26 Avril 2009 - 11:23:13 |
#1
Les Chroniques d'Amakna
Voici ma fan-fiction, un projet que je préparait depuis un moment et que je commence enfin. J'espère que ça vous plaira. N'hésitez pas à faire des commentaires, ça ne pourra que m'aider pour améliorer mon texte. Sur ce, bonne lecture, et prévoyez des aspirines, pour ce premier chapitre je me suis laché, il est particulièrement long
.
La nuit avait étalé son voile noir orné d’étoiles sur la sombre forêt qui s’étendait au nord des montagnes des koalaks. Peu osait s’y aventurer car, selon d’anciennes légendes, il y résiderait de féroces créatures gardiennes des arbres que l’on appelle d’abraknides. Pourtant, bâti au pied de la montagne et protégé par l’immense forêt, un village y prospérait, isolé et oublié du reste du monde. Même les millénaires bibliothèques de Bonta ne comportaient plus de traces ou de cartes révélant son emplacement. Seules les lumières de quelques chaumières trahissaient son existence.
Comme chaque nuit, la garde du village faisait une dernière ronde autour du village. Cependant, personne ne remarqua les menaçants nuages s’avancer vers eux.
Ithion Dahnarow, capitaine de la garde, quitta ses hommes après les avoir saluer et retourna chez lui retrouver sa femme et son jeune fils. Sur le pas de la porte, il s’arrêta et huma l’air du soir. Bien que la plupart des villageois soient des adeptes de l’arc, il arrivait parfois que des voyageurs viennent chercher refuge dans le village et finissent par s’y installer. C’était le cas de sa femme, Tiane, une sram exilée qu’il avait secouru au nord de la forêt. Elle avait fui Astrub. Son maître avait été assassiné et les intrigues politiques la mettaient au rang d’ennemie n°1. Elle avait erré, traquée comme une bête et chassée de partout, pour finir prise dans une embuscade qui lui aurait coûté la vie si Ithion, jeune forestier alors, ne l’avait pas secourue.
La main sur la poignée de la porte et le regard perdu dans le ciel étoilé, il sursauta en entendant un puissant coup de tonnerre provenant de la montagne. Plusieurs maisons se rallumèrent et des têtes apparurent aux fenêtres. Un deuxième coup de tonnerre, plus puissant, retentit. Un hurlement inhumain déchira le silence des ténèbres nocturnes.
Un cri empli de rage s’éleva de la cime des montagnes :
« Maudit, SOYEZ TOUS MAUDITS ! La traîtresse et ses serviteurs, les douze et leur panthéon, les perfides et avides assassins qui me traquent, JE VOUS MAUDIS TOUS ! Qu’ai-je fais pour en arriver là ? Je cherchais l’amour de cette femme, cette sorcière qui m’a utilisé et trompé, et à cause d’elle je suis devenu un monstre. Et maintenant je suis traqué comme une bête. Et ce cinglé d’Otomaï qui voulait me garder dans une cage pour ses expériences… Je suis chassé où que j’aille ! POURQUOI LE DESTIN NE ME LAISSE JAMAIS TRANQUILLE ? POURQUOI MOI ? POURQUOI FAUT-IL QUE J’AIE VU LE JOUR DANS CE MONDE DEGENERE ? »
Peu de nouvelles venaient de l’extérieur, mais tous avaient entendu parler d’un monstre, issu d’une expérience d’Otomaï, qui avait réuni les six dofus et s’était érigé avec la puissance de ceux-ci au rang de titan après avoir vaincu tout le panthéon. La panique s’empara des villageois. Ils coururent se mettre à l’abri, certains se barricadèrent dans leur maison.
Un hurlement sauvage retentit, puis le calme revint peu à peu. La voix repris lentement :
« Des faibles qui cherchent la puissance et la gloire en écrasant d’autres plus faibles qu’eux, voilà ce qu’est devenu l’humanité. Je suis bien content de leur avoir brisé leurs crânes à tous ceux qui ont oser me défier. La seule chose à faire pour sauver ce monde abandonné des dieux, est de le nettoyer de toute la pourriture qui y vit. Je vais raser chaque ville, abattre chaque muraille et noyer chaque champ sous les eaux. Sales chiens, vous allez payer pour ce que vous m’avez fait, VOUS ALLEZ GOÛTER À LA COLERE D’OGREST ! »
La terre commença à s’ébranler. Un grondement se fit entendre et la montagne commença à se déchirer en deux. Ceux qui étaient encore dehors s’enfuirent en hurlant. Des pleurs d’enfants perdus dans la foule se mêlaient aux cris de terreur des villageois. Ceux qui tombaient à terre étaient piétinés. La peur était dans le cœur de tous.
Ithion se précipita dans sa maison et appela sa femme. Celle-ci accouru avec son enfant dans ses bras. Mince et belle, elle était habillée une robe ample et légère bleue azur, assortie à ses cheveux d’un bleu sombre. Elle portait encore à sa robe l’iris qu’il lui avait cueillit au matin à l’orée de la forêt avant de partir.
- Ithion, qu’est ce qui se passe ?
- On n’a pas le temps, il faut partir.
- Où ?
- Au temple Crâ, dans la crypte on serra en sécurité.
Ils sortirent dehors dans la nuit glacée, se frayant un chemin dans la cohue. Ils coururent vers le temple. Non loin de là, une maison s’effondra. Les plus courageux essayaient d’aider ceux qui étaient enfuis sous les décombres. Une large fissure lézarda un haut bâtiment, dont le toit s’effondra sur les maisons voisines qui s’écroulèrent à leur tour comme des châteaux de cartes.
Arrivés devant le temple, Ithion laissa sa femme et son fils en sécurité pour rejoindre une troupe d’archer qui se regroupaient non loin. Tiane lui prit le bras, des larmes commençaient à coulé sur son visage.
- N’y va pas, je t’en supplie, n’y va pas.
- Je dois y aller, ils ont besoin de moi pour protéger le village.
- Tu va te faire tuer, je t’en supplie, n’y va pas.
L’archer prit la main de sa femme et caressa son visage en séchant ses larmes
- Ne t’inquiète pas, je reviendrais, je te le promets.
Il sortit, abandonnant ce qu’il avait de plus précieux pour foncer dans les bras de la mort. On apporta des pelles et des pioches. Les soldats se mirent au travail et des remparts de fortune furent dressés pour tenter d’arrêter les éboulements qui descendaient droit vers eux.
Le rire dément du titan s’éleva. Une détonation retentit. Un soldat poussa un cri en montrant la montagne. Par une des failles, de la lave commençait à s’écouler. On creusa un immense fossé pour essayer de la retenir, mais elle déborda et une des barricades prit feu. L’immense brasier qui se produisit enflamma toutes les autres fortifications de bois. Une braise s’envola et atterrit sur le toit d’une maison qui prit immédiatement feu. L’incendie se propagea rapidement de toit en toit, jusqu’à un entrepôt d’explosifs au pied même de la montagne. Le souffle de l'explosion ravagea presque tout le village, abattant les maisons encore de debout et fragilisant la montagne.
Fauché par l’explosion et à demi conscient, Ithion vit avec horreur un pan de la montagne s’effondrer vers le temple, l’engloutissant complètement, avant de sombrer lentement.
Un pétale d’iris s’envola des ruines et s’éleva dans les airs, charrié par les vents, fuyant les restes fumants de ce qui fut autrefois un village paisible, à l’écart de la folie du monde.
- Edion… Edion… EDION, DEBOUT SAPRISTI ! Le soleil est déjà haut, il n’est plus l’heure de dormir. Allez, debout paresseux.
Edion sentit qu’on lui arrachait sa couverture. Il mit sa tête sous l’oreiller mais on le lui arracha aussi. Il émit un léger grognement endormit en guise de protestation quand il reçut les rayons du soleil en pleine figure et se retourna, à moitié recroquevillé.
- Y a pas école, on est en vacance…
- Ce n’est pas une raison, debout.
- Silore, laisse-moi tranquille.
Le vieux féca lâcha un long soupir. Ce gosse est décidément de plus en plus difficile à lever. Il réfléchit un instant et repris :
- Ah oui, j’allais oublier, tes amis t’attendent à l’auberge d’Herbacha. Je te conseille de te lever si tu ne veux pas arriver en retard…
La phrase eut l’effet escompté ; Edion sortit de son lit comme une flèche, s’habilla et rassembla ses affaires sous le regard amusé du vieux féca.
- Tu me rejoindras en bas quand tu seras habillé, ton déjeuné est déjà prêt.
Il sortit, le laissant qui bataillait une chaussette. Celui-ci réussit à la mettre après une lutte acharnée et tenta de mettre la deuxième. Mince et élancé, il avait des cheveux brun ébène avec des reflets de bronze qui finissaient en catogant sur sa nuque. Ses yeux étaient d’un brun tirant sur le vert. En gros, on pouvait dire sans se tromper qu’il ressemblait à un apprentit crâ, ce qui n’était pas faux vu qu’il en était un. Ceux qui le connaissaient se sont longtemps demander pourquoi il n’était pas devenu féca comme son père adoptif, mais d’un certain côté, vu ses connaissances désastreuses en mécanique et en électronique, il n’a peut être pas fait un si mauvais choix. C’est lors de la démonstration de tir à l’arc au terrain de tir qu’Edion avait finalement choisi cette voie. C’est d’ailleurs là qu’il a reçu son premier arc. Il finit d’enfiler sa chemise de lin et emporta son ocarina, dernier héritage de ses parents dont il ne se séparait jamais, et se rua en bas.
Dans la cuisine, il engloutit en vitesse un croissant et quelques tartines à la confiture de mûres en manquant de s’étouffer. Silore entra dans la cuisine, un paquet à la main.
- J’aimerais que tu apportes ceci à l’atelier, ils n’ont plus de runes de bijoux et la demande devient forte. Tu pourras en profiter pour récupérer le livre que tu as oublié là-bas. Comme tu passes par le bac vers le quartier d’Honorape, ça ne devrait pas te poser de problème.
En guise de réponse, le jeune cra acquiesça en marmonnant quelque chose la bouche pleine, projetant des miettes un peu partout sur la table. Le vieux féca se leva et prit sa veste.
- Je pars devant, je dois aller déposer mon livre de compte à la maison des guildes et signer des piles de paperasses. Je ne serais pas de retour avant cette après-midi.
Et il partit en emmenant l’énorme tome qui faisait office de livre de compte. Edion finis son déjeuner et fit de même peu après.
En ce début de matinée, les rues étaient pour la plupart vides, les rares passants se pressaient vers leur travail ou affluaient vers les marchés. Edion huma l’air du matin et se mit en route. Il prit une petite ruelle, prit un raccourci à travers un jardin en effrayant quelques pious et se hâta. Arrivé sur la grand rue, il se faufila entre les badauds et passa la grande arche du marcher des bricoleurs. Un marchand tenta de l’attraper pour essayer de lui vendre le contenu de son échoppe, mais il s’arrêta et poussa un cri en voyant un sram partir avec sa bourse. Enfin arrivé devant l’atelier d’enchantement, il poussa la lourde porte en métal et entra.
L’atelier était bondé, des clients, pour la plupart des gens riches, se pressaient devant le comptoir pour passer commande. Un petit homme grassouillet aperçu Edion au milieu de la foule et l’appela.
- Edion, par ici, viens.
Le disciple de Crâ se fraya un chemin et passa derrière le comptoir.
- Alors, comment ça va bonhomme ? Silore n’est pas là ?
- Non, il est à la maison des guildes pour remettre…
- Ah oui, je vois, le coupa le vendeur. Quelle plaie, de vrais rapaces ceux-là, et juste quand on a besoin de lui.
- J’ai les runes que…
- Parfais, juste à temps, on n’en pouvait plus, ces clients toujours insatisfaits qui râlent quand ils sont pas servis sur-le-champ… J’allais oublier, j’ai mis ton livre est à côté sur la table de l’atelier, on l’a utilisé pour aider les apprentis, et attend que je la retrouve… ah voilà…
Il sortit une petite bourse de sous le comptoir et la tendit à Edion.
- Tiens, pour la peine, c’est quelques runes en plus pour ta collection. On en avait en trop alors j’ai pensé que ça te ferait plaisir. Elles ne sont pas très puissantes mais tu pourras toujours t’amuser avec, dit-il ébouriffant les cheveux du cra d’un geste affectif.
Edion soupira ; Il a presque dix-sept ans et il le traite toujours comme un enfant, à croire que les adultes ont de sérieux problèmes de myopie. Il le remercia, prit son livre et partit en vitesse à la taverne d’Herbacha.
Plutôt grande, composée de trois grandes salles encerclant la place du quartier, la taverne d’Herbacha était l’une des auberges les moins mal famées et des plus calmes d’Astrub. Elle n’est pas encore complètement remplie, quelques habitués, tout au plus, étaient éparpillés ça et là aux différentes tables. Accoudé au bar en le nettoyant d’un geste presque mécanique avec un vieux chiffon usé, l’aubergiste surveillait du coin de l’œil un groupe assis à la grande table d’une sorte de grande mézanine au milieu de la salle. Tout particulièrement un iop aux cheveux d’un orange flash qui n’arrêtait pas gesticuler depuis tout à l’heure, passablement en overdose de caféine. Il commençait sérieusement à lui taper sur les nerfs, et s’il ne se calmait pas rapidement, il allait finir dehors avec un coup de pied aux fesses.
Soudain, l’aubergiste sursauta en entendant la porte d’entrée claquer; Sur le pas de la porte se tenait, courbé en deux et à bout de souffle, un jeune homme mince et élancé, au regard vif et affûté -même s’il paraissait à ce moment plus mort que vif- pâle de peau et avec des cheveux couleur ébène rassemblés en une grande queue de cheval dans son dos. Avec une coiffure aussi ridicule, ses bottes trop larges et une chemise aux manches usées par le frottement régulier de l’empennage de flèches, pas de doute, il s’agit bien d’un crâ. L’aubergiste retourna à ses occupations et fit une moue quand il vit le iop agiter les bras en criant dans toute l’auberge pour appeler le nouveau venu.
- Edion, hé, Edion, par ici !
- Ca va, il est pas sourd, lui lança un féca agacé par l’agitation de son voisin de table.
Edion monta quelques marches et, après avoir saluer tout le monde, s’assit sur une chaise libre à côté d’un sacrieur du nom d’Alior, droit comme un I et les bras croisés, surveillant l’excité de service, Talès, juste devant lui. Il était un peu plus grand que celui-ci et avait des cheveux de même couleur, quoique beaucoup plus ternes. Il portait un pantalon rouge sang et des sandales taillées dans du bois de ronce. Le disciple sacrieur arborait aussi un spectaculaire enchevêtrement de lignes et de symboles formant un immense tatouage sur une bonne partie de son torse.
A gauche de Talès le iop se tenait le féca Irius. Pas exceptionnellement grand, avec une paire grosse lunettes aux verres grossissants qu’il mettant généralement sur son front pour retenir les mèches de cheveux noirs de jais qui lui retombaient sur le visage de temps en temps, lui donnant un air comique quand il était énervé. Il portait aussi un t-shirt couleur sable et un short bleu, camouflage parfait pour des vacances à la mer, et arborait à son poignet un appareil étrange, une machinerie dans les fécas gardent jalousement le secret, un bouclier… féca.
Se retenant de rire, Trille, une éniripsa aux longs cheveux couleur crème, assortis à sa robe de même couleur, essayait tant bien que mal de rester droite entre deux sursauts d’hilarité, repartant dans une série d’exclamation de rires étouffés en voyant le féca à côté d’elle, dont l’envie apparente était d’assommer le iop. Bien que frêle d’apparence, elle bénéficiait d’un fort (sale ?) caractère, l’énerver pouvait être aussi suicidaire que de taquiner un sacrieur en manque de combat.
En face de Trille et assise à droite d’Edion, Silia, une sadida, sirotait son verre en remettant en place une broche dans ses cheveux vert chlorophylle. Elle portait un t-shirt elle aussi, de couleur vert foncé, et une petite jupe plus claire sur laquelle étaient peintes les nervures de feuilles.
Talès se rassit enfin, un grand sourire au bord des lèvres.
- T’étais où ? T’avais prévu de chasser le sanglier sans nous ?
- J’ai dû passer à l’atelier des enchanteurs, une livraison de runes.
- J’espère que tu as pensé demander un pourboire à ton vieux. En tout cas, c’est pas très palpitant tout ça, aucuns monstres à affronter sur le chemin, pas de…
- C’est sûr que dans la ville, il va rencontrer à coup sûr Rushu et ses démons en trains de faire les soldes... Non mais t’es un abruti ou quoi ? Même depuis la création du monde, on a pas inventé de remarque plus débile que ça. Et quel est le sens du mot palpitant pour un iop ? Je suis curieux de le savoir…
- Euh, traquer des criminels en fuite, occire des dragons, sauver des princesses en détresse, vaincre Ogrest…
- Vaincre Ogrest ? Mais il n’existe pas, triple demeuré, c’est une histoire pour faire peur aux enfants. Comment tu veux qu’un trool puisse réunir les six dofus que des milliers, si pas des millions d’aventuriers n’ont pas réussit à trouver en presque deux mille ans ?
- Ah…
Le iop prit un air aussi niais qu’incrédule. Le féca se frappa le front en grommelant, faisant éclater de rire Trille juste à côté. Voyant que plusieurs clients la regardaient, elle rougit et abaissa la tête, un peu honteuse. Edion tenta de casser le silence qui s’était installé.
- On ne devait pas aller au marché de Cania ?
- Si, lui répondit la sadida avec un soupir, seulement, il est reporté pour dans un mois.
- Et si on allait tous dans la Sylve, il paraît qu’un monstre attaque les voyageurs. C’est une quête épique digne…
- D’un abruti de iop comme toi, coupa Irius.
- Tu propose quoi, alors ? répliqua le iop
- Pourquoi n’irions-nous pas au marché de Grindorlosh ? Puisque celui de Cania est fermé…
Aux paroles du sacrieur, qui pour la première fois de la journée prenait la parole, Silia reprit vie comme une fleur fanée que l’on arrose.
- Le marché ? Oui, je vais pouvoir renouveler ma garde-robe.
- Il paraît que la nouvelle collection Giovano est déjà sortie, surenchérit l’éniripsa.
Les deux filles poussèrent un cri de joie et commencèrent à discuter de façon animée entre elles. Irius marmonna entre ses dents que quand ce n'est pas le iop, c’est les filles et leur histoire de chiffon. Il ne vit pas le regard noir que Trille lui adressa.
- Je ne suis pas contre mais j’en reviens et il y a déjà des files devant presque toutes les échoppes, surtout ceux de vêt…Aïe !
Le pied de Silia entra en collision avec le genou d’Edion, l’empêchant de poursuivre. Elle s’excusa en lui adressant un sourire innocent. Il était clair que toutes oppositions étaient refusées. Cherchant l’unanimité du groupe, l’adepte de la nature se tourna vers le iop.
- Et toi Talès, tu viens aussi ? Il se peut que l’on rencontre des monstres en cours de route, il faudrait quelqu’un de brave et…
- Je suis l’homme de la situation. Rien ne peut faire peur, ni Rushu, ni ses démons, à un chevalier tel que moi, sir Talès Alendir, le plus grand héros que…
- Toi, le iop, descend tout de suite de la table. Si tu veux faire le mariole, t’as qu’à aller ailleurs. Ici, c’est mon auberge, un établissement respectable, et je ne laisserais pas un fou furieux comme toi faire fuir tous mes clients. La prochaine fois, je te flanque dehors avec la trace de mes sandales sur ton postérieur, compris ? hurla l’aubergiste depuis le fin fond de la taverne.
Talès se rassit en ronchonnant. Il attendit que le gérant des lieux ne fasse plus attention à lui pour continuer.
- Quel emmerdeur celui-là. Il s’est pas vu, c’est lui qui fait flipper avec sa tronche cramoisie et les veines qui lui ressortaient du cou. Il s’est échappé de l’asile ?
- Va savoir, en tout cas, si on se fait jeter dehors, ce sera pas de ma faute. Et puis, on ne dit pas un asile mais un temple iop, lui lança Irius.
- Ah, et c’est quoi la différence, monsieur je-sais-tout ?
- Aucune, pourquoi ?
Le iop s’apprêtait à répondre quand il comprit ce qu’il venait de dire. Il se tût et lança un regard noir au féca qui le regardait d’un air narquois en sirotant son verre.
- C’est quand vous voulez, lancèrent les filles qui s’étaient déjà levées.
- Attendez, avec l’autre abruti à côté de moi j’ai pas eu le temps de finir mon cocktail.
Irius tendit sa main vers son verre. Talès en profita pour sauter sur la table en dégainant son épée, renversant le cocktail sur le disciple de la connaissance qui sursauta et tomba à la renverse, et la pointa vers le plafond dans une pose théâtrale.
- Talès le iop, partant pour de nouvelles aventures !
- Tu te fous de moi le rouquin ? Dehors, DEHORS !
Edit : Correction de fautes de frappe et de grammaire, et réécriture de certains passages.
Les Chroniques d’Amakna
Le Chant du Phénix
Chapitre I : Ombres du passé
Le Chant du Phénix
Chapitre I : Ombres du passé
La nuit avait étalé son voile noir orné d’étoiles sur la sombre forêt qui s’étendait au nord des montagnes des koalaks. Peu osait s’y aventurer car, selon d’anciennes légendes, il y résiderait de féroces créatures gardiennes des arbres que l’on appelle d’abraknides. Pourtant, bâti au pied de la montagne et protégé par l’immense forêt, un village y prospérait, isolé et oublié du reste du monde. Même les millénaires bibliothèques de Bonta ne comportaient plus de traces ou de cartes révélant son emplacement. Seules les lumières de quelques chaumières trahissaient son existence.
Comme chaque nuit, la garde du village faisait une dernière ronde autour du village. Cependant, personne ne remarqua les menaçants nuages s’avancer vers eux.
Ithion Dahnarow, capitaine de la garde, quitta ses hommes après les avoir saluer et retourna chez lui retrouver sa femme et son jeune fils. Sur le pas de la porte, il s’arrêta et huma l’air du soir. Bien que la plupart des villageois soient des adeptes de l’arc, il arrivait parfois que des voyageurs viennent chercher refuge dans le village et finissent par s’y installer. C’était le cas de sa femme, Tiane, une sram exilée qu’il avait secouru au nord de la forêt. Elle avait fui Astrub. Son maître avait été assassiné et les intrigues politiques la mettaient au rang d’ennemie n°1. Elle avait erré, traquée comme une bête et chassée de partout, pour finir prise dans une embuscade qui lui aurait coûté la vie si Ithion, jeune forestier alors, ne l’avait pas secourue.
La main sur la poignée de la porte et le regard perdu dans le ciel étoilé, il sursauta en entendant un puissant coup de tonnerre provenant de la montagne. Plusieurs maisons se rallumèrent et des têtes apparurent aux fenêtres. Un deuxième coup de tonnerre, plus puissant, retentit. Un hurlement inhumain déchira le silence des ténèbres nocturnes.
Un cri empli de rage s’éleva de la cime des montagnes :
« Maudit, SOYEZ TOUS MAUDITS ! La traîtresse et ses serviteurs, les douze et leur panthéon, les perfides et avides assassins qui me traquent, JE VOUS MAUDIS TOUS ! Qu’ai-je fais pour en arriver là ? Je cherchais l’amour de cette femme, cette sorcière qui m’a utilisé et trompé, et à cause d’elle je suis devenu un monstre. Et maintenant je suis traqué comme une bête. Et ce cinglé d’Otomaï qui voulait me garder dans une cage pour ses expériences… Je suis chassé où que j’aille ! POURQUOI LE DESTIN NE ME LAISSE JAMAIS TRANQUILLE ? POURQUOI MOI ? POURQUOI FAUT-IL QUE J’AIE VU LE JOUR DANS CE MONDE DEGENERE ? »
Peu de nouvelles venaient de l’extérieur, mais tous avaient entendu parler d’un monstre, issu d’une expérience d’Otomaï, qui avait réuni les six dofus et s’était érigé avec la puissance de ceux-ci au rang de titan après avoir vaincu tout le panthéon. La panique s’empara des villageois. Ils coururent se mettre à l’abri, certains se barricadèrent dans leur maison.
Un hurlement sauvage retentit, puis le calme revint peu à peu. La voix repris lentement :
« Des faibles qui cherchent la puissance et la gloire en écrasant d’autres plus faibles qu’eux, voilà ce qu’est devenu l’humanité. Je suis bien content de leur avoir brisé leurs crânes à tous ceux qui ont oser me défier. La seule chose à faire pour sauver ce monde abandonné des dieux, est de le nettoyer de toute la pourriture qui y vit. Je vais raser chaque ville, abattre chaque muraille et noyer chaque champ sous les eaux. Sales chiens, vous allez payer pour ce que vous m’avez fait, VOUS ALLEZ GOÛTER À LA COLERE D’OGREST ! »
La terre commença à s’ébranler. Un grondement se fit entendre et la montagne commença à se déchirer en deux. Ceux qui étaient encore dehors s’enfuirent en hurlant. Des pleurs d’enfants perdus dans la foule se mêlaient aux cris de terreur des villageois. Ceux qui tombaient à terre étaient piétinés. La peur était dans le cœur de tous.
Ithion se précipita dans sa maison et appela sa femme. Celle-ci accouru avec son enfant dans ses bras. Mince et belle, elle était habillée une robe ample et légère bleue azur, assortie à ses cheveux d’un bleu sombre. Elle portait encore à sa robe l’iris qu’il lui avait cueillit au matin à l’orée de la forêt avant de partir.
- Ithion, qu’est ce qui se passe ?
- On n’a pas le temps, il faut partir.
- Où ?
- Au temple Crâ, dans la crypte on serra en sécurité.
Ils sortirent dehors dans la nuit glacée, se frayant un chemin dans la cohue. Ils coururent vers le temple. Non loin de là, une maison s’effondra. Les plus courageux essayaient d’aider ceux qui étaient enfuis sous les décombres. Une large fissure lézarda un haut bâtiment, dont le toit s’effondra sur les maisons voisines qui s’écroulèrent à leur tour comme des châteaux de cartes.
Arrivés devant le temple, Ithion laissa sa femme et son fils en sécurité pour rejoindre une troupe d’archer qui se regroupaient non loin. Tiane lui prit le bras, des larmes commençaient à coulé sur son visage.
- N’y va pas, je t’en supplie, n’y va pas.
- Je dois y aller, ils ont besoin de moi pour protéger le village.
- Tu va te faire tuer, je t’en supplie, n’y va pas.
L’archer prit la main de sa femme et caressa son visage en séchant ses larmes
- Ne t’inquiète pas, je reviendrais, je te le promets.
Il sortit, abandonnant ce qu’il avait de plus précieux pour foncer dans les bras de la mort. On apporta des pelles et des pioches. Les soldats se mirent au travail et des remparts de fortune furent dressés pour tenter d’arrêter les éboulements qui descendaient droit vers eux.
Le rire dément du titan s’éleva. Une détonation retentit. Un soldat poussa un cri en montrant la montagne. Par une des failles, de la lave commençait à s’écouler. On creusa un immense fossé pour essayer de la retenir, mais elle déborda et une des barricades prit feu. L’immense brasier qui se produisit enflamma toutes les autres fortifications de bois. Une braise s’envola et atterrit sur le toit d’une maison qui prit immédiatement feu. L’incendie se propagea rapidement de toit en toit, jusqu’à un entrepôt d’explosifs au pied même de la montagne. Le souffle de l'explosion ravagea presque tout le village, abattant les maisons encore de debout et fragilisant la montagne.
Fauché par l’explosion et à demi conscient, Ithion vit avec horreur un pan de la montagne s’effondrer vers le temple, l’engloutissant complètement, avant de sombrer lentement.
Un pétale d’iris s’envola des ruines et s’éleva dans les airs, charrié par les vents, fuyant les restes fumants de ce qui fut autrefois un village paisible, à l’écart de la folie du monde.
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- Edion… Edion… EDION, DEBOUT SAPRISTI ! Le soleil est déjà haut, il n’est plus l’heure de dormir. Allez, debout paresseux.
Edion sentit qu’on lui arrachait sa couverture. Il mit sa tête sous l’oreiller mais on le lui arracha aussi. Il émit un léger grognement endormit en guise de protestation quand il reçut les rayons du soleil en pleine figure et se retourna, à moitié recroquevillé.
- Y a pas école, on est en vacance…
- Ce n’est pas une raison, debout.
- Silore, laisse-moi tranquille.
Le vieux féca lâcha un long soupir. Ce gosse est décidément de plus en plus difficile à lever. Il réfléchit un instant et repris :
- Ah oui, j’allais oublier, tes amis t’attendent à l’auberge d’Herbacha. Je te conseille de te lever si tu ne veux pas arriver en retard…
La phrase eut l’effet escompté ; Edion sortit de son lit comme une flèche, s’habilla et rassembla ses affaires sous le regard amusé du vieux féca.
- Tu me rejoindras en bas quand tu seras habillé, ton déjeuné est déjà prêt.
Il sortit, le laissant qui bataillait une chaussette. Celui-ci réussit à la mettre après une lutte acharnée et tenta de mettre la deuxième. Mince et élancé, il avait des cheveux brun ébène avec des reflets de bronze qui finissaient en catogant sur sa nuque. Ses yeux étaient d’un brun tirant sur le vert. En gros, on pouvait dire sans se tromper qu’il ressemblait à un apprentit crâ, ce qui n’était pas faux vu qu’il en était un. Ceux qui le connaissaient se sont longtemps demander pourquoi il n’était pas devenu féca comme son père adoptif, mais d’un certain côté, vu ses connaissances désastreuses en mécanique et en électronique, il n’a peut être pas fait un si mauvais choix. C’est lors de la démonstration de tir à l’arc au terrain de tir qu’Edion avait finalement choisi cette voie. C’est d’ailleurs là qu’il a reçu son premier arc. Il finit d’enfiler sa chemise de lin et emporta son ocarina, dernier héritage de ses parents dont il ne se séparait jamais, et se rua en bas.
Dans la cuisine, il engloutit en vitesse un croissant et quelques tartines à la confiture de mûres en manquant de s’étouffer. Silore entra dans la cuisine, un paquet à la main.
- J’aimerais que tu apportes ceci à l’atelier, ils n’ont plus de runes de bijoux et la demande devient forte. Tu pourras en profiter pour récupérer le livre que tu as oublié là-bas. Comme tu passes par le bac vers le quartier d’Honorape, ça ne devrait pas te poser de problème.
En guise de réponse, le jeune cra acquiesça en marmonnant quelque chose la bouche pleine, projetant des miettes un peu partout sur la table. Le vieux féca se leva et prit sa veste.
- Je pars devant, je dois aller déposer mon livre de compte à la maison des guildes et signer des piles de paperasses. Je ne serais pas de retour avant cette après-midi.
Et il partit en emmenant l’énorme tome qui faisait office de livre de compte. Edion finis son déjeuner et fit de même peu après.
En ce début de matinée, les rues étaient pour la plupart vides, les rares passants se pressaient vers leur travail ou affluaient vers les marchés. Edion huma l’air du matin et se mit en route. Il prit une petite ruelle, prit un raccourci à travers un jardin en effrayant quelques pious et se hâta. Arrivé sur la grand rue, il se faufila entre les badauds et passa la grande arche du marcher des bricoleurs. Un marchand tenta de l’attraper pour essayer de lui vendre le contenu de son échoppe, mais il s’arrêta et poussa un cri en voyant un sram partir avec sa bourse. Enfin arrivé devant l’atelier d’enchantement, il poussa la lourde porte en métal et entra.
L’atelier était bondé, des clients, pour la plupart des gens riches, se pressaient devant le comptoir pour passer commande. Un petit homme grassouillet aperçu Edion au milieu de la foule et l’appela.
- Edion, par ici, viens.
Le disciple de Crâ se fraya un chemin et passa derrière le comptoir.
- Alors, comment ça va bonhomme ? Silore n’est pas là ?
- Non, il est à la maison des guildes pour remettre…
- Ah oui, je vois, le coupa le vendeur. Quelle plaie, de vrais rapaces ceux-là, et juste quand on a besoin de lui.
- J’ai les runes que…
- Parfais, juste à temps, on n’en pouvait plus, ces clients toujours insatisfaits qui râlent quand ils sont pas servis sur-le-champ… J’allais oublier, j’ai mis ton livre est à côté sur la table de l’atelier, on l’a utilisé pour aider les apprentis, et attend que je la retrouve… ah voilà…
Il sortit une petite bourse de sous le comptoir et la tendit à Edion.
- Tiens, pour la peine, c’est quelques runes en plus pour ta collection. On en avait en trop alors j’ai pensé que ça te ferait plaisir. Elles ne sont pas très puissantes mais tu pourras toujours t’amuser avec, dit-il ébouriffant les cheveux du cra d’un geste affectif.
Edion soupira ; Il a presque dix-sept ans et il le traite toujours comme un enfant, à croire que les adultes ont de sérieux problèmes de myopie. Il le remercia, prit son livre et partit en vitesse à la taverne d’Herbacha.
Plutôt grande, composée de trois grandes salles encerclant la place du quartier, la taverne d’Herbacha était l’une des auberges les moins mal famées et des plus calmes d’Astrub. Elle n’est pas encore complètement remplie, quelques habitués, tout au plus, étaient éparpillés ça et là aux différentes tables. Accoudé au bar en le nettoyant d’un geste presque mécanique avec un vieux chiffon usé, l’aubergiste surveillait du coin de l’œil un groupe assis à la grande table d’une sorte de grande mézanine au milieu de la salle. Tout particulièrement un iop aux cheveux d’un orange flash qui n’arrêtait pas gesticuler depuis tout à l’heure, passablement en overdose de caféine. Il commençait sérieusement à lui taper sur les nerfs, et s’il ne se calmait pas rapidement, il allait finir dehors avec un coup de pied aux fesses.
Soudain, l’aubergiste sursauta en entendant la porte d’entrée claquer; Sur le pas de la porte se tenait, courbé en deux et à bout de souffle, un jeune homme mince et élancé, au regard vif et affûté -même s’il paraissait à ce moment plus mort que vif- pâle de peau et avec des cheveux couleur ébène rassemblés en une grande queue de cheval dans son dos. Avec une coiffure aussi ridicule, ses bottes trop larges et une chemise aux manches usées par le frottement régulier de l’empennage de flèches, pas de doute, il s’agit bien d’un crâ. L’aubergiste retourna à ses occupations et fit une moue quand il vit le iop agiter les bras en criant dans toute l’auberge pour appeler le nouveau venu.
- Edion, hé, Edion, par ici !
- Ca va, il est pas sourd, lui lança un féca agacé par l’agitation de son voisin de table.
Edion monta quelques marches et, après avoir saluer tout le monde, s’assit sur une chaise libre à côté d’un sacrieur du nom d’Alior, droit comme un I et les bras croisés, surveillant l’excité de service, Talès, juste devant lui. Il était un peu plus grand que celui-ci et avait des cheveux de même couleur, quoique beaucoup plus ternes. Il portait un pantalon rouge sang et des sandales taillées dans du bois de ronce. Le disciple sacrieur arborait aussi un spectaculaire enchevêtrement de lignes et de symboles formant un immense tatouage sur une bonne partie de son torse.
A gauche de Talès le iop se tenait le féca Irius. Pas exceptionnellement grand, avec une paire grosse lunettes aux verres grossissants qu’il mettant généralement sur son front pour retenir les mèches de cheveux noirs de jais qui lui retombaient sur le visage de temps en temps, lui donnant un air comique quand il était énervé. Il portait aussi un t-shirt couleur sable et un short bleu, camouflage parfait pour des vacances à la mer, et arborait à son poignet un appareil étrange, une machinerie dans les fécas gardent jalousement le secret, un bouclier… féca.
Se retenant de rire, Trille, une éniripsa aux longs cheveux couleur crème, assortis à sa robe de même couleur, essayait tant bien que mal de rester droite entre deux sursauts d’hilarité, repartant dans une série d’exclamation de rires étouffés en voyant le féca à côté d’elle, dont l’envie apparente était d’assommer le iop. Bien que frêle d’apparence, elle bénéficiait d’un fort (sale ?) caractère, l’énerver pouvait être aussi suicidaire que de taquiner un sacrieur en manque de combat.
En face de Trille et assise à droite d’Edion, Silia, une sadida, sirotait son verre en remettant en place une broche dans ses cheveux vert chlorophylle. Elle portait un t-shirt elle aussi, de couleur vert foncé, et une petite jupe plus claire sur laquelle étaient peintes les nervures de feuilles.
Talès se rassit enfin, un grand sourire au bord des lèvres.
- T’étais où ? T’avais prévu de chasser le sanglier sans nous ?
- J’ai dû passer à l’atelier des enchanteurs, une livraison de runes.
- J’espère que tu as pensé demander un pourboire à ton vieux. En tout cas, c’est pas très palpitant tout ça, aucuns monstres à affronter sur le chemin, pas de…
- C’est sûr que dans la ville, il va rencontrer à coup sûr Rushu et ses démons en trains de faire les soldes... Non mais t’es un abruti ou quoi ? Même depuis la création du monde, on a pas inventé de remarque plus débile que ça. Et quel est le sens du mot palpitant pour un iop ? Je suis curieux de le savoir…
- Euh, traquer des criminels en fuite, occire des dragons, sauver des princesses en détresse, vaincre Ogrest…
- Vaincre Ogrest ? Mais il n’existe pas, triple demeuré, c’est une histoire pour faire peur aux enfants. Comment tu veux qu’un trool puisse réunir les six dofus que des milliers, si pas des millions d’aventuriers n’ont pas réussit à trouver en presque deux mille ans ?
- Ah…
Le iop prit un air aussi niais qu’incrédule. Le féca se frappa le front en grommelant, faisant éclater de rire Trille juste à côté. Voyant que plusieurs clients la regardaient, elle rougit et abaissa la tête, un peu honteuse. Edion tenta de casser le silence qui s’était installé.
- On ne devait pas aller au marché de Cania ?
- Si, lui répondit la sadida avec un soupir, seulement, il est reporté pour dans un mois.
- Et si on allait tous dans la Sylve, il paraît qu’un monstre attaque les voyageurs. C’est une quête épique digne…
- D’un abruti de iop comme toi, coupa Irius.
- Tu propose quoi, alors ? répliqua le iop
- Pourquoi n’irions-nous pas au marché de Grindorlosh ? Puisque celui de Cania est fermé…
Aux paroles du sacrieur, qui pour la première fois de la journée prenait la parole, Silia reprit vie comme une fleur fanée que l’on arrose.
- Le marché ? Oui, je vais pouvoir renouveler ma garde-robe.
- Il paraît que la nouvelle collection Giovano est déjà sortie, surenchérit l’éniripsa.
Les deux filles poussèrent un cri de joie et commencèrent à discuter de façon animée entre elles. Irius marmonna entre ses dents que quand ce n'est pas le iop, c’est les filles et leur histoire de chiffon. Il ne vit pas le regard noir que Trille lui adressa.
- Je ne suis pas contre mais j’en reviens et il y a déjà des files devant presque toutes les échoppes, surtout ceux de vêt…Aïe !
Le pied de Silia entra en collision avec le genou d’Edion, l’empêchant de poursuivre. Elle s’excusa en lui adressant un sourire innocent. Il était clair que toutes oppositions étaient refusées. Cherchant l’unanimité du groupe, l’adepte de la nature se tourna vers le iop.
- Et toi Talès, tu viens aussi ? Il se peut que l’on rencontre des monstres en cours de route, il faudrait quelqu’un de brave et…
- Je suis l’homme de la situation. Rien ne peut faire peur, ni Rushu, ni ses démons, à un chevalier tel que moi, sir Talès Alendir, le plus grand héros que…
- Toi, le iop, descend tout de suite de la table. Si tu veux faire le mariole, t’as qu’à aller ailleurs. Ici, c’est mon auberge, un établissement respectable, et je ne laisserais pas un fou furieux comme toi faire fuir tous mes clients. La prochaine fois, je te flanque dehors avec la trace de mes sandales sur ton postérieur, compris ? hurla l’aubergiste depuis le fin fond de la taverne.
Talès se rassit en ronchonnant. Il attendit que le gérant des lieux ne fasse plus attention à lui pour continuer.
- Quel emmerdeur celui-là. Il s’est pas vu, c’est lui qui fait flipper avec sa tronche cramoisie et les veines qui lui ressortaient du cou. Il s’est échappé de l’asile ?
- Va savoir, en tout cas, si on se fait jeter dehors, ce sera pas de ma faute. Et puis, on ne dit pas un asile mais un temple iop, lui lança Irius.
- Ah, et c’est quoi la différence, monsieur je-sais-tout ?
- Aucune, pourquoi ?
Le iop s’apprêtait à répondre quand il comprit ce qu’il venait de dire. Il se tût et lança un regard noir au féca qui le regardait d’un air narquois en sirotant son verre.
- C’est quand vous voulez, lancèrent les filles qui s’étaient déjà levées.
- Attendez, avec l’autre abruti à côté de moi j’ai pas eu le temps de finir mon cocktail.
Irius tendit sa main vers son verre. Talès en profita pour sauter sur la table en dégainant son épée, renversant le cocktail sur le disciple de la connaissance qui sursauta et tomba à la renverse, et la pointa vers le plafond dans une pose théâtrale.
- Talès le iop, partant pour de nouvelles aventures !
- Tu te fous de moi le rouquin ? Dehors, DEHORS !
Edit : Correction de fautes de frappe et de grammaire, et réécriture de certains passages.
