en sauront ? coupa sournoisement Eldet. Rien. Il n’y a rien qui pourra te sauver. Et je te promets que ce sera très, très, très douloureux…

Sous ses effroyables menaces, les larmes débordèrent. Le sourire du Milicien s’agrandit ; il était heureux de provoquer une telle frayeur. D’un mouvement, il fit apparaître une flèche dans sa main droite. Elle était usée. La victime qui allait suivre n’était certainement pas la première.

- Bon… Maintenant, je… Argh !

Il s’effondra dans un spasme. Derrière lui se tenait Numac, dont le bras droit était tendu. Il l’avait assommé.
Il s’approcha de l’enfant, qui ne savait pas si on tentait de le sauver ou de le ravir à un autre agresseur.

- Tu es un exilé ? demanda le Sram.

- Ou.. Oui… Mais, mais pitié, ne me tuez pas… Je ne veux pas mourir…

- Tu n’as rien à craindre. Du moins, pour l’instant… Lève-toi. Nous allons partir.

L’enfant en semblait incapable. Soupirant, Numac s’agenouilla, puis l’invita à grimper sur son dos. Le garçon obéit docilement.

- Comment t’appelles-tu ?

- Je… Je m’appelle Charly Rosert. Me.. Merci.

Sans répondre, Numac sortit rejoindre Maco. Pourquoi avait-il fait cela ? C’était stupide et irréfléchi. Si quelqu’un découvrait quoi que ce soit, il serait bon pour la peine de mort pure et dure. Néanmoins, il ne sentait pas l’habituel poids du remord sur son estomac. Tout au fond de lui, il était peut-être fier de ce qu’il avait fait. Les yeux de Juco lui apparurent comme dans un rêve. Il avait fait le bon choix. Il en était sûr.

Cependant, sa joie fut de courte durée. Il aurait dû se douter de quelque chose : si Eldet était là, Ivan serait dans le coin. Il l’avait oublié.

Maco était ligoté par deux Miliciens. Ivan, Marcus, et les deux autres ricanaient en regardant Numac.
Etrangement, il n’était pas le moins du monde effrayé. Sauf quand il vit que le Rapporteur et le Gouverneur lui-même était là.

Il allait mourir.