21 Mai 2010 - 18:28:00 |
#1
Elle me dit : « Je veux que tu me parles de la Grande Déesse. » Je la regarde, j’écarte un cheveu de son visage, elle sourit. Je lui dis : « Tout est déjà là, regarde, cet ovale entre mes mains, cerné d’un fleuve de mèches et de boucles entremêlées. Tout est ici : ton visage comme le monde, et tes cheveux, l’énergie primordiale, qui tisse entre ses tresses le cadre de toute morale. »
Je cille, elle me répond en haussant les épaules : « Je ne comprends pas ce que tu dis. » Je me retourne, devant la fenêtre. Entre mes yeux, cette fente de lumière, alors que le ciel se décompose en purée de nuages bleus, lentement poussés par le vent. Cette vision divine, un souffle venu de très loin, de très haut. Une réminiscence. Essayer de retrouver le regard des premiers initiés Eliatropes, scrutant ce monde d’une naïve pupille, découvrant l’unicité de l’univers, acceptant la règle du tout dans l’Unique.
Je n’étais pas là dans ce moment d’éternité, avant que l’Horloge soit construite, quand les Eliatropes batifolaient dans les champs de magnolias. Tout ce que je peux déduire, c’est ce que j’ai lu et compris, de ce qui nous reste de ces temps enfuis. Leur interprétation, ce qu’ils lisaient dans la Nature. Les Eliatropes vénéraient la Grande Déesse, personnification du mouvement perpétuel du Wakfu. Car le Wakfu n’est jamais interrompu, et dans son déplacement, il est comme la chevelure ondulée d’une grâce, une beauté en mouvement.
Dans cette chevelure, fluide vital, passent les griffes du Grand Dragon, phénomènes cycliques où se nouent des liens, des formes, silhouettes où le Wakfu opère une révolution, cercles puis spirales. Dans ces espaces, tels des Dofus cosmiques formés par la volonté des forces primordiales, la vie peut naître, s’épanouir dans la fluidité des origines. Les Eliatropes se voyaient peut-être comme une source dans cette nouvelle vie. Sont-ils la première forme de vie consciente à être apparue dans ces nœuds / univers ? Ou bien y a-t-il un secret, un mystère, au cœur de leur existence ? Car ils ont donné le premier point de vue. Ils ont caractérisé l’essence du monde, tout en dessins, en glyphes ou en sentences. Ils ont dit les premiers mots pour décrire ce qui danse à la frontière de la vue, merveilles galactiques, impossibles tourments.
Elle me dit : « Hum. » Je lui demande pourquoi elle grogne. Elle se détourne de la fenêtre, elle dit : « Je ne comprends pas ce besoin de poser des mots sur ce qui ne peut être dit. » Puis elle se tait. Dehors, le temps se couvre, et moi, je me perds dans les remous d’un cumulus, troublé d’une eau limpide, reflets d’un monde disparu.





