
12 Juin 2012 - 18:54:51 |
#40
Merci pour tous vos com's encourageants^^
Si vous en voulez plus, y a ma deuxième fic' aussi x')
Bon, la page PUB est passée, voici la suite sans tarder x)
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Flexion. Lever du pied gauche, rotation.
Lever du bras, coup abattu sauvagement.
Evangelyne peinait, les dents serrées, pour ne pas perdre la face devant le combat qui se déroulait devant elle ; opposant sa petite sœur et un garçon suffisament insolent et stupide pour l’avoir convoquée en duel.
Et la pauvre petite Cléophée n’avait aucune chance.
Elle encaissait coup sur coup ; se glissait rapidement sur le côté pour éviter de se laisser toucher.
Evangelyne grimaça ; car sa petite sœur chérie saignait.
En effet, une longue écorchure lui barrait le visage du côté droit, et son sang se répandait doucement sur le sol. Plic, ploc, ces légers bruits résonnaient horriblement forts dans l’esprit de la pauvre Eva, qui assistait à la défaite de la pauvre petite.
Pourquoi ? Pourquoi fallait-il toujours que la haine et la violence rattrapent les âmes ; même les plus innocentes ?
Evangelyne ne le savait. Et elle ne savait non plus pourquoi ces quelques soldats riaient en les observant.
Pauvres types.
Du rire.
Du rire face à la violence contre une petite fille désarmée.
Eva serra les poings.
Un nouveau coup ; Cléophée s’écrasa lourdement par terre avec un cri. Un cri de douleur ; un cri qui perçait les tympans de sa sœur.
Il y eut une nouvelle tempête. Des rires ; et des cris de protestation et d’indignation mêlés.
Eva glissa sa main dans son dos ; saisit son arc.
Cléophée reculait du mieux qu’elle le pouvait sur les mains ; car elle n’avait pu se relever.
Eva banda son arc vide.
Le garçon saisit le bras gauche de la petite Crâ qui lui faisait face et le lui tordit sauvagement.
Cri de douleur ; la plainte de Cléophée qui s’éleva porta en le cœur de sa sœur un sentiment puissant. Une haine incomparable ; qu’elle ressentait pour la première fois.
Eva lâcha la corde de son arme.
Le guerrier Sadida fixait avec étonnement la scène qui lui faisait face.
Une fillette, qui devait avoir à peine huit ans, jetant à bas un jeune homme musclé ; et tout ceci d’une seule flèche ; et d’une flèche ensorcelée.
Le Sadida ne bougea pas ; mais, dans sa tête, il avait effectué son choix.
Ce ne serait pas un Crâ qu’il ramènerait pour sa princesse, mais une Crâ. Cette Evangelyne, nièce de la Matriarche serait parfaite, même s’il ignorait tout d’elle ; jusqu’à ignorer à quoi elle ressemblait.
Car, en contemplant les deux petites qui s’enfuyaient, main dans la main, essuyant mutuellement leurs larmes, il avait compris que la plus belle chose qu’il pouvait offrir à la petite fille de son Roi ; cette si belle chose, c’était l’amitié.
-Eva ?
-Quoi ?
-Tu pleures ?
-Non, je ne pleure pas.
-Tu as eu peur pour moi ?
-Oui.
La Matriarche essuya tendrement le sang coagulé sur le visage pâle de sa plus jeune nièce. Celle-ci s’était endormie sur son lit de fougères ; respirait doucement et, sans aucun doute, rêvait à une plus belle vie où toutes les folies de ces mondes seraient réalité.
Pour la première fois de sa vie, elle se sentait coupable.
Et ; pour la première fois de sa vie, elle n’osait lever ses yeux –qu’elle avait bruns, je vous le rappelle, chers lecteurs- vers la seconde petite fille que sa sœur lui avait laissée.
Cela faisait un bon quart d’heure qu’un silence pesant régnait dans la pièce ; brisé seulement par les ronflements réguliers de Cléophée.
Et la Matriarche ne se sentait pas à l’aise dans ce silence.
Ce n’était pas chose courante chez elle ; les Crâs appréciaient le silence ; et elle, souveraine de ce digne peuple, elle l’aimait encore plus.
Mais elle se sentait coupable.
Coupable de ce qu’elle allait proposer à Evangelyne.
Coupable d’arracher cette petite à sa sœur adorée.
Coupable de briser un lien si profond.
Mais elle devait le faire. Pour le bien d’Eva ; car celle-ci grandissait et ne pouvait rester indéfiniment à l’étroit dans ce palais trop sombre pour la lumière d’une petite ; trop triste pour des jeux d’enfants.
La Matriarche se racla la gorge.
Evangelyne leva ses yeux verts ; les planta dans ceux de sa tante.
-Eva… Il faut qu’on parle.
La petite hocha la tête.
Voilà ; c’était fait ; elle se sentait soulagée. Elle avait enfin lâché son secret. La Matriarche guida sa nièce à sa chambre, puis se retira avec un sourire rassurant. Eva resta seule.
Couchée sur son lit, Evangelyne restait indécise.
E lle contemplait le plafond de bois brun ; jouait avec les petites figurines d’argile rouge que sa tante lui avait offert.
Eva en avait peintes quelques-unes de vives couleurs ; mais sa préférée restait toutefois l’une de celles qu’elle n’avait, justement, pas colorée.
C’était un splendide aiglon miniature ; il avait les ailes mobiles ; mais fermées par un fin bout de ficelle grise. Son bec était ouvert ; ses yeux larmoyants et tristes ; ses serres dépourvues de griffes.
Elle le trouvait triste ; et beau. Elle gardait ses ailes fermées comme un symbole.
Car le jour où l’oiseau ouvrirait ses ailes pour se découvrir libre et plein de ressources, alors , ce jour-ci, les propres ailes de la fillette s’ouvriraient.
Et Eva ne savait si ce jour était arrivé.
Car, aujourd’hui, une possibilité lui était donnée. Aujourd’hui, elle pouvait enfin se libérer et découvrir le monde.
Mais elle ne le pouvait. Le prix à payer était trop important ; bien trop grand.
Elle ne pouvait quitter et abandonner Cléophée. Non ; elle refuserait…
Mais elle ne le pouvait pas non plus. Si elle déclinait cette invitation à la vie, que deviendrait-elle ? Non.
Elle avait besoin de cette liberté tant attendue pour se découvrir quelqu’un d’autre et s’épanouir.
La petite sauta sur ses pieds et trottina jusqu’à la mince fenêtre recouverte d’un panneau de bois –en guise de volet, mais nous le savons bien- qui laissait s’échapper un fin rayon de lumière nocturne.
Eva repoussa le panneau.
Les étoiles scintillaient dans le manteau bleu de la nuit ; un vent frais et doux lui caressa tendrement le visage.
Evangelyne ferma les yeux.
Elle savoura le contact de la nature qu’elle pouvait ici ressentir.
Un cri d’animal sauvage s’éleva quelque part dans l’obscurité ; mais elle n’avait pas peur. Au contraire. Elle aimait ce son.
Elle respira à pleins poumons, laissa Mère Nature prendre possession de son être.
Et lorsqu’elle rouvrit les yeux, sa décision était prise.
Eva ne referma pas le volet, mais retourna plutôt à son lit.
Elle cueillit dans sa main le petit aiglon ; s’avança à son bureau où elle s’installa.
Doucement, elle dénoua la ficelle qui retenait les ailes fermées de la statuette.
Doucement, elle mélangea les pigments de différentes couleurs sur sa palette de peinture.
Doucement, elle tourna et combina les couleurs ; jusqu’à ce qu’elle obtienne un magnifique vert ; un vert comme les feuilles ; un vert comme les forêts. Et un vert comme les yeux de sa sœur.
Avec application, elle posa son pinceau sur l’oiseau.